André A. Dumas : La Clairvoyance et la Connaissance Extra-sensorielle


25 Feb 2017

(Extrait de La Science de l’Âme, 2e édition. Dervy-Livres 1980) 

C’est, à mon sens, témoigner de peu de confiance envers la science que de la croire incapable d’assimiler et de remanier celles d’entre les données de l’occultisme qui seraient reconnues exactes.

Sigmund FREUD

(Nouvelles conférences sur la Psychanalyse)

Les phénomènes de clairvoyance ou, pour employer un terme plus général, de connaissance supranormale — car celle-ci peut se manifester aussi par « clairaudience », par conviction intime qui s’impose, etc. — constituent un domaine très vaste et très complexe, dans lequel les recherches ultérieures permettront sans doute d’établir des subdivisions, mais qui, pour le moment, s’imposent à l’attention en bloc.

Boirac a proposé le terme de métagnomie, qu’Osty a adopté, mais auquel Bret (60) substitue celui de métagnosie, plus conforme à l’étymologie, pour désigner l’ensemble des faits et des facultés de connaissance extra-sensorielle. Le professeur Charles Richet employait plus volontiers l’expression cryptesthésie qui correspond plus spécialement à une théorie qui lui était chère, à savoir que nous sommes entourés de vibrations dont les unes ébranlent, et les autres n’ébranlent pas la sensibilité normale, et parmi ces dernières, certaines seraient perçues par un sens caché, un « sixième sens ».

Actuellement, à la suite de J.-B. Rhine, les parapsychologues réunissent télépathie et clairvoyance sous le terme global d’E.S.P. (Extra-Sensory Perception), perception extra-sensorielle.

Quelques faits spontanés

On connaît de nombreux cas spontanés de connaissance supranormale, soit à l’état de veille, soit en rêve ou dans un état voisin du rêve ; d’autres se sont produits sous l’action du chloroforme, d’autres encore au moment de l’agonie (chapitre VI).

Le cas qui a déterminé l’illustre psychologue William James à s’intéresser aux phénomènes parapsychiques vaut la peine d’être rapporté, car il peut être considéré comme type de beaucoup d’autres semblables. Il a été rapporté à James par son parent, le docteur Harris Kennedy, avec toutes les dépositions des témoins, publié dans les Proceedings de l’A.S.P.R. (1907, vol. I, part. 2), et reproduit dans le recueil d’études de William James (76, pp. 141-161), publié par les soins de René Sudre.

Une jeune fille, Bertha Huse, disparut le 31 octobre 1898 à Enfield (New-Hampshire): Près de 150 personnes participèrent aux recherches dans les bois et près du rivage du lac Mascoma. On savait qu’elle s’était dirigée vers le pont Shaker, mais, on ne l’avait pas vue au-delà. Un scaphandrier, Sullivan, explora le lac près du pont, pendant un jour et demi, mais sans succès. Or, le soir du 2 novembre et dans la nuit, Mme Titus, demeurant à Lebanon, à 8 kilomètres d’Enfield, eut une sorte de « trance », au cours de laquelle elle dit à son mari qu’on retrouverait Bertha Huse dans le lac, à l’est du pont, gisant la tête en bas, entre deux poutres, son corps recouvert de vase et de broussailles, mais qu’un pied émergerait auquel il y avait un soulier de caoutchouc neuf.

Le lendemain matin, M. et Mme Titus, accompagnés de plusieurs témoins — sceptiques, cela se conçoit — se rendirent au pont Shaker. La, Mme Titus renouvela ses affirmations avec assurance, et on alla chercher le plongeur Sullivan. Pour lui faire plaisir, il mit son scaphandre et descendit à l’endroit indiqué. Quelques instants après, le bonnet de la morte apparut à la surface et aussitôt le plongeur remontait, portant le cadavre. Il l’avait trouvé, à tâtons, à l’endroit exact, « à un pouce près », indiqué par Mme Titus et conformément a sa description, la tête en bas, dans un trou profond, un pied en dehors chaussé d’un caoutchouc neuf, et « il faisait si noir, déclara-t-il, que personne n’y pouvait rien voir ».

La contre-enquête qui eut lieu après cet événement et l’analyse serrée, à laquelle s’est livré William James, des hypothèses « naturelles » qui pourraient expliquer le cas, ont amené l’éminent psychologue américain à conclure que « voilà décidément un document solide en faveur de l’admission d’une faculté surnormale de clairvoyance ».

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Voici un autre exemple, où la faculté de clairvoyance s’est manifestée sous l’influence du chloroforme : il s’agit d’un incident survenu à Mrs Edith Archdale, auteur connu de livres de voyages et d’explorations en Afrique. Alors qu’elle se trouvait à Johannesburg, en Afrique du Sud, elle eut recours à un dentiste pour l’extraction d’une dent, et elle fut soumise à l’action du chloroforme. Au cours de l’opération, alors que son corps était étendu inerte sur une chaise longue, très basse, elle s’adressa au dentiste et au médecin qui, en attendant son réveil, s’étaient mis à la fenêtre : « Regardez donc cette dame anglaise, assise avec son serviteur cafre dans une petite voiture tirée par des chiens ; ils ont tous les deux les jambes entourées de la même couverture. Je déteste de pareilles familiarités avec des domestiques indigènes. » Les deux praticiens se tournèrent surpris vers la patiente ; le cabinet du dentiste était situé au dernier étage d’un haut immeuble, dont la construction ne permettait de voir ce qui se passait dans la rue qu’en se penchant par la fenêtre ; ils se penchèrent donc et virent une voiturette tirée par des chiens, dans laquelle se trouvaient une dame anglaise et son domestique cafre, les jambes entourées de la même couverture de voyage (77, pp. 125-126).

Si l’on pouvait entreprendre une enquête auprès des personnes ayant été soumises à l’action d’anesthésiques ou auprès de chirurgiens et d’infirmières, je suis persuadé que l’on recueillerait une intéressante moisson de faits de clairvoyance de cet ordre, dont la signification, extrêmement importante pour le problème des rapports psycho-physiologiques sera étudiée ultérieurement (chapitre VI).

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La faculté de connaissance supranormale ne constitue pas un monopole de l’espèce humaine ; un certain nombre de faits, trop négligés, démontrent qu’elle existe aussi chez les animaux (voir Bozzano, 101). Edmond Haraucourt en a cité un exemple observé sur son chien (La Dépêche Dauphinoise, 4-IX-1938) : « Pendant les mois d’été, alors que nous étions installés à l’extrême pointe d’une petite île bretonne, il arrivait que je fusse rappelé à Paris par les devoirs de ma fonction ; quand venait la date du retour, ma femme en informait le chien : « Son maître va rentrer. » Joie. Impatience. Cinq kilomètres à pied pour gagner le Port-Clos, où je débarquerai ; la dame et le chien s’acheminent ensemble au-devant de moi. Enfin, voici la jetée, qui plonge dans la mer : de l’autre côté de l’eau, à trois kilomètres environ, une jetée pareille s’accroche au continent : c’est l’embarcadère. Quatre ou cinq vedettes font le service du passage. On aperçoit leurs mouvements, quand elles se détachent de la côte. Le chien guette, immobile, raide, sourcils froncés, oreilles dressées. Une vedette, deux vedettes sur lesquelles je pourrais être, ne l’intéressent qu’au moment du départ : je ne suis pas sur celles-là. Il le sait. Soudain, il se met à geindre ; il pleure en remuant la queue, il tire sur sa laisse, il faut de la force pour l’empêcher de se jeter à l’eau, afin de venir au-devant de ce minuscule point noir : le bateau sur lequel je suis ! Car je suis sur ce bateau-là, et lui seul en est averti. »

Les résultats de l’expérimentation

En 1922, l’époque où je commençais à prendre contact avec les phénomènes supranormaux, j’ai vu une belle démonstration de vision sans le secours des yeux, réalisée par Albert Pauchard, à une séance de la Société d’Études psychiques de Genève, dont il était le président ; c’était un « magnétiseur » puissant, et il utilisait cette faculté pour soigner une jeune femme, devenue muette à la suite d’une frayeur. Celle-ci, lorsqu’elle était plongée dans le sommeil magnétique, recouvrait l’usage de la parole et pouvait alors répondre aux questions qu’on lui posait, ce qui rééduquait peu à peu ses organes vocaux. Mais, dans cet état, elle donnait en outre les preuves d’une lucidité remarquable : elle indiquait l’heure lorsqu’on plaçait une montre près de son dos et, les yeux fermes, lisait à haute voix des passages de journaux et de livres. Au cours d’une de ces lectures, Albert Pauchard interposa brusquement un écran opaque entre les yeux fermés de la jeune femme et le livre qu’elle lisait : celle-ci continua sans aucune interruption ; on interposa successivement d’autres objets, cartons ou planchettes, avec le même résultat, et chacun put constater que sa lecture était bien conforme au texte du livre.

L’état somnambulique est souvent accompagné de « double vue », et, au XIXe siècle, le somnambule Alexis Didier a donné les preuves de facultés extraordinaires qui ont fait l’objet de témoignages détaillés de Victor Hugo, Alphonse Karr, Alexandre Dumas père et Robert Houdin (78). Je me limite à citer l’amusante aventure du Président Séguier ; celui-ci fut, de 1811 à 1848, premier magistrat à la Cour de Paris. Il était très sceptique et il se présenta un jour incognito chez Alexis Didier, en lui demandant où il se trouvait de midi a 2 heures. « Dans votre cabinet, répondit Alexis, il est très encombré de papier, de rouleaux, de dessins, de petites machines… il y a une jolie sonnette sur votre bureau ! »

Non, répondit le magistrat, il n’y a pas de sonnette sur mon bureau. — « Si, je ne me trompe pas, vous en avez une, je la vois, à gauche de l’écritoire, sur le bureau » — « Parbleu, j’en aurai le cœur net ! » s’écria le président. Il courut chez lui et trouva sur son bureau une sonnette que Mme Séguier y avait déposée dans l’après-midi (27, p. 225).

La télépathie ou la « lecture de pensée » ne peut être invoquée ici : il y a bien eu clairvoyance.

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Cet étonnant pouvoir de clairvoyance a été soumis à des épreuves extrêmement sévères par des investigateurs tels que Richet, Geley, Osty, et d’autres encore.

Il faut citer parmi les expériences réalisées par un clairvoyant doué de facultés exceptionnelles, l’ingénieur polonais Stéphan Ossowiecki, celle qui eut lieu le 30 août 1923, à l’occasion du Congrès métapsychique de Varsovie. M. Dingwall, prestidigitateur renommé et enquêteur de la S.P.R. anglaise, avait préparé, avant son départ d’Angleterre, un document constitué par trois enveloppes épaisses et opaques enfermées l’une dans l’autre ; la première, c’est-à-dire l’enveloppe extérieure, était faite en papier brun, la suivante en papier noir, la troisième en papier rouge. Dans cette dernière se trouvait une feuille de papier à lettre, pliée en deux. Sur la moitié supérieure était inscrite la phrase suivante, en français : « Les vignobles du Rhin, de la Moselle et de la Bourgogne donnent un vin excellent. » Sur la moitié inférieure était dessinée maladroitement et grossièrement une bouteille et dans l’angle inférieur du dessin, entre parenthèses carrées, était indiquée une date : « Aug. 22.1923. » L’enveloppe extérieure était cachetée à la cire et fermée à la colle forte. De plus, les quatre coins du paquet avaient été transpercés avec une aiguille, de sorte que la moindre manipulation frauduleuse eut dérangé l’exacte coïncidence des trous.

M. Dingwall, pour éviter une lecture de pensée, n’assista pas à l’expérience qui eut lieu chez Ossowiecki, devant le docteur Geley, le docteur von Schrenck-Notzing, René Sudre et le professeur Abdul Vehab, de Constantinople. Dingwall avait remis l’enveloppe au docteur von Schrenck-Notzing, qui ne la remit qu’en séance à Ossowiecki.

« Je ne sais pourquoi je vois une petite bouteille, dit celui-ci…, il y a un dessin fait par un homme, qui n’est pas un artiste.., quelque chose avec cette bouteille… sans doute il y a une deuxième enveloppe rouge… il, y a un carré dessiné à l’angle du papier… La bouteille est très mal dessinée. Je vois, je vois ! (et il trace le dessin de la bouteille)… ici, quelques lettres que je ne peux lire.., je vois : 1923 ; avant l’année, il y a une date ou la ville… au milieu encore, quelque chose d’écrit, au dos… »

Le docteur von Schrenck-Notzing demande : « En quelle langue ? »

Ossowiecki : « En français… La bouteille est un peu inclinée, elle n’a pas de bouchon, elle est faite de plusieurs lignes fines.., il y a d’abord une enveloppe grise (brune), ensuite une enveloppe verdâtre (elle était noire en réalité), puis une enveloppe rouge… A l’intérieur, du papier blanc, plié en deux avec le dessin à l’intérieur. »

Malgré leur impatience, les expérimentateurs, qui ignoraient si ces détails correspondaient à la réalité, décidèrent de rendre le document intact et non décacheté à M. Dingwall, ce qui fut fait le soir même. Le procès-verbal de l’expérience fut lu au Congrès dans la grande salle de l’Université de Varsovie, et le dessin du clairvoyant reproduit au tableau noir. Après quoi, M. Dingwall montra le paquet intact avec son cachet, exposa les précautions prises qui donnaient une certitude absolue. Puis il procéda à l’ouverture des trois enveloppes et sortit de la dernière, la rouge, un papier plié en deux. Le dessin de M. Dingwall fut reproduit au tableau noir, a côté de celui du clairvoyant polonais qui fut évidemment l’objet d’une immense ovation (79).

D’autres expériences de même ordre ont été faites avec Ossowiecki en 1924, par le docteur Gustave Geley, à l’Institut Métapsychique International à Paris.

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En 1925 et 1926, un autre sujet, Ludwig Kahn, dont les facultés avaient déjà été étudiées en 1913 par le professeur allemand Schottelius, de Fribourg, réussit plusieurs expériences à l’I.M.I. (80), ou chez le professeur Charles Richet, en présence de plusieurs personnalités scientifiques : Daniel Berthelot, le général Férié, Leclainche, membre de l’Académie des Sciences ; Vallée, membre de l’Académie de Médecine ; les professeurs Cunéo, Gosset, Laignel-Lavastine, Lardennois, Santoliquido ; le docteur Eugène Osty et le docteur Humbert, celui-ci représentant la Suisse a la Société de la Croix-Rouge.

Voici un exemple de la faculté de clairvoyance de Kahn. Chez Richet, M. Daniel Berthelot écrit trois papiers en l’absence du sujet. Quand il revient, les papiers ont été pliés. Berthelot en a un dans chaque main et il met le troisième sur la table. Avant d’avoir touché aucun papier, Kahn dit : « Je vais commencer par votre main droite ; il est question d’un Anglais que je connais, lord As… ; je veux toucher le papier pour saisir. » Berthelot met le papier bien serré entre son pouce et son index ; Kahn le touche rapidement du doigt et dit : lord Asquith Oxford. Berthelot déplie le papier, lequel n’avait pas quitté sa main et sur lequel était écrit : « lord Asquith Oxford ».

Pour le papier de la main gauche de Berthelot, Kahn dit : « Je veux le toucher », et le touche de l’index pendant que Berthelot le tient serré dans sa paume. Kahn dit : Mathieu de Dombasles (Exact). Quant au troisième papier sur la table, Kahn le touche rapidement d’un doigt et dit : Atraiden Agamemrona (Exact, sauf Agamemrona pour Agamemnoma) (67, pp. 182-187).

La Psychométrie

C’est le médecin américain Buchanan qui a donné le nom de « psychométrie » à la variété de connaissance supranormale se manifestant par contact du sensitif avec un objet. Ce vocable est peu adéquat, et, pour le remplacer, le professeur Charles Richet a propose celui de cryptesthésie pragmatique (perception cachée, par les choses) ; René Sure, celui de métagnomie tactile (connaissance supranormale par le toucher). Mais il sera difficile d’éliminer, au profit de ces désignations, le mot de psychométrie, adopté par tous les auteurs de langue anglaise et par le regretté métapsychiste italien Ernest Bozzano (81).

La thèse que formulèrent d’abord le docteur Buchanan et le professeur de géologie William Denton, au début de ces recherches, fut celle de la mémoire des choses : pour eux, l’objet lui-même était capable de révéler son histoire dans tous ses détails. Mais de nombreux travaux ultérieurs ont établi que la psychométrie n’est qu’une modalité de la métagnosie, que le contact du sensitif avec l’objet ne constitue pas une condition indispensable, qu’il ne joue qu’un rôle sélectif parmi les multiples sources d’impressions qui peuvent influencer un sensitif, et que, souvent, après avoir palpé un objet, le sujet « psychomètre » a des impressions, visuelles ou autres, plus nettes, en ne le touchant plus.

L’identification psychologique du sensitif avec l’objet matériel, ou avec l’être, vivant ou défunt, avec lequel il semble entrer en « rapport psychique » par l’intermédiaires de l’objet qu’il touche, est un phénomène fréquent et remarquable : le sensitif éprouve des sentiments, des goûts, des opinions, des malaises, des souffrances physiques ou des états moraux correspondant à ceux qu’éprouve ou qu’a éprouvés l’être dans la mentalité duquel il semble pénétrer ; par exemple : « j’adore la musique », « j’ai très mal au foie », ou « à la gorge ». Ces douleurs sont réellement ressenties par le sensitif, qui, parfois, ne peut s’empêcher de tousser, s’il s’agit d’un mal de gorge.

Le professeur Denton avait déjà noté que l’identification complète du sensitif avec la chose « psychométrée » ou avec l’animal de l’influence duquel il se sent envahi, constituait l’un des faits les plus remarquables de ses expériences. J’en ai constaté de, nombreux exemples dans une série d’essais faits en 1938 avec Mme Maire. Ainsi, par exemple, ayant en main un fragment de mâchoire de renard fossile — fragment dont elle ignorait la nature — Mme Maire déclara : « J’ai envie de mordre ». Avec un débris de bois de cerf, elle esquissait un mouvement de la tête « pour écarter des branches », disait-elle.

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Pour avoir la certitude, dans les expériences de « psychométrie », qu’il ne s’agit pas d’une « lecture de pensée » dans la mentalité consciente ou subconsciente de l’expérimentateur, il est indispensable que celui-ci et toute autre personne assistant a l’expérience ignore la nature ou la provenance des objets remis au sensitif.

Ainsi, le docteur Pagenstecher, de Mexico, a réussi de belles expériences, à partir de 1919, avec Mme Reyes, sujet hypnotisé en état cataleptique. Ces expériences furent contrôlées par une Commission scientifique, puis par Walter Franklin Prince, de la S.P.R. américaine.

Une de ces expériences fut particulièrement instructive. On avait enferme, dans deux boîtes exactement semblables, deux morceaux de ruban de soie également pareils dont l’un provenait d’un autel d’église et l’autre directement de la manufacture. Prince mêla les boîtes, qu’il mit successivement en contact avec l’extrémité des doigts rigides du sujet. Or, les deux visions de celui-ci correspondirent parfaitement à l’origine des rubans : d’une part une église mexicaine, avec des Indiens dansant, et d’autre part une rubannerie française.

« Dans un autre cas qui exclut également la télépathie, l’objet était le vêtement d’un riche fermier assassiné. Trois expériences n’amenèrent que des visions d’une fabrique de drap. Ayant mis le doigt cataleptique du sujet sur une partie tachée de sang, la vision du meurtre surgit avec des détails qui ne répondaient pas aux vagues présomptions de Pagenstecher et qui furent confirmés » (74).

Au cours d’âne séance expérimentale que j’avais organisée, le 27 janvier 1947, avec une dizaine d’élèves de l’École Normale Supérieure, à Paris, et le concours de Mlle Mithouard, sujet sensitif non professionnel, nous avions intercalé, dans une série d’essais sur des objets dont l’origine était connue au moins d’un assistant, deux épreuves sur des objets dont aucune personne ne connaissait l’histoire. Entre parenthèses, j’estime qu’il faut éviter de lasser et fatiguer un sujet en ne lui proposant, au cours d’une séance, que des épreuves dont il ne pourra pas connaître le succès ou l’échec au moment même, et qu’il est bon d’alterner de tels essais avec d’autres dont la réussite, connue immédiatement, puisse lui procurer un encouragement et des raisons de confiance en soi, éléments psychologiques de grande importance dans l’expérimentation.

Un de ces objets, dont une seule personne présente connaissait le possesseur, pouvait, regardé par transparence, être considéré comme un débris de vitrail, sans certitude toutefois. Entre les mains de Mlle Mithouard, il évoqua l’idée d’un très grand bruit, trop intense pour être dû à une maladresse d’enfant, comme une balle heurtant une vitre. A l’idée de fracas, qui revenait d’une manière constante, s’ajoutait une idée de tristesse : nombreux morts sans doute. L’objet lui paraissait lié à un porche assez grand, en forme d’ogive, qui semblait faire partie d’une maison cossue. La personne qui avait remis cet objet était sans doute une personne de province venant quelquefois à Paris. A travers le portique, Mlle Mithouard voyait un feuillage.

Renseignements pris, il en résulte que l’objet est un fragment de vitrail de la cathédrale de Reims, retrouvé en 1918 dans cette ville. Le bombardement subi par la cathédrale justifie amplement l’idée de fracas violent éprouvé par le sujet. La personne qui a remis l’objet habite Toulon, mais vient fréquemment séjourner dans la banlieue immédiate de Paris, dans une maison cossue. Le feuillage semble correspondre à une vue spéciale que l’on a de la cathédrale de Reims.

L’autre objet était un médaillon, sur lequel Mlle Mithouard donna un certain nombre de détails qui n’ont pu être vérifiés. Mais elle indiqua qu’il n’avait pas été acheté, mais transmis ; qu’il avait appartenu à, plusieurs personnes et devait remonter à l’Empire ; qu’il avait contenu diverses choses, qu’actuellement il contenait la photographie d’un monsieur auquel était associée l’idée de chevaux.

Tous ces points se sont révélés exacts, après coup, car je dois rappeler que, pour le médaillon comme pour le fragment de vitrail, personne, dans la séance, n’en connaissait l’histoire. Mme Eyrier, qui avait remis le médaillon à l’un des étudiants, l’a reçu de sa grand-mère ; il vient sans doute d’Hortense de Beauharnais, reine de Hollande, qui l’aurait donné à une ancêtre de Mme Eyrier à son retour de l’île d’Elbe où elle était allée voir Napoléon. D’autre part, il y a bien, à l’intérieur du médaillon, la photographie d’un monsieur, le père de Mme Eyrier, et l’idée, apparemment saugrenue, de chevaux, que Mlle Mithouard associait à ce monsieur, est justifiée par le fait que cette photographie a été prise à Nîmes un jour de courses de chevaux.

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La distinction établie entre la « lecture de pensée » et la clairvoyance ou la « psychométrie » est peut-être toute relative. On peut affirmer que la « lecture de pensée » peut se réaliser avec des personnes absentes de la séance et, dans les expériences dites de « psychométrie », l’objet, grâce une empreinte « magnétique », à une « émanation » restée latente dans sa substance, servirait de relais pour établir le rapport psychique entre le sujet et le possesseur de l’objet, même lointain.

On ne doit pas, d’ailleurs, se dissimuler la complexité du problème de la psychométrie, dont la solution intégrale apporterait, j’en suis persuadé, celle d’une foule d’autres problèmes, tant biologiques que métapsychiques. Pour le moment, reconnaissons que l’on ne sait pas encore grand chose.

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Je ne veux pas abandonner, les phénomènes de psychométrie sans citer ce qu’a écrit, à leur propos, le docteur Maxwell (152, préface, p. 9) : « Ils nous amènent à penser que l’impact télépathique peut déterminer dans les objets matériels une modification dont nous ignorons la qualité, mais dont certains sujets perçoivent les effets. Une pareille action de l’esprit, de la pensée, sur la matière, démontrerait qu’il existe entre ces deux substances des rapports, qu’elles ne sont pas séparées par un fossé infranchissable auquel la matière organique, le protoplasma notamment, sert d’unique passage. L’action de nos pensées, de nos volitions, sur notre système nerveux ne serait pas une exception, mais la règle : elle ne différerait que par le degré de son intensité, c’est-à-dire par l’adaptation plus parfaite de la matière nerveuse à sa fonction. Et nous retrouvons ici encore la manifestation de ce qui paraît être une des grandes lois de la nature, celle de la continuité. »

Subconscient et clairvoyance

Comme à chaque pas, dans toute la métapsychologie, nous trouvons le subconscient étroitement lié aux phénomènes de clairvoyance.

C’est sous la forme des associations d’idées subconscientes que la participation constante des couches profondes de la personnalité à l’exercice de la clairvoyance s’observe d’une manière particulièrement frappante. Il en résulte fréquemment un symbolisme qui, chez Pascal Forthuny, donnait parfois lieu à de véritables rébus, très amusants souvent, au cours de ses démonstrations à l’Institut Métapsychique. A quelqu’un, il dit : « Zola, pourquoi pensé-je à Zola et à la faute de l’abbé Mouret ? Vous vous appelez Mouret. » C’était exact. A un autre auditeur, venant pour la première fois à l’I.M.I., il dit : « Monsieur, ne vous appelez-vous pas Cadet ? » — « Non, Monsieur, répond l’interpellé, je m’appelle Rousselle. »

Autre cas, autre « association » : devant une dame qu’il ne connaît pas, une odeur d’absinthe flottant dans l’air le frappe avec persistance : or, cette dame s’appelle Mme Pernod (58, p. 381). Forthuny étant polyglotte, ses « rébus » en sont influencés : à une autre dame, il déclare : « On me dit parce que » ; or, cette dame s’appelait Weil (parce que, en allemand).

Un autre sujet « métagnome », très cultivé également, M. de Fleurière, présentait des évocations symboliques qui, de symbole en symbole, conduisaient l’intelligence consciente à la connaissance précise : « Je vois dans l’entourage familial de ce monsieur une jeune fille… une couronne m’apparaît… stéphanos (en grec : couronne)… stéphanie…, Fany… elle s’appelle Fany… » (82, p. 295).

Ces « associations » subconscientes prennent des formes diverses, suivant les idiosyncrasies des médiums, mais elles existent toujours, et leur méconnaissance est souvent une cause d’erreurs et de confusions. Mlle Mithouard, par exemple, sait qu’il est question d’un enfant mort lorsqu’au cours d’une expérience elle pense à son petit frère dont le décès, survenu lorsqu’elle était enfant, l’avait beaucoup frappée. Voici un exemple des erreurs que peuvent causer, dans l’exercice de la clairvoyance, les associations d’idées subconscientes : au cours d une expérience en public, à l’issue d’une de mes conférences, en janvier 1947, Mlle Mithouard, la photo d’une personne décédée en mains, déclare qu’on a fait à cette personne des piqûres de venin de cobra, ce qui est faux ; elle ne parvient pas à déterminer la maladie qui l’a emportée ; c’était un cancer généralisé. Or, le cousin de Mlle Mithouard est mort d’un cancer généralisé et on lui a fait des piqûres de venin de cobra. L’évocation de celles-ci a donc été provoquée par l’association des idées, qui a faussé la voyance au lieu de l’éclairer ; c’est l’autre élément de l’« association » : cancer généralisé, qui aurait dû surgir dans le champ de la conscience.

On saisit ici sur le vif en quoi consiste le symbolisme de la clairvoyance, symbolisme vivant, variable, personnel, différent, non seulement pour chaque clairvoyant, mais aussi pour chacun de ceux auxquels il essaie de dire quelque chose, car, dans le subconscient des expérimentateurs ou des consultants, les clairvoyants puisent aussi des idées associées, des symboles particuliers formés au cours des événements divers de l’histoire individuelle.

C’est dire que les personnes douées de facultés paranormales font fausse route et condamnent à la stérilité leur don délicat lorsque, éblouies par l’attrait des initiations antiques, elles abandonnent l’expérience vivante pour la tradition figée et croient aider l’exercice de leur clairvoyance en y mêlant les symboles codifiés de l’occultisme égyptien, hébreux ou chinois.

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Le subconscient se manifeste aussi dans cette sorte d’osmose entre personnalités qui s’établit dans la clairvoyance comme dans la télépathie. Freud a étudié les prophéties des devins, des cartomanciennes, etc., et toutes lui ont donné l’impression, écrit-il (93, p. 60), que « le devin ne faisait qu’exprimer les pensées et surtout les désirs secrets des personnes qui l’interrogeaient ».

Le docteur Osty (82, p. 339) avait déjà souligné la fréquence de ce fait, et il a montré que plus d’une prédiction, pourtant accompagnée d’indications véridiques, s’était révélée fausse, parce que le subconscient de telle dame imaginait la mort de son mari comme le dénouement le plus fiable à ses aspirations sentimentales, ou que celui de tel monsieur avait imaginé la mort des personnes dont lui pouvait venir un héritage. Tout investigateur attentif de la métagnosie pourrait citer des exemples de ce genre.

La connaissance supranormale, Osty l’a mis en évidence (82, p. 215), ne dépend pas seulement de la disposition psychophysiologique du percipient, mais aussi de la disposition psychophysiologique de l’être à percevoir, et il y a une « activité connexe des psychismes percipient et perçu dans l’élaboration du phénomène métagnomique ».

Radiesthésie et Téléradiesthésie

Ce qui vient d’être dit à propos des irruptions subconscientes — particulièrement des idées préconçues, des désirs et des espoirs — dans le champ de la conscience, indique comment se présente le problème de la « Radiesthésie », et pourquoi les résultats en sont si contradictoires. La baguette ou le pendule ne sont que des procédés, servant, en fait, à amplifier des mouvements automatiques inconscients de la main ; c’est, comme l’écriture automatique, une forme de l’automatisme moteur. Et de même que les « médiums » à écriture automatique couvrent des pages avec des « messages » qui, le plus souvent, ont leur source intellectuelle dans la subconscience même de l’opérateur, de même, les « radiesthésistes » traduisent bien souvent, très souvent, par les mouvements de leur pendule, leurs connaissances, leurs théories, leurs idées préconçues ou leurs erreurs. C’est cet aspect négatif de la Radiesthésie qui a été souligné par Auguste Lumière, par le Professeur J. Guinchant, par le docteur E. Pascal (84, 85), par le docteur Rendu (86) et bien d’autres encore, dont les expériences et les conclusions sont entièrement défavorables à l’« art du pendule ».

On ne contestera pas que c’est le sourcier lui-même qui fait mouvoir son instrument de détection. M. Henry de France fils le reconnaît (87) et il conseille même aux débutants de se servir de leurs poings. A des pendulistes qui obtenaient des mouvements au-dessus d’un courant d’eau et qui croyaient aux « ondes » émises par celui-ci, j’ai conseillé de suspendre le pendule au-dessus du courant au moyen d’une petite potence, et ils ont été surpris de voir le pendule rester immobile !

Les expériences du docteur Pascal sont très simples et convaincantes : un radiesthésiste reconnaît les sexes avec son pendule : celui-ci gire à gauche devant une femme et à droite devant un homme. Le docteur Pascal installe un paravent et fait placer derrière homme ou femme, l’opérateur étant présent. Le pendule, alors, ne se trompe jamais. Puis, la même expérience est faite, mais l’opérateur est absent quand le sujet se place derrière le paravent. Les réussites ne sont plus alors que de 50 % environ, elles ne sont donc dues qu’au hasard, puisqu’on aurait obtenu le même résultat par pile ou face.

Tout devient clair si on admet que, lorsque le procédé pendulaire donne des résultats exacts qu’un hasard heureux ne peut expliquer, il s’agit d’une perception supranormale, enregistrée par le « subliminal », transmise au système nerveux et musculaire et exprimée par des mouvements inconscients, au moyen d’une convention mentale préétablie quant à la signification de ces mouvements.

Le caractère parapsychique des phénomènes dits de « radiesthésie » apparaît encore plus évident en considérant les résultats obtenus à distance (lecture sur plans, découverte de disparus) par certains pendulisants exceptionnellement doués, comme l’était l’abbé Mermet. Celui-ci, par exemple, fut consulté par une femme de Lausanne qui n’avait plus de nouvelles de son fils, lequel habitait Paris. Les dernières nouvelles dataient de quinze jours : « M. Mermet prend la radiation d’un tricot ayant appartenu au disparu et, sur un plan de Paris, suit la piste du jeune homme depuis son domicile, de trottoir en trottoir, jusqu’aux quais de la Seine, qui le conduisent au pont de Maisons-Laffitte. Ici, toute radiation s’éteint. La police, alertée, fait des sondages et, au premier barrage, en aval du pont, on retrouve le corps du malheureux » (89, p 75). N’y a-t-il pas une parenté évidente entre ce cas et celui de Mme Titus dont la vision fit retrouver le corps de Miss Bertha Huse ? Et cette « radiation du tricot » n’est-elle pas identique à l’« influence psychométrique » laissée dans un foulard qui, en 1914, permet à un sujet du docteur Osty, Mme Morel, sans quitter Paris, de faire retrouver dans les fourrés d’une forêt du Cher, le cadavre d’un vieillard, M. Lerasle, que des battues méthodiques, pendant quinze jours, n’avaient pu faire découvrir (82, pp. 168-175) ?

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« Par la marche inéluctable des choses, estimait le docteur Osty (90), le procédé du pendule finira par devenir ce qu’il était, ce qu’il est : un procédé divinatoire, de même famille psychologique que la connaissance paranormale par parole impulsive, écriture automatique, etc. permettant, avec un coefficient plus ou moins grand d’erreurs, d’incontestables et merveilleux résultats chez quelques grands doués, totalement ignorants du substratum physique réel du phénomène, mais ne donnant à la très grande majorité des pratiquants que quelques rares, médiocres et contestables succès parmi d’innombrables insuccès.

» Et alors le procédé du pendule deviendra une condition d’étude, parmi d’autres, des propriétés cryptiques du psychisme humain. »

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L’évolution prévue par le docteur Osty est en cours : en 1936, Maurice Wargnier publiait un traité de radiesthésie (89) dans lequel il tentait une synthèse entre la « science des ondes » et la métapsychique ; en 1939, le docteur Andrée Besson, dans un article intitulé Psychologie et Radiesthésie, recommandait aux praticiens du pendule « la neutralité volitive et la concentration de l’attention ». En 1946, Henry de France fils (88) rapproche la Radiesthésie de la Psychométrie et met en garde contre l’imagination ; Antoine Luzy (91) préconise « une méthode épurée de tout le fatras des rayons imaginaires, des conditions de réussite les plus extravagantes, afin de ne pas confondre le rayonnement hypothétique des corps avec la perception mentale de ces corps et ne plus être victime de l’autosuggestion » ; Ugo Morichini, dans la Revue Italienne de Radiesthésie, déclare qu’une seule force régit tout phénomène radiesthésique, celle de l’opérateur, sa « force de concentration mentale ».

Méthode et pratique de la clairvoyance

La méthode qui, dans tous les domaines, donne toujours les meilleurs résultats, c’est le bon sens.

D’abord, une réponse à une question souvent posée : peut-on développer la faculté de connaissance supranormale ? Oui, quand, au premier essai (une expérience sur un objet, par exemple), un certain résultat est acquis, des exercices intelligemment conduits peuvent la porter a un plus haut degré de développement.

Une pratique déjà longue dans l’observation des phénomènes de clairvoyance me permet d’affirmer que les résultats sont d’autant meilleurs et plus précis que le sujet décrit plus fidèlement les impressions visuelles (« clichés »), auditives ou autres, qu’il éprouve. Le sujet doit être en garde contre la tendance à interpréter les impressions reçues au lieu de les décrire tout simplement. Je veux citer seulement deux faits, parmi tant d’autres observés personnellement, pour illustrer le danger permanent pour la réussite des expériences de clairvoyance que représente la tendance trop répandue parmi les sujets de considérer les « clichés visuels » comme des symboles qu’ils peuvent interpréter sans risque d’erreur. Dans un petit groupe d’études, un sensitif venait de faire une bonne description d’un personnage décédé, ami d’une personne présente — il n’est pas question pour le moment de discuter si les éléments de cette description étaient puisés ailleurs que dans la pensée de cette personne — et elle dit soudain : « Vous allez subir une opération ? » — Pas du tout, pourquoi donc ? — « Parce qu’on m’a montré des instruments de chirurgie. » — Mais oui, le personnage en question était un chirurgien. Autre exemple, autre sujet, parmi des étudiants : « Vous êtes musicien. » — Non. — « J’ai vu un diapason. » — Parfait, je fais, en ce moment, spécialement, des recherches sur l’acoustique. » Conclusion : le sujet doit dire exactement ce qu’il voit. N’est-il pas évident que l’interprétation symboliste ne fait que rendre méconnaissables des images très claires par elles-mêmes ? Il est toujours temps, pour le sensitif, si cette image n’est pas comprise par l’intéressé, de dire à quelle idée elle lui semble associée.

Autre chose le clairvoyant ne doit pas exercer une censure sur certaines de ses impressions sous prétexte qu’elles sont absurdes. Il faut tout dire. C’est souvent ce qui paraît absurde au sensitif qui revêt une grande valeur caractéristique. Un exemple : une lettre en main, une débutante « psychomètre » reste silencieuse et embarrassée, puis déclare que ce qu’elle voit est absurde. On la presse de le dire exactement : elle voit, explique-t-elle alors, une multitude de drapeaux de tous les pays, qui s’agitent et se mêlent. Or, la personne qui avait envoyé cette lettre l’avait écrite dans le Palais de la Société des Nations, où elle était employée. Je pourrais citer bien d’autres cas, où des impressions, jugées absurdes par le sensitif, lequel hésitait à les faire connaitre, sont apparues comme des preuves caractéristiques d’une perception supranormale.

Vérité, sincérité, exactitude scrupuleuse, telle doit être la ligne de conduite de ceux qui, pour faire progresser la connaissance de l’être humain, veulent développer la faculté latente qu’un hasard, souvent, a pu leur révéler. Quant à ceux qui veulent dire la « bonne aventure », nulle méthode ne leur est nécessaire : la naïveté de leur clientèle leur suffira amplement.

Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le rôle des expérimentateurs et, dans les séances publiques, sur celui des assistants. Le docteur Osty (92) a écrit à ce sujet des pages très justes. Il y a des personnes qui, effarées par l’exactitude des précisions qu’un sensitif donne sur leur propre mentalité, préfèrent nier jusqu’au bout. Pourquoi venir à des séances, dans ce cas ? D’autres sont comme cette auditrice qui avait répondu non avec une remarquable régularité à tout ce qu’un clairvoyant lui avait dit, et que j’entendis s’étonner à la fin de la séance : « Mais comment se fait-il que le « médium » n’a parlé que de mon frère, qui est vivant, alors que j’attendais une « communication » de mon mari décédé ? »

« Que de réussites perdues par la faute des assistants, écrit le docteur Osty, perdues pour rester ignorées de tous ceux qui eussent dû les connaître. Et aussi que de manques à réussir, parce que le sujet, entendant juger erreur ce qu’il croyait véridique et l’était, s’est cru mil disposé, a perdu confiance dans ses moyens du moment et en a été amoindri dans la suite de la séance. »

Et puis, il faut être psychologue; il faut comprendre que le sujet « métagnome » est un être aux réactions subtiles, ayant souvent peur de se tromper, de ne pas être suffisamment « en forme », et qu’il ne faut jamais lui proposer de convaincre quelqu’un, surtout en ajoutant que « cela serait très important », etc.

« Il est des facteurs psychologiques d’inhibition dont il faut tenir compte, sous peine de contribuer à supprimer ce que l’on voudrait montrer. » (92, p. 93.)

Enfin, et là encore je cite Osty, dont l’œuvre est bourrée de conseils judicieux, fruits d’une longue expérience pratique, « on vicie la métagnomie quand on intervient dans son travail par des questions ou des réflexions exprimées, dont la teneur fait jaillir dans la représentation mentale du sujet des images hallucinantes qui ne sont que l’effet d’une suggestion verbale, mais qu’il peut prendre pour la réponse de sa métagnomie. Celui qui, par exemple, dit a un sujet : « Je compte faire un voyage en Afrique, aura-t-il lieu ? », celui-là fait naître devant les yeux d’un voyant des images de mer, de traversée, de paysages africains, etc., et le sujet est amené à croire que ce qu’il voit est ce qui sera » (82, p. 370)

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Pour conclure, à propos de la clairvoyance et de la connaissance extra-sensorielle, il faut considérer le sujet et ses facultés comme une plante se développant dans un milieu déterminé., Le terrain, le milieu, a une importance considérable, et la meilleure ambiance que l’on puisse préparer — et qu’on doit préparer — pour permettre le développement de « sensitifs » méthodiques, précis, et l’épanouissement de leurs facultés, c’est une atmosphère d’investigation scientifique et de large curiosité intellectuelle, substituée à une sorte de bigoterie de la « bonne aventure » et du merveilleux qui est l’un des principaux obstacles à l’essor de la parapsychologie.