le Professeur Robert Tocquet : Camille Flammarion 1842-1925 pionnier de la métapsychique


31 Oct 2013

(Revue Psi International. No 5. Mai-Juin 1978)

Camille Flammarion, qui est surtout connu comme astronome, consacra néanmoins une grande partie de son activité aux études psy­chiques. Dans ses Mémoires biographiques et philosophiques d’un Astronome, il raconte son anxiété lorsque, âgé de 7 ans, il croisa un enterrement. Et il posa cette question à un camarade : « Est-ce que je mourrai aussi ? » Sur la réponse affirmative de son ami, il répliqua : « Ce n’est pas vrai, on ne doit pas mourir. » Et il rêva à cela plusieurs jours, plusieurs semaines, plu­sieurs mois. « La conviction que la mort n’existe pas, écrit-il, a continué de dominer mon esprit. C’est un mystère à résoudre et l’on n’y est guère plus avancé à soixante ans qu’à sept ans. Mais l’idée innée reste la même : Nous ne pouvons pas être détruits. »

C’est précisément cette conviction profonde qui le poussa, dès sa jeunesse, à étudier le problème de la vie ainsi que les forces naturelles, connues ou inconnues, nombreuses et variées dans leurs manifestations.

Avec son esprit généreux et passionné, avide de nouveautés, il recueillit, examina, scruta, ana­lysa d’innombrables documents « psychiques » provenant de correspondants français ou étran­gers et en fit la matière essentielle de ses ouvrages consacrés au paranormal : L’Inconnu et les problèmes psychiques (2 vol., 1900, Nlle éd. 1911) ; Les Forces naturelles inconnues (2 vol., 1907); La Mort et son mystère (3 vol., 1920, 1921, 1922); Les Maisons hantées (1 vol., 1923). Mais cette méthode d’in­vestigation métapsychique présente d’incontes­tables difficultés, car, en l’occurrence, séparer le bon grain de l’ivraie n’est pas chose aisée à moins de se livrer à de longues et pénibles enquêtes.

Il faut cependant ajouter que Flammarion ne se borna pas à solliciter des documents paranormaux. Il fut aussi un expérimentateur habile, prudent et avisé. C’est ainsi qu’il étudia longue­ment Eusapia Paladino, et, en collaboration avec G. de Fontenay, réussit avec ce médium à photographier des tables en lévitation, ce qui, à l’époque, n’était pas facile à réaliser.

« Comme je désirais revoir encore une lévitation de table en pleine lumière, écrit-il dans son ouvrage Les Forces naturelles inconnues, on a fait la chaîne debout, les mains légèrement posées sur la table. Celle-ci se mit à osciller, puis elle s’éleva à cinquante centimètres du sol, y resta quelques secondes, tous les assistants étant debout, et retomba lourdement.

« M. G. de Fontenay a pu ensuite obtenir plu­sieurs photographies au magnésium. J’en repro­duis deux ici. Cinq expérimentateurs, qui sont, de gauche à droite : M. Blech, Mme Z. Blech, Eusapia, moi, Mlle Blech. Dans la première, la table pose sur le parquet. Dans la seconde, elle flotte en l’air, à la hauteur des bras, à 25 centi­mètres environ à gauche, à 20 centimètres à droite. J’ai mon pied droit appuyé sur ceux d’Eu­sapia et la main droite sur ses genoux. De la main gauche, je tiens sa main gauche. Toutes les autres mains sont au-dessus de la table. Il est donc de toute impossibilité qu’Eusapia agisse musculairement. Ce document photographique confirme celui qui a été obtenu précédemment, et il me semble difficile de n’en pas reconnaître l’irrécusable valeur documentaire. » Cependant, on le sait, Eusapia frauda parfois, et, à ce propos, Flammarion constata qu’elle uti­lisait un cheveu pour provoquer l’abaissement du plateau d’un pèse-lettres. Mais il convient de souligner ici que, dans ce cas, Eusapia était dans un état psychologiquement normal et qu’en dehors de l’état de transe, elle ne pouvait obtenir aucun phénomène physique paranormal, d’où la fraude.

Flammarion fit également de nombreuses expériences avec le groupe Allan Kardec alors dirigé par l’illustre fondateur du spiritisme. Et, fait cu­rieux, il y devint, en quelque sorte, « médium?écrivain ».

« En ces réunions de la Société Parisienne des études spirites, j’écrivis, dit-il, des pages sur l’astronomie signées Galilée. Ces communica­tions restaient sur le bureau des séances, et Allan Kardec les a publiées en 1867 sous le titre d’Uranographie générale dans son livre intitulé La Genèse. Ces pages astronomiques ne m’ont rien appris. Je ne tardai pas à en conclure qu’elles n’étaient que l’écho de ce que je savais et que Galilée n’y était pour rien. C’était là comme une sorte de rêve éveillé. D’ailleurs, ma main s’arrêtait lorsque je pensais à d’autres sujets. » Sage conclusion que l’on peut appliquer à un grand nombre de « communications » dites spirites.

Enfin Flammarion assista en 1920, 1921, 1922 et 1923 à quelques séances de Kluski et de Guzik effectuées à l’Institut Métapsychique Internatio­nal sous la direction du Dr Geley.

En tout cas, comme l’a proclamé le professeur Charles Richet, s’adressant à Camille Flamma­rion, lors de son Jubilé scientifique, le 26 fé­vrier 1912, « il faut un grand courage pour chercher à résoudre, avec des moyens imparfaits et des ressources précaires, par des méthodes incertaines, à l’aide de documents contradic­toires, quelques-uns des grands mystères qui se pressent autour de nous, mystères qui, jusqu’à présent, ont été, et par malheur restent encore, ensevelis dans d’épaisses ténèbres.

« Vous l’avez tenté, ajouta-t-il, vous, mon cher ami ; vous avez, dès le début de votre glorieuse carrière, compris qu’il y avait dans  »Les Forces naturelles inconnues » ample matière à des recherches, à des méditations. »

Dans le domaine scientifique et surtout astrono­mique, l’œuvre de Camille Flammarion est immense et l’on reste confondu, même à la lec­ture de son exposé succinct. Travailleur acharné, savant désintéressé, chercheur infatigable, cet homme extraordinaire ne vivait réelle­ment que pour le plaisir d’étudier et surtout pour la joie de communiquer à autrui l’amour de la science du ciel qu’il affectionnait par-dessus tout. Pendant toute sa vie, il s’est efforcé de « populariser » l’astronomie (et non de la vulga­riser), de faire comprendre aux foules les mer­veilles de l’Univers. En 1882, il fit paraître le premier numéro de la revue L’Astronomie, et, le 18 janvier 1887, il fonda la Société Astrono­mique de France, toujours prospère.

Bien peu d’hommes ont connu, comme lui, une audience aussi grande, s’étendant, on peut le dire, à toute la Terre et à toutes les classes de la société. « Rarement, écrit Émile Touchet, excep­tion faite pour les fondateurs des grandes reli­gions et des doctrines philosophiques, un homme exerça une telle influence sur les esprits, faisant, par ses ouvrages, des milliers et des milliers d’adeptes, amenant chaque jour à la science de nouveaux disciples. »

Aussi, même à notre époque, le nom de Flam­marion est pour beaucoup synonyme d’astro­nomie.

Ainsi que nous l’avons dit, son œuvre est immense. Outre d’innombrables articles philoso­phiques et scientifiques, elle comprend essentiel­lement une dizaine d’ouvrages d’astronomie pratique, 15 ouvrages d’enseignement de l’as­tronomie parmi lesquels sa célèbre Astronomie populaire qui, malgré les très grands progrès de l’astronomie moderne, n’a rien perdu de son charme et de son intérêt (L’ouvrage a été tiré à 130000 exemplaires entre 1879 et 1924 et a été réédité en 1976 sous sa forme primitive.), 10 ouvrages scien­tifiques divers, 8 ouvrages philosophiques, 8 ouvrages métapsychiques et 6 ouvrages littéraires. Et, comme le souligne justement A. Duplay, Vice-président de la Société Astronomique de France, « tous ces ouvrages sont écrits dans un style admirable, à la fois enchanteur et boulever­sant ».

Ajoutons que Camille Flammarion créa en 1883 l’observatoire astronomique de Juvisy qu’il compléta par une station météorologique et une sta­tion de radio-culture, qu’il fit, dans un but scien­tifique, de nombreuses ascensions en ballon libre, et, enfin, qu’il fut un ardent défenseur de la paix entre les hommes.

Camille Flammarion était membre du Comité de Direction de l’Institut Métapsychique International (I.M.I.).

Personnellement, je n’ai fait que l’entrevoir soit à l’I.M.I., soit à l’une des réunions-de la Société Astronomique de France dont je suis sociétaire, mais je le connaissais depuis longtemps puisque, dès l’âge de huit ou neuf ans, ses deux ouvrages l’Astronomie populaire et Les Étoiles et les Curiosités du Ciel furent mes livres de chevet, de sorte que, tout en étant très réfractaire à l’étude de la géographie, je connaissais, grâce à lui, le nom des principaux cirques et des principales montagnes lunaires ainsi que celui des constella­tions et des étoiles les plus brillantes que, presque chaque soir, je m’efforçais de distinguer dans le ciel.