Robert Linssen : Amitié, confidence et extraversion


17 Jul 2008

publié sous le nom d’Iwan KHOWSKY (Pseudonyme de R. Linssen)
(Revue Être Libre, Numéro 219, Avril-Juin 1964)

L’amitié véritable est rare. Son authenticité dépend de certaines qualités de désintéressement, d’honnêteté, de gratuité, de pure affectivité qui lui donnent tout son charme et sa beauté.

Un mode et une qualité de relation d’une exceptionnelle richesse peuvent s’établir entre des amis véritables.

Nous portons tous, en général, de nombreux masques. Il nous arrive fort souvent de prendre des attitudes artificielles suivant les circonstances, soit par orgueil, par recherche de prestige.

Les comédies que nous nous jouons à nous-mêmes ou aux autres, doivent tomber d’elles-mêmes pour que s’établissent les relations adéquates d’une amitié authentique.

La simplicité, la spontanéité, la franchise, le désintéressement sont les éléments fondamentaux du climat psychologique de l’amitié vraie.

Nous nous apercevons rapidement qu’une telle attitude nous conduira souvent à des déceptions ou à de bien désagréables surprises résultant de notre propre faute et du climat général d’insensibilité et de médiocrité de notre monde prétendu civilisé.

Si nous éprouvons une déception, celle-ci doit nous révéler tout autant notre propre médiocrité et une certaine avidité. Aussi longtemps que nous attendons quelque chose de quelqu’un, il n’y a ni amour, ni amitié véritables. C’est bien dire qu’ils sont très rares.

Néanmoins, et très heureusement, ils peuvent exister.

Dans l’amitié véritable, il peut et il doit y avoir confiance mutuelle, liberté parfaite, spontanéité. Chacun peut être alors un miroir pour l’autre. Ceci peut conduire à une autorévélation mutuelle pleine de possibilités. Tel est le sommet de la relation adéquate dans le couple. Il est évidemment rarissime.

Une telle attitude nous conduit inévitablement, et à titre provisoire, à une certaine extraversion nécessaire. Les amis ou les amants deviennent des confidents. Le processus même de la confidence contient de grandes possibilités d’autorévélation mutuelle. Pour que la confidence soit révélatrice, elle doit être naturelle. Trop de confidences sont le résultat d’une agressivité mal contenue. Il est fort connu qu’une personne blessée sentimentalement a généralement tendance à se confier pour libérer une agressivité inconsciente.

Toujours est-il que dans l’amitié véritable, la confidence doit être accueillie avec grand respect et affection. Elle doit être accueillie par une forme de sensibilité supérieure qui n’est donnée que par un certain état d’amour, étranger à tout sentimentalisme.

Ebruiter ou divulguer la confidence d’un ami ou d’un amant équivaut à un véritable abus de confiance. Lorsque la confidence est particulièrement secrète et intime, sa divulgation correspond à une sorte de trahison. Beaucoup de femmes sont malheureusement très expertes dans l’exercice de cet art particulier.

Si l’extraverti s’expose à certaines déceptions, il bénéficiera par contre de l’avantage de connaître, tôt ou tard et à coup sûr, les amis qui sont ou non dignes de sa confiance.

L’amitié véritable peut-elle s’établir en dehors de toute considération de sexe ? Cette question a été mille fois posée. La réponse semble devoir être affirmative. Théoriquement du moins.

L’expérience prouve cependant qu’en raison du niveau psychologique moyen de l’humanité actuelle, l’amitié pure est plus difficile entre homme et femme, surtout s’il existe des éléments d’amour passionnel.

En fait, l’expérience démontre qu’il est en général désastreux de mêler à l’amitié des questions financières ou amoureuses passionnelles.

Parce que nous sommes encore tous beaucoup trop égoïstes, malgré nos théories sur l’altruisme, sur l’illusion du « moi », nos lectures et nos discours. Reconnaissons-le, tout simplement.

En dépit de nos progrès techniques, de nos cerveaux électroniques, de nos radars, de nos microscopes électroniques, de nos radiotélescopes, de nos fusées interstellaires ou interplanétaires, nous restons psychologiquement « lourds ». Quand sortirons-nous de cet authentique « pachydermisme » spirituel ?
Comme le dit Krishnamurti, « l’homme est resté un loup pour l’homme ».

Mais ce sont précisément ces circonstances difficiles et contradictoires qui nous permettront de rester fidèles avec plus de force encore à la loi d’Amour, à l’Amitié, quelles que soient les réponses, les blâmes, les louanges, les injustices ou l’indifférence.

Par cela, nous démontrerions au monde, ainsi qu’à nous-mêmes, notre accès aux profondeurs de l’Inconditionné.