Alfred Herrmann : De la survie et de la réincarnation


18 Feb 2009

(Extrait de l’Univers de la Parapsychologie et de l’Ésotérisme dirigé par Jean-Louis Victor, Tome 1, éditions Martinsart, 1976)

Le problème de la survie et de la réincarnation est angoissant. Que se passe-t-il après la mort ? Nous n’essayerons pas de répondre à cette question qui échappe à notre pouvoir de concevoir et de raisonner mais nous nous efforcerons de la placer dans un cadre logique et de formuler à son sujet des hypothèses vraisemblables et aussi dignes de créance que possible.

Du temps où les hommes étaient de vrais croyants, convaincus d’une manière profonde et inébranlable de tout ce qui leur était enseigné par les religions et les prêtres, aucun problème ne se posait à leur esprit. La vie dans l’au-delà, copiée sur la vie terrestre, leur paraissait naturelle et même heureuse.

A notre époque, les hommes les plus éveillés s’aperçoivent que rien de tout cela n’est vrai ni même vraisemblable et que tout ce qui dépasse la vie terrestre et la conscience d’exister, dans le sens du passé comme dans celui de l’avenir, entrait dans une zone de black-out de notre complexe mental où toute tentative de compréhension, de synthèse et même de simple conception se heurte à un mur opaque qui ne laisse passer aucune lueur. Toutefois, nous sentons intuitivement que nous faisons partie d’un grand cosmos et que notre cerveau, notre complexe mental ne nous en fournissent qu’une cross section infiniment mince, bornée et souvent fallacieuse ; que d’autres plans cosmiques existent qui sont totalement étrangers à nos sens et à notre esprit, aussi étrangers qu’un texte écrit ou imprimé l’est à un animal ; plans dont l’accès nous a été interdit par la nature, sans doute dans notre propre intérêt.

Cette constatation d’une impuissance totale à l’égard de problèmes qui nous paraissent primordiaux nous bouleverse et nous inquiète. Si nous ne savons pas pourquoi nous vivons, si tout contact avec les hommes ayant vécu à nos côtés nous est refusé après leur mort, que deviennent dès lors nos vieux principes de morale religieuse ou même humaine ? Le saint homme qui a secouru, au prix de sa vie, les lépreux d’Afrique et le gangster qui a rançonné et tué des centaines de personnes subissant donc, après la mort, le même sort : une entrée dans un néant complet, insensible et éternel ? Cela nous semble à tel point injuste et révoltant que nous rejetons tout simplement l’hypothèse la mort = le néant et que nous interrogeons les religions, les philosophies et surtout les sciences pour en savoir davantage ! La pure foi d’antan a fait place à une soif impérieuse d’en savoir davantage car nous sommes convaincus que nous connaissons peu de choses et que nous sommes capables de découvrir, même partiellement, l’inconnu.

L’écroulement de nos croyances d’autrefois à tout d’abord fait place un matérialisme intransigeant, un scepticisme aride et glacé, basé sur des axiomes gratuits prônés, hélas, en premier lieu par les hommes de science, qui se résumaient tous à une simple affirmation : « je ne crois qu’à ce que mon cerveau est capable de percevoir, tout le reste n’existe pas ». Un morne désespoir avait fait place aux bienheureuses illusions du passé. Petit à petit, pourtant, un grand nombre de faits insolites sont venus troubler la conscience des hommes les plus sceptiques. Non pas que des manifestations parapsychiques ou paranormales fussent nouvelles car elles étaient connues et diffusées par quelques hommes clairvoyants et courageux, depuis la plus haute Antiquité; mais elles étaient tabou et leur connaissance, leur interprétation étaient réservées aux cultes ; quiconque en parlait risquait les pires châtiments. Ce n’est que depuis quelques années, seulement, qu’on ose parler ouvertement et publiquement de guérisons miraculeuses, d’esprits désincarnés, d’extra-terrestres, de survie, de réincarnation, de plans cosmiques parallèles.

L’étude du domaine paranormal sort petit à petit de sa clandestinité et devient officielle. La Russie elle-même où le matérialisme semble être le plus répandu, s’intéresse à la parapsychologie. Dans le monde entier, des théories sont échafaudées par des hommes de science éminents, qui bouleversent de la manière la plus définitive et irréversible nos concepts, des facteurs qui semblaient les plus solides et inattaquables : l’énergie, l’espace, le temps, le psychisme, la nature humaine. Les sciences d’antan : physique, chimie, mécanique, que l’on croyait valables dans l’univers tout entier, se trouvent réduites à la seule application sur notre terre, petit grain de sable insignifiant perdu au milieu d’un univers astronomique pratiquement infini, univers où les lois qui commandent le comportement de la matière et des énergies sont très différentes de celles qui règnent sur notre globe terrestre et se modifient, non seulement en grandeur, en proportion mais aussi en essence, selon les variations, vraies ou apparentes, de tous les paramètres spatiaux, chronologiques ou inconnus des zones universelles.

C’est dans ces conditions que j’ose aborder aujourd’hui l’énigme de la vie, de la survie et de la réincarnation, en abandonnant tous les concepts anciens sauf l’un des principaux que j’estime toujours valable et primordial : celui de l’équilibre et de l’harmonie qui règnent partout dans le cosmos ; celui que, du point de vue humain, on ne désigne que par une seule épithète : la justice.

Le problème de la réincarnation est à tel point vaste et hétérogène qu’il peut être traité sous une multitude d’aspects indépendants les uns des autres. Sans vouloir exercer la moindre incidence sur l’exposé très complet de M. Linssen, nous nous proposons de reprendre la question sous d’autres aspects.

En premier lieu, il serait opportun de demander : survie ? Réincarnation ? De qui ou de quoi ? De quelle entité ? De quel complexe animé? M. V… ou Mme W…, réincarnations non seulement de M. X… ou de Mme Y…, mais aussi d’une lignée de personnages antérieurs ayant existé en vertu du même processus, subiraient des effets bénéfiques ou maléfiques de leurs incarnations précédentes. Nous nous garderons bien de critiquer pareil tableau des survies et des réincarnations, adopté par tant de personnes de très bonne foi ; toutefois ce tableau est manifestement imprécis et incomplet et mérite d’être précisé et complété.

L’univers, tel qu’il nous est présenté par notre complexe mental, nous apparaît sous l’aspect d’un élément intégral, consistant et logique. Or, cet univers ne représente qu’une section, une cross section infiniment petite d’un cosmos bien plus vaste et comportant un nombre pratiquement infini de plans cosmiques imperceptibles par notre cerveau dont la zone de perception et de conscience est insignifiante à côté d’une zone immense de black-out.

Pour nous aider à répondre à la question posée plus haut, efforçons nous tout d’abord de décrire les concepts de la survie et de la réincarnation tels qu’ils sont conçus ou imaginés par la grande majorité des hommes : selon ces conceptions, généralement assez vagues et peu approfondies, la survie et la réincarnation seraient des processus qui s’appliquent à une personnalité humaine, telle qu’elle nous est présentée par notre complexe mental, notre cerveau. Nous sommes aujourd’hui M. X… ou Mme Y…, en possession de tout le bagage de mémorisation acquis au cours d’une vie entière. Nous mourrons un jour et, après notre mort, nous serions capables de mémorisation, entre autre à des médiums sérieux, spécialisés en la matière. Après un certain séjour dans un au-delà mal défini, séjour dont la durée varie selon les théories échafaudées par différentes disciplines, M. X… ou Mme Y… se réincarneraient en la personne de M. V… ou de Mme W…, ces derniers ne possédant plus aucune souvenance de leur vie antérieure (sauf si des souvenances étaient provoquées artificiellement par certaines pratiques hypnotiques ou magiques).

Or, une personnalité intégrale existe en nous, qui appartient non seulement à l’univers présenté par notre complexe mental, mais à un grand nombre de plans ou d’aspects cosmiques que nous ignorons. L’existence d’univers multiples et l’appartenance de notre moi à des plans cosmiques que nous ignorons a, non seulement été admise par un grand nombre de philosophies et de religions du passé, mais a été reconnue actuellement par un nombre non négligeable d’hommes de science de tous les pays. Il s’ensuit que ce que nous croyons être notre personnalité, n’est en réalité qu’une simple individualité intégrée dans une entité beaucoup plus complexe. Cette individualité prend naissance au moment de notre conception par nos parents, c’est-à-dire à l’instant de la rencontre fortuite d’un germe masculin et d’un germe féminin. Par l’effet de cette conception, notre individualité est dotée d’un jeu complet de caractéristiques physiques et psychiques nécessaires pour constituer un être humain, jeu complet sélectionné parmi des milliards de milliards de caractéristiques physiques et psychiques en provenance du père, de la mère et de l’humanité tout entière. Il semblerait donc que la sélection du jeu des caractéristiques d’une individualité nouvellement conçue soit le résultat d’un hasard absolu.

Toutefois le hasard absolu n’existe pas dans la nature. Tout élément résultant d’une association de facteurs issus apparemment du hasard, mais se produisant en grand nombre (au moins quelques milliards) est subordonné à une loi dite précisément du grand nombre. Il existe une emprise naturelle et légiférante sur tous les phénomènes qui, selon toutes les apparences, n’ont d’autre conditionnement que le hasard pur. Ainsi, si l’on jette la boule sur une roulette de Monte-Carlo un nombre de fois dépassant le milliard, on constatera avec stupéfaction que cette boule se placera un nombre à peu près égal de fois dans chaque trou de la roulette. Un exemple encore davantage frappant est le fait que le nombre d’individualités masculines et féminines, conditionné selon toute apparence par un hasard génétique qui paraît absolu, est à peu près le même dans une population comportant un grand nombre d’individus.

La Nature (nous utiliserons cette expression un peu vague chaque fois que nous voudrons désigner des complexes intelligents supérieurs que les religions appellent Dieu ou les dieux et que les hommes de science ont affecté d’épithètes encore très vagues et peu explicatives : « champ unitaire spinoriel », « océan de protomatière spinoriel non linéaire », etc.). (Cf. Robert Linssen : Science et Spiritualité) exerce une emprise légiférante sur tout ce qui semble n’être conditionné que par le seul hasard.

Beaucoup de lois nucléaires, par exemple le nombre moyen de neutrons de fission produits dans un réacteur, sont conditionnées par une emprise légiférante de la nature sur le hasard.

De ce qui précède, nous pouvons déduire que la création d’une individualité au moment de la conception, tout en paraissant n’être conditionnée que par un hasard absolu, est soumise en réalité à un certain nombre de lois naturelles imposées par l’emprise légiférante de la nature sur les grands nombres et sur le hasard. L’individualité, créée au moment de la conception, est un complexe composé, entre autres, d’un conscient et d’un subconscient (cf. les études consacrées à ce sujet dans les Nos 250, 251, 254, 255 et 256 de la revue Être Libre, Bruxelles).

Toutefois, l’individualité qui semble, selon la conception étriquée et erronée de notre complexe mental, constituer notre seule personnalité autonome et apparemment responsable de nos actes, possesseur apparemment exclusif de notre bagage du libre arbitre, n’est en réalité qu’une fraction d’une personnalité supérieure, vraie et plus complète, peu sensible à l’influence des éléments en provenance de notre plan universel matériel mais sensible aux influences, bonnes ou mauvaises, de notre individualité terrestre. L’existence de cette réalité supérieure est admise par la plupart des religions et des philosophies sous l’appellation « d’âme », de « Soi-supérieur », ou de « monade ». Elle l’est également, mais sous un jour plus réel, par certains hommes de science et les philosophes contemporains dont les nombreuses expériences ont démontré le peu d’autonomie et de self-existence de l’individualité terrestre. Celle-ci, dans toutes les circonstances difficiles ou qui dépassent le domaine d’une éthique humaine et versatile, doit faire appel à un élément que les hommes, faute d’un terme plus précis et davantage interprétable, appellent leur conscience. Nous proposons d’appeler la personnalité supérieure à notre individualité qui réside seulement dans notre univers mental : notre « personnalité profonde ou cosmique ».

Toutefois, la nature de notre individualité terrestre est très différente de celle de notre personnalité profonde. La première n’existe que dans le plan matériel qui nous est présenté par notre cerveau. Elle est constituée par un complexe, infiniment imbriqué et mystérieux, de milliards de cellules et de groupes cellulaires dont chacun possède à la fois une certaine autonomie et un certain raccordement aux mécanismes de notre individualité apparente; son comportement, comme celui des cellules et groupes cellulaires qui la composent, est réglé principalement par des apports de nature génétique.

La personnalité cosmique, par contre, semble exister à la fois sur le plan terrestre et sur d’autres plans cosmiques qui nous sont inconnus : une grande partie de ses comportements sont conditionnés par des apports en provenance de l’individualité terrestre. Tout comme cette dernière, elle se transforme en permanence au rythme des centièmes et même des millionièmes de seconde. La personnalité totale et complète de l’homme vivant, vraie ou apparente, telle qu’elle nous apparaît selon une conception généralement admise, est constituée, dès lors, par une association temporaire entre une individualité terrestre et périssable et une personnalité profonde non périssable (nous n’oserions pas dire éternelle mais nous la qualifierions plutôt d’intemporelle). Nous en sentons rarement la présence. Nous la confondons souvent et erronément avec l’inconscient ou subconscient, élément mystérieux intégré à la fois à l’individualité terrestre et à la personnalité cosmique, entre lesquelles il joue souvent le rôle d’agent de liaison.

De quelle manière et à quel moment l’association entre l’individualité terrestre et la personnalité profonde se produit-elle ? Ce sont des questions auxquelles il est malaisé de répondre. Les personnalités profondes, associées ou non à des individualités, existent sans doute en nombre pratiquement infini dans le cosmos où tout obéit à des lois des grands nombres, c’est-à-dire statistiques (et non pas à des lois absolues). Les phénomènes de la survie et de la réincarnation se rapportent surtout aux liaisons qui existent entre l’individualité et la personnalité cosmique. C’est sous l’aspect d’un cycle qui met en jeu ces deux entités qu’il faut étudier les phénomènes en question.

Propriétés fondamentales de l’individualité humaine

Au moment de son éclosion, c’est-à-dire de la conception, l’individualité possède déjà un jeu complet de propriétés physiques et psychiques, actualisées ou potentielles empruntées au père, à la mère, aux ancêtres et à l’humanité tout entière. Dès ce moment, l’individualité se transforme à chaque infime fraction de seconde en subissant un grand nombre d’influences en sens divers. Il en est de même, mais d’une manière tout à fait indépendante, quoique souvent parallèle, de la personnalité cosmique. L’énumération détaillée des divers facteurs qui exercent leur influence sur les deux entités associées déborde le cadre de notre étude. Nous nous contenterons néanmoins de les classer en catégories caractéristiques. Citons avant tout un facteur de vie assez mystérieux qui conditionne l’évolution de l’être, tout d’abord au sein de la mère, ensuite dans tous les milieux extérieurs, qui fait que l’homme se forme, naît, grandit, devient adulte, vit puis vieillit, décline et finit par mourir.

Influences exercées :
1° par les milieux où vivra l’individu : le corps de la mère, ensuite la maison, les villes, les campagnes, les bureaux, les ateliers, les laboratoires, etc.;
2° par les parents, les amis, les milieux, le monde ;
3° par les modifications mêmes que subit l’individu et qu’il subira en permanence d’une manière plus ou moins bénéfique ou maléfique au cours de son existence ;
4° par sa manière de vivre, son alimentation, son hygiène, son comportement envers lui-même et envers les autres ;
5° par ses propres pensées, ses lectures, ses études, par ses propres actes, ses convictions philosophiques ou religieuses, présentes ou absentes ;
6° par sa mémoire ;
7° par son propre subconscient ;
8° par les nombreuses interactions entre l’individualité et la personnalité cosmique.

Évolution de l’individualité terrestre

Contrairement à celle des animaux, l’individualité humaine possède un certain libre arbitre absolu, c’est-à-dire qui n’est conditionné par aucune programmation. L’individualité des animaux, surtout des animaux inférieurs, est très peu caractérisée (abeilles, termites, ver à soie, ver de terre, etc.) ; le seul libre arbitre que possèdent les animaux est lui-même conditionné par une programmation génétique (ce qui ne signifie d’ailleurs pas qu’il soit immuable). Le libre arbitre absolu humain possède toutefois un champ d’action qui peut être limité. Par exemple, tout acte contraire à l’éthique cosmique où même à une certaine éthique personnelle et synthétique se heurte parfois à une résistance intuitive. On peut comparer la limitation du libre arbitre humain à celle d’un voyageur qui, choisissant un itinéraire quelconque grâce à son libre arbitre, n’est pourtant pas en état de détourner de sa trajectoire un tramway ou un avion qu’il aura emprunté pour pouvoir suivre l’itinéraire choisi.

Le libre arbitre possède toutefois un champ d’action très vaste : comportement individuel et collectif, famille, nation, philosophie, religion, construction de complexes mécaniques, ouvrages d’art, avions, fusées. La fraction de libre arbitre absolu et non conditionné comporte un corollaire de toute première importance : la responsabilité des actes commis dans le cadre de ce libre arbitre absolu. Cette responsabilité s’oriente selon des normes souvent assez imprécises : éthique personnelle, éthique terrestre, etc., tributaires, sans doute d’une éthique cosmique inconnue. Or responsabilité implique l’existence d’une entité, d’une personnalité et par conséquent toute individualité humaine est doublée d’une personnalité terrestre, responsable de ses actes et qu’il ne faut pas confondre avec la personnalité profonde ou cosmique.

Par ailleurs, tous les actes conscients ou inconscients d’un individu sont enregistrés par un témoin objectif : la mémoire. Le mécanisme de la mémoire humaine ressemble, à beaucoup de points de vue, à celui des ordinateurs électroniques. Elle a été étudiée par de nombreux savants, entre autres par Holgar Hyden et Eghyazie, de l’université de Goteborg en Suède. La mémoire et la seule mémoire fait que l’homme se sent vivre. Or, la mort détruit petit à petit toutes les cellules qui permettent à l’homme d’être conscient, de posséder une mémoire et de se sentir vivre.

Si l’homme ne possédait que sa seule individualité (son conscient et son inconscient), sa mort serait bien une mort synonyme d’une entrée dans le néant ; or, le néant n’existe pas dans le cosmos, pas davantage que la création pure, issue du néant. L’évolution du cosmos est conditionnée par des transformations permanentes. D’autre part, si la mort de l’individualité était synonyme d’une entrée dans le néant, toute l’éthique cosmique basée sur le libre arbitre absolu s’écroulerait comme un château de cartes. Aucun motif, à l’exception de la frêle peur du gendarme, n’empêcherait l’homme de commettre les pires exactions, rien ne l’encouragerait à se dévouer à son prochain.

Si le concept de la mort-néant était adopté, toute éthique civile, religieuse, terrestre ou cosmique se réduirait à de vaines recommandations et la terre deviendrait un foyer de gangsters, tueurs, bandits. Heureusement, il n’en est rien et l’homme ressent en toutes circonstances l’existence de son double cosmique et il écoute, dans la grande majorité des cas, la voix de ce double, de sa conscience. De ce fait, il est logique de ne considérer l’individualité que sous l’aspect d’une sorte d’instrument, de dispositif périssable qui permet à une personnalité bien plus complexe de parcourir une certaine trajectoire dans un univers conditionné par les facteurs énergie, espace, temps et psychisme matériel, univers qui n’est qu’une cross section d’un cosmos beaucoup plus vaste, imperceptible et inconcevable par l’homme. D’une manière résumée, on peut dire que l’individualité humaine, doublée d’une personnalité cosmique possède un certain libre arbitre qui la rend responsable des actes perpétrés dans le cadre de ce libre arbitre et confère cette individualité le caractère d’une personnalité terrestre.

Or, l’éthique cosmique exige qu’un certain équilibre, individuel ou statistique, puisse exister entre les bonnes et les mauvaises actions de l’ensemble des individus. Cet équilibre n’est pas réalisable par la justice humaine, trop subjective et il resterait lettre morte si l’existence terrestre de l’homme se trouvait limitée à l’existence de son individualité, entre sa création, au moment de la conception et sa destruction par la mort.

De quelle manière l’équilibre éthique des hommes peut-il être réalisé ? La réponse à cette question est bien simple : en faisant intervenir la personnalité profonde ou cosmique qui double toute individualité, toute personnalité terrestre. Pour trouver une solution qui puisse aboutir è cet équilibre, il est nécessaire de faire intervenir un autre processus cyclique, très simple et efficient à la fois : le mécanisme actualisation –> potentialisation –> actualisation qui est décrit d’une manière claire et compréhensible par M. Linssen dans les pages 162 et suivantes de son livre Spiritualité de la Matière. Selon ce mécanisme, tout acte bénéfique ou maléfique perpétré par un individu donne lieu une potentialisation ajoutée au bagage psychique que possède sa personnalité profonde. Cette dernière se modifierait ainsi, en bien ou en mal, au cours de l’existence tout entière.

Les modalités de cette potentialisation s’effectueraient selon des processus et des facteurs de pondération qui ne sont pas à la portée de notre compréhension. La personnalité cosmique, sous l’influence de pulsations potentialisantes en provenance de l’individualité, subit des modifications permanentes, en bien ou en mal, au cours de l’existence terrestre, jusqu’au moment de la mort. A ce moment, la personnalité profonde se trouvera par conséquent dans un état potentiel, modifié non seulement par les pulsations de l’individualité, mais encore par tous les autres facteurs que nous avons déjà énumérés, en bien ou en mal, très enrichi ou très appauvri par rapport à son état au moment de la naissance de l’individu. C’est dans ce nouvel état qu’elle entrera dans un domaine qu’on appelle souvent l’au-delà et au sujet duquel on ne possède que peu d’informations de caractère objectif et scientifique. Après un séjour (peu défini) dans ce domaine, la personnalité cosmique est prête à s’associer à une nouvelle individualité.

Le mécanisme cyclique que nous venons d’esquisser est en état de satisfaire aux lois de l’équilibre éthique qui devraient inspirer tous les actes perpétrés par les différents individus de leur vivant ; il expliquerait en outre l’évolution, en bien ou en mal, des sociétés humaines et de l’humanité tout entière. Pour le moment, il ne représente, hélas, qu’une hypothèse basée toutefois sur un background scientifique encore peu consistant mais dont l’assise s’amplifiera au fur et à mesure que nous serons en état d’explorer les zones de black-out de notre complexe mental.

Description sommaire des cycles des personnalités cosmiques

L’évolution des cycles de la personnalité profonde est capable d’expliquer les nombreuses influences fortuites et mystérieuses et surtout involontaires auxquelles est exposé l’être humain au cours de sa vie ainsi que les transformations, souvent étonnantes qui en résultent.

Au moment de la conception de l’individualité terrestre, la personnalité cosmique, prenant contact avec cette individualité, se trouve dans un état déjà fortement potentialisé par les apports des vies précédentes et ceux attribuables aux séjours dans d’autres plans cosmiques, entre deux incarnations terrestres successives. Dès la naissance terrestre, les potentialités de la personnalité cosmique exercent leur influence, non seulement sur l’évolution de l’individualité terrestre, mais également sur l’évolution de la personnalité profonde. Pendant toute la vie de la personnalité terrestre, des échanges de facteurs divers entre les deux personnalités ne cesseront de se produire dans les deux sens. Ce sera, dans un sens, un apport d’éléments potentiels en provenance de la personnalité cosmique, conféré à la personnalité terrestre et actualisé de ce fait et, dans l’autre sens, un apport d’éléments actualisés, bénéfiques ou maléfiques, transmis à la personnalité cosmique où ils seront potentialisés.

Ces échanges s’opéreront pendant toute la vie de l’individu jusqu’au moment de la mort, lorsque la personnalité cosmique se trouvera isolée de sa personnalité terrestre et évoluera seule dans différents plans cosmiques, imbibée de tous ses avoirs potentiels acquis au cours de la vie, en provenance des éléments actualisés de la personnalité terrestre. Après cette évolution qu’elle accomplira seule, la personnalité cosmique sera en état de s’associer à une nouvelle personnalité terrestre et le circuit des personnalités se trouvera ainsi bouclé.

Le circuit ainsi décrit paraît simple et logique. Il est basé sur un certain nombre d’observations philosophiques et scientifiques. Toutefois, il comporte beaucoup de points obscurs et d’imprécisions auxquels il est parfois difficile de trouver une explication. Si le cycle décrit ci-dessus satisfait d’une manière assez simple et logique aux énigmes de la survie et de la réincarnation, toutefois, pour la grande majorité des hommes, survie et réincarnation n’auraient aucune signification si l’on n’en avait ni preuve ni conscience et si aucune communication n’était possible entre les hommes, d’une part, des personnalités désincarnées d’autre part ou bien encore si des personnes vivantes ne pouvaient retrouver aucun souvenir de leurs vies passées. La même question peut encore être posée de la manière suivante : aucune communication n’est-elle possible entre entités autrement que par des agents matériels : parole, signes, téléphone, bande enregistrée, etc. ? N’est-elle réalisable qu’entre entités douées de mémoire ? Par ailleurs, la personnalité cosmique dissociée de sa personnalité terrestre (par la mort) peut-elle encore posséder une mémoire, des souvenirs, malgré la destruction de tout le complexe matériel et cellulaire qui permet à l’homme vivant de penser et de se souvenir ? Une communication basée sur la mémoire peut-elle s’établir entre entités désincarnées et entre deux ou plusieurs réincarnations ?

Si l’on n’est pas encore en état de répondre d’une manière satisfaisante et complète à ces questions, on peut du moins affirmer ce qui suit : que le mécanisme du fonctionnement de la mémoire est possible sans l’intervention d’un substrat matériel de complexes cellulaires (ou autres) capables d’assurer les télécommunications mnésiques. Ceci est le cas, notamment, pour les transmissions génétiques. Un jeune renard, par exemple, connaît, grâce à des transferts génétiques, les animaux qui sont ses amis ou ses ennemis, la manière de s’orienter dans la forêt, de trouver sa proie et de la rendre inoffensive tandis qu’aucun mécanisme cellulaire, capable d’exécuter les mémorisations précitées, ne fonctionne encore dans sa tête. Des ordres donnés par un maître mystérieux et immatériel dictent la conduite à suivre à des millions de termites d’une termitière. Les exemples d’échanges de signaux divers sans aucun substrat matériel abondent dans le monde animal. D’énigmatiques transferts génétiques avec ou sans substrat matériel guident, depuis des temps immémoriaux, l’évolution des hommes, des sociétés, des générations, de l’humanité tout entière et d’autres humanités vraisemblablement abondantes dans l’univers, ou les univers. D’autre part, les échanges d’informations ne faisant usage d’aucun intermédiaire matériel constituent l’objectif des études de la télépathie dont l’existence est actuellement révélée d’une manière irréfutable, notamment aux U.S.A. et en U.R.S.S.

L’existence de la personnalité cosmique a été démontrée par de nombreux savants. Les communications du genre télépathique, faisant intervenir des mémoires mais dépourvues d’agents de liaison matériels, sont du domaine des possibilités et ne dépassent pas le cadre des communications télépathiques ou des communications dépourvues de tout substrat matériel, entre certaines espèces animales. Les communications entre réincarnations successives ne sont point une utopie même si leur démonstration scientifique est encore contestée.

Si toutes les questions que nous venons de poser ne peuvent recevoir que des réponses peu précises et parfois incomplètes, néanmoins des faits matériels troublants, concernant des communications avec des personnalités cosmiques désincarnées ou entre réincarnations successives, qui ne relèvent d’aucun truquage possible et contrôlées par une multitude de personnes sérieuses et de bonne foi, ne cessent de nous stupéfier. C’est ainsi que de nombreux médiums sont capables d’adopter les voix de personnes défuntes qu’ils n’ont jamais vues ni connues, d’aucuns décrivent des incidents des vies de personnes défuntes qui leur ont été totalement étrangères, d’autres pratiquent la xénoglossie (le médium parle dans une langue qui lui est totalement inconnue l’état de veille), faits incontestables et relevés, non seulement par des assemblées de spirites, mais observés et enregistrés par des organisations privées et officielles aux U.S.A., en U.R.S.S., en G.B. et ailleurs. Seule l’explication spirite des faits précités fait encore l’objet de contestations. Des personnes plongées dans des états hypnotiques ou d’extase ou du moins sensibilisées par des magnétiseurs ou des mages, ont décrit, sans aucune omission, des scènes, des décors ou des souvenirs de vies passées.

Les processus que nous venons d’esquisser ne sont pas admis comme étant réels et incontestables, par la majorité des observateurs. Dans tout ce domaine, il existe malheureusement une certaine proportion de tromperies, de fraudes, de truquages. Pourtant, ces duperies n’entachent-elles pas, hélas, la plupart des religions, des cultes. Il existe, et il a toujours existé, dans toutes les manifestations religieuses du monde, à côté des miracles incontestables et attestés par les autorités les plus intègres et les plus impartiales, une certaine proportion de procédés frauduleux. Il en est de même, malheureusement, de toutes les manifestations touchant la survie et les réincarnations où la fraude est plus aisée parce que le nombre d’observateurs rigoureux et objectifs est moindre. Certaines de ces manifestations sont cependant réelles et incontestables : je puis l’affirmer personnellement !

Par conséquent l’existence, apparente ou réelle d’un au-delà ou, plus exactement, d’autres plans cosmiques, inobservables et même inconcevables par notre complexe mental, ne peut faire aucun doute : si des cosmonautes futurs découvraient, ne fût-ce qu’une seule fourmi sur une autre planète, ils seraient en droit d’affirmer que la vie existe sur cette planète! Il en est de même pour l’au-delà. Celui-ci existe, même si son existence n’était confirmée que par une seule expérience objective et contrôlée.

Tous les raisonnements, tous les phénomènes et toutes les manifestations précités ne constituent certes pas une preuve absolue et scientifique du mécanisme potentialisation-actualisation-potentialisation, ni des associations de personnalités cosmiques potentialisées avec des personnalités humaines actualisées. Toutefois, ces mécanismes cycliques offrent, non seulement les possibilités de réaliser un équilibre parfait, individuel, collectif et statistique des hommes et des sociétés humaines, mais constituent l’explication la plus vraisemblable et la plus logique des processus de la survie et de la réincarnation. Ils sont capables de remplacer avantageusement les concepts religieux de l’âme, du jugement dernier, du paradis et de l’enfer, incapables de satisfaire la curiosité et l’esprit scientifique des hommes modernes.

Par ailleurs, l’intervention des concepts des plans cosmiques inconnus et multiples, étayés entre autres par des études scientifiques irréfutables effectuées par les professeurs Wheeler et Kips Thorne aux U.S.A., le professeur Kozirev en U.R.S.S., le professeur Robert Tournaire en France et M. Linssen en Belgique, aboutiront sans doute à des observations et des explications de plus en plus nombreuses et vraisemblables des faits qui renforceront la croyance en la survie et la réincarnation.

Le mécanisme cyclique que nous avons décrit dans la présente étude confère à l’homme un but et une raison pour agir correctement et positivement en faveur d’un grand équilibre personnel, humain et cosmique. Le mécanisme des cycles prénommés aboutit à la conclusion que « L’homme, au cours de son existence, doit concentrer tous ses efforts sur la réalisation d’une vie active, correcte et consacrée au développement éthique de sa personnalité, et de l’humanité tout entière ».

A cette conclusion, simple et convaincante, j’ajouterai pourtant quelques mots. Tout homme doit être convaincu qu’il vit h la fois sur le plan humain et dans d’autres plans cosmiques; que son individualité, qu’il croit condamnée, à brève ou à longue échéance, à une entrée inévitable dans le néant au moment de la mort, n’est ni autonome, ni intégrale. En réalité, elle ne constitue qu’une partie d’une entité personnelle intemporelle, beaucoup plus complexe et équilibrée qui, elle-même, s’intègre dans un Grand Cosmos qu’il ne peut ni visualiser ni concevoir, même si ce Grand Cosmos, comme l’écrivait un jour James Jeans « ressemblait davantage à une grande pensée qu’à une grande machine » !

PROFESSEUR HERRMANN