Albert Hildebrand : Au delà du mur, ou le yoga de celui qui ouvre les « yeux » dans la vie


09 Dec 2010

(Revue Être Libre. No 264. Juillet-Septembre 1975)

Depuis la nuit des temps, les humains s’entretuent pour des idées. C’est pour des idées, des concepts religieux, moraux, philosophiques, spiritualistes, psychologiques, politiques, scientifiques, artistiques, etc… que les humains se querellent, s’entretuent, se dévorent.

Je t’aime pour ce qui tu es ; et non pour ce que tu as.

« C’est en se découvrant tel que l’on est que tout change ; et non en cherchant à essayer d’être autre chose que ce que l’est ».

Nil, une dernière fois, réponds. Pourquoi pars-tu ?

Mais je ne sais pas ! … Où est le secret MONI ? Qui a le Secret de la vraie vie ? Voilà dix mois que je suis ici, je n’ai vu que des temples et encore des temples Vous êtes prisonniers des dieux et du destin. Et là-bas, ils sont prisonniers du temps et des machines, ils perdent leur vie à la gagner. Personne ne vit, MONI, où est la vie ?

Elle est trahie partout, par les dieux ou par la mécanique, ou par je ne sais quoi dans le ventre qui nous ramène toujours en bas : la petite famille, le négoce, le sexe. Une vraie vie, tu entends, une vie libre, sous le signe d’aucun crabe d’en haut au d’en bas, voilà ce que je cherche. Personne n’a le secret ! Et plus je le cherche, plus j’arrive à l’opposé de ce que je cherche. C’est comme mon rêve des pôles : Voilà dix ans que je rêve du Groenland, et plus je rêve du Groenland, plus je descends vers l’équateur. (Extrait de : « Par le corps de la Terre »).

La chose dont il est le plus difficile de se débarrasser, ce n’est pas le mal ; mais ce que l’on croit être le bien.

Toute chose est une lanterne qui éclaire l’esprit des êtres, qui montre la voie, le chemin. Toutes les choses sont des étincelles qui allument le feu intérieur.

Le Yoga, le Zen, le Taoïsme, sont des lanternes qui éclairent l’esprit des humains sur ce quels sont réellement, sur la réalité profonde de ce que nous appelons la vie. Les écritures sur le yoga, le zen, le taoïsme, nous montrent le chemin, la voie, mais ne sont pas le chemin, la voie.

Le véritable yoga, zen, taoïsme, c’est la réalité de chaque instant de la vie. C’est la vie à l’état pur …

Le yoga tel que nous le pratiquons, est encore un moyen prémédité et artificiel pour saisir cet état. Aucun moyen, aucune posture n’engendre le samadhi, le satori, le Nirvâna. Le samadhi, le Satori, le Nirvâna, se réalise lorsque vous êtes totalement libre, libéré.

Le vrai yoga, le véritable zen, le taoïsme sont la vie de tous les jours. Le véritable maître est celui qui marche sans laisser de traces. C’est celui qui ne marche pas dans les traces (empreintes) laissées par ses prédécesseurs.

Il y a deux sortes de races sur la terre. Celles qui commandent, et celles qui obéissent. Mais en vérité il existe une troisième race plus subtile ; beaucoup plus rare celle-là. Celle qui ne commande personne, et qui n’obéit à personne. C’est la race des êtres Libres…

Il n’existe qu’une seule maladie en vérité ! L’ignorance, le mensonge.

Seuls, les connaisseurs sont capables d’apprécier le « caviar », le champagne, le bon vin, les belles choses, les jolies femmes, les choses pures et vraies. Seuls, les connaisseurs sont capables d’apprécier la vie, sa splendeur, sa magnificence, sa beauté, son intensité ; son miracle de tous les instants.

L’être humain est encore à ce point stupide, ignorant, ridicule, qu’il est encore capable à notre époque, dite « Moderne », « Civilisée », de se battre à nouveau, d’engendrer une nouvelle guerre.

L’être humain n’a donc rien compris, rien appris de fondamental ? Il faut croire que non …

La plupart des individus déplacent énormément de vent, se remuent beaucoup, parlent beaucoup, mais ne bougent pas d’un pouce. Alors qu’en remuant peu, en étant silencieux, je ne fais que bouger, tout bouge.

Si vous êtes observateur, vous verrez que la vie remet toujours tout en question. Elle remet toujours toutes nos croyances en question.

Respirer c’est avaler, embrasser, se nourrir de l’Univers entier.

Nous sommes prisonniers de notre savoir, de nos connaissances, d’hier, du passé. Voilà ce que nous sommes tous : Des prisonniers…

Le Bouddha, c’est ce qui est libre en nous, ce qui ne peut être mis en cage, ce qui ne peut se saisir, ce qui ne peut être saisi.

Vous êtes prisonniers de vos Gurus, de vos maîtres spirituels et autres. Vous êtres prisonniers du savoir, des connaissances de vos leaders.

Ce n’est pas se mettre sur la tête, en lotus, ou dans une autre posture qui changera quoi que ce soi.

Le changement total, radical, vient du changement de votre mentalité, de votre esprit. C’est lorsque l’esprit change, lorsque la mentalité change, qu’il se passe réellement quelque chose.

La mentalité des êtres humains est pourrie, voilà le drame.

C’est parce que l’objet de votre pensée est loin de vous que vous éprouvez le besoin d’y penser. Si l’objet de votre pensée était au plus profond de vous-même (donc ne faisant qu’un avec vous), vous n’éprouveriez pas le besoin d’y penser. Quoique vous croyez que le pensée lie deux choses entre elles, elle est au contraire ce qui divise et sépare les choses.

C’est parce que nous nous sentons éloignés, séparés des choses, que nous y pensons, que nous éprouvons le besoin d’y penser. Lorsque les choses et vous-même, êtes plus qu’UN, la pensée se tait, vous vous taisez, la pensée s’efface, vous vous effacez.

Ce que j’aime totalement, je n’y pense pas parce qu’il est constamment vivant, présent en moi ; je n’en suis jamais séparé, jamais éloigné. Où qu’il soit, pas un atome nous sépare, nous éloigne. Je le porte en moi et il me porte en lui, ou elle me porte en elle.

Quand « cela » monte, je monte.

Quand « cela » tourne, je tourne.

Quand « cela » descend, je descends.

Ou il y a-t-il une difficulté, des problèmes ?

Il n’y a des difficultés ou des problèmes que lorsque « cela » monte et que je veux descendre, lorsque « cela » tourne et que je veux que « cela » aille tout droit, lorsque « cela » descend et que je veux que « cela » monte, etc.

En Occident nous sommes captifs, prisonniers de l’argent, de la machine et du temps. En Orient, ils sont captifs, prisonniers de leurs Dieux, de leurs sagesses, de leurs religions, de leur philosophies.

L’un et l’autre, ignorent ce qu’est la Liberté. L’un et l’autre sont prisonniers, captifs des concepts du « bien » et du « mal ». Nous ne sommes réellement et totalement libres que lorsque nous n’avons plus aucune considération sur ce qui est « bien » et sur ce qui est « mal ». Pour un être libéré il n’existe plus de « bien » ni de « mal ». Il n’y a que « ce qui EST ». Nous ne serons libérés que l’instant où nous aurons dépassé le « bien » et le « mal ».

Ce qui est vide se remplit. Ce qui est plein se vide. Ce qui est vide fait énormément de bruit, s’agite. Ce qui est plein est calme et silencieux.

Ce n’est pas de temples, d’églises, d’hôpitaux dont l’être humain a besoin. Les temples, les églises ne sont pas des symboles du bonheur mais de la douleur, du malheur. L’être humain a besoin d’Amour, de bonheur réel.

Créer de nouveaux temples, de nouvelles églises ne résout pas le problème.

L’être humain n’a besoin que d’Amour, de connaissance véritable de lui-même, de liberté. Lorsqu’il est réellement heureux l’être humain ne recherche rien, il n’a besoin de rien. Il EST.

La connaissance véritable n’est ni en Orient, ni en Occident. Elle est en l’être humain, en chacun de nous. La Sagesse n’est ni en Orient ni en Occident. Elle est en l’être humain ; en chacun de nous.

Notre corps, et ce que nous appelons « Je », « Moi », est en réalité le temple de « Cela » (Dieu, Bouddha, etc.) … la maison où Cela vit, habite… Pourquoi chercher en dehors ce que nous avons en dedans ?

Vous éprouvez le besoin d’aller à l’église, de construire des temples parce que vous êtes coupés de « Cela » qui est au plus profond de vous-même. Si vous sentiez vraiment et profondément que vous êtes « Cela » en réalité, vous n’auriez pas besoin de tout ce « cinéma », cette comédie… (les religions, la politique, les philosophies, le yoga, le zen etc.).

Nous cherchons la vérité et nous sommes en elle. Mais ce que nous cherchons n’est pas l’authentique vérité. En fait, nous cherchons les illusions que nous avons forgé.

L’analyse, la dissection de la vie tue la vie.