Taisen Deshimaru : Au sujet de la conscience transcendantale


16 Feb 2014

(Revue Question De. No 48. Juillet-Août 1982)

L’enseignement du zen éveille ce qui est endormi dans notre esprit et caché par l’ignorance. C’est l’éveil de la conscience transcendantale. Cet état n’est pas un état spécial, ni un état d’extase ou de « ravissement ». Ce n’est pas un état de self contentement ou de narcissisme, d’auto-satisfaction).

Atteindre cet état est seulement revenir à des conditions normales de l’esprit, à l’état originel.

Chacun pense qu’il est difficile d’atteindre la conscience transcendantale. Les philosophes, les scientifiques, les intellectuels ont bâti des théories, des concepts au moyen de leur aptitude (agilité), logique particulière et tout est devenu très compliqué.

Le Zen veut renverser le cours ordinaire du savoir et faire appel à sa propre méthode spécifique d’entraînement de nos esprits à l’éveil de la sagesse transcendantale.

Couramment on pense qu’il est très difficile d’obtenir le Satori à travers le zen parce qu’on croit que le Satori est une illumination particulière. Mais si vous ouvrez un dictionnaire japonais-français ou japonais-anglais au mot Satori les premières traductions que vous trouverez sont : compréhension et éveil.

L’éveil de l’esprit…

Ainsi, si Satori signifie compréhension, qu’avons-nous à comprendre ? Nous devons nous comprendre nous-mêmes, comprendre ce qu’est l’état normal de notre esprit. Socrate a déjà dit ceci et c’est devenu célèbre : « vous devez vous connaître vous-même », « connais-toi toi-même ». Dans le Saddharma Pundarika Sutra, il est expliqué que le Satori c’est comprendre ce que nous sommes ignorants et que la sagesse humaine est limitée. Ainsi la vraie sagesse, la sagesse la plus haute n’existe qu’au-delà de la sagesse et de l’imagination des humains.

Dogen a dit : « Si vous êtes sans illusion, si vous êtes sans complication, il n’est pas nécessaire d’atteindre le Satori. »

Mais l’esprit de chacun est devenu très compliqué et personne n’est dans une condition normale d’esprit et ceci devient de pire en pire dans les temps modernes. C’est pourquoi nous devons essayer de nous éveiller par la pratique du zazen.

Ainsi, qu’est la condition transcendantale de l’esprit dans le Zen ? C’est le Satori, la compréhension universelle, l’éveil de l’esprit, c’est la philosophie de Ku (Sunyata). Dans le Bouddhisme, Ku est non seulement la vacuité, mais c’est aussi l’univers. Cela signifie : « Sans limite et universel ».

Cela est décrit dans Mahaprajna Paramita Sutra, qui explique et analyse en 600 volumes toutes les interactions et complications de l’esprit et les différentes étapes possibles de notre esprit vers la pureté ou ku. Mais il y a 22 sortes de ku qui sont aussi analysées et cela prendrait au moins 3 années pour lire tous ces livres. Aussi il est bien difficile de décrire en peu de temps cette philosophie si profonde. Il y a aussi 20 livres de Nagarjuna et Vasibandu sur la philosophie du Bouddhisme « Yuishiki », sur la conscience transcendantale dans le Bouddhisme. J’ai étudié ces ouvrages avec mon Maître pendant 3 années et la Maha Prajna Paramita Sutra pendant dix années. J’estime que c’est un minimum pour les comprendre correctement.

Tout grand moine a commencé par l’étude de ces livres mais après quelque temps il ressent de la fatigue. Moi aussi je l’ai ressenti. Mais mon Maître disait : « ces livres c’est exactement comme compter les grains de sable sur la plage. C’est sans fin car le livre est comme le doigt qui montre la lune, mais ce n’est pas la lune ».

Ces livres expliquent les états de conscience de tout être humain et analysent les différentes étapes de l’esprit et comment on peut changer pour revenir à des conditions normales — ce qui est le Satori. Ceci est expliqué et peut être appliqué à chacun. Mais il n’est pas nécessaire pour chacun de les lire : tous ces états existent dans notre esprit et nous pouvons les expérimenter.

Tout le monde parle de Ku — la vacuité. Beaucoup de livres ont paru en Europe qui décrivent la Vacuité en général. Mais il y a 22 espèces de KU, de SATORI. L’année dernière, comme je parlais de cela au coin du feu avec le Pr Durckheim, à Tudtmoos et qu’il me demandait : « J’aimerais, s’il vous plaît, que vous me parliez de ces 22 sortes de « Vide » », je répondis que je ne pouvais en une seule nuit lui expliquer ces 22 espèces mais que je parlerai de la plus élevée : Mushotoku, Ku du Non Profit. Mu = non, shotoku = profit. Nous ne devons pas chercher l’effet, nous ne devons pas souhaiter acquérir quelque chose. Nous devons faire effort pour faire de notre mieux, simplement, sans rechercher un effet. Seulement nous concentrer, donner et donner, sans but. Si nous abandonnons toute chose nous pouvons obtenir toute chose. « Si une bouteille est pleine, rien ne peut entrer dedans, si elle est vide, elle peut être remplie. » Si nous ouvrons nos mains, nous pouvons tout obtenir, si nous désirons prendre, obtenir, nous ne pouvons rien obtenir.

… à la condition normale

Et Dogen aussi a dit : « Ceci est Hishiryo. C’est revenir à la condition normale, à l’état de notre esprit avant la création, le pur esprit. Ceci est la vraie conscience transcendantale dans le Zen.

Le Professeur Suzuki décrit ceci dans son livre à propos de « Mushin » et « Ushin ». « Ushin » est la pensée, la cogitation sans fin, et « Mushin » est la « non pensée ». Par « pensée sans fin » est désigné l’esprit qui devient unilatéral et fixé et correspond à l’esprit superficiel. Il arrête, stoppe, délibère, est discriminatif. Il est toujours actif et sa présence « coupe » le flot de l’esprit originel qui ne connaît ni fixation ni arrêt ni délibération ni discrimination mais s’écoule cependant dans l’être tout entier est très vivant et créateur.

Mushin signifie : n’avoir pas de cogitation, de délibération et justement en raison de ce « non mental » l’esprit peut se mouvoir d’une chose à l’autre et d’un niveau à l’autre. Dogen dit : « Nous allons comme des nuages poussés à travers la naissance et la mort ! Le chemin de l’ignorance est le chemin de Satori. Nous marchons en rêvant. Il y a une seule chose qui demeure dans ma mémoire quand je m’éveille : le bruit de la pluie que j’écoutais tomber une nuit dans mon ermitage de Fukakusa. »

En Occident, pour Kant, la transcendance reflète les lois de l’esprit, la pure raison qui établit les relations entre les phénomènes, les produits de l’esprit humain.

Les écrits d’Emerson sont plus en concordance avec la pensée orientale, avec la théorie de Sunyata.

« Les relations de l’âme avec l’Esprit divin sont si pures qu’il est profane de chercher à interposer une aide. Toutes les fois qu’un esprit est simple et reçoit la sagesse divine, toutes les pensées s’éloignent, moyens, enseignements, professeurs, textes s’écroulent ; cela vit maintenant et absorbe le passé, le futur dans l’heure présente. »

« Ineffable est l’union de l’homme et de Dieu dans tout acte de l’âme. La personne la plus simple qui, dans son intégrité, adore Dieu, devient Dieu ; cependant pour toujours et à jamais l’influx de ce soi meilleur et universel est nouveau et ne peut être cherché. »

Quelques personnes qui veulent atteindre l’état transcendantal de l’esprit arrivent à des conditions anormales. Quelques-uns peuvent même devenir fous ! D’autres cherchent la transcendance dans l’usage des drogues. C’est parfois extrêmement dangereux. Vouloir atteindre cet état seulement par la connaissance et la pensée logique ou par les moyens extérieurs est également dangereux ou inefficace.

Aussi dans le Bouddhisme et spécialement dans le Zen il est nécessaire de s’exercer à la pratique authentique de la méditation. Cette pratique est le Zazen.

Bouddha aussi chercha tout d’abord vendant 6 ans des conditions spéciales de l’esprit dans l’ancienne philosophie hindoue traditionnelle. Mais au bout de 6 ans il comprit que ces états n’étaient pas les vrais. Ce n’est pas l’état normal.


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