Avant le silence


17 Oct 2012

(Revue Être. No 2. 1986. 14ème  année)

Le moyen le plus simple et le plus explicite de décrire la « structure de l’esprit », est de le présenter sous la forme de trois aspects ou couches superposées :

Le premier aspect ou couche « extérieure » (Yung, en chinois), est la phase active de l’esprit qui commande les fonctions mentales actives (les Huit Consciences), à la fois nerveuses et émotives, abstraites et symboliques telles que l’amour, la haine, le désir, la raison, la fantaisie, la mémoire, etc., sentiments réels, que tout être humain a directement expérimentés. Ils intéressent peu Zen, mais ont fourni le sujet d’importantes études psychologiques.

Le second aspect de l’esprit, ou couche « intérieure », s’appelle en chinois Hsiang (forme ou nature).

Quel est exactement la nature de l’esprit ? En résumé, l’esprit n’est autre que la connaissance de soi. Se connaître, c’est reconnaître le jeu de la conscience, être conscient des impressions reçues ou des images captées par elle. Etre conscient de ce jeu, est une expérience absolue et pure, qui n’enferme ni sujet « connaissant », ni objet « connu ». Ces deux éléments se sont fondus en une seule entité : le sentiment pur. Les sages du bouddhisme et ceux de toutes les religions, ont prouvé au cours des siècles le caractère intrinsèque et indivisible de cette entité. La connaissance de soi, nature même de l’esprit, n’implique pas l’idée de recherche de la connaissance. Elle est la connaissance elle-même sous sa forme la plus intrinsèque. Celui qui la découvre sent son être se transformer. Il excellera dès lors dans toutes ses entreprises. Qu’il parle ou qu’il marche, ses impressions sont différentes de celles qu’il éprouvait autrefois ; il sait maintenant que c’est lui qui parle ou marche et s’installe comme un directeur au milieu de l’esprit, contrôlant spontanément toutes ses actions, agissant en connaissance de cause. Celui qui a découvert le « connais-toi », se libère des impulsions aveugles dont il était l’esclave, il devient son propre maître, tandis que celui qui s’ignore n’est qu’un cadavre ambulant !

La lumière de l’esprit, que de nombreux mystiques appellent « Conscience Pure » ne brille que pour celui qui a su cultiver le « connais-toi ». S’il pousse cette expérience jusqu’à ses extrêmes limites, il embrasse clairement du regard tout l’Univers.

De nombreux mystiques et bouddhistes considèrent à tort le stade de Nirvâna, comme l’acte final de l’unification avec la « Conscience Universelle ou Cosmique ». Selon Zen, ce stade reste encore aux confins du Sangsâra (le Chaos). Restés attachés à l’idée moniatique profondément ancrée, les yogis qui ont atteint ce stade, sont encore incapables de trancher les liens subtils qui les empêchent d’atteindre « la rive opposée de liberté parfaite ». Néanmoins, il ne faut pas se laisser obnubiler par le « connais-toi » ou la « conscience lumineuse », qui reste malgré tout un obstacle bien qu’elle soit la clé de toute réalisation intérieure.

On n’atteint pas l’Illumination bouddhiste en s’accrochant à elle ou même en l’élargissant. On atteint l’Illumination bouddhiste en anéantissant et en écrasant tout attachement. Alors seulement, on pénétrera dans le cœur même de l’Esprit, ce vide lumineux, parfait, inconsistant et pourtant dynamique. Le bouddhiste Zen initié connaît non seulement l’aspect lumineux de la conscience, mais aussi — et c’est là le plus important — l’aspect vacant de l’esprit. Zen qualifie « d’eau morte » l’Illumination de celui qui ne s’est pas libéré de tous ses liens. Par contre, il loue « la grande vie », ou Vide Lumineux, l’Illumination dénuée de tout attachement.

(Auteur inconnu)


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