David Bohm : Conversations : 2 - L’Imagination, le Temps et l’Être

Vous faites référence à trois niveaux ou aspects de l’imagination — primaire, secondaire et tertiaire. Vous suggérez que l’imagination primaire, plutôt que d’être un produit de la conscience, est en fait l’émergence ou la manifestation de la conscience elle-même. Et la secondaire est liée à l’insight. L’imagination tertiaire s’apparente au fantasme, ou à la fantaisie.

Paul Sempé : Le cas d’U.G. ou l’évolution revisitée

Le fait qu’il y ait une pensée ne signifie pas qu’il existe un penseur avant la pensée. C’est l’inverse : le penseur est produit par la pensée, et, comme il veut survivre, il comble l’intervalle entre deux pensées par une autre pensée, et tout le mécanisme vous donne l’illusion qu’il existe une entité continue qui pense des pensées, et vous appelez cela “moi”

Intelligence, ordinateurs et esprit mécanique I & II. Discussion avec Krishnamurti

Cela signifie que la perception est libre du savoir et que l’action ne provient pas de la perception ni du savoir. La perception du serpent, du danger, est action, mais cette perception est basée sur des siècles de conditionnement à propos du serpent. La perception que je suis hindou, qui dure depuis trois mille ans, est le même mouvement. Et nous vivons dans ce champ tout le temps. C’est cela qui est destructeur, pas la machine. À moins que cette machine qu’est l’esprit ne s’arrête — pas l’ordinateur —, nous allons nous détruire nous-mêmes.

David Bohm : Plénitude, Intemporalité et Déploiement du Sens

Lorsque nous pensons aux lois naturelles, l’une des premières choses à dire est que le mot « loi » est très mal choisi, car il donne l’impression que quelqu’un aurait légiféré sur la façon dont les choses sont. Les gens croyaient autrefois qu’elles étaient édictées par Dieu, mais la plupart des scientifiques ne le croient plus aujourd’hui ; alors, quelle est selon eux la source de cette législation ? Dans la philosophie grecque antique, on ne parlait pas de lois, mais d’un ordre régulier qui apparaît dans la nature. Cet ordre régulier, s’il était nécessaire, aurait la même signification que notre mot « loi ».

Brian Fang : La magie de Fourier : comment le temps et l’éternité sont deux facettes d’une même réalité

Dans cet essai remarquablement perspicace, Brian Fang montre que les mathématiques de l’omniprésente transformation de Fourier, qui relie les mots des « événements » et des « fréquences », fournissent une grammaire formelle permettant de comprendre comment la temporalité est une facette de l’éternité, et inversement. Ainsi, ce que nous appelons « le monde » n’est peut-être pas fondamentalement constitué de matière se déployant dans le temps, mais de motifs qui admettent des lectures atemporelles. Cela ne prouve pas l’idéalisme, mais le rend moins étrange. Si l’être peut être pleinement appréhendé en termes structurels, alors peut-être que les constituants ultimes de la réalité ne sont pas des particules en mouvement, mais des motifs intelligibles qui semblent simplement temporels lorsqu’on les observe de l’intérieur.

Krishnamurti : L’observateur et l’observé

Lorsque je construis une image de vous — ou de n’importe quoi — j’ai la faculté de l’observer. Il y a donc l’image et son observateur. Je vois, par exemple, quelqu’un avec une chemise rouge et ma réaction immédiate est qu’elle me plaît ou qu’elle me déplaît. Ce plaire et déplaire est le résultat de ma culture, de mon éducation, de mes associations, de mes inclinations, de mes caractéristiques acquises ou héritées. C’est de ce centre que j’observe et que j’émets mes jugements, et c’est ainsi que l’observateur se sépare de ce qu’il observe. Mais l’observateur est conscient de plus que d’une seule image : il en crée des milliers. Toutefois, en diffère-t-il ? N’est-il pas, lui-même, une autre image ?

Iain McGilchrist : La question des choses

Si l’on prête attention au monde de deux manières différentes, et puisque l’attention modifie ce que nous trouvons, il s’ensuit que deux mondes expérientiels s’offrent à nous. Nous n’en sommes pas conscients parce que ces deux modes sont fusionnés à un niveau inférieur à la conscience. Il existe un monde dans lequel tout est isolé, fragmentaire, statique, connu, familier, inanimé, décontextualisé, relativement abstrait, de nature générale et entièrement explicite. Et il existe un autre monde dans lequel tout est interconnecté, fluide et en perpétuel changement, n’est jamais ultimement certain et doit toujours être considéré dans son contexte. La première manière de voir est comme une carte ; la seconde est comme le territoire, qui est une réalité infiniment plus complexe et plus belle.

Faut-il tout repenser ? Par Alethea Black

Nous savons, grâce aux sciences cognitives et aux neurosciences, que le cerveau n’est pas un observateur passif, comme une lentille de caméra. Le cerveau compose activement ce que nous percevons. Pourtant, nous persistons, dans toutes nos entreprises – de la tentative de guérir le cancer à la conception d’une théorie unifiée – à fonctionner à partir d’une perspective matérialiste. Peut-être cela doit-il changer.

Krishnamurti : Rien n’est un problème à moins que vous n’en fassiez un

Vous regardez une fleur sur le bord de la route, vous la regardez là, vous voyez sa beauté, la tranquille condition de son existence, sa couleur, vous en respirez le parfum. Et, simplement, vous regardez et vous passez. Regardons exactement de la même manière le mouvement de notre vie durant les heures de veille, exactement ainsi, sans désirer résoudre aucune de ses complexités, aucune des questions qui sont en cause durant notre journée.

Zack Savitsky : La perspective radicale de Carlo Rovelli sur la réalité

Nous devons renoncer à l’idée qu’il existe des choses matérielles que nous décrivons depuis l’extérieur. La meilleure façon de conceptualiser la réalité à la lumière de la science moderne est en termes d’informations relatives que les éléments de la nature possèdent les uns sur les autres. Nous ne pouvons que dire comment le monde apparaît depuis notre perspective limitée et biaisée. C’est très radical, car on ne peut plus dire : « Voici la liste des choses dans le monde, et voici ce qu’elles sont ». Nous devons vivre avec cette absence de description totale de la réalité.