Jacques Kalmar : Acupuncture chinoise


07 Jul 2008

(Revue Spiritualité. Numéros 58-59, Septembre-Octobre 1949)

R. Linssen & J. Kalmar

L’Acupuncture chinoise, en tant que discipline thérapeutique, est de prime abord assez déconcertante aussi bien par ses principes de base que par ses méthodes particulières d’examen des malades. N’usant pour agir contre les maladies — nous dirons de préférence les dérythmies — d’aucune substance médicamenteuse, l’Acupuncture s’écarte délibérément des voies tracées par la Médecine allopathique que l’Occident a la simplicité de déclarer universelle et seule véritable.

Comprendre l’Acupuncture et son action curative implique l’introduction dans l’exposé de notions que la Médecine occidentale ignore ou dont elle se désintéresse, la plus importante de ces notions étant la connaissance du cycle de l’Énergie cosmique. C’est d’ailleurs une des raisons qui explique qu’un article sur l’Acupuncture est actuellement plus susceptible d’être compris et toléré dans une revue comme « Spiritualité » plutôt que dans un Journal médical.

L’Acupuncture (aci-punctura : piqûre par aiguille) consiste à soigner les maladies par l’introduction, en des points précis, d’aiguilles métalliques à quelques millimètres de profondeur dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Historique. — Son origine remonte à la plus haute antiquité et, dès l’époque néolithique, les Chinois utilisaient des poinçons de silex et pratiquaient une acupuncture, très élémentaire évidemment. Comment la connaissance de l’Acupuncture a-t-elle pu se transmettre jusqu’à nous? D’abord par la tradition orale jusqu’en 3200 avant J. C., où l’Empereur Chin-nong introduisit des signes conventionnels formés de lignes droites et brisées. En 3000 avant J. C. apparurent des cordelettes nouées et 50 ans plus tard, Fou-Hi, illustre philosophe dont nous reparlerons, composa les premiers idéogrammes écrits. Les premiers manuscrits apparurent avec l’Empereur Houang-ti en 2640, mais le Nei-tsing, premier livre qui soit parvenu jusqu’à nous, remonte à l’an 200 avant l’ère chrétienne et fut écrit sous la Dynastie des Hans.

De l’époque néolithique jusqu’à l’Empereur Houang-ti — donc en 2640 — les Chinois utilisèrent des poinçons de pierre polie. Lors de la découverte du cuivre, l’Empereur, dans une ordonnance, dont le texte nous est parvenu grâce au Nei-tsing, déclara aux Médecins de sa Cour: « Je regrette que mon peuple, arrêté par les maladies, ne s’acquitte plus des taxes et corvées qu’il me doit. Mon désir est qu’on ne leur donne plus de médicaments qui les empoisonnent et qu’on ne se serve plus des antiques poinçons de pierre Je désire qu’on utilise uniquement les mystérieuses aiguilles de métal avec lesquelles on manie l’Energie. »

Nous abordons le chapitre de la technique acupuncturale et nous serons relativement bref, car nous préférons nous étendre sur le chapitre beaucoup plus essentiel des précisions apportées par l’Acupuncture dans la connaissance de l’Energie.

Le point cutané douloureux. — Le point cutané douloureux est à la base même de la pratique acupuncturale. Les Chinois l’ont découvert mais n’ont pas jugé utile de le définir. Nous nous fonderons donc, pour l’analyser, sur les travaux de physiologistes occidentaux contemporains.

Mackenzie, dans son ouvrage « Les symptômes et leur interprétation » [1], montre « que le siège de la douleur ne donne, en règle générale, aucune indication du siège de la lésion », car même lorsqu’il y a superposition de la douleur et de la lésion — ce qui est le cas le plus simple et, en vérité, le moins fréquent, bien que ce soit le seul, ou à peu près, qui soit pris en considération par notre Médecine occidentale — même dans ce cas donc, la douleur « n’est pas perçue dans l’organe lésé, mais est transmise dans la zone de distribution des nerfs sensitifs des téguments externes ».

Autrement dit, un point cutané douloureux doit être considéré comme l’expression terminale du dysfonctionnement d’un organe. Ce qu’un physiologiste américain, Abrams, a exprimé en écrivant que « la peau est l’image de la douleur viscérale ». Cette projection sur les téguments se produit par l’intermédiaire des systèmes grand sympathique et sensitif cérébro-spinal. Elle est le plus souvent très éloignée de l’organe lésé, sans rapport anatomique apparent avec celui-ci. Ce qui explique que certains points agissant sur le foie sont situés sur les pieds et les genoux; que d’autres en relation avec le gros intestin, se trouvent sur les mains et que des points en rapport avec la vessie sont étagés de part et d’autre de la colonne vertébrale. La logique cartésienne est sans doute peinée par de telles affirmations, mais peut-être existe-t-il une logique qu’elle n’a pas très bien comprise. Et de cette Logique nous nous entretiendrons tout à l’heure.

Abrams [2] a remarqué, en outre, que ces points cutanés douloureux apparaissent avec la dysfonction et que leur disparition coïncide avec la guérison ou l’amélioration. Head [3], enfin, a constaté que « toute irritation sur une de ces zones d’hyperesthésie cutanée a souvent un effet surprenant de guérison sur les troubles organiques en relation avec elle » [4]

Ainsi, dans cette brève analyse, en nous appuyant uniquement sur les travaux de physiologistes occidentaux, qui ignoraient tout de l’Acupuncture, nous avons pu définir ces zones cutanées de 2 à 3 millimètres de diamètre, très douloureuses à la pression, alors qu’à quelques millimètres, de part et d’autre, la même pression est parfaitement indolore.

Les Chinois ont ainsi découvert 787 points répartis sur l’ensemble des téguments.Nous pouvons donc comprendre la signification double d’un point cutané douloureux :

1) Un tel point, de par son existence, est l’indice d’une dysfonction organique. De par sa localisation, il définit l’organe dérythmé. Il a donc une valeur diagnostic.

2) L’irritation de ce point provoque une réaction et rééquilibre le viscère lésé. Il a donc une valeur thérapeutique.

Ce que le Dr. de la Fuye [5] a défini par cette expression : le point cutané douloureux est « la plainte et l’espoir de l’organe qui souffre ».

Notons que l’irritation d’un point peut se faire de trois façons différentes. Par l’aiguille, c’est l’acupuncture chinoise. Par la chaleur produite par un petit cône d’armoise enflammée ou par une chaleur sèche quelconque, c’est le moxa japonais. Par le ponçage, c’est le massage chinois.

Détermination du point à piquer. — Parmi cette masse de 787 points, il serait évidemment très difficile de déterminer quels points doivent être puncturés dans un cas donné, s’il n’existait trois notions essentielles qui permettent précisément cette détermination.

La première est la notion de Méridiens. Ce sont des lignes sans rapport anatomique avec les nerfs et les vaisseaux, le long desquelles sont répartis les points cutanés. Il y a ainsi 12 Méridiens symétriques et deux Méridiens médians, un antérieur et un postérieur. Chaque Méridien correspond à un organe ou à un ensemble de fonctions d’organes, tels le Méridien médian antérieur et le Méridien dit du Triple Réchauffeur, qui répondent à la triple fonction respiratoire, digestive et génito-urinaire. La détermination du ou des Méridiens en cause, dans un cas donné, se fait à l’aide de l’examen des Pouls selon le mode chinois, deuxième notion fondamentale. Dans l’Antiquité, les Chinois ont étudié les pouls au niveau des carotides, des pédieuses, des fémorales, mais c’est finalement ceux de la gouttière radiale qui ont été utilisés.

En Occident, l’endroit de la gouttière radiale où l’on prend le pouls est sans importance, en ce sens que l’on obtient toujours les mêmes renseignements au sujet de l’état circulatoire. Mais dans les pouls chinois, il en va tout autrement et les indications diffèrent totalement selon l’emplacement où le doigt est posé. De part et d’autre de l’apophyse radiale existent trois positions. Sur chaque position, deux niveaux: un superficiel, un profond. Sur la radiale droite, en outre, en deux positions existe un troisième niveau moyen. En définitive, 14 pouls doivent être étudiés. Chacun de ces pouls renseigne sur l’activité hyper, hypo ou normale d’un organe, donc sur la qualité de son fonctionnement et son statut énergétique.

Evidemment, ces renseignements doivent coïncider avec les résultats donnés par l’examen pratiqué selon le mode occidental. Mais il est certain, et amplement prouvé par l’expérience quotidienne, que l’étude des pouls donne des renseignements beaucoup plus subtils, bien plus précis et permet de pénétrer plus avant dans le monde des causes de dérythmie. Ce qui explique la guérison souvent spectaculaire, par l’Acupuncture, de malades qui, pendant des années, avaient « tout essayé », mais sans résultat appréciable. Pour la raison suffisante que la Médecine, telle qu’elle est enseignée dans les Facultés, s’attaque aux symptômes alors que ces symptômes ne sont que des réactions secondaires, des manifestations de défense, la source véritable de la dérythmie étant ailleurs et bien souvent indécelable, même par les moyens d’investigation du laboratoire. Il est significatif de constater, à ce sujet, que certaines causes de dérythmie, décelées par les pouls chinois ne trouvent pas de correspondance dans la terminologie de la Médecine occidentale. Il n’en reste pas moins que les malades doivent être, plus souvent qu’on ne croit, des orientalistes avertis, car leur guérison prouve qu’ils comprennent quelque chose.

L’examen des pouls nous oriente donc vers le ou les Méridiens sur lesquels il convient d’agir. Alors intervient la troisième notion : l’individualité clinique des points.

Un point cutané douloureux ne correspond pas à un seul symptôme, mais à un ensemble de signes qui intéressent les sphères digestive, respiratoire, génito-urinaire, psychique, sensorielle, etc., et réalise un ensemble qui ne répond pas à la rigidité d’un syndrome, lequel n’est jamais qu’une abstraction, mais à un tableau clinique qui se prête à toutes les modalités des processus morbides. Le problème consiste donc à rechercher le ou les points sur le ou les Méridiens définis par l’étude des pouls dont les tableaux cliniques correspondent avec la symptomatologie du malade. Ces points doivent être douloureux à la pression. La puncture rétablit l’équilibre et fait disparaître les troubles. A propos de l’individualité clinique des points, il est utile de signaler la similitude qui existe entre les indications cliniques de certains points d’Acupuncture et la pathogénésie de médicaments homéopathiques. Cette similitude intéresse plus de 400 points chinois, ce oui permet la synergie thérapeutique acupuncture-homéopathie étayée et justifiée par de nombreuses correspondances de principes entre les deux méthodes. Cette association a été mise au point par le Dr. de la Fuye à la suite des travaux du Dr. Weihe, médecin homéopathe du XIXe siècle.Voici donc brièvement esquissée les données fondamentales de la pratique acupuncturale. Evidemment ces données sont très éloignées de la Pensée médicale de l’Occident.

« L’Energie ». — Comment peut s’expliquer l’action curative de l’Acupuncture? Lorsqu’on comprime ou pique un point cutané, le malade perçoit souvent une sensation curieuse, comme « s’il passait quelque chose » le long d’une ligne. Cette sensation est différente de celle qui résulte de la compression d’un tronc nerveux. Elle existe d’ailleurs là où ne se trouve aucun tronc nerveux. Le trajet de ces sensations coïncide avec celui des Méridiens et a permis de définir et préciser l’existence de ces Méridiens. Ce « quelque chose » les Chinois l’appelèrent Energie (tsri). Les Chinois étudièrent « minutieusement le tsri pendant des siècles, sur des millions d’individus, en notant et en publiant les observations » [6]. De telles recherches méritent qu’on leur prête une certaine considération. On s’étonne qu’elles ne suscitent dans les milieux médicaux qu’un scepticisme purement négatif, puisqu’il élude le problème.

Le Inn et le Yang. — Le philosophe Fou-Hi, en 2950 avant l’ère chrétienne, entreprit avec ses disciples de rassembler toutes les connaissances accumulées au cours des générations passées, d’en opérer la synthèse et, par inductions, de remonter à la Loi Unique, à la Source même de la Vie, au Rythme qui conditionne la Respiration du Cosmos.Du nombre un, du Principe unique, de l’Energie Une, le Philosophe Fou-Hi extraya le nombre deux, le duel, symbole de l’opposition. D’après le Docteur Sakurazawa, voici comment il y parvint : « L’alternance de la lumière et de l’obscurité fut considérée tout d’abord. Ce va-et-vient régulier qui nous fait travailler, qui nous repose, qui fait pousser les feuilles au printemps et les fait tomber en automne, était bien le phénomène fondamental. Le même va-et-vient, la même opposition furent découvert dans toute la nature. » [7]. Et Fou-Hi dénomma les deux éléments du duel, constitutifs de l’Energie, le Yang et le lnn. Le Yang, c’est la solidité, la clarté, la chaleur, la plénitude, le positif. Le Inn, c’est la souplesse, le froid, la fragilité, l’obscurité, le vide, le négatif.Mais « le jour finit, la nuit ne tarde pas à tomber. Avant que la nuit ne parte, le jour est déjà préparé. Le jour, c’est donc le commencement de la nuit. Rien n’est donc fini, toutes les choses sont en évolution, dépendantes et liées. » Donc rien n’est absolument Yang, ni purement Inn. Ce qui est Inn par rapport à un élément Yang peut être en même temps Yang par rapport à un élément lnn. Toutes choses, comme l’exprime le Professeur Laignel-Lavastine « sont des manifestations très variées des combinaisons de ces deux activités fondamentales et universelles, Inn et Yang, oscillant dans des proportions infiniment variables. » Finalement, Fou-Hi énonça la Loi Unique qui déclare que « L’Univers, c’est l’oscillation des deux activités Inn et Yang et leurs vicissitudes ». Mais «Tout est dans tout». Si donc les manifestations du Cosmos sont soumises à l’Opposition Inn-Yang, l’homme doit l’être également et le duel, chez lui, doit être comme en toutes choses, à la source de ses processus physiologiques, à la source de son existence. La santé apparaît ainsi comme l’objectivation d’un flux énergétique équilibré dans ses composants Inn et Yang et qui s’écoule sans obstacle. Un excès ou une insuffisance de lnn ou de Yang engendre cet état dérythmique polymorphe qu’on appelle « la maladie ». Polymorphe parce que variable suivant la nature de la cause perturbatrice et le siège de l’obstacle au flux énergétique. Le plus souvent, la cause perturbatrice est d’ordre toxinique : toxines secondaires à une alimentation défectueuse, à du surmenage, à une vie mal équilibrée, en dysharmonie avec le rythme de l’individu ou encore toxines d’origine mentale (soucis, haine, colère, envie, etc.) Et c’est ainsi que les points cutanés douloureux, selon nous apparaissent comme des centres d’accumulation toxinique.

L’Acupuncture rétablit l’eurythmie organique par la recomposition du rapport normal Inn-Yang et en favorisant l’élimination toxinique. Qu’une simple puncture, sans aucune adjonction médicamenteuse puisse prétendre avoir de tels effets, déconcerte le médecin occidental. Il convient de ne pas oublier qu’à l’échelle organique les proportions qui président aux rapports biologiques eurythmiques ou dérythmiques sont de l’ordre infinitésimal. L’incitation qui doit maintenir ou rétablir l’eurythmie doit être infinitésimale également. On retrouve dans cette considération un nouveau point de contact entre l’Acupuncture et l’Homéopathie. L’Acupuncture a cet avantage — qui n’enlève rien à la valeur de l’Homéopathie — d’être plus proche des processus naturels, car la puncture dérive de la pression qui est un geste de défense, de recomposition eurythmique naturelle. Nous sommes loin de la conception de la Médecine officielle pour qui l’acte thérapeutique est conditionné par le principe de la quantité.

Le maniement de l’Energie. — Selon les Chinois, et la pratique quotidienne de l’Acupuncture le prouve, l’Energie circule le long des Méridiens, passant de l’un à l’autre en un flux permanent, suivant un ordre et une direction invariables, déterminés et connus. Cette connaissance triple d’existence, de signe (inn ou yang) et de trajet permet ce que les Chinois depuis des millénaires appellent « le maniement de l’Energie », qui est certainement l’apport le plus précieux de la Médecine chinoise. Ce « maniement » repose sur l’étude des pouls.

Prenons, par exemple, le cas d’une personne qui a une insuffisance hépatique, sans préjuger des symptômes qu’elle peut présenter et qui peuvent réaliser les tableaux cliniques les plus divers, orientant vers des points différents. Le pouls correspondant au foie, et qui se trouve en regard de l’apophyse radiale gauche, sur le plan profond, est faible, plus ou moins perceptible suivant le cas. Or sur chaque Méridien, donc pour chaque organe, existe un point de Tonification et un point de Dispersion (sédation). Nous mettons donc une aiguille d’or au point de tonification du méridien du foie. Au bout de quelques minutes, le pouls qui était faible est mieux frappé. Cela prouve que l’organisme a répondu : à l’incitation il a riposté par une réaction. Les fonctions organiques, hépatiques entre autres, amorcent leur processus de rééquilibration. Admettons qu’il n’y ait eu aucune réponse. Il existe un autre point sur chaque méridien: le point Source, lequel suivant qu’il est piqué à l’or ou à l’argent, renforce l’action tonifiante ou sédative. Si la réponse est encore insuffisante, on se base alors sur la direction et le trajet du courant énergétique le long des méridiens. On tonifie en amont du méridien insuffisant et on disperse (calme) en aval pour provoquer d’une part un afflux d’énergie de l’amont, d’autre part une diminution du flux vers l’aval, et par conséquent une concentration énergétique au niveau du méridien et donc de l’organe traité. L’Energie est ici maniée exactement comme en hydraulique. Evidemment on peut objecter qu’il s’agit là de jugements et de considérations purement subjectifs, donc entachés d’un coefficient d’erreur et de suggestion non négligeable. C’est pour répondre à cette objection qu’un appareil enregistreur des pouls a été mis au point au Japon et toutes les actions de maniement de l’Energie ont ainsi pu être contrôlées et confirmées. Les quelques notions exposées ci-dessus sur le maniement de l’Energie suffisent pour montrer que l’Acupuncture recherche essentiellement la rééquilibration des états dérythmés par des procédés dont la douceur et la non-violence contraste avec les méthodes de plus en plus brutales et de moins en moins biologiques de la Médecine allopathique. Grâce à la connaissance de l’Energie circulante et de son trajet dans l’organisme, nous sommes en mesure de procéder à une vue d’ensemble du Cycle général de cette Energie.

Le Cycle de l’Energie. — L’Energie cosmique qui pénètre dans l’organisme s’accumule selon les Hindous dans des Centres appelés Chakras, au nombre de six, dont le premier est dans la muqueuse pituitaire, alors que les autres sont étagés le long de la colonne vertébrale. Selon les Chinois, l’Energie cosmique est transformée dans certains organes, dits « organes-ateliers » : l’estomac, l’intestin grêle, le gros intestin, la vésicule biliaire, la vessie. L’Energie issue de ces organes est mise en réserve et finalement distribuée par l’intermédiaire des « organes-trésor » ou de réserve : le cœur, les poumons, la rate et le pancréas, le foie, les reins. Autrement exprimé, l’Energie cosmique est distribuée dans les organes. C’est précisément cette rencontre Energie-Organe qui est fondamentale dans la genèse des phénomènes biologiques. Le duel Energie-Organe ou l’opposition Energie, comme facteur d’intégration et la matière, comme élément de désintégration conditionne l’équation biologique somato-psychique. Mais de ce passage dans les organes, l’Énergie cosmique reçoit des qualités nouvelles. En effet, l’organisme absorbe une Energie universelle, indifférenciée comme étant la même ici et là. La rencontre de cette Energie avec un organe entraîne une différenciation, une caractérisation, une spécificité énergétique. De cosmique l’énergie se transforme et devient déterminante d’une forme, d’une manifestation biologique donnée. Il est bien évident qu’une énergie particulière circule dans un Méridien, sinon si l’énergie était la même dans tous les Méridiens, il n’y aurait pas lieu de faire la distinction entre les divers Méridiens, entre celui du foie et celui des poumons, par exemple. Mais ceci nous conduit à une vision analytique et il convient de se resituer sur le plan de la vie qui est synthétique. Or ce qui circule le long d’un Méridien n’est pas une énergie spécifique unique, mais la synthèse de toutes les énergies spécifiques d’organes suivant une équation qui varie avec chaque organe. Et ces notions quel nous avons présentées au 3e Congrès International d’Acupuncture [8], nous avons eu le plaisir de les trouver confirmer dans la revue « Spiritualité », de février 1949, dans un article de M. R. Linssen : « Le matérialisme spirituel », où il est écrit : « Nous pouvons envisager l’homme comme un milieu transformateur de l’énergie. Cette transformation la décompose, non en un spectre coloré (par comparaison avec un prisme), mais en différentes autres formes plus spécialisées de l’énergie : mode mental, mode émotionnel et autre. De même que la lumière blanche est l’apothéose homogène des différentes teintes particulières révélées dans le spectre coloré, de même pourrions-nous envisager l’énergie pure comme l’apothéose indivisée des modes émotionnels et mentaux. »

Considérée sous le point de vue biologique, l’Energie cosmique est l’apothéose des diverses énergies spécialisées engendrées par les rencontres énergie-organes. Poursuivant son cycle, l’énergie différenciée est distribuée et circule tout au long des méridiens, tels qu’ils sont décrits par les Chinois et finalement elle est éliminée principalement par les mains, les pieds et les yeux, ce qui est conforme d’une part avec le fait que les méridiens se terminent soit aux extrémités, soit à la face et d’autre part avec les expériences relevant du magnétisme humain. De la connaissance de ce cycle découle des conséquences thérapeutiques et nosologiques. Elle permet, en effet, de classer les dérythmies et de tracer les limites des possibilités curatives des méthodes médicales quelles qu’elles soient. Les quatre stades de la circulation énergétique dans l’organisme : absorption, accumulation, diffusion, élimination permettent de considérer quatre formes principales d’obstacle au flux énergétique. Nous nous bornerons ici à analyser brièvement les deux principales qui résultent d’un obstacle à l’absorption ou à la diffusion.

Obstacle à l’absorption de l’Energie cosmique : Lorsqu’un traumatisme psychique, un conflit intérieur provoque un repli de la personne sur elle-même, une tentative d’isolement du reste du monde, dont la conséquence est une absorption prânique insuffisante. Il est bien évident que dans de tels cas les médicaments, qu’ils soient allopathiques ou homéopathiques, et l’Acupuncture resteront inefficaces s’ils sont utilisés à titre isolé. L’Acupuncture et l’Homéopathie devront être utilisés concurremment pour favoriser la différenciation et la diffusion énergétique, mais l`apport énergétique sera étroitement conditionné par les méthodes d’hygiène physique et mentale qui permettront à l’individu de se resituer, de pénétrer à nouveau dans le Cycle de la vie. A ce sujet, et en deux mots, on peut s’expliquer par les considérations antérieures sur le cycle de l’énergie dans l’organisme, l’action du magnétisme (ondothérapie humaine) dans de tels cas. Car ce que le magnétiseur transmet au malade n’est autre que cette énergie différenciée qui s’élimine par ses extrémités. Et il convient de remarquer que l’équation énergétique du fluide éliminé par les index, par exemple, n’est pas la même que celui des médius ou des pouces, puisqu’il s’agit là de terminaison de méridiens, donc d’organes, donc d’énergies différenciées. Donc le magnétiseur transmet au malade de l’énergie différenciée et le résultat immédiat est à peu près le même que si le malade avait absorbé et transformé lui-même l’Energie cosmique. Mais l’amélioration est soumise à la répétition indéfinie des séances. Il est intéressant de noter que l’Acupuncture peut apporter une contribution très large pour la compréhension de l’action curative du magnétisme humain.

Obstacle à la diffusion de l’énergie différenciée : Nous sommes en présence de la cause majeure de la plupart des maladies. Or les troubles, qu’ils soient fonctionnels réversibles ou non, ne peuvent résulter de l’énergie cosmique indifférenciée et invariante en tant que telle. Les dérythmies résultent nécessairement d’une altération de l’organe. Si la rencontre énergie cosmique avec un organe sain se traduit par une onde énergétique eurythmique, par contre la rencontre énergie identique avec un organe taré suscitera des maladies, des ondes énergétiques dérythmées. Nous entrons dans le domaine des intoxinations, dont la cause est toujours un abandon du rythme, des lois de la Vie; un transfert du plan où la Vie s’épanouit vers un autre où elle se dégrade. Là est le grand domaine de l’action acupuncturale. Les résultats à longue échéance, c’est-à-dire l’absence de récidives ou de rechutes étant fonction de la reconnaissance, par le malade, de ses Lois et de la redécouverte de son rythme. Et nous terminerons par une pensée puisée dans le trésor de l’antique Sagesse chinoise; pensée que nous dédions à nos Maîtres en Faculté qui, en sept années, nous ont enseigné une notion de l’homme, de la maladie et du malade qui aboutit à une impasse, à une conception qui déploie ses raisonnements, développe ses arguments dans la totale ignorance des exigences élémentaires de la Biologie et ne réussit, parallèlement à l’obscuration d’une Médecine de la Vie, qu’à créer l’étrange monument d’une Médecine de cadavre, anatomique, anatomopathologique, matérialiste, pseudo-scientifique.

Pienn-ts’io, illustre médecin chinois, quelques siècles avant J.C., déclarait pouvoir tout guérir par l’Acupuncture, sauf six maladies, dont les plus graves étaient « l’orgueil qui méprise la raison et une richesse trop lourde pour un être trop léger ». La richesse qui paraît vraiment trop lourde à certains occidentaux est la prodigieuse tradition orientale. Et c’est être bien orgueilleux et vraiment léger, en effet, que d’ignorer volontairement une discipline thérapeutique qui a résisté à cinquante siècles d’expérimentations, de recherches patientes et minutieuses sur des millions d’individus, alors qu’on se croit autorisé à rendre obligatoire l’usage de certaines substances médicamenteuses (BCG), dont l’expérimentation remonte à quelques décades.

Mais ceci est la Logique à rebours des Mondes en perdition…

Dr. J. KALMAR.


[1] Traduit de l’anglais par le Dr. Guillaume de Spa. Alcan 1923.

[2] Some new things in Spondylotherapy. Philipolis 1913.

[3] Les Dermatomes. Londres 1901.

[4] « La Science Médicale pratique », 15 mai 1932; article du Dr. Ferrey­rolles.

[5] Traité d’Acupuncture, Le François. Paris 1947.

[6] Chine et Japon, par G. Soulié de Morant, in « Histoire Générale de la Médecine », Tome I.

[7] In traité d’Acupuncture du Dr. de la Fuye.

[8] Acupuncture et Respir; communication au 3e Congrès International d’Acupuncture, Paris 1949.