Louis-Marie Vincent : Champ morphobiotique – Structure invisible de l’être humain


24 Nov 2013

(Extrait de Le Corps énergétique de l’homme. L’espace bleu 1992)

Louis-Marie Vincent aujourd’hui décédé était docteur ès Sciences, enseignant honoraire à l’université Pierre et Marie Curie, Président fondateur de GREC-B, groupe de recherche pour l’étude des champs biologiques

Lorsque Jeanne sur son balcon sème des graines de pervenche, elle n’est pas étonnée, lorsqu’arrivent les beaux jours, de voir fleurir des pervenches. De même, lorsque la fermière donne un œuf de canne à couver à l’une de ses poules, elle n’est pas surprise de voir naître un caneton. Tous ces faits sont banals. Et pourtant, pourquoi naissons-nous avec deux bras et non pas trois… Pourquoi un œuf de grenouille donne-t-il naissance à un têtard, et pourquoi un papillon doit-il naître sous la forme étrange d’une chenille ? En vérité nous n’en savons rien. La morphogénèse, c’est-à-dire la naissance des formes vivantes, est encore l’un des problèmes que la biologie n’a pas su résoudre. Bien entendu, depuis Aristote, les pères de l’Église et les philosophes orientaux, il y a eu de nombreuses tentatives d’explication et de nombreuses théories. Je vais prendre la suite.

Bien que le terme de champ morphogénétique ait prévalu historiquement, je lui préfère le terme de champ morphobiotique, car l’action de ce champ doit s’exercer non seulement pendant la période de construction de l’être vivant c’est-à-dire pendant la naissance, l’expansion de la forme, mais également pendant toute l’existence de cet être vivant.

L’idée d’un champ propre aux êtres vivants remonte approximativement aux années vingt. Elle a été émise pour la première fois, à ma connaissance, par Driesch lors de ses travaux sur les embryons et sur les actions à distance entre les cellules vivantes. Depuis, différentes conceptions du champ biologique ont été présentées par Weiss et Henri Prat en 1964, par René Thom et Brian Goodwin, et plus récemment par Rupert Sheldrake,Wolkovski et moi-même.

En premier lieu je rappellerai pour mémoire qu’il existe deux façons de comprendre et d’aborder le vivant. La première est la conception dite réductionniste, qui consiste à réduire un être vivant à la somme de ses composants : cellules, molécules. La seconde est la pensée systémique qui considère, au contraire, cet être vivant comme un tout insécable, supérieur à la somme des parties qui le composent. Cet être vivant constitue un système, c’est-à-dire un ensemble d’éléments en interrelation ou, en d’autres termes, un ensemble dans lequel tout réagit sur tout. Tout ceci est bien connu.

Mais, au-delà de cette notion booléenne d’ensemble, un système considéré tout particulièrement du point de vue de la thermodynamique, c’est-à-dire de la science de l’énergie, se définit aussi comme une portion de l’univers dans laquelle il se passe quelque chose et qui présente des propriétés spécifiques.

Dans le cas qui nous intéresse, ces propriétés spécifiques sont, bien entendu, celles de la vie. L’une des propriétés les plus importantes d’un être vivant, c’est la possibilité d’échanger de la matière et de l’énergie avec son milieu extérieur. L’expression « univers extérieur » étant prise, en thermodynamique, dans le sens le plus général de tout ce qui est le non-système.

Cette distinction spatiale entre le système et le non-système a d’importantes conséquences, elle implique l’existence d’une paroi à travers laquelle vont s’effectuer ces échanges, même si cette paroi est conceptuelle. Toujours par voie de conséquence, l’existence d’une telle paroi implique que le système possède une forme définie par rapport à un référentiel, lequel référentiel est, de façon implicite, le continuum à quatre dimensions dans lequel nous vivons : trois dimensions spatiales et une dimension temporelle. C’est une notion de première importance. C’est précisément l’examen de ces conditions de fonctionnement de l’être vivant qui vont nous amener à concevoir que c’est finalement cette forme qui représente l’essentiel d’un être vivant.

Pour revenir un instant sur le point de vue thermodynamique, le point de vue de la science de l’énergie, celui-ci ne considère un système que de façon globale. Ceux qui ont fait de la physique savent que ce qui intéresse le thermodynamicien, c’est l’échange entre l’énergie et la matière à l’intérieur et à l’extérieur d’un système. Les lois de la thermodynamique régissent et codifient ces échanges. Mais en fait, le thermodynamicien ne s’occupe pas de ce qui se passe à l’intérieur.

Il a été amplement démontré depuis un certain nombre d’années que la matière qui est qualifiée de vivante ne contient pas d’autres constituants que la matière rencontrée partout dans l’univers : des atomes, des particules élémentaires… Ce qui caractérise cette matière vivante n’est donc pas sa composition, le type d’éléments qui la composent, mais sa structure. Elle acquiert une structure particulière, une organisation qui lui confère les propriétés qui sont celles de la vie. C’est la raison pour laquelle il serait plus exact de parler de matière à l’état vivant que de matière vivante, de la même façon que l’on parle d’eau à l’état liquide ou à l’état gazeux.

Il serait d’ailleurs simpliste de penser que les substances réagissent à l’intérieur d’un organisme vivant de la même manière que les molécules quand le chimiste les mélange dans un tube à essai. In vitro, les rencontres d’atomes ou de molécules sont soumises aux lois statistiques du hasard tandis qu’à l’intérieur d’un système vivant l’organisation permet au contraire des situations qui sont hautement improbables et qui provoquent des réactions qui ne pourraient pas s’effectuer ailleurs que dans ce système vivant.

On peut donc qualifier la matière à l’état vivant de « matière informée », c’est-à-dire de matière ayant reçu des instructions afin d’acquérir une certaine forme. C’est un peu l’exemple du potier qui, à partir d’une masse de glaise, peut réaliser n’importe quel objet.

Ce serait une autre vue simpliste d’ailleurs que de penser que cette organisation est uniforme à l’intérieur de l’être vivant comme l’est l’organisation d’un cristal. Si par exemple le cristal de sel de cuisine, le chlorure de sodium, est composé alternativement d’un atome de chlore et d’un atome de sodium, il n’en va pas du tout de même à l’intérieur d’un être vivant. Dans un être vivant, il y a une organisation hiérarchisée.

Graphique d’un système hiérarchique, du type « poupées russes ».

Graphique de l’« arbre » d’un système hiérarchique.

TYPES D’ORGANISATION

Ceci montre les différentes conceptions d’une organisation hiérarchisée, soit en arborescences, soit en poupées russes. On peut dire que cette organisation correspond à de véritables formes internes. Je passerai sur les différents niveaux d’organisation ou de complexité que l’on définit habituellement : le niveau sub­atomique, atomique, moléculaire, cellulaire, etc.

Nous savons aussi qu’il existe des êtres vivants de tailles extrêmement différentes, depuis la bactérie qui mesure environ 0,5 à 1 millième de millimètre jusqu’aux cétacés, les plus grands mammifères, qui ont de 15 à 20 mètres de long, en passant par les insectes. Si nous laissons à part les êtres unicellulaires qui sont des êtres vivants tout à fait particuliers, nous constatons qu’à partir d’un certain degré dans l’échelle d’organisation, tous ces êtres multicellulaires, les mammifères et l’homme bien entendu, sont construits à partir de cellules et que toutes ces cellules — à part les cellules nerveuses qui font exception — ont des dimensions extrêmement voisines les unes des autres, de l’ordre de 10 à 20 micromètres. La différence de taille qui existe entre ces êtres vivants va donc dépendre du nombre de cellules qui les composent, et non pas de la dimension ou de la structure de ces cellules.

Continuons notre analyse. Tout être vivant se nourrit et respire, il entretient des échanges de matière et d’énergie avec son univers extérieur, son environnement. Ou, si vous préférez, disons que la matière organique ou minérale qu’il assimile et incorpore à son système est toujours de la matière inerte. Même si un animal se nourrit d’une proie vivante, cette matière vivante sera décomposée, catabolisée à l’intérieur, digérée par le prédateur, pour être à nouveau reconstruite et assimilée, devenir la matière propre de cet être vivant. Quant aux déchets qui sont rejetés sous différentes formes, solides ou gazeuses, ce sera également de la matière inerte. Prenons un exemple très simple : celui d’un morceau de sucre. Un morceau de sucre est quelque chose de parfaitement inerte qui est cristallisé. Lorsqu’il est dissous, les molécules qui le composent vont pour ainsi dire être trafiquées. Les atomes de carbone, d’hydrogène, etc. serviront à construire notre propre matière. Puis cette matière, ces atomes, seront rejetés, sous forme de gaz carbonique par exemple, dans l’atmosphère extérieure. Nous pouvons essayer de chiffrer ces échanges sur la figure suivante.

Si l’on fait pour l’être humain le bilan de ce qui entre et de ce qui sort, on s’aperçoit premièrement qu’à quelques pourcents près, le corps humain garde un poids constant — je parle de la période adulte de la vie, la période de croissance étant particulière. Ce corps humain va donc conserver ce poids constant à travers toute son existence. Cela signifie qu’il va absorber autant de matière qu’il va en rejeter. Deuxièmement, la quantité consommée est de l’ordre de 50 tonnes pour une durée moyenne de vie de 70 ans, c’est-à-dire environ 700 fois le poids de notre propre corps. Il faut remarquer d’ailleurs que pour des insectes vivants de petite taille, tels que des insectes ou des oiseaux, le rapport entre le poids du corps et la quantité de matière consommée est encore beaucoup plus considérable.

Cela signifie une chose très simple mais fondamentale : que ce qui est permanent dans un être vivant, et en particulier dans un être humain, ce n’est pas le flux de matière qui le traverse mais sa forme, quelque chose d’immatériel. Cette constatation n’est pas nouvelle, ni originale, puisqu’elle a déjà été faite en 1750 par Buffon : « Ce qu’il y a de plus constant, de plus inaltérable dans la nature, c’est l’empreinte du moule de chaque espèce tant dans les animaux que dans les végétaux ; ce qu’il y a de plus variable et de plus corruptible, c’est la substance qui la compose. »

Mais si Buffon a utilisé le terme de moule, c’est parce que l’outil conceptuel qui permettait d’exploiter cette constatation fondamentale n’existait pas encore à l’époque. Il aura fallu attendre une centaine d’années pour que la notion, le concept de champ soit inventé par Faraday.

Mais ce n’est pas tout. L’être vivant possède aussi, à des degrés divers selon les espèces, une propriété tout à fait étonnante, celle de pouvoir lui-même réparer sa forme ou sa structure lorsque celle-ci a été endommagée. Ce sont les phénomènes de cicatrisation des plaies, de consolidation des fractures, ou chez certains animaux la capacité de reconstituer certaines parties de leur corps, endommagées ou supprimées, comme la queue du lézard ou les pinces du crabe. Ces phénomènes ont été étudiés par Morgan qui les a expérimentés sur des vers marins, les planaires.

Vous voyez que lorsqu’on découpe un ver en morceaux, chaque morceau va reconstituer un ver complet. Tout se passe comme si la nature (j’emploie le mot nature qui est un terme vague mais bien commode après tout) reconstruisait les parties endommagées à partir d’un plan initial, exactement comme un mécanicien reconstitue un moteur d’automobile ou une partie mécanique à partir du plan de ce moteur.

REGENERATION DES PLANAIRES (Planaria maculata) d’après T.H. Morgan.

Ceci montre bien que, conformément à la déduction initiale que nous avons faite, nous sommes amenés à concevoir l’être vivant non pas comme une masse déterminée de matière mais comme une forme spatiale, une forme invisible qui est traversée par un flux de matière et d’énergie. Cette forme que l’on peut assimiler au plan initial, représente l’état d’équilibre vers lequel le système tend à se réorganiser lorsqu’il a été endommagé.

Alors quelle peut être la nature de ce plan de reconstruction ? Le potier avec sa terre peut fabriquer n’importe quel vase, mais la forme du vase qu’il va réaliser est d’abord une idée : on pourra qualifier la matière qui subit une contrainte sous ses mains pour se mettre en forme, de matière informée. En définitive, la forme ou la structure, c’est l’essentiel de la vie.

Nous arrivons à la notion centrale qui est celle d’information. Ce concept est à la mode, on en parle beaucoup, on dit tout et n’importe quoi à son sujet, ce qui avait amené le cybernéticien Von Forster à qualifier l’information du « plus vicieux des caméléons conceptuels », en particulier dans le domaine de la biologie qui nous intéresse ici. Je ne peux pas entrer dans une analyse détaillée et montrer quelles sont les faiblesses et les lacunes des théories classiques de l’information, telles que celle de Shannon, qui sont en fait des théories de la communication ; mais je vais vous résumer en quelques mots un autre aspect de la notion d’information que j’ai été amené à développer par ailleurs et qui essaie de combler ces lacunes.

En premier lieu, il ne faut pas considérer l’information comme une entité en soi. L’information est une chose de nature complexe dans le sens mathématique du terme. Elle comporte un support, c’est-à-dire un signifiant de nature physique, de la matière et de l’énergie, qui sont de nature réelle, et une signification, c’est-à-dire un signifié, la partie sémantique de l’information, qui est considérée comme imaginaire, abstraite ou encore transphysique (j’expliquerai tout à l’heure le sens de ce terme). Cette définition de l’information est issue du cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure.

Le deuxième point important est que les messages qui sont transmis au moyen des supports matériels, quelle que soit leur nature, ondulatoire ou moléculaire, tel, par exemple, l’ADN, ne véhiculent que des signaux. Ils ne véhiculent que des données, des data au sens informatique du terme. Ils ne transportent en effet pas d’informations, parce qu’une donnée, une data n’est une information que dans le mesure où elle peut être comprise et interprétée par le système récepteur. Je prends le terme récepteur dans le sens le plus large : cela peut être une molécule ou un être humain.

Un exemple tout à fait banal permet de le faire comprendre. Si l’on délivre un message en allemand à quelqu’un qui ne connaît pas cette langue, ce ne sera évidemment pas pour lui une information. On peut dire que le fait de recevoir un message est une information en soi. Mais n’entrons pas dans le détail, disons qu’il s’agit d’une information uniquement s’il peut comprendre au moins quelques mots de cette langue.

Le message — le support — n’est pas une information, mais une partie de l’information. L’information est ce qui est transmis. C’est précisément ce qui est pris en compte par les théories classiques telles celle de Shannon qui ne s’occupe pas de la signification des messages — ce en quoi il a parfaitement raison puisque ce message ne transporte pas de signification.

Troisième point, ces données ne deviennent des informations que si elles sont reconnues, interprétées par le système récepteur, c’est-à-dire que si celui-ci peut faire correspondre une signification à la forme du message.

Cette figure schématise mes propos. Voyez que la reconnaissance du message va être un problème de clé et de serrure, c’est-à-dire que le système récepteur va pouvoir faire correspondre la forme matérielle du message, il va pouvoir la comparer à une forme type et attacher ou non une signification à cette forme. Si par exemple l’on permute l’ordre des lettres dans le mot pie, on peut aboutir à une signification différente, ou à une absence de signification.

Ceci implique aussi que cette signification, cette partie sémantique, le sens du message, doit être prémémorisée, elle doit préexister au niveau du système récepteur. C’est là quelque chose de très important, parce qu’il est bien clair que si les gènes portent des messages, pour que les molécules d’ADN aient un effet génétique, il faut que la cellule recevant ces gènes soit capable de les décoder, de les interpréter, de même qu’il faut connaître les mots de la langue allemande pour comprendre un télégramme en allemand.

Quatrième point, l’existence des niveaux hiérarchiques que nous avons évoqués tout à l’heure implique que les informations, plus exactement la partie sémantique de ces informations, les significations, puissent être retransmises de façon successive aux différents niveaux d’organisation. C’est cette notion, du reste, qui a été désignée par François Jacob sous le nom d’intégron. Cela signifie que ce qui est retransmis d’étage en étage sera la signification, le sens du message, qui peut être retranscrite sur des supports différents — sur le support ondulatoire d’une onde modulée par exemple, ou sur un support moléculaire.

Cela implique, à l’évidence, qu’il existe des informations spécifiques à chaque étage d’organisation. Les informations qui concernent le fonctionnement d’une cellule ne seront pas les mêmes que celles qui intéressent le comportement global d’un être humain. Ces informations d’ordre général, qui intéressent l’ensemble d’un être vivant, je les ai appelées les holo-informations ; mais on peut concevoir qu’il n’y aura que certaines de ces informations qui seront transcrites aux différents étages.

Tout ceci nous ramène maintenant à l’essentiel du sujet, au concept de champ. Nous avons vu que c’est en entrant à l’intérieur du système que la matière inerte passe à l’état vivant. Nous avons vu que cette matière à l’état vivant est de la matière qui a reçu de l’information pour se structurer, qui a reçu des instructions pour acquérir une certaine forme. Il est bien évident que ces informations vont être stockées à l’intérieur du système. Et, comme le système lui-même est une portion de l’espace, ce système a été assimilé à la notion de champ.

Vous savez que l’on définit un champ comme une portion de l’espace dans lequel s’exercent des forces, quelle que soit leur nature, de telle façon qu’à chaque point de l’espace on puisse faire correspondre une intensité et une direction — en termes mathématiques on posera un vecteur donnant l’intensité et la direction de cette force. C’est une définition physique tout à fait générale. L’intensité et la direction de la force dépendent de leurs coordonnées spatiales. Ce champ ainsi défini est régi d’une façon générale par les équations de Laplace qui utilisent la notion de potentiel. Mais là encore ce sont des équations d’ordre général, et l’on peut attribuer n’importe quelle valeur et n’importe quelle nature à ce potentiel : il peut être magnétique, électrique, chimique.

Cette forme invisible que nous avons imaginée et conçue est donc assimilée à un champ. C’est ce champ qui sera le porteur, le support des informations, de la même façon qu’une disquette d’ordinateur est le support des informations. Cette analogie avec un champ magnétique n’est pas tout à fait gratuite. En effet, un champ magnétique exerce sur des particules magnétiques telles que la limaille de fer des actions d’attraction, de répulsion ou d’orientation. C’est le principe même de l’aiguille de la boussole qui s’oriente selon les lignes de force du champ magnétique terrestre. Nous pouvons retrouver des phénomènes analogues dans la nature, l’exemple le plus connu étant celui du fuseau achromatique, cette structure le long de laquelle se déplacent les chromosomes — plus précisément les chromatides — au moment de la division cellulaire.

Pour en terminer, je dirais qu’on peut définir un champ morphobiotique comme un facteur de l’organisation d’un système vivant dans l’espace et dans le temps qui établit un lien fonctionnel entre les phénomènes de la vie et l’espace dans lequel ces phénomènes se déroulent.

Mon hypothèse consisterait à assimiler le champ morphobiotique fondamental à ce que l’on appelle un champ tachyonique… Selon la nouvelle théorie physique de la relativité superlumineuse, il existerait des particules, les tachyons, qui se déplaceraient, contrairement à ce qui a été prévu par Einstein, plus vite que la lumière. Cette théorie repose sur des analyses de travaux mathématiques en physique théorique, basés sur les équations de Lorentz qui sont tout à fait classiques.

SEGMENTATION DE L’ŒUF d’AMPHIOXUS d’après Sobotta

SPECTRE MAGNÉTIQUE D’UN BARREAU AIMANTE

EXTRÉMITÉ D’UNE RACINE DE PHANÉROGAME

LIGNES D’ÉCOULEMENT LE LONG D’UN OBSTACLE

Ce champ tachyonique, associé de manière quantique aux particules superlumineuses, présente des propriétés intéressantes. Une première propriété du champ tachyonique est que ses coordonnées définissent un nouvel espace-temps dans lequel il y a un échange de coordonnées, c’est-à-dire qu’il n’y a plus trois coordonnées d’espace et une de temps, mais trois coordonnées de temps et une seule d’espace. Je ne pourrais pas le visualiser ! Mais toujours est-il qu’en suivant l’une de ces coordonnées, que les physiciens appellent le temps-propre, le temps ne va plus s’écouler, il va devenir spatial c’est-à-dire qu’il y aura simultanéité de tous les événements qui seront situés sur cette ligne d’univers.

Une seconde propriété du champ tachyonique est que tout ce qui va se passer dans le domaine supralumineux s’effectuera à énergie nulle. Les physiciens nous expliqueront que l’on remplace l’énergie par l’impulsion, mais je n’entrerai pas ici dans les détails… Le fait que tout se passe à énergie nulle peut fournir une base explicative à la résonance morphique dont parle Rupert Sheldrake.

La relativité superlumineuse a permis d’établir un modèle de conscience qui correspond au modèle de conscience-matière tel qu’il a été conçu par John Eccles et par Karl Pribram suivant lequel le cerveau ne fait que décoder les informations qui sont situées ailleurs sur un autre plan. Le champ tachyonique, ou superlumineux, serait le domaine d’élection de l’information, car on peut montrer que l’entropie d’un système clos dans l’univers superlumineux décroît spontanément.

Je dirais pour conclure que le champ morphogénétique ou morphobiotique tel qu’il vous a été exposé ressemble furieusement à la définition de l’âme que donnait Saint Thomas d’Aquin : Anima Forma Corporis, l’âme est la forme du corps… cette forme que vient remplir une matière. Il est significatif qu’à l’heure où la physique tente de découvrir l’esprit, la théologie catholique tend à retrouver la tradition juive, laquelle n’a jamais considéré l’âme comme strictement immatérielle.

Bien entendu, les ressemblances avec d’autres termes tels que : aura, corps éthérique, mots qui nous sont familiers, ne sont pas fortuites.

Quoi qu’il en soit, tout cela doit être examiné, discuté, car, pas plus que l’âme, ces termes n’appartiennent au vocabulaire scientifique. Il faut faire extrêmement attention à ce que l’on dit. L’aura des mystiques est peut-être assimilable aux effets qui ont été mis en évidence par les techniques électrographiques, mais peut-être pas. Les effets électrographiques ne sont sûrement pas assimilables aux champs morphogénétiques, mais ils sont probablement en rapport avec lui.

Tout ceci doit être examiné avec prudence. Quelles que soient les convictions intimes du scientifique, son devoir est de douter et de se poser des questions là où d’autres affirment. Son rôle n’est pas de légitimer telle ou telle croyance, mais d’essayer d’apporter un support logique et rationnel qui sera le seul moyen de faire progresser ces différents concepts.