G. Bogdanski : Biophysique et cybernétique dans la recherche théosophique


29 Mar 2010

Article avant-gardiste qui dès 1966 discutait de nombreux thèmes qui ne seront abordés que bien après… G. Bogdanski chercheur émérite est décédé vers le milieu des années 1980.

(Revue Le Lotus Bleu. No 1. Janvier-Février 1966)

I. — BIOPHYSIQUE COMME DISCIPLINE SCIENTIFIQUE.

Il est évident, que la notion de science n’est nullement stable, mais qu’elle varie en fonction de l’évolution du conglomérat, que présentent à l’époque donnée les diverses disciplines scientifiques. Il s’ensuit donc, qu’un phénomène qui était hier encore « a-scientifique » peut devenir aujourd’hui — ou demain — élément entrant dans le cadre de telle ou telle discipline scientifique.

Le nombre des chercheurs dans le monde croît constamment et on a calculé que vivent à l’heure actuelle 90 pour cent des chercheurs qui ont existé dans l’histoire de la civilisation humaine. Aussi observe-t-on un progrès constant de la science. à un rythme accéléré, à peu près logarithmique, qui se traduit par le nombre des publications doublant tous les dix ans. Ce n’est pas seulement un progrès quantitatif, mais aussi — et même surtout — qualitatif. Ce dernier témoigne en même temps du progrès de la pensée humaine dans chaque discipline, et de l’éventail élargi des disciplines.

Nous insisterons spécialement sur la création et le développement rapide d’une discipline dont l’orientation lui permet de devenir un porte-parole théosophique pour l’étude de phénomènes jadis délaissés — ou presque — par la science conventionnelle. La théologie traite de Dieu et de certaines manifestations des relations entre Dieu et l’Homme, de même la physique générale ne s’est évidemment pas montrée assez subtile pour étudier les phénomènes liés à l’existence des individus biotiques (et appartenant de plus à l’espèce extraordinaire qu’est l’Homo sapiens).

C’est pourquoi, le développement de la physique biologique ou — en abréviation — la biophysique[1] devrait être bien accueillie par les écoles de théosophie.

A ce propos, il est indispensable de donner quelques précisions. Comme son nom l’indique déjà c’est une discipline scientifique où les physiciens et les biologistes étudient les bases physiques de la vie comme le chimisme des êtres vivants est étudié par les biochimistes. Tant la biophysique que la biochimie sont filles de la physiologie.

Ce fut H. Von Helmholtz qui, au siècle dernier, commença la recherche biophysique, mais actuellement elle peut se développer rapidement grâce aux progrès des autres domaines de la physique, avec un point culminant dans l’étude des structures.

Comme le dit P. Auger dans son ouvrage « Recherche et Chercheurs scientifiques » : « Si le XIXe siècle a vu le triomphe de l’énergie, le XXe voit celui des structures ».

Sur le plan biologique il s’agit par exemple des structures et substructures cellulaires. Ces dernières sont actuellement très étudiées, car elles contiennent certaines substances à l’état cristallin. Et c’est un fait d’une grande importance car les cristaux sont des émetteurs et amplificateurs d’émissions.

L’ensemble des mitochondries est à son tour structuré dans la cellule sous une stéréoforme dénommée — par Dean et Hinshelwood – par un terme astral : « CONSTELLATION » à cause du pouvoir d’auto-pilotage des processus physiologiques (diffusion, partage cellulaire, etc…) . Cette microconstellation agit donc en quelque sorte d’une manière analogue aux systèmes astroplanétaires où « tout dépend de tout ».

Une très importante structure stérique des tissus vivants se manifeste par la formation de « tuyaux pour le passage des électrons libres » composés de semi-conducteurs (bio-transistors) des électrons. Notons à propos des courants électriques fonctionnels, qu’on ne se borne plus à les mesurer chez l’Homme et les animaux (électro-encéphalogrammes ou cardiogrammes), mais qu’on les détecte aussi chez les plantes. L’enregistrement de ces courants sur une échelle spécialement agrandie a permis de découvrir des décharges d’un type auquel les émissions électromagnétiques type RADIO sont liées.

Cette découverte a permis à son tour de définir en termes radio-physiques le code de transmission télépathique des pensées. On peut vraiment dire maintenant, que la vitesse de la pensée est celle de la lumière. Et on a aussi le droit de traiter des sentiments en termes biophysiques.

A propos de telles émissions deux problèmes principaux se posent: 1° comment pourrait être éliminé dans un système biotique le parasitage propre, immanent à chaque émission? (Tout récemment Presman admet, que ce sont les solides contenus dans les parois cellulaires, qui jouent le rôle d’un filtre radiophysique éliminant ces parasites) ; 2° que devient une émission continue pendant toute la vie d’un être ? (Certains radio-physiciens admettent, qu’elle devient de plus en plus imperceptible en fonction de sa dispersion, d’autres[2], par contre, insistent sur l’existence dans le cosmos de canaux amplificateurs des radio-émissions.

La seconde question est souvent posée au sujet de l’Homme. Notons, que l’extériorisation du fait d’existence des plantes s’est déjà récemment révélée perceptible à grande distance au moyen de la radiospectroscopie passive, effectuée à bord d’un avion cartographique en vol. On attribue une amplification aussi importante du radio-spectre végétal d’une plantation au nombre des plantes identiques en monoculture, des milliards d’émetteurs travaillent en cohérence. C’est pourquoi les insectes sont attirés souvent de très loin par une monoculture, qu’ils ravagent plus que des plantes isolées. Les idées des philosophes hindous, sur la télécommunication entre plantes, ne semblent donc plus actuellement dépourvues de vraisemblance.

Ainsi chaque être vivant est entouré des différents champs qu’il émet, et qui le dépassent dans l’espace. On connaît en radio-physique la loi suivant laquelle les quanta des champs différents peuvent coexister dans un point donné, cela permet la coexistence de cette multitude d’êtres, qui vivent entourés de ces propres champs sur notre planète, et aussi parfois une télécommunication entre eux.

Pour finir ce chapitre notons encore, que pour ces progrès de la biophysique, la méthode cybernétique fut indispensable tant pour l’étude des structures-systèmes que pour celle des phénomènes de télécommunication. On est même arrivé dernièrement à la formation de la « BIO-CYBERNETIQUE » qui travaille actuellement avec la biophysique pour la recherche des faits biotiques.

II. CYBERNETIQUE ET BIOCYBERNETIQUE

La cybernétique est une science physique, qui étudie les lois de l’auto-organisation des divers systèmes. Et c’est au phénomène d’auto-organisation que sera consacré le chapitre suivant.

Il faut tout d’abord remarquer que dans la théorie de l’information, le mot « INFORMATION » est employé dans un sens beaucoup plus large que dans le vocabulaire courant Il englobe ici les phénomènes de transmission de tout ce qui peut être transmissible et en même temps exprimable en quanta. La théorie de l’information repose sur la théorie des quanta, sur le calcul des probabilités et sur la discipline qui étudie les principes des télécommunications. Et cette dernière a prêté son vocabulaire spécial aux cybernéticiens qui font usage des expressions telles que le « canal » de l’information, le « code » génétique, ou le « couplage », etc…

Pour qu’une information parcoure un canal, une différence des niveaux de quanta à ses extrémités est indispensable. Chaque information peut être quantifiée en unités appelées « bits »

Ce qui est très important, c’est la propriété d’entrer en couplage entre des canaux parcourus en sens opposé par des informations. Sur ces couplages rétroactifs (en anglais FEED-BACKS), repose l’équilibre du système cybernétique donné appelé l’homéostasie. D’où la dénomination du système cybernétique : « système homéostatique » ou tout simplement : « homéostat ».

On peut trouver des exemples des systèmes homéostatiques sur des plans différents : astrophysique, atomique, géophysique, biotique, bionique, économique, sociologique, politique, stratégique, etc…

Dans le cadre d’un système astro-planétaire, l’homéostasie repose sur la rétroaction réalisée par un couplage entre l’information représentée par les quanta du champ d’attraction de chaque planète par son astre et celle représentée par les quanta de la force centrifuge due à son mouvement de révolution.

Chaque être vivant est un système homéostatique, se caractérisant par l’état d’équilibre, donc par l’homéostasie. Elle est liée à de multiples couplages, dont le principal est celui entre les informations de commande et de contrôle.

Les systèmes bioniques — par exemple un cerveau électronique — sont des systèmes construits par l’Homme par une technique imitant les lois de la nature (bionique = discipline ne s’occupant que des simulations des lois de la nature pour des besoins techniques).

La stabilité relative de chaque système homéostatique l’oppose à l’action de la loi générale d’entropie (chaos) dans espace et temps déterminés. Il s’ensuit donc que chacun de ces systèmes est considéré comme anti-entropique, c’est-à-dire où l’ordre domine le chaos. Dans la bio-cybernétique qui ne s’occupe que des homéostats représentés par des êtres vivants (« bio-homéostats ») — faisant ainsi partie de la biophysique — on voit qu’un être mort perd son pouvoir anti-entropique et cesse de s’opposer à l’entropie générale : par exemple un Homme tué tombe par terre et montre une tendance à s’égaliser avec le niveau qui l’entoure, et sa température s’équilibre avec la température ambiante, etc…

L’homéostat acquiert son pouvoir anti-entropique par l’improgrammation (terme cybernétique) des bits d’information sous forme d’algorithmes convenablement modelés. On parle donc souvent d’un modèle. On peut aussi parler — comme Platon d’une idée invisible à l’œil et de ses reflets visibles. Ainsi un génotype serait une idée, et les phénotypes qui en sont issus ne sont que des reflets. Les propriétés physiques d’une substance chimique sont des reflets du modèle stérique de la configuration invisible moléculaire.

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Grâce aux modèles, la cybernétique peut trouver des analogies dans différents domaines de la science. Nous avons — à propos des systèmes homéostatiques — donné des exemples liés à des plans très différents faisant partie de disciplines scientifiques souvent très différentes. C’est pourquoi, la méthodologie cybernétique de la recherche s’adapte bien pour servir à l’intégration de la science, et même à « l’étude comparée des religions, des philosophies et des sciences » encouragée dans le deuxième but de la Société Théosophique.

III. — AUTO-ORGANISATION JUSQU’A L’HOMINISATION

A une certaine époque la question de la création du Monde — l’Homme inclus — était discutée dans l’alternative unique soit une création divine, soit que le monde ait toujours été tel qu’il est. Mais tout évolue. Et ce n’est qu’au cours du siècle passé, que la science a repris certaines idées d’évolution, et que C. Darwin a fondé sa fameuse théorie d’évolution, qui — bien qu’encore très primitive — s’attaque déjà à l’origine de l’Homme. Elle est encore loin de la perfection cybernétique de la doctrine de P. Teilhard de Chardin comprenant le processus d’« hominisation » dans le cadre de la « cérébralisation », qui à son tour n’est qu’un cas particulier du phénomène général d’auto-organisation activée par le processus dit de « complexification » (qui sera exposé vers la fin de ce chapitre).

La question de l’auto-organisation des êtres vivants n’est d’ailleurs qu’un cas particulier des phénomènes de physique générale et un épisode dans la chaîne évolutive des diverses auto-organisations, qui se succèdent. Mais ce n’est que tout récemment, que l’on a commencé à trouver des autres anneaux de la chaîne continue que présente la cosmogonie, en particulier sur le plan de la biotisation de notre planète. Ces découverts sont dues aux études de spécialistes de différentes sciences cherchant l’application de la loi cybernétique d’auto-organisation, attribut de la matière, aussi bien à l’échelle atomique que cosmique.

Pourtant — comme le dit le chapitre précédent — la stabilité de chacun de ces deux systèmes repose sur l’existence indispensable d’un phénomène du mouvement des membres du système sur des orbites déterminées avec peu de tolérance. C’est pourquoi l’auto-organisation de la vie — se manifestant par la présence de bio-homéostats intégrés (non démembrés), montrant toujours plus de liberté[3] de mouvement — n’a pu se réaliser que dans des zones de dimensions très différentes d’une part celles d’un atome, et d’autre part celles des corps célestes en mouvement rotatif. Il s’ensuit donc que l’échelle des dimensions des êtres vivants sur Terre se situe dans un intervalle limité par les valeurs de 10-5 cm et de 104 cm.

Pendant longtemps le mécanisme de la création du premier être vivant restait un problème. Le cloisonnement des disciplines scientifiques imposé au cours du siècle passé — et les subdivisions trop rigoureuses dans le cadre d’une seule discipline n’ont pu permettre de concevoir un être vivant engendré dans le cadre des événements naturels, ni qu’on puisse le considérer comme produit de l’évolution de la matière inorganique. Par contre nous avons déjà dit qu’un être vivant — en termes cybernétiques — n’est qu’un cas particulier d’homéostat.

Pourtant on a récemment commencé à utiliser — même en chimie — le langage d’évolution et la notion de sélection naturelle. C’est la stabilisation relative des molécules, qui semblerait jouer un rôle important dans leur sélection naturelle, et c’est la délocalisation électronique, qui est considérée comme le facteur de cette stabilisation ; la nature aurait fait sur Terre appel aux composés conjugués comme vecteurs principaux de la vie.

C. Ponnamperuna va encore plus loin en présentant une mise au point de travaux des différents auteurs — les siens inclus — sur la possibilité d’auto-organisation de la première bio-masse à partir des substances inorganiques. On est par exemple parvenu à obtenir en laboratoire certaines fractions de l’acide désoxyribonucléique (considéré actuellement comme vecteur de la vie) en soumettant un mélange, dont la composition était vraisemblablement celle de l’atmosphère primitive de la Terre aux traitements physiques tels que l’irradiation aux rayons UV, l’irradiation ionisante, les décharges électriques et le chauffage.

Un pas important dans la recherche de l’auto-organisation de la bio-masse fut fait par des expériences de télécatalyse biotique.

S’il s’agit de l’auto-organisation des individus de l’espèce la plus évoluée, on a déjà dit plus haut — d’après P. Teilhard de Chardin — qu’elle reposait sur le phénomène de la « complexification » du système cérébral (« cérébralisation ») dont le cas particulier fut l’« hominisation ». La complexification se manifeste souvent en fonction du nombre des cellules mises en jeu. Et le cerveau de l’Homme, quoique n’étant qu’un peu plus gros et plus lourd que celui du singe, comprend cinq fois plus de cellules nerveuses que celui du chimpanzé.

Le nombre des combinaisons mathématiques possibles croit toujours plus vite que la quantité des éléments d’une structure. Plus les cellules sont petites et donc plus nombreuses dans un volume donné, plus important est le rapport surface/volume Dans le phénomène de complexification se vérifie la loi que la quantité implique le changement d’état qualitatif. Les différences entre le point de vue matérialiste (par exemple marxiste) et l’idéaliste, le spiritualiste, s’atténuent progressivement et vont bientôt disparaître. D’ailleurs cette loi n’est qu’un épisode d’une loi beaucoup plus fondamentale dont elle dérive (voir au chapitre VIII).

Cependant le phénomène d’hominisation ne s’est pas borné à une miniaturisation des cellules nerveuses, mais il repose aussi sur les phénomènes stériques tant pour la formation de l’angle crânien propre à l’Homme, que pour la stéreo-orientation du corps. Cette verticalité du corps humain a eu une forte action sur l’hominisation[4] et la structure psychique de l’espèce devient telle qu’elle est capable d’extérioriser son anti-entropie en créant l’entourage qui lui est favorable à un degré que n’atteignent pas, à beaucoup près les animaux bâtisseurs (nids d’oiseaux, huttes et digues des castors…). Il n’est donc pas exclu que les individus de cette espèce auront la chance de se sauver — en sauvant en même temps certaines autres espèces avant que la Terre ne devienne une planète débiotisée par suite de l’épuisement de l’énergie du Soleil.

Sans pouvoir — faute de place — entrer dans les détails du phénomène d’auto-organisation, il faut adopter une attitude théosophique vis-à-vis des diverses manifestations de cette lui cybernétique d’auto-organisation (voir chapitre suivant).

IV. — DIEU CREATEUR

Si on adopte le raisonnement de la loi d’auto-organisation, on peut se demander si c’est Dieu le vrai Créateur du Monde et de l’Homme.

Constatons d’abord que la création imaginée au cours des siècles personnifiant trop le Créateur et anthropomorphisant Dieu n’est plus admissible.

Il faut insister sur le fait, que déjà en Sanscrit, Manou n’est pas présenté comme un constructeur direct, mais comme celui qui a créé les lois de la nature (on dirait aujourd’hui qui a conféré l’algorithme de l’improgrammation à la matière) dont celle d’auto-organisation. Une telle création est vraiment digne d’un Etre Suprême, car elle ne peut être simulée par aucun être humain. Le mécanisme de conférer des lois, l’Omnipotence et l’Omniprésence du Dieu ne sont plus incompréhensibles à l’époque de recherche radiophysique où les réceptions radiotélégraphique et radiophonique se font continuellement autour de notre globe et parfois au delà (liaisons avec des satellites).

La Bible présente un document admirable révélant la succession des 6 époques de l’auto-organisation en parfait accord avec les données scientifiques les plus récentes. Le septième jour de repos de Dieu, c’est l’époque pendant laquelle l’évolution des événements sur notre planète est confiée à l’esprit de régulation de l’espèce dominante, dont dépendent le progrès, le recul, ou l’arrêt[5]. On peut donc dire — d’une manière allégorique qu’alors Dieu se repose…

V. — CHRISTIANISATION

Juste avant le repos allégorique de Dieu — (c’est-à-dire vers la fin du processus d’hominisation) — Il semblait intervenir directement dans la vie des bio-homéostats humains « in statu nascendi » Cette intervention n’a pu se traduire sur le plan scientifique qu’au stade du développement actuel de nos connaissances englobant la loi d’auto-organisation ; celle-ci comprend toujours l’improgrammation d’un nouveau homéostat. Comme il s’agissait de l’auto-organisation d’un homéostat pensant (Homo sapiens) et intelligent au point de dominer toutes les autres espèces sur sa planète, il était tout à fait logique qu’une improgrammation — lors de la formation d’un tel homéostat par un algorithme particulier (à savoir: celui de la moralité) soit indispensable.

Est-ce par une simple coïncidence, que les individus de l’espèce dominante, ceux dont les cerveaux sont devenus particulièrement improgrammés, aient adopté une posture stéréo-orientée vers le cosmos avec la fontanelle au sommet ? Et aussi: Le Décalogue ne constitue-t-il pas l’algorithme codifié de l’improgrammation morale, révélé d’une manière divine aux humains ? Sur cette base des centaines de millions d’êtres ont déjà programmé leur mode de vie.

Pour un cybernéticien ces phénomènes sont bien naturels, ainsi que le mécanisme des différentes autres manifestations religieuses ayant souvent un caractère télépathique. Citons ici les différentes visions liées avec une inspiration divine, les diverses télétransmissions de messages, le phénomène d’Annonciation, et enfin la mise en jeu du mécanisme de la parthénogénèse chez la Vierge, qui aboutit à la naissance du Messager si semblable à l’Homme que ses paroles ne soient pas prises comme une vision télépathique, mais comme un phénomène réel.

Le Christ — bien qu’adoptant le corps humain ordinaire — a démontré aussi à quel point l’Homme peut extérioriser ces pouvoirs latents par un mode de vie et l’attitude spirituelle convenables. La CHRISTIANISATION est bien connue mais il est rare qu’on y voie une manifestation des phénomènes cybernétiques d’information dans le cadre des facteurs biophysiques contribuant à l’HOMINISATION. Nous disons « biophysiques », car le Christ n’était pas seulement un philosophe, mais aussi un maître du comportement biophysique enseignant à l’Homme l’effet des jeûnes, de la méditation solitaire, etc… Il en était maître comme le maître d’une école classique de comportement biophysique (yoga, tao, fakirs, etc…). Peu de gens connaissent le Chapitre IX de l’Evangile de Saint Marc dans lequel Christ explique son pouvoir supranormal dans un miracle par des facteurs de nature bio-physique mis en jeu consciemment. Il semble également intéressant d’analyser les lieux fréquentés par le Christ sous l’angle de leur richesse en potassium (qui tout en éliminant l’eau des tissus augmente la surface du corps, capable alors de servir comme une antenne) ; par exemple il n’est jamais mentionné qu’Il s’approche au bord de la mer vraie (riche en sodium-antagoniste de potassium), mais des lacs extrêmement riches en potassium et en brome dans le cas de la Terre Sainte. S’il s’agit de nourriture les Evangiles parlent beaucoup des poissons de l’eau douce, mais jamais des mammifères, ce qui est aussi caractéristique d’un certain mode de vie.

Peu de Chrétiens — même ceux qui pratiquent et jeûnent —analysent ces faits d’une manière biophysique, encore moins nombreux sont ceux qui analysent les paroles du Christ d’une manière théosophique. Pourtant dans les indications données aux gens simples on pourrait actuellement trouver l’expression des lois cybernétiques auxquelles obéissent réellement les systèmes sociologiques humains naturels. Il s’agit ici surtout de certains couplages rétroactifs.

(A suivre)

G. BOGDANSKI.

BIOPHYSIQUE ET CYBERNETIQUE  DANS LA RECHERCHE THEOSOPHIQUE par G. Bogdanski

(Revue Le Lotus Bleu. No 2. Mars-Avril 1966)

II

VI. — EFFORTS D’EXPLICATION DES PHENOMENES DELAISSES PAR LES DISCIPLINES CONVENTIONNELLES DE LA SCIENCE

Les disciplines conventionnelles laissent de côté de nombreux phénomènes atypiques. On étudie avec soin toute anomalie des événements physiques abiotiques — et on dit même souvent, que « cette étude peut permettre la découverte de nouvelles lois de la nature » — il en va autrement pour les événements biotiques.

Les phénomènes paranormaux (ou tératologiques) en botanique sont tout simplement considérés comme « LUSUS NATURE ». Si nous montons aux animaux domestiques, on constate que les individus non conformes à leur race sont en principe simplement éliminés le plus vite possible. Et si nous arrivons enfin au niveau de l’Homme, on constate que les phénomènes paranormaux ne reçoivent pas l’attention qu’ils méritent du point de vue scientifique, mais qu’on les méprise.

1° Les gens ayant une conformation anatomique atypique vivent dans une ambiance pénible et acquièrent par là différents complexes.

2° Ceux dont l’a-typicité porte sur le degré de cérébralisation — même si ce degré dépasse le stade de l’hominisation ordinaire et se manifeste par exemple par le développement paranormal plus accentué des sens inspirent en général de la méfiance (guérisseurs, radiesthésistes, etc…) et jalousie (notons à ce propos, que ce sont des géologues jaloux, qui ont dénoncé au XVIIe siècle Madame Martine de Beausoleil qui fut brûlée vive comme sorcière pour avoir, avec sa baguette et le don hérités de son père, localisé 150 futures mines en Europe et en Amérique).

Cette attitude de méfiance a été parfois si loin, qu’à une certaine époque on a décidé d’exterminer méthodiquement les gens montrant pareils phénomènes, appelés aujourd’hui « para-psychiques ». Ainsi 9 millions de gens doués — ou soupçonnés de l’être — d’un « sixième sens » furent pendant quelques siècles brûlés vifs. Par ce génocide on a voulu éliminer des gènes responsables de la célébralisation trop poussée chez certains par rapport à celle des dirigeants des nations à cette époque.

Bien que l’attitude contemporaine n’ait heureusement plus cette cruauté, elle a pourtant tendance à ridiculiser ces phénomènes dans l’esprit des masses. Et les scientifiques s’écartent souvent avec timidité de l’étude de tels phénomènes. Il s’ensuit donc, qu’on les décrit non dans le cadre d’une discipline scientifique régulière, la psychologie, mais en les reléguant dans la « para-psychologie ». On juge souvent qu’il ne serait pas digne d’un psychologue, de s’occuper de cas aussi rares, aussi extraordinaires et souvent truqués comme par exemple ceux du cirque.

D’après cette courte mise au point d’attitudes différenciées vis-à-vis des phénomènes para-normaux, on voit que l’intérêt des disciplines scientifiques conventionnelles pour ces phénomènes diminue en fonction de la complexité du niveau d’événement que représente le phénomène donné. C’est une constatation bien pitoyable et c’est pourquoi il faut souligner la sagesse contenue dans la formule du but No 3 de la Société Théosophique, qui envisage la nécessité d’ « étudier les lois inexpliquées de la Nature » et la lie au même paragraphe de l’étude des « pouvoirs latents dans l’Homme ».

On peut heureusement envisager depuis peu, certaines perspectives d’amélioration de la situation de ces études et cela grâce au développement rapide de la biophysique et de la bio cybernétique. Depuis le Congrès International Scientifique sur l’Hypnose — qui a eu lieu en mai à Paris et qui a scientifiquement réhabilité le phénomène d’hypnose comme réellement possible — personne n’aura plus le droit de douter des possibilités du développement des pouvoirs latents dans l’Homme. Le livre d’Y. Rocard : « Le signal du sourcier » — édité il y a trois ans — a enfin introduit dans le cadre de la bibliographie scientifique le phénomène biophysique de la radiesthésie.

Notons aussi, que la cryptoscopie s’est récemment révélée phénomène réel et naturel grâce au cas contemporain de Rosa Kulieszowa, qui a été scientifiquement décrit par N. Niuberg dans un pays, où l’on prend grand soin de ne pas laisser la science dépasser le cadre des principes matérialistes. Citons aussi notre modeste traité sur le mécanisme divinatoire — soit par un chien, soit par un radiesthésiste[6] de la localisation géométrique des traces du passage d’un bio-homéostat (humain ou animal que l’on chasse), reposant sur le fait, que certains quanta extériorisés au long, de son parcours sont transmis au terrain, et y persistent (peut-être sous forme d’une onde stagnante) pendant quelques heures.

Tous ces phénomènes ne sauraient être compréhensibles que dans les termes biophysiques en liaison avec la théorie cybernétique de la transmission des quanta. Pourtant cette dernière se manifeste surtout dans les phénomènes de télépathie, phénomènes qui constituent dans différents pays l’objet d’étude biophysique particulière ; nous avions déjà cité à ce propos les travaux de S. Manczarski où une profonde connaissance de la radiophysique et de la biologie anthropologique a donné des résultats excellents.

Dernièrement on a commencé à discuter de la question de la possibilité de parcours d’information dans un sens négatif du vecteur temps. Notons à ce propos, que dans la physique nucléaire, on a trouvé, que certaines particules du noyau atomique se comportaient d’une telle manière, que leur mouvement ne peut être exprimé que par l’adoption de la notion du temps négatif. Celui-ci à son tour aurait expliqué plusieurs phénomènes biotiques, et même des phénomènes jadis inexplicables (intuition, certaines rétroactions, prophéties — pratiquées par exemple dans la Grèce Antique sous la dénomination de RHABDOMANCIE — à l’aide des baguettes).

Le plus difficile dans la recherche biophysique ce sont les phénomènes spirites. Mais même le cas de lévitation ne présenterait plus un phénomène inexplicable du point de vue scientifique, si l’on adoptait la notion du temps négatif (- t) en la substituant à vecteur positif (+ t) dans la formule classique de la sédimentation. Ainsi un équilibre relatif des champs peut s’établir dans un endroit déterminé par la présence d’un médium (collaborant avec certains vecteurs du temps négatif d’une manière analogue par exemple à celle que chaque être établit — aux termes de la biologie submoléculaire — avec des électrons libres) au cours d’un temps déterminé par l’épuisement du pouvoir télécinétique du médium.

Il semble intéressant de noter à ce propos, que le grand psychologue CG Jung relie le phénomène des prétendues « soucoupes volantes » au phénomène d’une perte obligatoire de pesanteur (car ni la trajectoire ni les brusques changements de vitesse des objets tels quels sont détectés, visuellement ou par radar, ne pourraient se produire sauf en absence de pesanteur).

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Avec la discussion sur la lévitation, les prophètes et le spiritisme, nous semblons nous approcher des phénomènes de la catégorie SURNATURELLE, traitée souvent dans le cadre des religions. Demandons-nous à ce propos, si vraiment la religion et la science sont des choses tout à fait différentes, incompatibles, puisqu’à l’heure actuelle on les présente souvent comme s’opposant.

On a essayé à différentes époques de relier la science et la religion, mais à l’époque contemporaine elles paraissent à certains beaucoup plus éloignées qu’elles n’étaient au temps où Saint Thomas d’Aquin écrivait la Somme Théologique.

Les épineux efforts de P. Teilhard de Chardin — malgré leur utilité pour l’œuvre d’intégration, ayant pour but le rapprochement de la religion et de la science — ne se sont pas encore assez répercutés sur le plan de la recherche, et qui doit être scientifico-religieux. Les travaux de Teilhard ne sont même pas poursuivis par les contemporains. Pourtant la science évolue et durant la dizaine d’années, qui nous sépare de la mort de Teilhard, le matériel factographique pouvant être utile pour appuyer et développer sa doctrine a certainement doublé. Il faut donc en profiter et peut-être même créer un institut international de la recherche dans ce domaine, si important pour la formation de la conscience de l’Homme — plus important que ne l’est aucun autre institut existant actuellement dans le Monde.

La doctrine théosophique a toujours été favorable à une telle interprétation de la science et de la religion, ce qu’exprime le second but de la Société Théosophique et — comme nous l’avions déjà indiqué au Chapitre II — c’est la cybernétique, qui par sa méthode immanente « à analogies » se prête le mieux pour contribuer à l’intégration par la recherche d’un dénominateur commun pour les parallélismes.

VII. — MYSTICISME SCIENTIFIQUE

On trouvera facilement même dans le petit Larousse, que le mot « mysticisme » signifie — par extension — « toute croyance aux interventions surnaturelles ». Mais on peut se demander quelle autorité dira ce qui est « naturel » et ce qui ne l’est pas ? Nous avions déjà exposé au chapitre précédent plusieurs cas démontrant qu’en fonction du développement ce qui était considéré comme a-scientifique deviendra souvent scientifique. Il peut en aller de même de, ce qu’on juge « naturel » ou non.

Selon la source précitée le mysticisme est « une doctrine philosophique et religieuse d’après laquelle la perfection consiste en une sorte de contemplation, qui va jusqu’à l’extase et unit l’homme à la divinité ». Cette constatation devrait faire réfléchir tant un biophysicien ou un psychophysiologue, que des religieux (qui connaissent les méthodes — prescrites et expérimentées souvent dans le passé — d’activation des contacts de l’Homme avec Dieu par contemplation et par oraison, et amplifiée dans le cas d’oraison en groupe). Et cette association dans une structure cohérente fut déjà préconisée par le Christ, qui a dit que « là où plusieurs prient je suis avec eux ».

Ainsi — nous avons déjà exprimé un tel souhait — devraient se réunir pour la recherche commune le biophysicien, le psychophysiologue et le théologien. Le mysticisme — lié avec l’état psycho-physique de contemplation — ne peut plus être considéré comme une manifestation tout à fait immatérielle. D’ailleurs le mot « mysticisme » provient du latin « mysticus », c’est-à-dire : « relatif aux mystères ». Et les mystères présentaient une sorte de séances spirites pendant lesquelles plusieurs personnes s’intégraient convenablement dans la formation d’une suprastructure afin de provoquer une amplification des répercussions issues d’une contemplation profonde et cohérente de chaque individu. La conformité au mode de contemplation de chaque individu assure cette cohérence dans le cadre d’une telle suprastructure. C’est le rite soit religieux (liturgie), soit laïc, qui constitue l’algorithme d’improgrammation de la cérémonie et qui assure sa conformité indispensable.

Les préparations mystiques comprennent non seulement les exercices spirituels convenables pour parvenir à un état de contemplation, mais aussi des exercices physiques. L’œuvre célèbre d’Ignace de Loyola est sur ce point très proche des indications des écoles de yoga, de tao et de fakirs. La position du corps, et surtout celle des doigts, ainsi que le mouvement semblent jouer un rôle important. Et on ne peut douter que ce soit le champ d’investigation de la biophysique (d’autant plus que cette discipline a déjà l’expérience de l’étude de l’influence des mouvements des bras et des doigts pendant les passes d’hypnotiseur sur le comportement de la personne ou de l’animal hypnotisés).

VIII. — ALGORITHME UNIVERSEL

On a déjà présenté la notion de l’algorithme au chapitre II. Le nom algorithme est dû à un mathématicien médiéval : Al Kharezmi. Comme nous l’avons déjà indiqué, chaque improgrammation dans le cadre de l’auto-structuration repose sur un algorithme défini.

Pendant des siècles de développement de la science — auparavant plus méditative qu’expérimentale — on a cherché intuitivement (mais en vain) à trouver un algorithme dit « universel », à partir duquel on pourrait déduire chaque existence. Nous trouvons des reflets d’une telle recherche encore au siècle passé dans l’affirmation de Faraday[7] et à notre siècle dans les paroles d’Einstein[8].

Bien qu’Einstein — avec sa théorie de relativité et celle du champ unitaire — ait posé des fondements importants pour la postulation d’un algorithme universel, ce postulat n’était pas possible tant que la théorie cybernétique d’information n’était pas créée ou suffisamment développée.

Si l’on compare les faits et les lois à nos connaissances actuelles on peut facilement remarquer, que chacune des trois théories précitées repose sur un dénominateur commun matérialisé sous forme d’INEGALITE, qui s’oppose à la loi d’entropie en un lieu et un temps déterminés sur tel ou tel plan et qui est en transformation continuelle. C’est bien l’INEGALITE qui détermine l’existence et le vecteur de chaque information. On ne pourrait pas parler de la relativité sans une inégalité quelconque. Sans inégalité dans la répartition spatiale des quanta le champ perdrait toute signification.

G. Bogdanski.


[1] Ne pas confondre avec la biophysique telle qu’elle est définie dans le langage des biochimistes ; elle se limite à certaines méthodes physiques servant exclusivement à la recherche biochimique.

[2] D’aucuns considèrent qu’elle peut même s’enregistrer sur des systèmes cosmiques convenables ; il ne semble même pas donc chose irréelle — du point de vue physique — que les sentiments liés avec certains péchés peuvent s’enregistrer.

[3] Visible même chez les plantes où, par exemple, la bio-masse des racines ne tombe pas toujours — sous l’influence de l’attraction terrestre verticalement, et les racines entreprennent souvent des parcours téléologiques (vers des sources d’eau et à la recherche des minerais) dans des sens différents auto-déterminés ; la tige s’oppose même en principe (géotropisme négatif) à la gravitation suivant les programmes immanents à telle ou telle autre espèce ; le cytoplasme démontre aussi des mouvements autonomes, souvent aussi le mouvement circulaire.

[4] On peut la considérer comme triple : 1° changements psycho-physiques provenant de la difficulté de la marche sur deux membres ; 2° libération des membres antérieurs pour d’autres tâches que la marche ; 3° transformation de l’homme debout en une antenne orientée vers le cosmos.

[5] P. TEILHARD DE CHARDIN a insisté sur l’auto-organisation d’un nouveau genre chez des humains contemporains, qui consiste à la complexification des liaisons entre les individus dans la formation d’une structure sociologique pan-humaine dans le cadre de socialisation. Il écrit à ce propos, qu’ « associés organiquement les uns aux autres (mieux que les cellules d’un même cerveau), nous ne formerons plus, tous réunis, qu’un seul système, ultra-complexe, et par suite ultra-centré ». Et comme il n’a pu postuler encore pendant sa vie qu’un système englobant des gens vivants sur notre planète, il a appelé l’auto-organisation d’un tel système : « planétisation ».

[6] A noter que l’Homme — bien que hautement évolué — n’est doté ni d’antennes (bien qu’elles constituent les membres des insectes, parfois même plus grandes que le corps), ni même de cornes. C’est pourquoi une baguette ou un pendule tenu à la main peuvent souvent améliorer nettement la perception extrasensorielle de l’Homme.

[7] J’ai pendant longtemps eu l’opinion, et presque la conviction, que les diverses formes sous lesquelles les forces de la matière se manifestent ont une origine unique commune.

[8] La tâche suprême du physicien est d’arriver à ces lois  élémentaires universelles en partant desquelles on pourrait construire le cosmos par pure déduction.