Robert Linssen : Aspects concrets de la transformation


01 Jul 2009

(Etre Libre tiré à part 1999)

Effets du silence mental et de l’Intelligence de l’Amour

Nos propos risquent de heurter les adeptes de « Voies Abruptes ». Ils mettent en évidence la fréquence d’une confusion existant entre une compréhension intellectuelle de l’inexistence de l’égo et la plénitude de son dépassement total.

L’auteur estime être bien placé pour dénoncer l’ampleur des obstacles résultant de la conceptualisation. Celle-ci est souvent inconsciente en raison de sa subtilité. Elle bloque cependant la route du méditant malgré sa sincérité.

Certains attentistes déclarent que l’égo n’est qu’un mirage faisant partie du « Jeu Cosmique ». Une simple compréhension intellectuelle suffirait à nous libérer de ses exigences.

La réalisation d’une transparence intérieure apporterait spontanément l’Éveil. Rien ne serait plus simple ! Vraiment ?

Ces déclarations possèdent une apparence de vérité par le fait que tous les êtres humains sont déjà, à leur insu, la plénitude de conscience suprême. La situation est donc paradoxale et contradictoire. Elle mérite d’être mise en lumière malgré sa part de difficulté.

Ces personnes qui posent cette question ne voient pas l’évidence actuelle du blocage des résistances de l’ego qui paralysent la vision directe d’une attention adéquate. L’importance de ce blocage nécessite un travail constant de désidentification évoqué par Ken Wilber.

L’égo résulte d’une lente accumulation de milliards de mémoires résiduelles et d’actes incomplets. Ceux-ci engendrent des « champs psychiques » quasiment indestructibles s’accumulant pendant des millions d’années. Les règnes végétaux, animaux et l’espèce humaine en sont les résultats.

L’inconscient collectif évoqué par C. G. Jung est décrit dans les psychologies orientales. En Inde, c’est l’Alaya Vijnana. Au Tibet, c’est le Kunyi, l’entrepôt des mémoires. L’inconscient collectif est une réalité psychique substantielle. L’égo qui en résulte possède la solidité d’un roc malgré son existence provisoire et sa nature psychique phénoménale.

La tâche essentielle qui nous incombe à son égard consiste à nous libérer de l’asservissement dans lequel il nous tient enfermé. Krishnamurti et les instructeurs des « voies non-dualistes » répètent fréquemment que l’égo est faux et qu’il y a nécessité de le voir le faux comme étant faux pour que se réalise l’affranchissement de notre aveuglement intérieur.

Encore faut-il que cette « vision » soit claire, pénétrante et totale. Les maîtres répètent que la vision pénétrante ne passe pas par le cerveau. Nous le répétons nous-mêmes à dessein. Nous apercevons difficilement la contradiction de cette exigence supra-mentale parce qu’au début de nos recherches nous manquons d’une capacité intuitive indispensable. Sa nature est très différente de nos perceptions familières. Elle nous donne un sentir spontané capable d’aborder adéquatement le problème.

Le sentir spontané résulte de l’Intelligence de l’Amour. Celle-ci est inséparable de la Source de Lumière que nous n’avons jamais cessé d’être, sans le savoir. Mais pour la voir, il y a obligation d’avoir une ouverture à une plénitude étrangère à nos seules énergies intellectuelles. Celles-ci ne sont que les échos habituels et morts masquant à nos yeux le jaillissement d’une présence intégralement vierge.

La qualité de spontanéité et de profondeur de l’amour véritable se révèle très différente de ce que la plupart d’entre nous éprouvent à l’énoncé de ce terme. Lorsque le mot amour est évoqué en présence de Krishnamurti, il déclare fréquemment en anglais: « sirs, this word must be desinfected » (messieurs, ce mot doit être désinfecté).

On demandait souvent à Krishnamurti s’il avait des préférences à l’égard des personnes de son entourage et s’il intensifiait son affection vers certaines personnes ou la diminuait à l’égard d’autres. Il répondait que l’amour en lui a toujours été spontané, inné, égal. « L’amour, en moi, est toujours présent, aussi inséparable que la couleur brune de ma peau. »

En 1929, Krishnamurti exprimait sa vision intérieure d’une unité essentielle des êtres et des choses. Il se voit UN au-delà et à l’intérieur des regards et des vivants et brûle de la flamme du Pur Amour dans des milliers de cœurs enflammés de mille amours. Il écrit son poème admirable:

« Je suis mille yeux, remplis de mille visions

« je suis mille cœurs, remplis de mille amours. »

Il perçoit les êtres et les choses « à travers » un océan d’amour qu’il décrit dans son poème:

« Je voyais à travers LUI

« Les grands arbres qui s’inclinaient pour l’accueillir

« La boue du chemin, les feuilles séchées

« L’eau transparente, les branches mortes

« Les villageois bavards, chargés de lourds fardeaux

« Passaient à travers LUI.

« Sans le savoir et en riant,

« Les chiens, à travers LUI, couraient vers moi en aboyant.

« Il est devant moi pour toujours.

« Partout où je regarde, Il est là.

« Je vois tout à travers LUI!

« Sa gloire éveille en moi une gloire

« Que je n’avais jamais connue

« Ma vision n’est que paix éternelle

« Tout en est glorifié.

« Il est toujours devant moi!

Rien dans notre éducation, ni à l’école, ni à l’université ni dans les contacts familiaux, nous a informé de l’existence d’un tel trésor intérieur. Sa découverte est en réalité l’aventure la plus prodigieuse à la disposition de tous les humains. L’ampleur de la transformation réelle d’une minorité de méditants se consacrant adéquatement au dépassement de l’égo dépasse les bornes de l’imagination. Or, au seuil de l’an 2000, cette minorité se développe et grandit irrésistiblement parallèlement aux violences inutiles du monde extérieur.

C’est ici que nous répétons à dessein la déclaration de Krishnamurti relative à la gravité des événements: la maison brûle, dit-il. La prise de conscience des énergies, réparties en diverses dimensions, participant aux événements dramatiques, enlève tout scepticisme à l’égard de la prétendue inefficience d’une révolution spirituelle.

Qualité intuitive et supra-mentale de la transformation véritable

Nous répétons ici, à dessein, le rappel de Ken Wilber concernant la constance de notre attention. Elle requiert de notre part, autre chose qu’une heure de méditation de samedi matin. Quand Krishnamurti, des années avant son décès en 1986, pressentait la gravité des désordres mondiaux de 1999, il faisait appel à l’exercice d’une vigilance constante. De notre part, c’est 24 heures sur 24 que l’inertie de notre égo doit être démasquée, non en vue de l’atteinte de quoi que ce soit mais au contraire, seule la réalisation d’une complète présence au Présent est nécessaire. Ceci requiert de notre part une totale impersonnalité. La mécanicité de nos habitudes mentales et l’endormissement inévitable de notre identification au corps doivent être constamment mis en échec.

Que sommes-nous réellement? Rien qu’une superposition de champs en constante transformations rigoureusement privés d’égo. Seule se révèle la présence mouvante d’une immensité impersonnelle de conscience pure. Son énergie créatrice est une plénitude intemporelle, impréfigurable, sans forme. Sa lumière est celle de l’Intelligence de l’Amour. Celle-ci réside dans les profondeurs de notre intériorité à un niveau inaccessible aux calculs du cerveau.

Libérée de la chaîne des causes et des effets, elle n’est pas née. Elle alimente les constantes recréations quantiques et subquantiques englobant toutes les dimensions. A ce niveau, l’incapacité du langage verbal commande le Silence. En lui seul se révèle l’éloquence suprême dégagées des noms et des formes. Soyons donc neufs dans l’instant neuf.

Le domaine de l’Univers Vierge est sacré. Il est la seule source révélant à ce qui reste de nous la vraie transformation. Celle-ci est une mutation fondamentale. Elle a toujours été. Elle reste prioritaire, au-delà du jeu des naissances et morts apparentes.

Le cheminement vers l’Éveil est une écoute constante de l’inspiration nous échappant trop souvent. Elle émane du Monde Intérieur auquel nous sommes insuffisamment attentifs. La transformation qui en résulterait s’imposerait spontanément à la totalité de notre comportement. Elle est irréversible et résulte de la priorité affective du monde intérieur. L’immensité de celui-ci, son impersonnalité, sa liberté à l’égard des tensions de l’égo s’exprimeront avec la simplicité, la gratuité d’un jeu, mais d’un jeu bien lucide.

Des profondeurs ultimes de notre monde intérieur peuvent surgir spontanément des énergies s’exprimant adéquatement dans nos gestes physiques, dans nos réactions psychologiques en relation avec les êtres et les choses. Il existe un art de vivre naturel et simple. La flamme de l’état vierge nous impose la fraîcheur envahissante de « l’holomouvement « . Son omniprésence est un surgissement soutenant les galaxies et les battements de notre cœur.

L’énergie qui en émane s’exprime constamment dans les relations humaines de façon neuve et créatrice. Nous sommes libérés de l’ancienne tendance à l’expansion de notre égo. L’image de nous-même cède la place à la spontanéité d’une écoute impersonnelle libérée de tout désir de projection égoïste à l’égard des interlocuteurs. Nous nous ouvrons enfin aux richesses d’un processus de relations réelles nous révélant une qualité de joie et d’amour précédemment inconnus. Le contraste par rapport aux limitations de l’obsession précédente d’affirmation de soi est saisissant. Il ouvre le chemin à une nouvelle humanité où la concurrence, la compétition, l’exploitation, la violence et la cruauté cèdent la place à la coopération constructive dans la sérénité et la paix.

Les versets du « Yoga Vashishta » composés il y a des milliers d’années par le Maître Vashishta sont émouvants dans leur simplicité. La tradition indienne nous rapporte que leur auteur était l’instructeur du Roi Dasaratha. Ces textes émanent d’une inspiration intemporelle. Ils ont une portée dépassant toute période de temps située dans le passé ou l’avenir. Ils ont été parmi les livres de chevet de Maîtres de l’Éveil tels Sri Baghavan Ramana Maharshi, Sri Shankaracharya. Nous reproduisons quelques fragments:

« Intérieurement libre de tout désirs, sans passions ni attachements, « mais extérieurement actif en toutes directions,

« agis en te jouant dans le monde, Ô Raghava!

« De noble conduite et plein de bienveillante tendresse, te « conformant à l’extérieur aux conventions, mais, à l’intérieur libéré « d’elles, agis en te jouant dans le monde, Ô Raghava!

« Percevant l’évanescence de toutes étapes et expériences de la vie,

« demeure résolument dans l’état transcendantal sublime,

« Agis en te jouant dans le monde, Ô Raghava!

Le terme « jouant » utilisé conjointement et en contraste avec mention de l’état transcendantal sublime indique la toile de fond intérieure de spontanéité et de Jeu sur laquelle se profile le comportement. Il est de la plus haute importance d’insister que rien, absolument rien dans la transformation extérieure de notre comportement ne résulte d’un acte de la volonté, lié à une discipline mentale. Toute influence émanant d’un système de pensée quelconque ou d’un personnage quelque soit son autorité doit être d’office éliminée. Toute trace de mémoires anciennes ou de toute projection imaginaire dans l’avenir doivent être absentes.

Nous répétons à dessein la déclaration de Krishnamurti concernant l’art de nous rendre « choisissables » par la plénitude de ce que nous sommes réellement. Vous ne pouvez pas choisir la réalité, c’est la réalité qui doit vous choisir. Le sens profond de ces quelques mots se situe au-delà de leur apparente contradiction. Le cheminement de l’Éveil implique l’absence de la rigidité normale du mental. Son silence préserve le surgissement du sentir intuitif. Seul, celui-ci nous révélera la simplicité fondamentale de l’Univers Vierge.

C’est le moment d’insister ici sur l’obstacle résultant des ritualismes quels qu’ils soient. Ceux- ci plongent le méditant dans l’autohypnose d’un endormissement inconscient dont la subtilité ne peut nous échapper. L’écrivain René Fouéré en a décrit admirablement l’origine, le rôle et les pièges dans son excellente étude « Disciplines, Ritualisme et Spiritualité » d’où nous publions l’extrait (pages 72 et 73):

« D’autant plus grande est la tentation, que les pratiques rituelles s’entourent de riches décors, d’art et de poésie authentique, pour la pauvresse en haillons, l’église ornée et illuminée, emplie de parfums et de musique, est un séjour plein d’attrait, moment d’harmonie qui souvent n’a pas l’équivalent domestique. Alors on vient et on revient envoûté par le céleste mirage et l’on devient un soutient du ritualisme dans le monde. »

Nous avons nous-même énoncé les effets négatifs du ritualisme par rapport à notre disponibilité spirituelle dans « Bouddhisme, Taoïsme et Zen » (pages 74-75, Éd. Courrier du livre, Paris 1992). Parmi ces effets, nous signalons:

1. La dépendance des rites pour retrouver une atmosphère religieuse

2. Tendance à la paresse intérieure

3. Recherche de simples sensations

4. Attachement aux lieux extérieurs des rituels

5. Déracinement psychique et spirituel

6. Évasion vers le « dehors » nous rendant « inchoisissables »

7. Les rites ne dépassent jamais le mental et l’affectif superficiel

Nous avons, à diverses reprises insisté sur l’importance d’un sentir intérieur supra-mental et son inséparabilité avec le jaillissement d’un présent omnipénétrant. Ainsi que l’écrit Christmas Humphrey dans le Zen Buddhism p.105:

« Tout est flux, écoulement incessant de vie, dans les formes et en dehors d’elles. La tradition japonaise cite dans cet esprit l’exemple d’une expérience inattendue arrivée à un moine. Celui-ci était engagé depuis plusieurs années dans une recherche intense. Malgré de longues pratiques ascétiques, de jeûnes, de silence et de solitude, il ne parvint pas à l’ouverture de la simplicité fondamentale. Une tension secrète et profonde persistait en lui et faisait obstacle au surgissement de la Source. Finalement, déçu, il fit la rencontre d’une « geisha » au cours d’une promenade dans un parc et tomba soudainement amoureux d’elle. La tradition rapporte que la Flamme de cet amour inconnu volatilisa instantanément les résistances inconscientes accumulées au cours des années. Le moine devint un des sages les plus écoutés, consacré à l’enseignement de l’Éveil.

Il faut signaler ici le surgissement du « sentir » lié à une circonstance exceptionnelle. L’exemple ne peut évidemment servir de moyen de réalisation de quoi que se soit.

La transformation réelle et fondamentale résulte d’un sentir donnant la réponse correcte à la question « Qui suis-je? ». Cette réponse est impersonnelle. Elle se dégage des limites habituelles du langage verbal et dissout les barreaux conceptuels de la prison de l’égo.

Ainsi que le déclare Ramesh Balsekar (Experiencing the Teaching p.236):

« Lorsque l’esprit est libéré de la conceptualisation, des vagues « peuvent apparaître et disparaître à la surface de l’océan, des « mondes peuvent s’élever et s’évanouir à la surface de la « conscience infinie, mais les Éveillés sont toujours conscients dans « la sérénité des profondeurs sous-jacentes. »

« Quoi que vous croyez être et quoi que d’autres peuvent penser « que vous êtes, vous n’êtes rien! Vous êtes simplement une « vibration d’énergie dans une forme particulière, une danse des « particules et d’ondes. Une telle vision est l’Illumination. Nous « vivons spontanément sans effort et sommes tout ce qui existe. « Nous ne sommes pas ce que nous croyons être. Nous sommes « beaucoup, beaucoup plus! »

La nature fantomatique de notre égo nous permet de déclarer que notre essence profonde est complètement étrangère à l’être humain. Ainsi l’écrit l’écrivain Albert Low, Directeur du Centre Zen de Montréal, dans la présentation de son livre: « Je ne suis pas un être humain »:

« Tel était le sens paradoxal de la déclaration du Bouddha « lorsqu’on lui demandait quelle était sa lignée. Il répondit: Je ne « suis pas un brahmane, je ne suis pas un fils de prince, je ne suis pas « un bourgeois et en définitive, je ne suis pas quelqu’un. (Suttanipato, p.455)

Telle est la réponse de l’intelligence du cœur illuminée par la présence de l’État Vierge.

Importance du Hara

La place importante que nous avons donnée aux aspects spontanés et non-mécaniques de la méditation n’exclut pas le recours à la pratique de techniques. Celles-ci remplissent au contraire un rôle important dans les aspects concrets de l’épanouissement de la sensibilité corporelle aux énergies psychiques et spirituelles.

De tous temps, et plus spécialement en Inde et au Japon, les êtres attirés par l’expérience religieuse se sont consacrés à la pratique du Yoga et des arts martiaux. De nombreuses écoles en ont codifié les techniques les plus variées d’ordre physique, psychologique et spirituel. Elles sont à la fois mystiques ou dévotionnelles et surtout supra-mentales. Des savants éminents tels Ken Wilber et Fr. Capra les pratiquent assidûment.

Dans notre étude « Le sens du Zen »(Éd. Le Mail, 1992), nous avons résumé l’importance du rôle joué par le Hara dans la culture japonaise. Il s’agit d’une zone psychique qui sortait située dans le ventre à la hauteur du centre ombilical. Elle serait localisée à environ deux centimètres à l’intérieur de la peau. On la nomme « Haragéi ». Ce mot traduit littéralement signifierait art du ventre. Le comte Karlfried Von Dürckeim écrit à ce propos:

« La conscience de soi, profondément ancrée dans Hara, est une « conscience de Moi supérieure, toujours présente dans l’être « humain, c’est-à-dire une conscience supérieure qui transcende le « Moi inférieur; elle englobe un domaine spirituel plus vaste et « capable d’actions plus grandes que ne peut se permettre le Moi « inférieur de l’homme. Haragéi est tout acte et tout art accompli en « partant du ventre, car ils peuvent être élevés à leur hauteur « maximale que lorsqu’ils sont basés sur Hara. La notion Haragéi « suppose-t-elle pour le japonais la réalisation d’un point culminant « dans la pratique du Hara. En réalité, Hara, c’est l’homme tout « entier dans sa liaison avec les forces vitales profondes qu’il recèle « en soi », forces de nutrition, de procréation, de conception ainsi que « celles qui préparent sa renaissance. »

La pratique de l’Aïkido ou du Judo exclut tout recours à l’activité mentale. Le penseur est immédiatement envoyé sur le tapis. La victoire est assurée au « non-résistant » tant physiquement que mentalement. Nous nous imaginons, à tort, que seuls les mouvements pensés et calculés par le cerveau sont adéquats.

Les enseignements des instructeurs de l’Éveil s’inspirent d’une même qualité d’attention intuitive. Krishnamurti fait constamment appel à une vision pénétrante qui ne passe pas par le cerveau. En fait, pour les adeptes du Zen et des arts martiaux, un mouvement pensé est un mouvement raté. Ceci nous montre l’ampleur de la rééducation et de la désintoxication que nous avons à subir.

Aux hyper-cérébraux impénitents, la pratique de l’Aïkido ou du Judo apporte des bienfaits inestimables. Le pratiquant est obligé de redécouvrir les réflexes endormis de la sagesse instinctive du corps.

Les théoriciens de l’Aïkido et du Judo enseignent que les mouvements de notre comportement doivent être commandés par le Hara ou centre de la sagesse instinctive du corps. Au lieu de résister à la force d’attaque de l’agresseur, nous l’accueillons avec douceur comme le roseau accueille la neige. Nous signalons à ce propos que la tradition japonaise cite la différence d’accueil des sapins et des saules lors d’une tempête de neige. Les branches du sapin résistent, laissant la neige s’accumuler jusqu’au moment où, cédant à l’augmentation du poids, elles se brisent. Le saule, au contraire, accueille les flocons de neige que la souplesse de ses branches laisse tomber au fur et à mesure. Il sort indemne de la tempête.

Le climat psychologique de l’Aïkido s’inspire de se qui précède. Le terme « aïkido » se décompose en trois éléments: « aï » (qui signifie uni), « ki » (qui signifie esprit) et « do » (qui signifie voie). Aïkido signifie donc la voie par la communion de l’esprit.

Le pratiquant doit réaliser une attention vigilante, présente au Présent, en accord complet avec toutes les donnés de la circonstance, les gestes, la position et les intentions de l’adversaire.

L’Aïkido tient compte des deux forces de la nature: le Yin et le Yang. Il envisage non seulement leur opposition mais surtout leur complémentarité.

Dans son excellente étude sur l’Aïkido et le Kendo, Tony Thielemans écrit ( Éd. Marabout, Verviers 1967):

« On recherche toujours l’application de ces forces selon le principe « suivant: si l’adversaire utilise une forces positive, l’attaqué, « complémentairement, devra utiliser une force négative; si au « contraire, l’adversaire utilise une force négative, l’attaqué « emploiera une force négative. Prenons un exemple pour fixer les « idées ». Quelqu’un vous saisit le poignet, il sera difficile de vous « dégager si votre adversaire est plus fort que vous. Mais, si en « même temps (communion d’esprit) que l’adversaire vous saisit « (force positive), vous reculez et vous opérez un pivot du corps « (force négative), vous vous dégagerez sans difficulté grâce à une « technique appropriée, parce que vous utilisez une énergie « complémentaire à celle qu’emploie l’attaquant. »

En conclusion, nous citons l’exemple concret illustrant ce qui précède dans des films reproduisant le Maître japonais de l’Aïkido, Uesiba. Il est agressé simultanément par trois ou quatre athlètes disposant chacun d’une force supérieure à la sienne. Le Maître Uesiba bouge à peine mais les agresseurs font des chutes proportionnelles à la violence de leur agression. Ceci démontre de façon évidente la déclaration « un mouvement pensé est un mouvement raté ».

Il importe de signaler les déviations et désordres qu’entraînent, dans la pratique des arts martiaux, l’esprit de compétition et les violences de notre époque. Les médias sont à tel point corrompues par la dégradation des mœurs qu’elles ne remarquent plus l’absurdité de la recherche du succès se mêlant à des démarches devant être empreintes de la sérénité, du désintéressement et du respect dus au Sacré.

Il va de soi que les pratiquants actuels de l’Aïkido ou du Judo possédant le grade de « ceinture noire » ne doivent pas nécessairement réaliser la plénitude d’harmonie intérieure et de disponibilité spirituelle d’Haragéi. Cette plénitude impliquerait obligatoirement et de façon spontanée une impersonnalité et un dépassement des limites habituelles de l’égo.

Le Temps

Le moment est venu pour signaler l’ignorance dans laquelle se trouve la majorité des êtres humains à l’égard des problèmes du temps. Cette ignorance nous plonge dans un emprisonnement psychologique sans issue dont le premier résultat est l’angoisse de la mort. Nous sommes à tel point aveuglés que ces quelques mots n’ont encore aucune signification. Le sujet est cependant moins obscur qu’il nous paraît. Quelle est la raison des appels répétés par Krishnamurti et les instructeurs de l’Éveil donnant à leur commentaires sur la vie spirituelle un titre aussi paradoxal: « Le temps aboli »? et déclarant brutalement « Le temps est la mort » (Time is Death).

La signification d’une terminologie aussi paradoxale appelle des développements dont nous tenterons de résumer les points les plus importants.

Notre conscience est enfermée dans le courant apparemment continu du temps. Il semble s’écouler dans une durée sans interruption. Cette impression est cependant fausse. Elle résulte d’un manque de pénétration de notre attention et d’autres causes plus profondes. Ainsi que le déclare Krishnamurti (Krishnamurti parle, p.33, Éd. Mont-Blanc, Paris):

« Le présent est éternel. Au moyen de la durée, ce qui est sans durée « ne peut être perçu. La compréhension ne vient qu’au travers du « Présent. Le temps n’est dépassé que par l’immobilité du Présent. »

On pourra objecter qu’en fait, l’immobilité du Présent est plus apparente que réelle, en raison de sa fluidité et de sa recréation constante, mais la déclaration de Krishnamurti cherche surtout à souligner le contraste avec la nature changeante de la durée. Dans une étude remarquable, le sémanticien Gérard Tiry (Approche de l’Événement, p.57, Éd. Être libre, Bruxelles, 1971) déclare:

« Nous savons que connaître c’est reconnaître, c’est-à-dire relier un « événement nouveau à un souvenir. La connaissance qui élabore les « structures ne se conçoit que dans la durée. Il n’y a que la paresse « qui soit durable. »

L’indifférence que les humains manifestent à l’égard de la nature du temps ne résulte pas seulement d’une paresse. Cette indifférence provient surtout d’un instinct de conservation de l’égo. Celui-ci pressent que la découverte de l’inexistence du temps lui révélera le caractère illusoire de sa propre existence. Il juge préférable d’ignorer les informations de nature à mettre en péril son confortable endormissement et que subir les limites du temps est une solution de facilité.

Nous sommes tous impliqués dans la diversité des formes du temps, en dépit de notre paresse ou de notre courage. Cette diversité résulte des interactions entre l’observateur et l’observé englobés dans un processus unique.

Constatant l’existence de diverses formes de temps, le psychologue Larry Dossey, professeur à l’université du Texas, écrit dans son livre « Space , Time and Medicine »: « Le temps est ce que la nature utilise pour éviter que les choses ne se produisent pas en même temps ».

Le célèbre psychologue R. Ornstein (On the Experience of Time, American Journal of Psychology, New-York, Penguin 1969) considère que nous expérimentons au moins quatre espèces de temps:

1. Le temps présent, périodes brèves auxquelles nous sommes rarement attentifs lors de courts intervalles

2. La durée, le passé, les souvenirs

3. Les perspectives temporelles, philosophiques, sociales, préparation de l’avenir en fonction des temps présents et passés

4. Aspects de simultanéité et de succession

La vision fragmentaire que nous avons de nous-même ainsi que la perception erronée du temps qui en résulte nous conduit à des situations entraînant un climat d’angoisse , consciente ou inconsciente.

Les angoisses peuvent revêtir un caractère exceptionnel ayant le pouvoir de former un terrain favorable au développement des maladies les plus variées. Le Dr. Larry Dossey, Directeur de la Clinique du Nord Texas, dirige des expériences cliniques démontrant à quel point notre perception erronée du temps est responsable des maladies les plus connues, telles le cancer, les dépressions nerveuses, les accidents cardio-vasculaires.

Krishnamurti nous montre que l’erreur de perception du temps résulte d’une erreur de perception beaucoup plus globale et fondamentale: la croyance en la réalité absolue de l’égo. Nous en avons nous-mêmes dénoncé la fausseté. Les conséquences négatives se vérifient dramatiquement au cours des cruautés horribles illustrées par les haines raciales. En Afrique, les massacres des populations au Rwanda ont entraîné la mort de cinq cent mille êtres humains exterminés au cours de violences et de supplices impensables: exécution à la hache, arrachement de mains, de bras pour l’unique raison de l’appartenance à un groupe ethnique différent d’un autre. Aucun animal n’impose aux autres animaux de sa race les supplices que l’homme fait subir à l’homme aveuglé par une image mentale génératrice de haine mortelle.

Krishnamurti et les sages des mouvements les plus variés ont amplement démontré les conséquences destructives des erreurs de perception du temps et des étiquettes mentales relatives aux séparations raciales, linguistiques et politiques qui sont des facteurs de mort et de dégradation.

Au seuil du IIIeme millénaire, la nouvelle physique quantique reconnue par un nombre grandissant de scientifiques nous présente un univers dont les profondeurs ultimes sont un champ de conscience unifié en perpétuelle renaissance créatrice. La vision intuitive de solidarité et d’unité qui s’en dégage nous délivre du spectacle infernal que nous imposent les dégradations actuelles de l’histoire.

David Bohm et les adeptes de la nouvelle physique attirent notre attention sur l’incompatibilité de nos anciens concepts de temps avec les nouvelles découvertes. Les anciens concepts de temps divisé, dégradé, enfermé cèdent obligatoirement la place à l’unité harmonieuse d’un jaillissement explosif doué d’une supra conscience omnipénétrante. Il s’agirait plutôt d’une sorte de Fleuve de Feu créateur, intemporel, a-causal, d’un seul tenant. D’instant en instant cette énergie bat, tel un cœur gigantesque d’une seule présence animé d’un mouvement à tel point différent de ceux qui nous sont familiers que le mot « mouvement » n’est plus adéquat, d’autant plus que son activité paradoxale posséderait une apparence d’immobilité. Si nous persistons à l’utiliser, les formes imaginaires qu’ils nous ont suggéré sont fausses. Ainsi que nous l’avons déclaré à plusieurs reprises, seul le silence nous délivre de tous les pseudos problèmes de cet ordre. La plénitude de ce domaine est d’une telle ampleur que tout commentaire est non seulement inutile mais nuisible.

David Bohm utilise le terme « Holomouvement« . Il évoque une action créatrice globale, omniprésente et omnipénétrante en raison de la non-séparabilité du Réel. Au cours de leurs dialogues, les problèmes soulevés par la nature de ce « mouvement inconnu« , libéré des contingences spatio-temporelles a été examiné par Krishnamurti et David Bohm. Nous en abrégeons le dialogue, faute de place, et donnons une traduction littérale du texte en anglais.

Krishnamurti: Alors, qu’est-ce que c’est? Est-ce l’énergie totale?

D. B.: Oui, le mouvement de l’énergie. (Yes, movement of energy)

Kr.: Le mouvement de l’énergie, ce n’est pas un mouvement de réaction. (Movement of energy, it is not movement of reaction)

D. B.: Ce n’est pas un mouvement de choses réagissant entre elles…Mais nous disions que c’est une espèce de mouvement différent. (It is not movement of things reacting to each other)

Kr.: Entièrement différent. (Entierley different)

D. B.: Il n’y a pas de choses en lui. (There is no things in it)

Kr.: Voulez-vous dire que ce mouvement n’étant pas du temps est éternellement neuf. (Would you say that this movement not living in time is eternally new)

D. B.: Oui, il est éternellement neuf dans le sens que la création est éternellement neuve. (It is eternally new, in the sense that the creation is eternally new)

L’Holomouvement est-il accessible à l’être humain?

La réponse à cette question est importante. Elle implique l’examen de l’existence de mutations spirituelles et psychologiques résultant de transformation des cellules cérébrales ou de changements dans leurs rapports mutuels. Il est intéressant de signaler que des scientifiques éminents appartenant à diverses disciplines estiment que le cerveau de l’être humain a la capacité de se sensibiliser à l’aspect de fluidité dynamique et de créativité du Temps. Cette perception est possible lorsqu’elle est complétée par le « sentir intuitif du cœur ». Les réponses que donnent Krishnamurti et Ramesh Balsekar à ce problème ont été confrontée par David Bohm, la Dr. Renée Weber (Université de Californie) et le Dr. Henri P. Stapp. Celui-ci émet une hypothèse selon laquelle l’être humain, grâce à la complexité exceptionnelle du cerveau, peut être le réceptacle des énergies émanant du mouvement de création situé dans l’intimité intérieure du temps. Henry P. Stapp déclare:

« Cette résolution du problème « Esprit-Matière » engendre une « conception quantique de l’homme et son rôle dans la nature. Il « n’est pas un observateur passif des répercussions d’un acte créateur « initial cataclysmique mais il devient un participant actif dans le « processus de création.

« La transition de la conception scientifique de l’homme, d’un « phénomène isolé, accidentel, vers un agent cosmique du pouvoir « créateur dans l’Univers, doit inévitablement diminuer les valeurs « égocentriques et renforcer le sens d’une coopération avec les « autres et la Nature. »

L’article d’Henry P. Stapp que nous venons de citer évoque l’existence d’un univers quantique. Les travaux de David Bohm mettent en lumière l’importance primordiale des processus quantiques dans la structuration du temps. Ceci nous permet de prendre le risque de mettre en lumière les phénomènes se déroulant au niveau quantique.

Il y a obligation pour nous de pénétrer dans une zone de l’infiniment petit, située bien au-delà des limites de l’ancienne physique. Nous sommes là, en présence de champs représentant des énergies d’un ordre de grandeurs et de masses situées entre 1 cm-17 et 1 cm-33. Tel est le milieu où se déroulent les « variables cachées » citées dans les hypothèses audacieuses de David Bohm. Ils se produisent au milliardième de seconde et représentent le battement de cœur ultime du monde matériel, en dépit du fait que les adeptes de l’ancienne physique estiment que les valeurs réduites de cet ordre ne peuvent être significatives. Or, nous savons actuellement que les processus des variables cachées et la mécanique sub-quantique découvertes par David Bohm constituent la seule solution apportées aux grands problèmes de l’ancienne physique évoqués par Einstein, Bohr, L. de Broglie, Bose et Heisenberg lors de tous les congrès tenus entre 1927 et 1955. De nombreux Prix Nobel adhèrent au bien fondé de la vision de Bohm au seuil du IIIe millénaire.

Quelques détails permettant de saisir « en bloc » en quoi consistent les processus des transitions virtuelles. Il est préalablement nécessaire de rappeler que les « quantons » ou porteurs des énergies quantiques sont porteurs de la « mémoire » de l’univers. Ces mémoires englobent une somme considérable d’informations. Celles-ci constituent une énergie potentielle importante dont les potentialités ou possibilités d’action peuvent être utilisées.

Ne perdons pas de vue que le niveau quantique est « mono-bloc », d’un seul tenant. Il réunit une foule de champs libres et solidaires, délivrés de toute limitation mais ayant une qualité de supra-conscience et de liberté leur donnant la faculté de voir ou plus exactement de pressentir quelles sont, au milliardième de seconde, les possibilités d’un système. La référence est faite du patrimoine des informations en perpétuelles mutations. La perception du niveau quantique englobe non seulement le temps dans son actualité mais elle déborde au-delà de l’actualité du temps dans un niveau sub-quantique. Cette vision sans yeux est simultanée et omnipénétrante.

Dans la tentative de vulgarisation de la physicienne D. Zohar (Conscience et Science contemporaine, Éd. du Rocher, Monaco, 1997):

« La situation du monde quantique est semblable à celle d’une « fiancée ayant plusieurs prétendants mais elle dispose d’une vision  » « simultanée et supra-temporelle » lui permettant de vivre avec « chacun d’eux et d’accéder au bilan de cette exploration supra-« temporelle. »

Ce bilan s’ajoute au patrimoine antérieur au milliardième de seconde. Chaque milliardième de seconde du monde quantique comporte un caractère unique, jamais réalisé dans le passé et à jamais réalisable dans l’avenir. Il ne peut être qu’autre.

Par l’utilisation d’un langage verbal inévitablement inadéquat, d’ailleurs utilisé par divers scientifiques, nous arrivons à l’établissement d’une correspondance nous permettant de saisir intuitivement l’une des significations du terme « otherness » ou « autreté » évoqué par Krishnamurti.

Transition vers l’expérimentation

L’emploi du mot « expérience » dans le domaine de la vie intérieure nous oblige à faire des réserves d’usage. En effet, Krishnamurti et les instructeurs de l’Éveil répètent que l’Éveil ne peut jamais être considéré comme une expérience.

Le fait d’évoquer expérimentalement le domaine d’un infiniment petit englobant des champs de 1 cm-17 à 1 cm-33 comporte de nombreuses conditions et difficultés. Au point de départ, l’infime petitesse des poussières flottant dans l’air du local où nous nous trouvons sollicite notre attention en vue d’une activité imaginaire nous engageant dans un voyage vers le monde intérieur. Mais ceci n’est que la première étape d’une exploration devant se poursuivre vers le « dedans du dedans ». Nous atteignons alors le milliardième de milliardième d’objets ou champs aussi minuscules nous obligeant à créer des mini-espaces imaginaires qui ne sont qu’auto-projections personnelles.

En bref, le voyage imaginaire vers les profondeurs ultimes du monde quantique nous oblige à procéder à une désolidification de toute tentative de granulation matérielle. Telle serait la version hypothétique du milieu où se poursuit l’activité créatrice des variables cachées.

Cette vision due à l’audace de David Bohm fait entrevoir des éléments d’une réduction telle, qu’il serait normal que nous nous posions la question de savoir s’ils pourraient encore être « mathématiquement signifiants ».

Lorsque cette plongée intérieure vers le « dedans » se réalise attentivement, nous éprouvons le contraste existant entre la façon dont nous percevons notre organisme dans la vie quotidienne et la différence de la réduction du monde intérieur qui lui sert de soutient. A ce niveau, le temps n’est plus modifié dans ses liens avec l’espace. L’omniprésence et l’omnipénétration entraînent la non-séparabilité et les interactions qui en résultent.

Le fait dominant de ce niveau ultime est l’absence de « gonflements » énormes que le monde extérieur revêt par rapport au monde intérieur. L’univers manifesté donne le sentiment d’être creux et artificiel.

Certains tibétains enseignent que le passage de l’état « volumineux et gonflé » à l’état simple du monde intérieur, après la mort physique, est un long voyage. Ramesh Balsekar commente l’importance du processus de « gonflement » et de volume de l’univers manifesté comme effet des potentialités de la conscience pure. Celle-ci communique, dans la phénoménalité du monde manifesté, ses tendances à l’expansion et à la division permettant le processus de l’évolution. L’expansion de l’univers résulte des qualités précédemment évoquées. (Ramesh Balsekar, Experiencing the Teaching, Advaïta press, U.S.A.)

Certains auteurs, relativement informés des travaux de la physique nouvelle ont fait des recherches assez semblables à celles que nous avons cité. Tel est le cas d’un essai original et intéressant intitulé « Conciousness and Quantium Behaviour » ( Éd. Bartolomew Books, Inverness, California, 1993). Barbara Dewey explore les résultats d’une audacieuse tentative d’exploration intuitive au niveau quantique de l’espace-temps. Son approche offre une certaine similitude avec la nôtre.

Nous nous sommes fixés sur le modèle élaboré par David Bohm concernant les variables cachées et la mécanique sub-quantique des transitions virtuelles. Nous avons cependant décidé de ne pas prendre en considération les résultats de notre exploration parce qu’ils portent les empreintes de nos conceptualisations.

Au cours d’autres essais, nous nous sommes efforcés de nous ouvrir à un regard intérieur supra-mental inspiré par la réalité vivante du Suprême tout en volatilisant psychiquement ce qui restait encore de nous-même. Cependant, cette approche comportait encore des éléments personnels aussi inconscients que subtils, incompatibles avec les exigences d’impersonnalité totale, nous l’avons écartée.

Barbara Dewey nous relate quelques détails au sujet de sa tentative. Elle déclare qu’elle pénétra par la pensée à proximité de l’intériorité d’un quanton d’espace-temps. Elle réalisa à quel point son voyage l’avait éloignée de son point de départ et déclare avoir découvert ce qui était une théorie du champs-unitaire fiable. Elle écrit que « l’Esprit-Conscience » est la force créatrice agissant dans l’Univers:

« Elle demeure dans toutes les manifestations physiques mais elle « n’est pas physique. Lorsque l’Esprit-Conscience devient physique, « il se manifeste comme un quanton de lumière électromagnétique « avec une forme d’énergie psychique. »

Nous sommes intellectuellement en accord avec les conclusions de Barbara Dewey, étant arrivé à des constatations semblables. Nous estimons cependant que l’ouverture totale à l’Esprit-Conscience requiert un sentir supra-mental donnant au cœur la Lumière d’une Intelligence de l’Amour.

En dépit de nos deux échecs, mention doit être faite d’un élément favorable, celui d’une bonne direction: la direction de l’exploration du monde intérieur. Elle n’est bonne que provisoirement, parce qu’au niveau des ultimes profondeurs, il n’y a plus de « centre » mais omniprésence. Il n’y a plus de direction privilégiée mais réalité omnidirectionnelle.

C’est en ce qui nous concerne, l’ouverture totale, impersonnelle et constante à la bénédiction inattendue de la Félicité Suprême qui volatilise à jamais les obstacles apparents.