lama Denis Teundroup : Amour et connaissance


29 Jan 2014

(Revue Itinérance. No 1. Mai 1986)

« Une pratique qui dissocie les moyens d’amour et la connaissance est une con­duite diabolique. »

Gampopa

La connaissance et la méditation

Le bouddhisme du Mahâyâna met l’accent avec insistance sur la nécessité de l’union de l’Amour et de la Connaissance. Nous pouvons rappeler ici l’i­mage traditionnelle de l’oiseau avec ses deux ailes : la colombe de l’esprit a besoin de l’aile droite de l’amour et de l’aile gauche de la connaissance pour s’envoler au firmament de la Claire Lumière du pur-esprit. Mais si l’on proclame l’exigence de la conjonction de ces deux approches, selon les pratiques et les individus, l’accent est mis davantage sur l’une ou l’autre. Il y a des voies plus sèches, d’au­tres plus humides, des voies qui insistent davantage sur la con­naissance, d’autres sur l’amour, mais sans jamais les dissocier. Par connaissance, il faut com­prendre la Connaissance Trans­cendante, la Prajnâpâramitâ.

Quant aux cinq premières per­fections, à savoir : le Don, la Dis­cipline, la Patience, l’Énergie et la Méditation, elles sont l’ex­pression de l’amour et de la compassion dans le domaine de l’action. Mais celles-ci, sans connaissance, ne peuvent nous mener à l’Éveil Ultime. D’autre part, une voie sèche, centrée ex­clusivement sur la connaissance, nous mène à l’illusion de la déli­vrance pour soi. On doit donc associer aux « jambes » de ces vertus d’amour, l’ »œil » clair­voyant de la connaissance. Car les pratiques unilatérales, nous dit Gampopa, sont diaboliques et nous privent du véritable Éveil. Citant une parole du Bouddha, il précise : « les actes diaboliques sont deux : ceux des moyens d’amour dissociés de la connaissance et ceux de la connaissance sans amour. Connais-les comme les activités du démon et abandonne-les. »

Il y a pratiquement un va et vient continu entre l’amour et la connaissance. L’amour est ouverture, don et dépassement de soi. C’est cette ouverture et cet abandon qui nous éveillent à la connaissance profonde et directe qui, à son tour, s’exprimera et rayonnera dans l’amour éveillé.

La connaissance transcendante — la seule que nous évoquerons brièvement ici — est fondamentalement non-duelle, c’est une expérience libératrice des illu­sions et des douleurs samsari­ques [1]. Les tibétains appellent sa pratique : « Lhagtong », terme qui signifie « voir clairement ». Il ne s’agit là en aucun cas de com­prendre ou d’apprendre avec le mental, mais de voir la réalité avec l’œil du cœur qui est l’œil de la connaissance directe et im­médiate.

Le bouddhisme nous propose une approche pratique vers cette connaissance : c’est la mé­ditation et il est important d’en comprendre l’essence et la sim­plicité. Si l’on discute souvent de façon compliquée sur la connaissance, son expérience véritable est en fait la simplicité même. C’est un regard direct, une vision « immédiate » dans le double sens d’instantanée et de sans médium, sans intermé­diaire. C’est l’expérience du non-agir du mental, cet état en lequel il n’agite aucun concept, simplement au repos, l’esprit se contemplant en lui-même. Les traités de méditation nous di­sent comment retrouver ce re­pos, cette simplicité du regard intérieur semblable à celui d’un petit enfant contemplant béate­ment une fresque. Il ne juge ni ne pense, sa vision est dégagée, nue et directe : toute simple. La méditation, comme les vérités les plus profondes, est, dans son essence, d’une simplicité décon­certante ! C’est nous qui som­mes compliqués, nous nous em­pêtrons dans une trame de conceptions et d’élaborations mentales ; la méditation est un processus de simplification. Sa pratique demande de trancher les fils de cette trame, pour retrouver l’expérience directe et immédiate qui réalise la perfec­tion de connaissance transcendante. C’est là le cœur et la ra­cine de toutes les pratiques du bouddhisme.

«En l’état de non-agir du mental, il n’est de méditant, il n’est de Dieu ni de dogmes ; pourtant, en sa nature qui est absence de conception, demeurent parfaite­ment Dieu et dogmes. » dit un patriarche de notre lignée.

En fait, la méditation vise à nous faire reconnaître ce que nous sommes fondamentalement : à nous éveiller à notre propre es­prit dans sa pureté originelle. Cette connaissance de soi dé­bouche sur la connaissance de l’autre et de leur au-delà. Un bouddhiste peut reprendre l’adage socratique : « sache ce que tu es et tu connaîtras Dieu et l’univers ». C’est en effet en découvrant ce que nous som­mes fondamentalement, en voyant la nature de l’individuali­té et des phénomènes, que nous nous ouvrons à la connaissance divine et transcendante.

L’AMOUR

C’est d’abord l’amour du Boud­dha ou, dans le contexte du bouddhisme Vajrayâna, l’amour divin qui est sans motif, sans intention et sans référence. Il possède sa raison en lui-même, naturellement, spontané­ment. On emploie souvent, pour faire comprendre son caractère spontané, l’exemple du soleil qui rayonne, réchauffe et illu­mine tous les êtres sans en avoir l’intention.

LES NIVEAUX DE L’AMOUR

Plus généralement, la perspec­tive bouddhiste envisage habi­tuellement trois niveaux de l’amour et de la compassion. De ces trois niveaux, les deux pre­miers sont relationnels ou rela­tifs et le troisième est absolu, non relationnel.

Le premier est l’amour qui se réfère aux êtres. C’est une at­titude impartiale, où l’on chérit autrui autant et plus que soi-même, sans rejeter aucun être quel qu’il soit et quoi qu’il ait pu nous faire. C’est un amour duel, d’individu à individu ou de per­sonne à personne, mais en le­quel existe une relation juste entre les deux termes de la dua­lité. Cette relation n’étant plus égocentrée mais allocentrée [2]. C’est un renversement des prio­rités de l’ego.

Le deuxième est l’amour qui se réfère à la vérité. Il réside dans la perception de la transparence de cette relation duelle et naît lorsqu’est perçu combien les êtres souffrent de leurs propres illusions, empêtrés dans les mailles du filet qu’ils tissent eux-mêmes. Cette perception du jeu de l’illusion est source d’un amour et d’une compas­sion plus profonds et plus in­tenses que les précédents.

Le troisième est l’Amour sans référence, il est libre d’inten­tion, libre de conception, spontané et intemporel : c’est forme ultime de l’Amour du Bouddha que nous avons de évoqué précédemment.

L’AMOUR RELATIONNEL

C’est l’amour relationnel que nous envisagerons surtout principalement dans sa qualité d’ouverture à l’autre par delà les fixations de l’ego et le cocon de notre individualité égoïste. Cet amour, cette compassion, sont avant tout une qualité de disponibilité à l’autre et de participation à sa réalité ; il établit une communication puis une communion avec autrui. Si compatir signifie étymologiquement « souffrir avec », on l’entendra ici dans le sens de « participer à la réalité de l’autre », d’ »être touché par l’autre ». Cela suppose d’ouvrir son territoire, ce qui ne peut se faire qu’en s’acceptant, en acceptant l’autre tel qu’il est, et en réduisant, dissolvant ainsi les barrières que nous érigeons pour défendre nos intérêts égocentrés et perpétuer la suprématie de notre moi. Shantideva résume la nécessite de cette transition dans son ouvrage célèbre, « Vivre en bodhisattva » :

« que de tourments dans le monde, quelle somme de souffrance et de peur. Si tout cela vient de la saisie égocentrique, que faire de ce grand démon ? Durant tous les siècles du cycle des existences, tu m’as causé de la misère. Maintenant, je deviens conscient de tous tes méfaits et je vais te vaincre, toi, esprit égoïste. »

LE MAITRE DANS LA TRADITION TIBÉTAINE

LE DANGER DU « COCKTAIL » SPIRITUEL

Si l’on n’a pas de rattachement précis, on est exposé à un cocktail spirituel. On se fait sa petite spiritualité sur mesure et les recettes sont variables : une dose de zen, une de christianisme, une de yoga, un peu de psychanalyse, on mélange bien le tout et on sert dans l’ici et maintenant. C’est un gros problème, très fréquent.

La sagesse que l’on peut trouver ainsi n’est pas sans valeur. Elle peut être un tremplin, nous procurer un certain équilibre et bien-être mais ce n’est pas cela qui nous conduira à l’éveil. Car, passé le côté gratifiant d’une telle démarche, soit nous nous arrêtons, soit nous nous trouvons devant une grande confusion.

Cela ne veut pas dire qu’il faille avoir une attitude exclusive ou sectaire, bien au contraire. Il faut être conscient de la valeur des différentes approches comme autant de sentiers qui convergent vers le sommet de la montagne ou autant de rayons qui convergent vers le moyeu vide et informel de la roue. Du point de vue bouddhiste, toutes les traditions authentiques procèdent d’une révélation transcendante. Dans cette perspective, une tradition n’a pas le monopole de la vérité à l’exclusion des autres. Toutes rendent compte en des langages différents d’une vérité qui dépasse leurs doctrines et leurs discours, tout discours d’ailleurs, une vérité qui est au-delà des mots.

Les différentes traditions peuvent être envisagées comme différentes cartes qui proposent un chemin et rendent compte du terrain mais la réalité concrète de celui-ci leur échappe par nature. L’essentiel alors est d’être bien guidé dans le cadre d’une tradition complète, et ainsi atteindre le sommet de la montage. Avec un mauvais guide, nul n’y aboutit.

À la limite, le guide pourrait être considéré comme étant plus important que la voie.

LAMA DENIS TEUNDROUP

L’ENTRAINEMENT DE L’ESPRIT (LOGJONG)

Ce dépassement de l’égocen­trisme est le but de la pratique de Lodjong. Il ne s’agit plus de discourir sur l’amour, mais d’en­traîner son esprit à une attitude d’échange : l’échange de soi et d’autrui. On y change l’attitude égocentrée qui nous fait, à prio­ri, nous considérer comme plus important que l’autre en attitude allocentrée où nous ressen­tons l’autre comme plus impor­tant que nous-mêmes. Shantide­va insiste sur ce renversement d’attitude : « Celui qui désire une protection rapide pour les autres et pour lui-même doit pratiquer ce mystère sacré : l’échange de soi-même avec autrui« , et il ajoute : « sans échanger totalement son bien-être avec la souffrance d’autrui, il n’est pas de réalisa­tion de la bouddhéité [3] et dans le samsara [4] il n’est point de bonheur. « 

Cette attitude d’échange est source d’une ouverture qui ins­taure une proximité, une intimi­té dans laquelle prend place une relation plus directe avec l’au­tre. Elle permet de le mieux comprendre et de l’aider en fonction de ses besoins et de sa demande réels. L’amour est ainsi fondé sur la réduction de nos projections illusoires, c’est celle-ci qui permet que nous dé­passions la perception que no­tre ego nous donne de l’autre et qui rend possible la communi­cation avec sa réalité. Sans cela, notre prétendu amour visera à conformer l’autre à notre ver­sion du bonheur et à lui impo­ser d’être une réplique de l’idéal de notre égo. Cet acte d’agres­sion douloureux pour notre « ai­mé » est une complète perver­sion de l’amour.

Il faut également bien différen­cier l’amour véritable d’un amour trop sentimental, encom­bré d’une sensiblerie complai­sante et gratifiante pour l’ego. A l’inverse de ces amours égoïstes, l’amour vrai est dépossession de soi et abandon de nos préoccu­pations égocentrées. C’est pré­cisément ce à quoi vise le bodhi­sattva, « celui qui a l’esprit courageux », qui se donne et se consacre au bien de tous les êtres, tant et si bien qu’il n’entre pas dans la paix du Nirvana aus­si longtemps qu’il restera des êtres souffrant dans les exis­tences conditionnées. Ce renon­cement, cette abnégation totale est le vœu des bodhisattva.

L’AMOUR DE TOUS LES ÊTRES

Cet idéal exprimé par le vœu de bodhisattva implique l’amour de tous les êtres. Il ne s’agit pas d’aimer uniquement les siens, ses proches, les membres de sa famille, de son groupe social ou spirituel. C’est un amour sans aucune exclusive ; car rejeter un seul être serait rompre le vœu de bodhisattva. Cet amour est destiné à tous les êtres ani­més, car tous sont porteurs de la nature de Bouddha. Il s’exprime dans la protection de toute vie, dans le fait d’éviter toute souf­france infligée à autrui et va jus­qu’à inclure l’amour des enne­mis. Je cite Kontrul Rimpoché : « Tous les êtres sont particulière­ment dignes de notre gratitude puisqu’il n’y en a aucun qui n’ait été un de nos parents. Tout spécialement, nous devons une grande reconnaissance à tous nos ennemis, car ils sont une source d’inspiration. Prenez en charge leur souffrance et don­nez-leurs vos bonheurs. Ne vous irritez pas même contre un chien ou une chenille. Essayez de les aider concrètement au­tant que vous le pouvez Si vous ne le pouvez pas, alors, au moins, dites en pensée : puisse cet être ou cet ennemi se trouver débarrassé rapidement de toute souffrance et posséder le bonheur ; puisse-t-il réaliser la bouddhéité. »

Cette attitude altruiste est le fondement même de la pratique du Bouddha-Dharma, comme le dit encore Kontrul Rimpoché : « celui qui pense ou agit dans le seul but de réaliser son propre bien est un être mondain, celui qui réfléchit et agit dans le sein but de réaliser le bien d’autrui est un pratiquant du Dharma. »

L’UNION

Après cet amour relationnel, il y a, ultimement, passage à l’a-relationnel, d’abord par l’expérience profonde de la nature de cette relation et de son caractère illusoire puis, ensuite, dans le passage au-delà de l’expérience même de toute relation duelle. Mais l’aspect ultime de l’amour ne peut naître dans l’esprit du débutant. Il faut d’abord méditer énergiquement sur l’amour relationnel puis cet amour acquiert progressivement une dimension universelle et, finalement, dépasse les réfé­rences duelles. Au début, la perception des souffrances samsariques entraîne une irrésistible compassion à l’égard de tous les êtres. Puis l’expérience de plus en plus directe de la nature même des illusions génératrices de la souffrance amplifie cette compassion et estompe progressivement toute distance entre l’amant et l’aimé, jusqu’à ce que, ultimement, l’identité fonda­mentale du sujet, de l’objet et de l’acte qui est connaissance transcendante soit réalisée.

« Sans que cesse la manifestation d’un amour irrésistible, dans l’instant de miséricorde appa­raît nûment la vacuité essen­tielle« , dit une prière que nous utili­sons quotidiennement. Cet amour irrésistible s’éveille dans la réalisation du jeu de l’illusion qui enferre les êtres dans les tourments de leurs projections et les prive de la félicité de leur bouddhéité fondamentale. Dans l’expérience de cet amour, ap­paraît ultimement, nûment, le sens de la vacuité essentielle, c’est-à-dire cette indissociabilité de l’amant, de l’aimé et de l’a­mour. L’expérience de l’amour compatissant et de la connais­sance non duelle est alors simul­tanée. Cette conjonction de l’amour et de la vacuité est ap­pelée la Voie Suprême, la Voie sans déviation. L’Amour y fait dépasser les fixations égocentriques et ouvre à l’expérience di­recte de la Connaissance immé­diate qui, à son tour, fait com­munier le sujet aimant et son objet aimé et devient source d’un amour par participation, consubstantialité des deux ter­mes de la relation.

Ainsi, dans le bouddhisme Mahayana, la Connaissance est au cœur de l’amour et l’Amour est aussi au cœur de la connais­sance. C’est de leur indivisible union que naît la félicité éter­nelle du Grand Éveil.

Bibliographie

L. SILBURN : Le Bouddhisme, Textes traduits et présentés sous la direction de L. Silburn, Fayard 1977.
E. CONZE :
Le Bouddhisme dans son essence et dans son développement, Payot 1971.
W. RAHULA :
L’enseignement du Bouddha (Étude suivie d’un choix de textes) Le Seuil 1961.
R. GUENON :
Aperçus sur l’initiation, Éditions Traditionnelles 1975.
R. GUENON :
Initiation et réalisation spirituelle, Éditions Traditionnelles 1952.
KALOU RIMPOTCHE :
Fondements de la pratique spirituelle, Prajna 1985.
C. TRUNGPA :
Méditation et action, Le Seuil, Coll. Point Sagesse.
C. TRUNGPA :
Pratique de la voie tibétaine, Le Seuil, Coll. Point Sagesse.
C. TRUNGPA :
Le mythe de la liberté, Le Seuil, Coll. Point Sagesse.
SUZUKI :
Esprit zen, Esprit neuf, Le Seuil, Coll, Point Sagesse
DJAMGOEUN KONTRUL :
L’alchimie de la souffrance, Edition Yiga Tcheu Dzinn 1982.

Lama Denis Teundroup est le directeur spirituel de Karma Ling, centre de méditation bouddhique installé en Savoie, dans les locaux de l’ancienne Chartreuse de Saint Hugon.

Après des études universitaires à Paris, puis aux Indes, à Santiniketan, il séjourne longtemps dans l’Himalaya et devient le disciple personnel du Très Vénérable Kalou Rimpotché, patriarche de la lignée Changpa Kagyu du Vajrayana. Il reçut de celui-ci pendant une douzaine d’années une formation théorique et pratique et l’accompagna dans ses premiers voyages en Occident.

Kalou Rimpotché lui confia alors la direction de Karma Ling et de deux Centres de Retraite où une vingtaine d’occidentaux, hommes et femmes, suivent la traditionnelle retraite de trois ans, au cours de laquelle sont transmis les enseignements méditatifs et yoguiques les plus profonds du Bouddhisme tibétain.

Par ailleurs, il enseigne dans différents autres centres bouddhiques et répond à de nombreuses invitations, tant en France qu’à l’étranger. Spécialiste des textes tibétains, il guide actuellement un programme de traductions. Karma-Ling est un centre spirituel et culturel ouvert à tous. Parallèlement aux sessions, séminaires, retraites d’étude et de méditation qui constituent la majeure partie de ses activités, il organise chaque année des colloques favorisant la rencontre des traditions d’Orient et d’Occident. Le texte original de cette conférence a été écrit à l’occasion de la troisième rencontre Chrétiens-Bouddhistes en 1985.

Le thème de ce colloque était « Amour et Connaissance » En tant que représentant du Vajrayana, Lama Denis Teundroup nous montre la complémentarité de ces deux approches au niveau conceptuel théorique d’abord puis dans les différentes techniques méditatives du Bouddhisme tibétain.

[1] qui reviennent périodiquement N.D.L.R.
[2] non centrée sur soi mais tournée vers autrui. N.D.L.R.
[3] État divin N.D.L.R.
[4] Succession des naissances et des morts. N.D.L.R