Vimala Thakar : La communion avec la vérité


01 Apr 2017

Nous sommes venus ici pour un « Satsang ». « Sat » est la Vérité, « Sang » est la communion. Nous sommes venus ici pour communier avec la Vérité. Dans une équipe il y a quelqu’un qui joue le rôle de capitaine, rassemblant tout le monde. De la même façon ici, une des personnes présentes a parlé et les autres ont également participé au travers de leur écoute. Il y a eu ainsi une aventure commune et l’atmosphère a été celle d’un rassemblement de famille, car nous sommes tous reliés les uns aux autres, nous qui nous sommes tournés vers la Réalité, vers la Vérité, vers la découverte du sens de la vie et le dévoilement du mystère de la relation.

Ainsi, dans un rassemblement de famille informel et intime, je ne m’inquiète pas du fait que le mot « enseignant » soit utilisé, car les échanges verbaux ne portent pas sur des sujets personnels, mais ils traitent de l’Ultime Réalité, que ma personne a perçue, dans laquelle elle a vécu et à partir de laquelle elle évolue dans le courant des relations. Toutefois, la présence d’un enseignant et ce qu’il enseigne sont en rapport avec la vie de ceux qui sont devenus étudiants ou élèves.

Apprendre implique un double processus. Vous obtenez l’information verbale, imprégnée de l’authenticité de la réalisation et de la communion. Vous obtenez cette information verbale d’une personne ou à travers elle. Cela a toujours été comme ça.

« Iti Asmabhi Shruyate ». C’est de cette manière que les prophètes des Upanishad ont écrit leurs dialogues. Ainsi, vous les entendez par l’intermédiaire d’une personne et vous vous reliez vous même à la Vérité transmise par les mots. C’est un double processus. J’espère que nous passons par ce double processus complexe d’apprentissage, directement d’une personne, et en même temps directement de la Vie passant par cette personne.

C’est la loi de la vie : lorsqu’il existe une véritable demande de la part d’une personne, la rencontre entre celle-ci et le professeur a lieu. La vie les fait se rencontrer et l’échange a lieu. Si, durant l’échange, la communion se produit aussi, alors la rencontre a été fructueuse. La rencontre en a valu la peine. Cette opportunité d’une rencontre fructueuse nous a été offerte grâce au travail important des organisateurs.

Deux aspirations parallèles

Alors, durant ces cinq ou six jours, ensemble, avons-nous appris que la religion est un champ d’apprentissage et de découverte de la Vérité et non d’acquisition de quoi que ce soit pour l’ego ? Il y a une différence entre l’ambition d’acquérir le Samâdhi, d’acquérir une transformation, d’obtenir une mutation, il y a une différence entre cette ambition avide centrée autour de l’ego, et un besoin irrépressible et non intéressé pour découvrir la Vérité, pour la joie de le faire.

Il me semble que dans la conscience humaine, il y a ces deux aspirations, allant de pair. Il y a une aspiration qui est avide, comparative, compétitive, une aspiration qui veut savoir, expérimenter, posséder, s’emparer, sur le plan matériel, physique, psychologique, etc… Et il y a une aspiration parallèle pour la non comparaison, la non avidité, la non compétition dans l’étude, la découverte, le partage, le partage de la joie, de la paix, du chagrin de chacun, une aspiration pour découvrir la bonté, la beauté. Il y a deux flux, deux courants parallèles dans la conscience humaine. Et l’on doit rendre justice à chacun d’eux.

La tendance à acquérir et les outils émotionnels, intellectuels nécessaires à cette acquisition peuvent être utilisés dans la vie sociale. Vous acquérez la connaissance, la compétence nécessaire pour vivre comme un membre de la société, la société industrielle, postindustrielle, nucléaire, la société qui a connu la mécanisation, l’automatisation, la révolution cybernétique, et ainsi de suite. Vous acquérez la connaissance et la compétence pour pouvoir vous relier aux structures sociales, économiques, pour pouvoir comprendre les subtilités des systèmes économiques et politiques, et les utiliser. Dans ce cas, l’acquisition de la connaissance est pertinente.

Acquérir des expériences et des compétences, comparer et faire de son mieux, à votre meilleur niveau, presque parfait, de votre mieux avec les compétences qui sont nécessaires pour vivre dans une société moderne. Cela demande de ne pas être contaminé par l’ambition d’entrer en compétition avec les autres au niveau de ce qu’ils possèdent, de leur richesse et de leurs acquisitions. Vous pouvez faire mieux et même le meilleur sans être pris par l’ambition.

Mais la religion apparaît comme un domaine où ce processus qui pousse à devenir, à acquérir, à savoir, à expérimenter, ne semble plus avoir de fonction ou d’utilité. Avec elle, vous apprenez et découvrez pour la joie de voir la lumière de la Vérité, la lumière de l’Amour, en l’appréciant vraiment. Alors, s’il vous plait, voyez avec moi que cette religiosité ne va pas vous offrir de nouvelles expériences, une nouvelle ivresse d’expériences. Si quelqu’un vit tout à fait religieusement, la lumière de la compréhension est là. Elle a le parfum de l’amour et la dignité de la paix. Vous ne devenez pas quelqu’un de différent de ce que vous êtes. Mais la totalité de votre potentiel fleurit et s’épanouit. Votre êtreté fleurit et la substance de votre êtreté se révèle. Elle se manifeste.

De la même manière que la vie cosmique se manifeste elle-même éternellement dans de nouvelles formes, de nouveaux styles, la créativité ou le potentiel de créativité inépuisable contenu en nous – comme il est contenu dans la terre, l’océan, les montagnes, les arbres et ainsi de suite – se manifeste aussi.

Les Conditionnements Intérieurs

Nous sommes nés dans des sociétés. Ainsi, le corps, le cerveau, et les énergies contenues en eux, sont des samskaras, des conditionnements, ils sont conditionnés.

Pendant que nous sommes sur terre, les conditionnements intérieurs, sur le plan psychologique, sont une réalité. On ne devrait pas les écarter, on ne devrait pas les ignorer. Ils n’ont pas besoin d’être dorlotés ou adorés, mais ils devraient être compris.

En tant qu’étudiant, en tant qu’élève sur le chemin de la religion, je devrais faire la connaissance des conditionnements qui existent en moi.

Dans n’importe quelle famille, n’importe quelle communauté, caste, religion, croyance, pays, où je suis né, je dois me tourner vers l’intérieur de moi-même et découvrir les conditionnements qui y existent, nombre de croyances et de superstitions y sont présentes. Je dois en prendre conscience. S’il y a des croyances, des superstitions, je dois les reconnaître et les laisser de coté. S’il y a des traditions sur lesquelles les ancêtres ont travaillé dans le laboratoire de leurs vies, alors je dois les expérimenter et vérifier leur validité. Je dois travailler à les connaître, pour pouvoir agir sur elles.

Sans être en relation avec elles, comment pourrions-nous découvrir leur validité ? Un refus ou une acceptation en bloc empêcherait l’étude et la découverte. Ainsi, le second point que je désire souligner, est qu’il faut prendre connaissance des conditionnements, en se débarrassant des superstitions, des croyances que j’ai accumulées, et découvrir les traditions, les expérimenter et tester leur validité. Lorsque j’expérimente, lorsque j’explore, je découvre aussi les limites. Seul un réel érudit, seule une personne cultivée peut apprécier les limites et la stérilité du savoir.

Le savoir est stérile. Vous pouvez tout connaître sur les théories théologiques, la philosophie théologique, la psychologie, etc., et que cette collection de théories, d’idéologies, de structures de valeur ne puisse vous apporter aucun changement dans la qualité de votre vie. Ainsi, ceux qui n’étudient pas, qui n’exercent pas leur cerveau, n’ont pas la capacité de comprendre que tout savoir est limité. Même si c’est pour découvrir que le savoir est limité, vous devez étudier. Vous ne pouvez pas vous contenter de répéter la phrase : « le savoir est limité ».

Une fois que l’on a constaté les limites et la stérilité du savoir, la recherche intellectuelle, qui suit le chemin de ce savoir, s’arrête d’elle-même. Pour certains, cette activité du savoir intellectuel ne se termine jamais. Ils pensent qu’ils trouveront le savoir. S’ils ne le trouvent pas dans une idéologie, ils le trouveront dans une autre. Ils vont d’idéologie en idéologie, de religion en religion, d’Écritures en Écritures, font une étude comparative et académique, et enjolivent leurs intellects et leurs cerveaux.

Mais le savoir n’a pas la vitalité qui engendre une mutation. Ainsi, il me semble que, de la même manière que l’on s’initie aux traditions et que l’on teste leur validité, on pourrait aussi tester la validité du savoir, le savoir verbal et théorique.

Ainsi, lorsque les croyances, la crédulité, les superstitions sont écartées, que les traditions sont expérimentées et testées, la tradition qui n’est pas en harmonie avec la recherche, qui la bloque, qui lui fait obstacle ou l’encombre, cette tradition est doucement écartée. En revanche, la tradition qui n’interfère pas avec la recherche est autorisée à exister, car elle ne contamine pas la perception, elle ne gêne pas la recherche, elle n’empêche pas la quête.

Ensuite, j’en viens au savoir. Lorsque j’ai découvert, grâce à mon exploration, que le savoir est limité, la recherche intellectuelle et verbale s’est arrêtée. Comprenez bien cela. À moins que la recherche verbale, cette activité du savoir, l’intoxication provoquée provisoirement par le fait de connaître de nouvelles choses, à moins que cette recherche verbale ne se termine, la méditation ne peut pas se produire.

Si cela se fait, il me faut aussi passer du temps, dans ma vie de chercheur, à tester la validité des expériences. Nous avons des expériences au niveau physique. Les organes des sens entrent en relation, en contact avec leurs objets respectifs. Ce contact stimule une sensation. Cette sensation est convertie en impulsion électrique dans le corps.

Cette impulsion est interprétée par le cerveau et une réaction conforme à l’éducation surgit. Ainsi, les sensations et les expériences ne peuvent pas et ne doivent pas être évitées sur le plan physique. Ces expériences font naître un goût esthétique et un sens de la discrimination dans ces expériences physiques.

La tradition fait que j’aimerais aussi découvrir, expérimenter et explorer les différentes expériences provenant du chant, des Bhajans, des Mantras, du Japam, etc. Laissons un chercheur expérimenter tout cela et, si sa recherche est authentique, on pourra se rendre compte que chaque effort entraîne une expérience et que chaque expérience vous conditionne non seulement chimiquement et neurologiquement, mais vous conditionne aussi psychologiquement. De la même manière que la connaissance verbale vous conditionne, ces expériences vous conditionnent en créant un modèle d’habitudes. Vous devenez dépendant de ces stimulations. Au commencement, les Bhajans sont chantés, les chants dévotionnels sont chantés pour le sens des mots et pour la joie provoquée par ces mots, nés de la communion, dans la vie des saints ou de ceux qui sont libérés. Vous chantez pour la joie.

Vous apprenez au travers de cela. Ensuite, vous devenez dépendant du Raga, du Tala, de son air, de son chant, de sa danse, et vous en avez besoin jour après jour, année après année. Il se passe la même chose avec le chant des mantras. Au début, l’effet tranquillisant de l’énergie du son pacifie les nerfs et relaxe aussi le système nerveux, mais ensuite se produit l’autohypnose et l’on devient dépendant de l’effet tranquillisant dû à l’énergie du son. Voyez bien cela. On l’a vu se produire. Toute expérience vous conditionne. Sans que vous le vouliez, une habitude prend place, de sorte que vous ne pouvez pas rencontrer le présent et les défis de la vie lorsqu’ils se présentent, avec la fraîcheur de la spontanéité et de la vitalité.

Le savoir est donc utilisé de façon pertinente. Cette belle façon d’expérimenter une sensation, en traversant une expérience, est utilisée au niveau physique de façon pertinente. Mais pour la religion, il est nécessaire d’avoir une psyché qui ne soit pas encombrée par le mouvement des pensées, le mouvement des expériences, le mouvement des habitudes. Cette sorte de psyché libre de manière inconditionnelle est nécessaire pour que la communion entre la Vie et vous-mêmes se produise. La religion est une inconditionnelle liberté intérieure, sans réserves, sans inhibitions, sans l’encombrement des habitudes, sans aucun besoin de stimulation. Si l’on passe une année ou deux à tester la validité des traditions, du savoir, des expériences, on peut apprendre et découvrir. Aussi longtemps que ce que vous faites vous procure de la joie, sans vous lier d’aucune façon, sans que vous ayez envie de l’imposer à quelqu’un d’autre, alors vous pouvez le faire.

La musique est une source de joie, la danse aussi. Quelqu’un a posé la question hier au sujet du chant des Bhajans et des Mantras. Comment savons-nous que nous les pratiquons simplement pour la joie de le faire ? Vous n’en attendez aucun résultat. Si j’effectue cent mille Japams, qu’arrivera-t-il ? Qu’obtiendrai-je ? Après avoir accompli deux million quatre cent mille Japams, il se passera quelque chose. Lorsque l’utilisation de l’énergie du son est transformée en moyen, si vous faites cela comme une thérapie, comme une thérapie alternative, une médecine alternative, si ça n’est pas relié à la recherche religieuse, alors, continuez votre chemin.

Ce Hatha Yoga qui devient à la mode en tant que thérapie en Europe et en Amérique. Il a sa valeur. Mais lorsqu’ils le font pour obtenir un corps symétrique, en l’utilisant comme une thérapie et qu’ils passent à coté de la beauté de Dhyâna et Samâdhi, alors toute cette entreprise est incomplète. L’étude du Yoga n’est plus couronnée par une dimension différente de conscience.

On est donc en train de dire que le fondement de notre psyché ou de notre conscience, les traditions, les samskaras, le passé, tout cela est là. Vous ne pouvez pas le rejeter.

Vous devez vous y relier, apprendre de lui, l’étudier, expérimenter et découvrir ce qui est pertinent et ce qui est en harmonie avec votre recherche. Quand cela est fait, alors nous en avons fini avec la partie conditionnée de notre être.

Nous avons observé notre avidité, nous lui avons donné une liberté d’action en l’utilisant dans le champ socio-économique. Lorsque nous avons accordé une entière liberté sur le plan physique au besoin de savoir et d’expérimenter, de façon saine, scientifique et rationnelle, alors nous nous sommes occupés convenablement de notre partie conditionnée.

Maintenant, nous arrivons à l’autre partie, la partie non-conditionnée de notre être. Que nous arrive-t-il dans le sommeil profond ? On ne le sait pas. C’est une partie inconnue de notre être. C’est seulement lorsque nous nous levons le matin, quand le sommeil a été profond, que nous trouvons qu’il y a eu rajeunissement, revitalisation de chaque cellule. Comment se produit cette revitalisation ? L’ego n’était pas en train de fonctionner. Le « je », le « moi » n’agissait pas sur le corps dans son ensemble. On regarde donc le phénomène du sommeil. Nous le traversons toutes les nuits, pendant sept heures à huit heures. Nous ne nous demandons jamais ce qui se passe et comment cela se passe.

Si nous nous demandons ce qui nous arrive dans le sommeil profond et comment cela se produit, alors nous réaliserons peut-être qu’il y a un domaine, une dimension de notre être, où l’effort de l’ego, l’effort du « je », du « moi », n’est pas nécessaire. La vie agit sans l’intervention de l’ego. Alors je me dis : « Bien, il existe un domaine où la vie fonctionne sans l’exercice conscient de l’ego, du moi, du soi, du savoir, de l’activité de l’expérience ». On ne dit pas : « Laissez-moi expérimenter ce qu’est le sommeil ». On dit : « Laissez-moi dormir ». Mais ici, l’Intelligence ne fonctionne pas.

Il y a passivité, et relaxation totale. Alors je me dis : « Cette totale relaxation dans la passivité du sommeil profond a donné tant de vitalité et de repos. Alors, maintenant, découvrons ce qu’il se passera si, dans un état de conscience éveillée, l’ego ne fonctionne pas, si le centre de mon moi n’agit plus ».

Explorer la Méditation

Alors, il n’y a pas d’activité, pas de passivité, il y a seulement la vigilance, la sensibilité en éveil. Je commence à explorer ce que l’on appelle la méditation, où l’on est éveillé, où la sensibilité est vive, mais où il n’y a pas d’activité cérébrale, pas de mouvement du passé. On se crée une opportunité pour apprendre par soi-même. Alors cette méditation fait surgir en nous la connaissance de domaines et de dimensions inconnus de notre conscience.

Une de vos questions portait sur la peur qui survient lorsque l’esprit ne fonctionne pas.

Il n’y a aucune peur lorsque l’esprit ne fonctionne pas pendant sept ou huit heures durant votre sommeil, à moins que vous ne rêviez tout le temps. Le rêve est le prolongement de la conscience éveillée. Les désirs et les ambitions inassouvis, les blessures, les meurtrissures qui ne sont pas exprimées, les répressions conscientes, les refoulements, les ressentis involontaires qui ont lieu lorsque vous évoluez en société, tout ceci se mélange et les rêves surviennent. Ou encore, si la santé physique est déficiente et qu’il y a un problème dans le corps, alors des rêves peuvent surgir. On n’est pas en train de parler de cela. On est en train de parler du sommeil profond. Il peut avoir lieu pendant une heure ou deux.

La méditation est une exploration, une exploration non-cérébrale et non-mentale. Vous devez la laisser se produire. De la même façon que vous la laissez se produire pendant le sommeil profond, vous la laissez se produire durant l’état de total éveil. Si cela se passe, alors on découvre que, sans le mouvement conscient de l’esprit ou du cerveau, dans la totale relaxation du centre du moi, la vie ne s’éteint pas. Il n’y a pas d’expériences, pas de sensations, parce que celui qui fait l’expérience, celui qui sait, celui qui stimule les expériences, ce centre du moi, est non-opérant. Par conséquent, il n’y a pas d’expériences, il n’est pas question de savoir s’il y a quelque chose de nouveau, et pourtant la vie persiste. Il y a ainsi une opportunité pour être seul avec la vie. La méditation est une solitude psychique.

La Solitude

Bien, nous étions en train d’explorer ensemble ce qu’est la religiosité, et au cours de cette dernière réunion, je voulais juste partager avec vous le fait que la solitude est quelque chose d’inévitable dans la vie. Dans le plaisir et la recherche du plaisir, la solitude n’est jamais nécessaire, peut-être même impossible. Mais pour la paix, l’amour, la joie, la solitude est inévitable. La solitude s’accompagne d’une joie profonde. La solitude fait naître une communion avec l’« Êtreté de la Vie » ou « la Vie en Soi ». Ainsi, on goûte cette solitude, on goûte ce silence, ce vide et cela devient notre demeure.

Une personne religieuse est intérieurement seule au niveau psychique, qu’elle soit ou non avec des gens physiquement. Être avec des gens ne dérange pas la solitude.

Communiquer verbalement avec d’autres personnes ne dérange pas le silence, et le mouvement de la relation ne perturbe pas la renonciation de la solitude.

Espérons que chacun de nous soit un pèlerin de cette religiosité, un pèlerin de cette communion. Toutes ces discussions données ici sont une réponse à la question et à la quête que les amis de Bombay ont exprimées. Cette année, comme d’habitude, j’ai demandé aux amis de Bombay de me dire ce dont ils voulaient parler et que l’on discute ensemble.

Des années auparavant aussi, j’avais demandé à des amis de me donner des précisions sur le thème qu’ils voulaient que l’on aborde ensemble. Voyez-vous, je n’ai rien à diffuser. Je n’ai pas de chemin particulier, de discipline personnelle qui m’appartiennent. S’il y a une chose que je doive communiquer de ma propre initiative, c’est le Divin de la vie. La vie pour moi est Divine, elle est Dieu, Govinda. Et même Govinda du « Dvaparyuga » s’est dissimulé derrière l’ordinaire de sa vie. Il vivait comme un amoureux de la vie et des êtres vivants.

Ainsi, la nature du non-manifesté est de se cacher et de se dissimuler derrière le manifesté. Cacher l’unicité et l’unité derrière la diversité et la multiplicité, c’est le jeu du Divin de la vie. S’il y a donc quelque chose que je doive communiquer de ma propre initiative, c’est : « La Vie est le Divin lui-même ». Il n’y a pas de créateur séparé de la création. Et il n’y a pas de Dieu séparé de l’incommensurable et l’innommable beauté de la vie cosmique. Par commodité pour raconter cela, vous pouvez utiliser des formes ou des noms qui ont existé. Mais, lorsque nous parlons de Satsang qui est la communion avec la Vérité, on doit souligner tout cela.

Comme Shankara et les stotras ont été mentionnés, je voudrais signaler une chose.

Shankara, l’interprète de l’Advaïta, disait : « Brahma Satyam, Jagat Mithya, Jeevo Brahmaiva, napara. Sarvam Khalu Idam Brahma ».

Vinoba disait : « Brahma Satyam, Jagat Sphoortihi, Jeevanam Satya Shodhanam ».

Vimala dit : « Brahma Satyam, Jagat Tathyam, Jeevanam Yoga Sadhanam ».

L’Acte de Vivre

Parce que la vie est Divine, l’acte de vivre est le temple du Divin. Par conséquent, cet acte de vivre doit être purifié. La perception doit être purifiée. La façon de répondre doit être purifiée scientifiquement. Lorsque vous avez une approche scientifique, vous éliminez le dérèglement et le déséquilibre. Le déséquilibre est impureté. Ainsi, lorsque vous éliminez les déséquilibres, la vie est purifiée. La perception est purifiée. La façon de répondre est purifiée. Les organes des sens sont purifiés. Ils sont éduqués.

L’éducation conduit à la purification et avec la purification vient l’illumination.

Ainsi, l’acte de vivre est le champ de la Sadhana. Vos maisons sont les centres. Elles peuvent devenir des Ashrams pour la Sadhana. Chaque relation devient une opportunité pour découvrir le contenu factuel de notre esprit et pour ensuite le corriger.

Ainsi, les relations deviennent des opportunités pour la découverte de soi. Ce que vous appelez « Karma » ne devient pas « chemin d’esclavage » mais « chemin de libération ».

Le « Karma » ne vous emprisonne pas. Les relations non plus. Les « chemins de libération » deviennent les portes ouvertes vers l’émancipation. Ainsi, il n’y a pas besoin de s’enfuir, de s’échapper de ses responsabilités, de tourner le dos à quoi que ce soit. Le réseau d’échappatoires qui avait été mis en place n’est plus nécessaire aujourd’hui, car nous avons l’éducation qui nous donne la possibilité d’une approche scientifique de la religion, de la spiritualité. On ne peut pas faire mieux.

Et je pense que j’accepte la défaite ! Quelle défaite ? Accepter la défaite, c’est dire que ces réunions amicales seront possibles aussi longtemps que les membres du groupe de Bombay les trouveront opportun. Ce ne sont pas des meetings religieux. Je me sens si tranquille lorsqu’on utilise le terme de réunion amicale. Nous les appelons habituellement les « festivals de l’amitié ». Je suis habituée à les appeler ainsi en Hollande qui a été ma seconde maison durant un quart de siècle. Au cours de tous ces rassemblements, des personnes venant de dix ou quinze pays se sont retrouvées et ont passé dix jours ensemble. Donc, je voudrais les appeler « festivals de l’amitié ».

Je ne renie pas l’enseignant en moi mais vous devez accepter que cet enseignant désire que l’amitié soit une dimension de la relation. L’enseignement a eu lieu si vous avez appris, mais enseigner demande que l’on soit deux. On ne doit donc pas renier le terme d’enseignant. Il n’y a pas d’allergie au mot. Mais c’est le « Sakhya Yoga », le yoga de l’amitié. C’est le domaine de l’amitié, et dans l’amitié celui qui écoute est aussi responsable que celui qui parle. Je dois être reconnaissante envers vous si vous avez reçu. C’est pourquoi depuis le tout début, en 1963, j’ai fait très attention de ne pas laisser se produire des rassemblements énormes, des rassemblements trop gros.

À l’époque du Bhoodan, lors de mon travail durant dix ans dans le mouvement de redistribution des terres, Vimala s’était exprimée à Chowpaty même, à Bombay, dans des meetings de trois cents mille personnes, et je ne connaissais pas à ce moment là de meetings de moins de vingt cinq mille personnes. On a vu cela, que ce soit à Madras, à Guwahati, au Gujarat. Et c’était habituel pour cette cause, pour ce mouvement de la redistribution des terres. Cette technique était nécessaire pour collecter les terres et les distribuer.

Mais lorsque j’ai commencé mes propres causeries, alors on a fait très attention à ce que l’échelle de ces réunions reste petite pour que l’intimité sacrée de l’informalité puisse être vécue par les personnes venues pour écouter et par la personne qui parlait.

Je me sens blessée si quelqu’un ressent une distance entre les participants et moi-même.

Il n’y a pas de hiérarchie.

J’ai résisté aux personnes qui voulaient créer un piédestal pour moi. Je me nomme une amie. Mais le sacré de l’enseignement et de l’acte d’enseigner peut être engagé, même dans une relation d’amitié. Si la vie le veut bien, nous nous reverrons à nouveau.

(Extrait Vivre une vie vraiment religieuse Traduit par Annie Grippari & Patrick Delhumeau). Emprunté au site Français consacré à Vimala et son œuvre