le Professeur R. Tocquet : Charles Richet, un pionnier de la science métapsychique


24 Sep 2011

(Revue Psi International. No 1. Septembre-Octobre 1977)

« DES MONDES IMPRÉVUS S’OUVRENT DEVANT LA SCIENCE »…

Tenter de donner en quelques lignes une biographie, même approchée, du professeur Charles RICHET, avons-nous écrit dans notre ouvrage « Les Pouvoirs Secrets de l’Homme », retracer les différentes formes de sa prodigieuse activité sont choses proprement impossibles, car si Charles RICHET fut un grand métapsychiste et un très grand physiologiste, il fut aussi poète, romancier, dramaturge, sociologue, psychologue, philosophe, historien, vulgarisateur scientifique, apôtre du pacifisme et précurseur en matière d’aviation.

UNE VIE BIEN REMPLIE

« Elève au lycée Bonaparte, nous apprend le Dr OSTY, Charles RICHET trouve autant d’attrait à la littérature qu’aux sciences. Tout ce dont il s’occupe fixe son esprit. En Rhétorique, il décide qu’il sera écrivain… En Philosophie, il prend un goût très vif pour la psychologie. Les études secondaires finies, il s’oriente vers la médecine. » Ensuite, l’ascension du savant se jalonne ainsi : agrégé de physiologie en 1887, membre de l’Académie de Médecine en 1898, Prix Nobel de physiologie en 1913, membre de l’Académie des Sciences en 1914, Jubilé scientifique devant une assemblée internationale de savants en 1926.

Deux grandes découvertes physiologiques illustrent son nom : — la sérothérapie, c’est-à-dire le traitement préventif ou curatif de certaines maladies, généralement d’origine microbienne, par le sérum d’un animal vacciné contre la maladie correspondante ou contre une substance toxique —; en collaboration avec le Dr PORTIER, l’anaphylaxie qui est, en quelque sorte, le contraire de l’immunisation et qui consiste essentiellement en une augmentation de la sensibilité d’un organisme à l’égard d’une substance qui lui avait été préalablement injectée ou qu’il avait ingérée, même à doses très faibles. En outre, Charles RICHET étudia la digestion stomacale et la composition du suc gastrique, l’action diurétique des sucres, la chaleur animale et la respiration, la détermination du quotient respiratoire, l’action anesthésique d’une combinaison de chloral et de glucose, le rôle du foie dans l’uricémie, la phase réfractaire dans l’excitation des nerfs et des muscles, la teneur de l’organisme en chlorure de sodium et le traitement de la tuberculose pulmonaire par la viande crue. Tous ces travaux ont été consignés dans d’innombrables articles scientifiques ou médicaux. Dans ce domaine il dirigea la publication d’un vaste Dictionnaire de Physiologie et il rédigea, avec son fils, un Traité de Physiologie médico-chirurgical.

UN ECRIVAIN PROLIXE

En qualité de poète, de romancier, de dramaturge, de sociologue, de psychologue, de philosophe, d’historien, de vulgarisateur scientifique et de pacifiste, Charles RICHET a publié les ouvrages suivants :

POESIE : Pour les grands et les petits; Fables; La Gloire de Pasteur.

ROMANS : Sœur Marthe; Une conscience d’homme; La douleur des autres; A la recherche du bonheur; A la recherche de la gloire; Au seuil du mystère.

THEATRE : Circé, drame en vers joué au théâtre de Monte-Carlo, Sarah Bernhardt y ayant assuré le rôle de Circé ; La mort de Socrate, drame joué à l’Odéon.

SOCIOLOGIE : Dans cent ans; l’Homme stupide; l’Homme impuissant; L’âge d’or et l’âge de l’or.

PSYCHOLOGIE : Les poisons de l’intelligence; l’Homme et l’intelligence; l’Intelligence et l’homme; Essai de psychologie générale.

PHILOSOPHIE : Le problème des causes finales; Les cahiers de Joachim LEGRIS.

HISTOIRE : Initiation à l’histoire de France; Abrégé d’histoire générale; Les coupables.

VULGARISATION SCIENTIFIQUE : La sélection humaine; l’Œuvre de Pasteur; Le Savant; Apologie de la biologie; Souvenirs d’un physiologiste.

PACIFISME : L’idée de l’arbitrage international est-elle une chimère; La guerre et la paix, étude sur l’arbitrage international ; La paix et l’enseignement pacifiste; La paix et la guerre; Pour la paix.

PAS D’HABIT VERT

Cette œuvre littéraire considérable « qui eut suffi, écrit le Dr OSTY, à l’activité de la plupart des écrivains et à rendre son auteur illustre, eût dû inciter l’Académie française à solliciter l’entrée, dans la Compagnie, du grand savant dont elle se serait honorée. Ce fut toute autre chose qui arriva. Membre de l’Académie de Médecine, membre de l’Académie des Sciences, prix Nobel, écrivain de grande race, comme peu d’académiciens l’ont été quant au fond et quant à la forme, Charles RICHET, sur le conseil de quelques-uns de ses amis de l’Académie, se présenta deux fois.

Deux fois il ne fut pas admis. Il comprit et cessa. Pourquoi cet ostracisme ? Un de ses amis voulut le savoir et le demanda à quelques hôtes de la Coupole. La réponse commune fut qu’un tel objecta le pacifisme de Ch. RICHET, tel autre la vivisection, tel autre la métapsychique, et que cela fit impression sur la majorité des académiciens.

« Considérons, continue le Dr OSTY, si cela est exact, que ces « Immortels » ont tenu à l’écart de leur compagnie une des plus magnifiques intelligences de notre temps parce qu’elle avait collaboré à l’effort d’instauration de la paix parmi les hommes, consacré une longue existence à faire des découvertes sauvant d’innombrables vies d’animaux et d’hommes, et couru de grands et incessants risques à attirer la curiosité des savants à l’égard des manifestations de la vie qui sont le seul espoir pour les hommes de savoir s’ils peuvent survivre à la mort de leur corps. » Séduit par toutes les choses nouvelles, Charles RICHET, avons-nous dit, fut un précurseur en aviation. Il persuada Victor TATIN, qui s’obstinait à construire de petits appareils à ailes battantes actionnées par un moteur à vapeur, que la solution du plus lourd que l’air était non pas l’aile battante mais l’aile fixe. Et, de 1890 à 1897, il fit voler, avec TATIN, des modèles réduits pesant environ 33 kg et qui étaient mus par un petit moteur à vapeur faisant tourner deux hélices en sens contraire. En juin 1897, l’un de ces appareils parcourut 250 m à la vitesse de 18 m à la seconde.

« Mes tentatives avec TATIN, rapporte Charles RICHET, étaient qualifiées de folie. On niait. On me tenait pour un illuminé, désinséré du réel. Les caricaturistes me représentaient avec une tête d’adulte et un corps d’enfant et tenant comme un jouet un aéroplane sous un bras. Les compétences ne prenaient pas au sérieux notre certitude du vol mécanique plané.

Elles ne s’y intéressèrent pas plus que l’Académie des Sciences ne s’était intéressée à ma note sur la sérothérapie, puis, plus tard, à mes communications métapsychiques. Les savants, malgré leurs prétentions, ne sont que des hommes. »

UN PRECURSEUR EN METAPSYCHIQUE

Et nous en venons maintenant à la partie de l’œuvre de Charles RICHET qui nous intéresse particulièrement : la métapsychique.

En métapsychique, Charles RICHET s’attacha surtout à établir la réalité des faits, à rechercher les conditions de leur obtention ; les théories ne l’intéressaient guère, car, disait-il avec raison, « elles me paraissent d’une fragilité effarante ».

Certains métapsychistes, qui, de nos jours, considèrent essentiellement le paranormal comme matière à dissertation et sujet à de subtils jeux de l’esprit, feraient bien de méditer les paroles du Maître.

Charles RICHET ne séparait pas la métapsychique de la biologie générale. « Pour lui, écrit le professeur SANTOLIQUIDO, la biologie ne s’arrête pas aux fonctions de la vie végétative et aux seules applications ordinaires de la pensée. Il a voulu regarder l’homme dans toutes ses propriétés, aussi bien celles dites normales que celles inhabituelles dites surnormales. Observer les productions d’Eusapia PALADINO, de KLUSKI, d’OSSOWIECKI, de KAHN, de GUZIK, etc… ne lui a pas paru quitter la science. C’est ce qu’il a exprimé dans sa dernière leçon [1], le 24 juin 1925, à l’Ecole de Médecine de Paris, quand il disait : « Je voudrais, avant de quitter cette chaire que j’ai si longtemps occupée, vous faire connaître les linéaments d’une science nouvelle, la métapsychique, qui ne rentre pas encore dans l’enseignement officiel de la physiologie. Elle est cependant un fragment de la physiologie dont elle fait partie intégrante, et, très prochainement peut-être, elle appartiendra à la physiologie classique ». Charles RICHET entendait que c’est par l’étude des causes physiologiques, des propriétés de la connaissance du réel et de l’action sur la matière qu’on avancera, de découverte en découverte, vers l’explication de cette réalité encore ignorée et même inconcevable qu’est l’homme.

« Physiologie et métapsychique n’ont jamais été, dans sa pensée, deux choses entièrement distinctes. S’il se rendit plus célèbre et plus fécond dans celle-là que dans celle-ci, c’est qu’il y disposa de plus de ressources et y consacra plus de temps. Je gage qu’un laboratoire de métapsychique, abondamment fourni d’instruments et de sujets bien doués, eût bientôt conquis et fixé sa préférence. Entre la physiologie de l’anaphylaxie et la physiologie, à trouver, de la cryptesthésie (ou clairvoyance), il mesura, j’en suis certain, la grande différence d’importance. »

J’ai retrouvé dans mes archives familiales ce portrait que le Professeur Charles Richet préférait entre tous. Il l’avait dédicacé à Cosette Harcourt à laquelle il témoignait une vive amitié et qui devait devenir ma collaboratrice et mon épouse.

Jacques LACROIX

RICHET ET LES MEDIUMS

Charles RICHET étudia la plupart des grands médiums qui lui furent signalés. « Trouvez-moi un bon médium à effets physiques, disait-il à AKSAKOF, et j’irai au bout du monde pour le voir. » Il alla, en effet, à Milan, pour les fameuses séances avec Eusapia PALADINO, auxquelles assistèrent des savants éminents tels que Césare LOMBROSO SCHIAPARELLI, CHIAIA et F. FINZI, et il put y observer d’indiscutables télékinésies et des formations ectoplasmiques. Il se rendit ensuite, dans le même but, en Angleterre, en Suède et en Pologne. Après quoi il fit venir Eusapia en France, et, assisté de J. OCHOROWICZ, réalisa avec elle un certain nombre d’expériences dans d’excellentes conditions de contrôle. « De fait, écrit-il, pendant trois mois, en parfaite intimité, nous avons expérimenté, OCHOROWICZ et moi, trois fois par semaine, et nous avons un très grand nombre de fois constaté, en toute évidence, des mouvements d’objets sans contact ainsi que beaucoup d’autres phénomènes. »

Mais « ses pérégrinations auprès des médiums signalés, écrit le Dr OSTY, n’étaient pas sans danger, quand ils étaient de la sorte dite « médiums à effets physiques » c’est-à-dire producteurs de télékinésies, de matérialisations et d’autres phénomènes matériels en soi imitables et ne pouvant être acceptés qu’en des conditions établissant clairement leur réalité. Charles RICHET, expérimentateur de tempérament, savait cela autant que quiconque. Toutefois, quand il devenait l’invité, il n’était plus qu’un spectateur parmi d’autres ne disposant d’aucun moyen instrumental de contrôle.

« Un épisode de ce genre de constatation « en invité » a pesé lourdement et durablement sur sa renommée de métapsychite: celui de la villa Carmen d’Alger. On se souvient que l’éminent physiologiste, accompagné de G. DELANNE, assista, chez le général NOEL, à des séances de matérialisations données par Marthe BERAUD. Peu après son retour, Charles RICHET publia ce qu’il avait constaté et sa conviction qu’il n’y avait pas eu fraude. »

« Cela devint aussitôt matière à polémique, puis un argument d’opposition durable contre le grand promoteur de la métapsychique. A supposer que Marthe BERAUD ait été une effrontée fabricante d’apparitions et qu’elle ait abusé le grand physiologiste, n’a-t-on pas été au-delà de la raison et de la justice en refusant, dans la suite, tout crédit à Charles RICHET pour la quantité d’autres sujets qu’il a observés en conditions dont il était le maître. Car l’épisode de la villa Carmen pourquoi ne pas le dire, a été le grand prétexte pris par quantité de savants pour mettre en doute tout ce que Charles RICHET a écrit dans la suite sur les phénomènes psychiques. »

« Il y a un faux médium à effets physiques, donc tous les producteurs de phénomènes physiques et même ceux intellectuels sont des imposteurs. Un excellent expérimentateur a été leurré, en des conditions d’observations défectueuses, donc il a toujours été trompé et sera toujours trompé, même en conditions d’observations satisfaisantes. Tel est le raisonnement avec lequel les adversaires systématiques de la métapsychique se sont tenacement employés à annihiler l’œuvre, en cette direction, de Charles RICHET. »

« Entre l’erreur de Charles RICHET, si erreur il y a eu, et celle de ceux qui raisonnent et agissent ainsi, quelle est la plus funeste à l’humanité? Et qui faut-il, en la circonstance, admirer ou blâmer : les négateurs résolus des manifestations culminantes de la vie et qui saisissent tout prétexte pour satisfaire leurs préjugés ; ou le savant illustre, qui, sachant qu’il risque sa réputation et son repos moral, veut voir les faits, puis écrit ce qu’il a constaté, et ce qu’il croit être la vérité. »

« Quelle branche de la science résisterait à cette exigence : tout nier s’il y a erreur, supprimer tout crédit à qui se sera une fois trompé ? »

C’est en 1891 que Charles RICHET fit paraître les Annales des Sciences Psychiques d’abord dirigées par le Dr DARIEX puis par César de VESME qui assura la publication de la revue jusqu’en 1919, année qui vit naître l’Institut Métapsychique International, et, en conséquence, la Revue Métapsychique.

Fondé par un initiateur éclairé et généreux, Monsieur Jean MEYER, l’Institut Métapsychique International eut d’abord comme président le professeur ROCCO SANTOLIQUIDO qui avait contribué efficacement à sa création. Charles RICHET en fut alors le Président d’Honneur, puis en 1930, en devint le Président actif lorsque le professeur SANTOLIQUIDO ne put continuer à assurer ses fonctions.

« Charles RICHET, écrit le Dr OSTY, remplit son rôle avec plus que de la conscience : avec un grand élan, car la création de cet institut remplissait un souhait qu’il n’avait pas cru voir réaliser. Ce lui était une grande satisfaction de savoir que, désormais, il y aurait en France une organisation spécialisée dans la recherche métapsychique et apte à maintenir cette recherche dans la stricte voie scientifique. »

En 1922, Charles RICHET fit paraître son Traité de Métapsychique qu’il présenta, en ces termes, le 13 février 1922, l’Académie des Sciences : « Il m’a paru que les faits innombrables, observés et consignés par des hommes tels que William CROOKES, Frédéric MYERS et tant d’autres savants universellement estimés, méritaient d’être pris en considération et qu’il n’était pas permis de les laisser s’anéantir sous le sarcasme ou le dédaigneux silence. J’apporte d’ailleurs, moi aussi, ma contribution expérimentale. »

Ce livre, dit-il ensuite en substance, « expose la diversité de ces phénomènes, certes, il ne s’agit pas de faits courants, que l’on rencontre dans la pratique ordinaire de la vie. Mais tous ceux qui auront la volonté de les constater ne seront pas déçus. Et ils s’apercevront que ces réalités inhabituelles sont celles qui nous feront connaître au plus profond l’homme, et, au mieux, ce que l’homme représente dans la vie ». Et Charles RICHET conclut ainsi : « Je demande qu’on me juge après m’avoir lu. Si audacieuse qu’on la suppose, cette étude devait être faite. J’ai le courage de la faire. Le courage du savant, c’est de dire tout haut ce qu’il croit être la vérité. »

Mais, comme le note le Dr OSTY, « cette communication ne fut pas acceptée au compte rendu de l’Académie des Sciences, ce qui signifie que ceux qui ont la responsabilité de l’admission aux comptes rendus, bien qu’y recevant quantité d’inutilités, en ont exclu systématiquement la science des propriétés psychologiques humaines sortant du petit champ d’observation tracé par la conception matérialiste ».

Bien entendu, il n’est pas question de résumer ici le volumineux Traité de Métapsychique de Charles RICHET qui compte plus de 800 pages. Disons seulement que RICHET distingue quatre périodes dans l’étude des phénomènes qualifiés de paranormaux ; la période mythique jusqu’à MESMER (1778); la période magnétique, de MESMER aux sœurs FOX (1847); la période spiritique des sœurs FOX à William CROOKES (1872); la période scientifique à partir de CROOKES. « Oserai-je espérer, ajoute-t-il, que ce livre aidera à inaugurer une cinquième période, la période classique. » D’autre part, RICHET divise les phénomènes paranormaux en deux groupes ; les phénomènes subjectifs se référant à la connaissance extra-sensorielle et les phénomènes objectifs ou physiques.

Peut-être, le terme métapsychique, créé par RICHET, n’est-il pas très heureux, car le préfixe meta, qui signifie après, indique que les phénomènes dits paranormaux se situent au-delà de la psychologie, alors qu’en fait ils appartiennent à la « science de l’âme » qui n’a qu’à s’élargir pour les accueillir en son sein. Mais, ne chicanons pas, il fallait bien les désigner d’une façon ou d’une autre.

UN PASSE MAIS AUSSI UN AVENIR

La dernière manifestation « officielle » de Charles RICHET en faveur de la métapsychique, fut son avant-dernière leçon à la Faculté de Médecine, le 24 juin 1925, leçon dont nous avons déjà donné quelques passages dans une citation du professeur SANTOLIQUIDO.

« Au moment, dit-il, où je vais, de par les justes lois sur la limite d’âge, terminer mon enseignement, je voudrais, avant de partir et du haut de cette chaire que j’ai si longtemps occupée, vous faire connaître, par un bref exposé, les linéaments d’une science nouvelle, la métapsychique, qui ne rentre pas encore dans l’enseignement officiel de la physiologie. Elle est cependant un fragment de la physiologie dont elle fait partie intégrante, et, très prochainement peut-être, elle appartiendra à la physiologie classique. Bien entendu, il faut, avant d’admettre la réalité de ces faits invraisemblables, inhabituels, observer une discipline sévère, férocement et implacablement sévère. Mais, enfin, quand le fait est là, inexorable, dominateur, bravant toutes les objections, il faut l’accepter, sous peine de donner un éclatant démenti à tous nos principes scientifiques, aux lois impérieuses de la méthode expérimentale. »

« Notez-le bien, c’est le professeur de physiologie qui vous parle. Or, il n’admet pas d’autre guide que l’expérience. J’ai été l’élève de Claude BERNARD, de VULPIAN, de MAREY, de BERTHELOT, de WURTS, et je me croirais scientifiquement déshonoré si je ne suivais pas les exemples et les leçons de ces maîtres illustres et si je n’acceptais pas constamment l’expérience pour souveraine maîtresse de mes opinions. »

« Ainsi armé, je puis dédaigner — et c’est un précepte de morale autant que de science — les clameurs de l’opinion publique. Il faut se répéter que toutes les conquêtes de la science ont été, à leur origine, persécutées, bafouées, conspuées, traînées aux gémonies… » Et Charles RICHET acheva sa leçon par cette péroraison qui exprime en quelque sorte, sa foi en l’avenir de la métapsychique : « Nous étions tentés, Messieurs, de croire que l’avenir, l’immense avenir de la science consisterait seulement en thermomètres plus délicats, en galvanomètres plus sensibles, en microscopes plus pénétrants, en télescopes à large foyer. Eh bien, la science ira beaucoup plus loin. Elle ne se contentera pas de ces médiocres conquêtes. Des mondes imprévus s’ouvrent devant elle. »

Comme nous l’avons dit, l’œuvre de Charles RICHET est immense, et, pour nous résumer, disons qu’elle comprend, outre de nombreux articles scientifiques, médicaux, philosophiques et métapsychiques 11 ouvrages littéraires (poésies, drames, romans), 3 livres d’histoire, 4 ouvrages de sociologie, 6 ouvrages de psychologie et de philosophie, 7 ouvrages de biologie, et, en métapsychique, les ouvrages suivants: Traité de Métapsychique (1922); Notre sixième sens (1928) ; l’avenir de la Prémonition (1931) ; La Grande Espérance (1933); Au secours (1955).

Lorsque, à 85 ans, la mort surprit Charles RICHET, trois manuscrits étaient prêts à être publiés : L’Europe au XIXe siècle; Les femmes immortelles; L’Avenir de la Science.

Les actes expriment le caractère : celui de Charles RICHET, écrit un biographe du Maître, peut se résumer en deux mots : justice et bonté. Nous y ajouterons deux autres qualités, d’une part, une simplicité foncière, non affectée, presque ingénue, et, d’autre part, un très grand courage : « courage physique, précise le Dr OSTY, qui lui faisait, dans son grand âge, traiter son corps comme une machine usée dont on veut tirer jusqu’au bout le plus grand rendement; courage moral qui le ramenait sans cesse, avec une tranquille ténacité, devant les obstacles aux vérités utiles ».

Ayant eu le privilège de converser quelquefois avec le Maître, j’ai été précisément frappé par sa grande simplicité, qui offrait un contraste saisissant avec l’éclat à peine soutenable de son génie, et également frappé par le fait qu’il était un interlocuteur compréhensif, aimable et bienveillant. Il admettait et même sollicitait les critiques constructives car il savait qu’une œuvre humaine n’est jamais parfaitement bonne ni complètement mauvaise, qu’aucune opinion n’est intégralement vraie ou fausse et que dans les théories ou les doctrines les plus justes se glissent des détails inexacts, cependant qu’il existe toujours un peu de vérité dans les plus graves erreurs. A l’encontre de certains « scientifiques » qui prétendent juger la métapsychique en l’expliquant par la prestidigitation, tout en ignorant l’une et l’autre — et, ici, me viennent sous la plume des noms que je n’écrirai pas, car les signaler dans PSI serait leur faire un trop grand honneur — Charles RICHET était éloigné de tout sectarisme qui s’arroge le privilège de posséder la vérité.

Charles RICHET appartenait et appartient à la lignée des grands hommes, c’est-à-dire à ces hommes qui habitent une haute sphère de la pensée leur permettant de voir d’emblée les phénomènes sous leur vrai jour et dans leurs plus subtiles relations, et à laquelle d’autres hommes, même intelligents et cultivés, ne s’élèvent qu’avec effort et difficulté.

Robert TOCQUET

Robert TOCQUET (1898-1993)

Était professeur à l’Ecole d’Ingénieurs des Travaux Publics et à l’Ecole d’Anthropologie. Membre du Comité de Direction de l’Institut Métapsychique International (Paris). Chevalier de la Légion d’Honneur. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages scientifiques, psychologiques et parapsychologiques. Il a contrôlé, et parfois démasqué, nombre de médiums célèbres.


[1] Il s’agit, en réalité, de l’avant-dernière leçon de Charles RICHET, sa dernière leçon ayant été consacrée, sur la demande du doyen, à l’œuvre du laboratoire de physiologie de la Faculté de Médecine, de 1881à 1925 (R.T.).