M. Louis Liébard : De l’être humain à l’être divin


17 Sep 2010

(Revue Panharmonie. No 206. Avril 1986)

Chers Amis,

Ceux d’entre vous qui ont assisté, il y a un certain temps, à ma conférence comprendront vite le parallèle que je vais établir aujourd’hui entre l’ÊTRE HUMAIN et l’ÊTRE DIVIN.

Pour ceux qui n’y étaient pas, je vais résumer très brièvement mon premier exposé : DIEU

le DIEU SUPREME EST UN ETRE TRINITAIRE l’ÊTRE UNIQUE mais nullement dans le sens où les religions chrétiennes ont fini — après plusieurs siècles, exactement au IVe, en 325 au Concile de NICEE, après un combat « sanguinaire » — par promulguer le « Mystère de la Trinité » se décomposant en trois personnes ou « fonctions » : PERE-FILS-ESPRIT… dont le seul but était de faire de JESUS un DIEU… thèse à tel point insoutenable qu’elle est maintenant battue en brèche par de nombreux clercs eux-mêmes !

D’ailleurs, des trois « Religions du Livre » (Judaïsme, Islam, Christianisme), seule cette dernière a osé échafauder une telle théorie.

Par contre, mon propos aujourd’hui n’est pas de ranimer cette querelle — faussement théologique — mais seulement de préciser en quoi DIEU est — quand même — un ETRE TRINITAIRE, du fait que sa structure ne peut être que trinitaire :

1 — Esprit – Essence

2 — Matière – Substance

3 — Force énergétique

Cette structure trinitaire divine a été longuement exposée lors de ma première conférence. Quant à la structure trinitaire de l’Homme, c’est la Genèse elle-même qui nous la révèle avec le 26e verset du 1er Chapitre :

« Faisons (pluriel) … l’Homme (singulier) … à notre (pluriel) … image et ressemblance (singulier) ».

Mais s’agit-il seulement d’une sorte de photographie extérieure ? Celle d’un homme barbu ressemblant au Dieu barbu émergeant de nuages éthérés, comme on l’a bêtement si souvent représenté (« DIEU a fait l’Homme à son image et ressemblance, mais ajoute VOLTAIRE, l’Homme le lui a bien rendu ! »).

Ne s’agit-il pas plutôt d’une structure fondamentale ? d’un parallèle structural ? Mais qui s’en est vraiment soucié ? Bien sûr, DIEU reste et restera l’Inconnaissable et, d’autre part, l’Homme reste (mais ne restera peut-être pas toujours) « cet inconnu » dont parle Alexis CARREL.

« L’Homme est un secret » réplique DOSTOIEVSK, ajoutant : « Ce secret, il faut le percer » — et il a raison ! — ce à quoi réplique André KARQUEL : « L’Homme a une histoire fabuleuse ».

C’est justement de cette histoire et de cette structure que je voudrais aujourd’hui vous entretenir, car l’Homme est surtout le grand méconnu et le grand délaissé de notre civilisation… de cette civilisation dont, paradoxalement, il a été l’artisan et qui, de chrétienne (en Occident) est devenue matérialisante. Mais au risque d’en étonner quelques-uns, ces deux civilisations — la chrétienne et la matérialiste — ont enseigné la même (et fausse) structure, la réduisant (au mieux aux deux seuls aspects du CORPS et de l’AME. La civilisation matérialiste affirme en effet, avec la Biologie et la Médecine, que l’Homme est composé seulement d’un CORPS (« Je n’ai jamais trouvé d’âme au bout de mon scalpel » disait un célèbre médecin). Cependant, d’autres disciplines contemporaines : les fameuses et fumeuses « sciences humaines » ajoutent une certaine « forme d’âme » du fait d’expériences affublées de toutes sortes de noms en « psy », « certaines appelant même  » esprits  » des entités psychiques qui n’ont rien de spirituel » disait déjà GUENON.

Quant à l’enseignement officiel des Églises chrétiennes, il est encore plus surprenant qu’il ne soit limité à cette seule structure binaire du CORPS et de l’AME, et qu’il ait supprimé la troisième composante essentielle, qui est l’étincelle divine en l’Homme, puisque c’est sa seule différence fondamentale avec le monde animal. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir n’importe quel catéchisme : jamais on ne parle de l’ESPRIT. Par contre, seule la TRADITION a conservé la véritable structure trinitaire de l’Homme, basée sur la ressemblance divine :

— à la MATIERE-SUBSTANCE divine correspond le CORPS humain ;

— à la FORCE ENERGETIQUE divine correspond l’AME humaine ;

— à l’ESPRIT-ESSENCE divine correspond l’ESPRIT dans l’Homme.

Or, il faut préciser que cette Tradition est magnifiquement affirmée par les Évangiles dans ce passage capital où JESUS enseigne « le premier et le plus grand commandement » en disant : « Tu aimeras le Seigneur, ton DIEU (encore un singulier !)

— de tout ton cœur (le « cœur incarné » = le corps)

— de toute ton âme

— de tout ton esprit…

Ce mot « esprit » était parfaitement stipulé, mais il a été remplacé par le terme de « pensée » ! Et la triple expression est exactement reproduite aussi bien dans MATTHIEU (XXIII, 37) que dans MARC (XII, 30) et que dans LUC (X, 27), mais les Églises semblent avoir oublié le premier commandement de DIEU et avoir inventé pour le remplacer toutes sortes de dogmes. Quant à la Tradition, maintenue dans la plupart des civilisations antiques, elle a toujours respecté les 3 composantes humaines, en distinguant même bien souvent, plusieurs hiérarchies à chaque niveau.

Bien sûr, il serait possible, souhaitable même ! d’affiner davantage chaque plan, chaque niveau, comme le fait magnifiquement notre ami Albert DAUGE, mais pour ce qui nous occupe aujourd’hui, il s’agit essentiellement (et ce n’est pas déjà si facile !) de clarifier le problème de l’Homme que les siècles, les vocabulaires, les différents peuples, les philosophies et les diverses religions, ont contribué à embrouiller.

Nous vous présenterons donc l’Être Humain comme le fait la Tradition, composée de trois parties :

— l’une, à l’extérieur, la seule visible : le CORPS, l’enveloppe, la coque ;

— la 2e, liaison entre la première et la troisième partie : l’AME que l’Homme doit façonner ;

— la 3e, au centre le plus intime de l’Être : l’ESPRIT, le « Point Divin » dans l’Homme.

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1 — LE CORPS : Le Corps, le physique est, dans l’Être Humain, ce qui semble le plus facile à préciser… bien que déjà, surgissent à son propos de nombreuses difficultés !

L’Homme est une sorte de paquet de chair et d’os contenant 80 % d’eau et respirant de l’oxygène : le corps humain dénote donc une composante proche du milieu marin dans lequel se sont formés les premiers organismes vivant sur Terre ; il absorbe environ 15 kg d’air par jour et en rejette presque autant ; il consomme environ 3 kg d’aliments par jour et en rejette aussi presqu’autant puisque son poids doit demeurer stable. Le foie, organe capital de l’organisme, et le seul qui ne puisse être enlevé, assume à lui seul une dizaine de fonctions : il collecte les sucres, décompose les aliments en les transformant en acide urique et en urée, stocke le fer, décompose les produits toxiques, fabrique la bile et une partie des globules, etc… C’est le support du « moi », de la personnalité.

Cet ensemble est constitué de 800.000 milliards de cellules, dont 200.000 millions meurent et se renouvellent tous les jours — sauf les 15 milliards de cellules cérébrales qui ne se renouvellent pas. Chaque cellule vivante contient tout le corps, tous les éléments simples de l’Univers, et est animée de toutes les forces d’énergie qui existent dans la Nature : forces thermiques, cinétiques, magnétiques, électrique etc. !

C’est donc une immense « usine » composée d’une machinerie présentant une telle diversité et une telle complexité — par les interconnections des 800.000 milliards de cellules — qu’il nous faut complètement exclure l’idée simpliste d’une conception provenant « du hasard et de la nécessité » et capable de constituer le vivant… et pourtant, cette idée est une conception scientifique moderne !

Le corps humain est, d’autre part, en parfaite harmonie avec le cosmos : son cœur bat 72 fois par minute, soit 25.920 fois par jour de 24 heures. Or, le Soleil, élément vital pour la Terre, parcourt 1 degré du zodiaque en 72 ans et fait le tour complet du cycle zodiacal en 25.920 ans. D’autre part, le poumon respire 18 fois par minute. (Constatons que 72 comme 18 sont des multiples de 9).

Telle est cette merveilleuse symphonie organique, tel est « cet étrange, sinon monstrueux paquet d’énergies ». Telle est cette belle machine obéissant à un système nerveux commandé par un cerveau, « le cerveau sur son homme perché » paraphrase Pierre LHERMITE. Et le cerveau humain, lieu de l’hypercomplexité, où la mémoire et l’information sont encore plus importants que la matière, est le système incontestablement le plus complexe qu’il soit donné à l’Homme d’observer, à part peut être le Cosmos galaxique !

« L’Homme — dit A. BESANÇON — est une cellule de choix dans cet Univers qui procède au mystérieux cérémonial d’une alchimie transcendante, alchimie qui permet de transformer la cellule humaine, cellule pyramidale du cerveau universel, en rayonnement de conscience ».

Tel est cet extraordinaire assemblage de cellules, construction absolument unique en son genre qui part, à sa naissance, d’un modèle réduit possédant toutefois déjà tous ses éléments en réduction qui croissent, chacun selon sa propre proportion, jusqu’à atteindre leur taille exacte d’adulte où, subitement, toute cette croissance s’arrête d’elle-même. Mais bien plus stupéfiant encore est le processus de la gestation, de la génération, de la transmission de la vie ! Qui peut y penser sans frémir ? Dans quel orgueilleux obscurantisme peut-on tomber en voulant faire croire qu’il s’agit simplement d’un mécanisme commandé par « le hasard et la nécessité » — excusez-moi d’y revenir !

Mais ce bel appareil n’est qu’une enveloppe, une défroque occasionnelle qui sera détruite par la mort, et dont il ne restera rien. Tel est le sort de cette partie purement « animale », avec le règne de laquelle nous allons faire plusieurs comparaisons… pas toujours à l’avantage de l’hominal !

L’Homme, en effet comme tout être dépendant du règne animal, est presqu’entièrement dépourvu de cet élément nourricier, pourtant indispensable, que sont les vitamines. Par contre, tout animal possède, en général, des sens beaucoup plus affinés que ceux de l’Homme qui, chez lui se sont quelque peu atrophiés, sans doute au cours, et à cause des civilisations (le chien, par exemple, a une puissance olfactive 80 fois supérieure à celle de l’Homme) .

Toutes les connaissances animales ressortent probablement en partie de l’« animus ». Cette idée de « commencement d’âme » chez l’animal était déjà exprimée dans la Genèse : « Que les eaux produisent des animaux rampants ayant des âmes vivantes (GEN 1, 30)… Mais cette idée a déclenché d’interminables débats conceptuels et de terribles joutes oratoires entre ce que certains appellent « l’instinct » ou « le mental », d’autres « l’âme » ou la « conscience » des animaux. On pourrait dire, pour simplifier, que l’Homme possède une conscience individuelle et l’animal une conscience d’espèce, en constatant toutefois que « chez les animaux domestiques, la présence de l’Homme et l’affection qu’elle engendre oriente leur psychisme vers l’individualisation consciente ».

Quant aux étages inférieurs de la hiérarchie animale, leur « âme corporelle » prend différentes formes d’actions énergétiques répondant aux appellations diverses d’« instinct », de « réflexes », de « réflexes étagés », de « tropismes », de « comportements stéréotypes », d’« excitations périphériques », appartenant au patrimoine héréditaire, et tous déterminés par une énergie spécifique — justement celle qui est spéciale à leur espèce.

Dans ce cas, on peut donc dire que l’animal a un « commencement d’âme », et l’on parle d’ailleurs couramment de l’« âme animal » qui est l’âme corporelle. Chez les Juifs, l’animal était tellement considéré comme ayant une âme que son sang était appelé « véhicule de l’âme » ou « âme de la chair » : il était en conséquence interdit chez eux de consommer du sang animal (Genèse IX.4).

Chez l’Homme, tout ce qui relève du corps concourt à renforcer le « moi », l’ego, la PERSONNALITÉ (du latin « persona » qui signifie « masque ») : autrement dit la raison sociale de chacun qui, avec tous les « petits moi » et leurs ruses incessantes, lient l’Homme à son aventure terrestre, uniquement terrestre. Alors, dit le Dr Th. BROSSE « l’Homme s’identifie à son corps physique, oubliant qu’il fait partie d’un tout, l’Univers… et se considérant comme une entité séparée, il se fabrique une illusion d’optique dans laquelle il s’emprisonne ».

C’est pourquoi l’Homme ne devrait jamais s’identifier à son corps, qui disparaît complètement après sa mort (le mot « homme », en latin « homo », a la même racine que « humus » = terre). Cette partie humaine est venue de la terre et est vouée à la terre.

« L’erreur, pour l’Être Humain — dit Isha SCHWALLER de LUBICZ — est de se croire achevé lorsqu’il est parvenu à sa maturité physique et intellectuelle, alors que seul est achevé le support périssable de l’Être impérissable qui voudrait s’épanouir en lui ». Nous verrons qu’il s’agit de son INDIVIDUALITÉ, façonnée par son âme et son esprit ; malheureusement, plusieurs auteurs — même R. GUENON — inversent la signification de la personnalité et de l’individualité.

En résumé, le corps humain ressentirait donc principalement les besoins organiques et physiques, prolongés par les sens, les instincts, les sensations ; il serait une sorte d’outil, d’instrument… et, au mieux, un produit, sans jamais être un producteur (ne pas confondre avec générateur). Le corps est donc l’aspect substantiel, matériel, de l’Être Humain, tandis que l’esprit serait son aspect essentiel. « Mais un corps animé véhicule une personne et la personne est le masque de l’âme qui épouse les formes d’un corps… car la personne est une entité artificielle greffée sur le complexe physico-éthérique et sur les éléments qui forment la structure de l’âme » (A. BESANÇON).

En effet, entre le corps et l’esprit, entre le corporel et le spirituel, se situe l’Âme, l’animique, le psychique, cette Âme emprisonnée par le Corps, dans ce Corps qui doit disparaître pour libérer l’Âme (= Mythe d’ORPHEE, qui meurt à la vie terrestre pour rejoindre EURYDICE dans l’au-delà)… cette âme qui ne peut se développer sans le Corps, pas plus que l’Esprit — nous le verrons — ne peut exister sans l’Âme.

2 — L’AME : « L’Âme — dit HÉLIOS — c’est le second étage de l’Être Humain, que théologiens et autres pêcheurs (ou prêcheurs) en eau trouble évacuent avec une telle allégresse, dans le désir furieux de ne maintenir en l’Homme que cette dualité du Corps et de l’Esprit, si féconde en conflits de toutes sortes, et si rassurante en son enfantine simplicité ».

L’Âme, c’est ce que les Grecs appelaient la « Psyché », et c’est sous la domination de la Psyché que vit notre temps — l’Homme moderne étant complètement envahi par elle ; on ne parle plus en effet que de psychisme, de psychologie, de psychanalyse, d’ensemble psychosomatique, de psychothérapie, de phénomènes et de sujets « psi », de parapsychologie, de psychotronique, de psychométrie… etc. ! JUNG a consacré sa vie à l’étude de la psyché, sans pouvoir en discerner précisément les limites. Ce qu’on nomme aujourd’hui « sciences humaines », « philosophie », « anthropologie », « mythanalyse », « imaginaire »… n’est au fond que variations sur la psyché… et, ce qui est le pire, c’est que la plupart des « psy » (auteurs susnommés), ceux-là même qui devraient être par excellent les « ausculteurs » de l’âme, en nient quelque fois même l’existence, de par une contradiction insensée !… s’autorisant cependant à disserter, dans la plus grande confusion, sur l’Âme, la Conscience et même l’Esprit. Enfin, pour couronner le tout, ces pseudo-spirituels se proclament souvent Maitre ou Gourous, abusant les ignorants et arrivant parfois à créer des milieux de corruption psychique.

Alors, comment la définir, cette Âme ? De par sa position médiane, il est particulièrement délicat de préciser sa nature, son rôle et ses fonctions, en raison des nombreuses interférences et interactions qui surgissent entre elle et le Corps d’une part, entre elle et l’Esprit d’autre part.

— l’Âme, cette inconnue ; — l’Âme, « cette petite flamme exiguë » (Nostradamus) ; — l’Âme, ce chef d’œuvre en péril (HELIO) ; « Sur la terre entière — disait MALRAUX — l’Âme est en train de mourir » ; — l’Âme, « cette partie déconcertante et fragile, complexe, paradoxale et agitée par toutes sortes de courants inverses » ; — l’Âme, qui s’efforce de trouver un équilibre entre ce qu’elle est et ce qu’elle devrait être ; L’Âme, emprisonnée dans le Corps, mais spécialement créée pour donner sa marque à chaque individu… même s’il doit pérégriner ; l’Âme, enfin, qui serait destinée à l’immortalité, raison pour laquelle MONTHÉRLANT affirmait : « L’important ? C’est l’Âme, l’important ».

Alors qu’est-elle donc, cette Âme ? Nous avons vu, dès le tableau du début, que les Égyptiens, les Hébreux et les Latins avaient chacun deux termes pour définir l’Âme : le Ba et le Ka, le Neshamah et le Nephesaiah, l’Anima et l’Animus. Mais il est déjà délicat de préciser ce qu’ils entendaient exactement par ces différentes dénominations.

En ce qui concerne seulement les Latins : — l’Anima serait la partie vitale de l’Âme, commune à tous les êtres vivants ; — l’Animus, l’élément supérieur, serait réservé à l’espèce humaine et se rattacherait au Spiritus (… ce que deux Conciles : Agde et Macon en 506 et 595, ont failli refuser à la femme : « Mulier non habet animum »).

— L’Âme « inférieure » aurait besoin des « outils corporels » : cœur, cerveau, cellules diverses… pour se rendre compte de tout ce qui est extérieur : sensations, émotions, passions… etc.

— L’Âme « supérieure » correspondrait davantage à tout ce qui est intérieur, en procédant surtout par intuition pour relier le cérébral, le mental, le psychique… d’où ses possibilités passagères et exceptionnelles de prémonition, de vision, de clairvoyance, de prophétie, de médiumnité, de magnétisme, de radiesthésie, de télépathie… etc., tous « pouvoirs » extraordinaires mais plus ou moins dangereux pour qui ne sait pas en user prudemment et selon les « plans » différents de chacun d’eux.

Quant à PLATON, il envisageait une composition tripartite de l’Âme :

— l’Âme végétative, présidant à la naissance et au fonctionnement du Corps… (correspondant probablement au « Souffle de vie ») ;

— l’Âme irrationnelle, siège des passions humaines et de l’attachement au monde matériel. « Les Orphiques » — dit J. de MARQUETTE — appelaient ces deux Ames « les cycles de la naissance et du souvenir » = analogie frappante avec la « roue de Samsara » de l’Inde, ces cycles étant considérés dans les deux traditions comme conduisant à l’obscuration de la spiritualité ;

— l’Âme rationnelle, constituée dans sa sereine harmonie, à l’image de l’origine divine de l’Univers, et immortelle.

Ainsi donc, l’Âme serait tout d’abord ce qui anime la Matière Corporelle et en fait une substance vitalisée : le souffle vital donné à tout être « animé », la Vie, le principe vital universel, le Prana (l’Énergie Vitale) des Hindous, l’« Âme du Monde » de PLATON ; l’« Anima Mundi », commune à l’Homme, aux règnes animal, végétal et même minéral, puisque toute Matière VIT et est « animée ». « Dieu insuffla dans ses narines (d’ADAM) un souffle de vie et l’Homme devint un être vivant » (GENÈSE II, 7).

C’est l’Âme collective et universelle. C’est pourquoi « certaines écoles hindoues — dit R. ABELLIO — parlent de 5 âmes élémentaires, emboîtées les unes dans les autres comme autant d’écorces successives, nombre que certaines sectes taoïstes chinoises portent à 7, dont 4 inférieures et 3 supérieures, qui correspondent analogiquement aux différentes âmes animales et végétales intégrées par l’Homme au cours de la phylogénèse ».

Plus exactement, — d’après Paul LE COUR — « l’animus comporte intelligence et sensibilité ; par la sensibilité, il touche à la Matière qui possède la sensation ; par l’intelligence, il s’apparente à l’Esprit, à la pensée créatrice.

(à suivre)

(Revue Panharmonie. No 207. Juillet 1986)

(Suite)

L’action de l’Âme, sa mission, est une interaction, une transmission, entre le physique et le spirituel. Son rôle est de vitaliser la Substance-Matière du corps-enveloppe-véhicule, et d’en faire le Temple-Serviteur de l’Esprit. L’Âme serait alors la médiatrice, celle qui assure les communications entre le corps périssable, non renouvelable, et l’esprit éternel (mais non encore fixé) ; c’est elle qui permet tous les échanges entre nous et le Divin, entre nous et les autres humains.

L’Âme est le moyen par lequel se manifeste, dans l’habit de chair qu’est le corps, l’Esprit qui le guide et qui l’inspire. C’est elle qui permet au code corporel la programmation de l’être ; c’est elle qui détient toute liberté d’agir, qui possède le « libre arbitre » disent les philosophes. C’est elle aussi le « catalyseur » qui réalise l’équilibre de tout l’Être Humain.

C’est par l’Âme — ajoute HELIOS — « que se joue la destinée de l’Homme — et l’ignorer, cela conduit à toutes les catastrophes psychologiques que connaît notre monde moderne, qui vont de la psychiatrie à la religion, en passant par la psychanalyse, pour ne citer que les principaux naufrages ».

Il faut que l’Être soit à l’écoute de son intériorité ; il faut que l’Âme de chaque Homme agisse sur sa volonté pour forger son Être comme on forge un métal brut afin de l’amener à sa forme réelle en vue de sa meilleure utilisation. C’est elle qui emmagasine les richesses qu’il lui faudra présenter au moment du « passage »… (du « pesage » disaient les Égyptiens) lorsque l’Esprit, étincelle divine, libéré de son enveloppe charnelle (sa « coque ») réintégrera l’ESPRIT DIVIN. A ce moment, poursuivant son chemin dans l’éternité :

— ou bien l’Âme sera placée, selon la doctrine chrétienne, sur son orbite définitive, mais à une « hauteur » plus ou moins grande, d’après ses réalisations terrestres,

— ou bien, suivant l’hypothèse réincarnationniste, elle attendra pendant une durée plus ou moins longue le moment de reprendre, selon sa volonté, une autre incarnation pour poursuivre sa marche de purification jusqu’à atteindre d’autres « plans » plus éthérés.

Mais pour le moment, « c’est elle, l’Âme, qui demeure, qui perdure, et qu’il faudra sauver… et c’est pourquoi il existe un complot redoutable pour étouffer ses cris d’appel, ses avertissements, ses révélations ». Il faut que l’Homme se conduise de façon à prendre conscience de sa dimension animique ; car le sort de l’Âme se joue « ici et maintenant ».

L’Âme est donc le « témoin permanent » ou la « conscience de veille », mais « la Psyché, pas plus que le Corps — dit Roger Godel — ne saurait représenter l’Homme intégral ».

L’Homme intégral, l’Homme véritable (le « Tö-Jen »), l’Homme universel, est celui qui a abandonné le « vieil homme » : c’est l’ÊTRE HUMAIN dans toute sa plénitude ; c’est à la fois le « voyant » (intérieur et extérieur) et le « tenant » du SAVOIR, du DEVOIR… un peu du POUVOIR… et surtout de l’ÊTRE. Il y arrivera par l’ESPRIT, en développant son INDIVIDUALITÉ, son « témoin spirituel » ou la « conscience de son Moi réel ».

3. — L’ESPRIT

Si toute la constitution corporelle et si certains aspects de l’Âme humaine sont communs avec le règne animal, l’ESPRIT est strictement le propre de l’ÊTRE HUMAIN, et c’est en cela que l’Homme se différencie catégoriquement de tous les autres êtres terrestres, et en cela aussi qu’il se rapproche (même si, en général, ce n’est que pour une faible part) des êtres célestes et, par eux, de la Divinité. En effet, dit Paul LE COUR, « l’âme spirituelle (il veut dire l’esprit de l’Homme) procède du DIEU SUPREME ». L’Esprit, dans l’Homme, c’est une étincelle divine individualisée ; mais cette étincelle divine reste la propriété de DIEU : ce n’est qu’un « prêt », une présence destinée à attirer l’Âme dans le sens du Divin et à faire fructifier tout l’Être Humain.

Mais alors, comment définir cette troisième composante de l’Être Humain ? Pour cela, nous nous placerons sur le plan le plus métaphysique possible, en nous demandant si « l’Esprit » dans l’Être Humain n’est pas (tout simplement ?) l’étincelle divine provenant du « feu » divin — étincelle qui ne retire rien à l’intensité du foyer cosmique (pas plus que des milliards de gouttes d’eau n’affecteraient l’immensité de l’océan, car on ne peut concevoir que DIEU puisse se « parcelliser »)… C’est pourquoi nous recourons à cette image — toute humaine, symbolique et conventionnelle — de l’étincelle qui proviendrait, en quelque sorte, d’une « génératrice spirituelle » à laquelle nous serions reliés, un peu comme une maison particulière est rattachée à une usine électrique pour en recevoir force et lumière, sans que cette maison soit elle-même une usine électrique.

Cette étincelle-esprit qui allume la divinité dans l’Homme, et uniquement dans l’Homme, c’est le véritable SOI, et la preuve de son existence dans l’Homme nous est donnée par la présence de sa propre CONSCIENCE… mais, hélas ! voilà encore un terme qu’il faut préciser (toujours ces questions de sémantiques !) parce qu’il véhicule, lui aussi, les plus grandes confusions.

LA CONSCIENCE

L’idée de conscience a été souvent rattachée à l’âme et liée à un acte de morale ; le mot même de « conscience » est devenu synonyme du mot « morale ». On juge « en son âme et conscience » ; on parle « d’états de conscience » — qui ne sont que des états d’âme, des états psychiques ; on dit « avoir, ou se donner, bonne conscience » (ou « mauvaise conscience ») ; on fait son « examen de conscience » qui permet d’écouter « la voix de la conscience », afin d’« avoir la conscience en paix »… ce qui est la marque de l’homme consciencieux (c’est-à-dire honnête) … et les catholiques parleront — pardon ! parlaient autrefois — d’un « directeur de conscience »… qui ne peut diriger que l’âme humaine et non l’esprit, inchangeable en l’homme, puisqu’émanation divine.

Or, on ne peut examiner son Esprit (qui est immuable) mais son Âme (qui est fluctuante). Ceci provient de ce que chaque fois qu’un enseignement initiatique a été supplanté par des dogmes issus de disputes théologiques, le sens des mots « âme » et « conscience » a subi des variantes conformes aux doctrines religieuses ou aux essais philosophiques ayant autorité à cette époque. « Ce que l’Homme appelle vulgairement « conscience » est sa conscience cérébrale, qui n’est qu’un miroir reflétant des pensées ou des déductions basées sur des associations d’idées, d’impressions ou d’émotions, dont il est incapable de discerner la provenance et la réalité ». (I SCHWALLER de LUBICZ).

Or, la conscience dont il s’agit pour nous, c’est tout autre chose : c’est la faculté qu’a l’Homme de connaître la réalité de son Être profond, de son Être Spirituel ; cela s’appelle la conscience spirituelle, la conscience absolue ; le Nous dégagé du mental, du psychisme (et ne confondons pas Nous avec Psyché, comme le fait TEILHARD de CHARDIN !) car toute conscience véritable est conscience de SOI. « La seule façon d’exister, pour la conscience, est d’avoir conscience d’exister » a dit SARTRE en l’un de ses rares bons jours; (par contre dans un jour moins faste, le même SARTRE a écrit que « la conscience est un de ces êtres pour lequel il est dans son être question de son être en tant que cet être implique un autre que lui » ; (« L’Être et le Néant ») … Car l’Homme véritable est un être conscient, et tout Homme sain d’esprit sait indiscutablement qu’il est conscient. C’est pourquoi l’Homme qui « perd l’esprit » est celui qui devient fou, car en perdant ses qualités supérieures d’Homme, il n’a plus qu’une vie animale et végétative — tandis que celui qui « rend l’âme » perd tout ce qui est apparent : il meurt, son corps disparaît.

Voilà en quoi la conscience correspond à l’Esprit de l’Être Humain, et voilà en quoi « la conscience représente le niveau supérieur de la structure énergétique humaine ».

Cette conscience, c’est, pour l’Homme, la conscience de sa conscience, la conscience de son SOI réel, de son passé, de son futur, de son origine, de sa destinée, de sa structure, de ses aspirations religieuses et métaphysiques… tout ce que le monde animal ne possède pas.

La conscience, chez l’Homme, c’est la voix, la manifestation de son Esprit, son guide supérieur… et l’on pourrait même dire son « Ange Gardien » si ce terme n’était pas pris dans un sens religieux.

Mais, de même qu’il y a plusieurs aspects de l’Aine, la conscience se présente sous différents niveaux comprenant plusieurs degrés… et voilà qui complique de nouveau la question !

NIVEAUX DE CONSCIENCE

1. — Ne parlons pas du subconscient mis à la mode par tous les « psy » freudiens et lacaniens qui ont tellement perturbé notre monde moderne que « l’on ne saurait trop se méfier de cet appel à tout ce qui ressort du subconscient, de l’instinct, de l’intuition « infra-rationnelle », voire de ces choses vagues et obscures qui conduisent plus ou moins directement à une prise de contact avec des états inférieurs » (R. GUENON). Le subconscient est en effet souvent satanique… par ses chocs traumatisants, selon la théorie du refoulement « qui permet, selon l’expression de Jacques OUDOT, à une corporation de psychiatres de se constituer une propriété privée ou (encore mieux) de réinventer pour le mâle et à son compte, le plus vieux métier féminin du monde — c’est-à-dire de commercialiser le sexe et de sexualiser la conscience »… sombre histoire désignée sous le nom de « transferts ». Par contre, ne craignons pas de dire que dans le subconscient sont enfouies toutes les richesses cachées des atavismes millénaires par la mémoire akashique.

2. — N’insistons pas sur l’Inconscience qui est un état hors conscience, car — dit OUSPENSKY — « la conscience ne peut évoluer inconsciemment »… à moins que, nous dit encore Jacques OUDOT, « on prenne conscience de notre inconscient jusqu’à croire que cet inconscient connaît notre conscient ». Telle fut probablement la mission de FREUD, qui a fondé son église psychanalytique en la tirant du fond des catacombes de l’humain, grâce à son « interprétation des rêves »,  voie royale pour la connaissance de l’inconscient ! Heureusement voyons-nous apparaître actuellement les prémices d’une réaction post-freudienne.

Par contre, « le Moi inconscient » — dit J. CHARON — qui assure toutes les fonctions végétatives corporelles (respiration, digestion…) possède le contenu informationnel de la mémoire, remontant à des milliers d’années dans le passé ».

3. — Voyons d’autre part, ce que l’on a appelé la « conscience de veille » : c’est ce qui correspond au mental, au rationnel, conditionné par toutes les contingences du plan physique et qui se situe encore au-dessous de notre conscience individuelle.

4. — Voici la conscience individuelle, appelée souvent, à tort, la « conscience du Moi Réel » (on devrait dire « du Soi ») : c’est la caractéristique de l’Homme éveillé, de l’Homme véritable, de celui qui a commencé — c’est le fait de l’Initié — sa libération corporelle.

5. — Enfin, la conscience absolue ou spirituelle (appelée « supraconscience » par R. GUENON, ou selon Aldous HUXLEY et L. PAUWELS « élargissement de conscience ») est susceptible d’une extension infinie qui pourrait conduire l’Humanité vers le plan christique annoncé par l’Apôtre JEAN (X, 34) : « Vous êtes tous des dieux », citation rappelant certains autres textes bibliques : Dt 1, 17, XIX, 17 — Ex XX1, 6 — Ps 58 et Ps 82.

6. — C’est peut-être ce que les Orientaux réalisent déjà, grâce à ce qu’ils nomment « l’éveil de KUNDALINI », ce « feu-serpent » qui « allume les chakras » (= roues, tourbillons d’énergie), états supra-individuels qui sont comme une sorte de fission nucléaire intérieure, qu’il ne faut pratiquer qu’avec la plus extrême prudence.

Cette pluralité entre ces différents niveaux de conscience explique leur complexité.

Se maintenir dans la « conscience de veille », c’est rester au niveau du mental, ne développer que son individuelle » et négliger son véritable être spirituel. L’ego et la concentration mentale forment écran et isolent l’esprit de la Conscience Universelle.

Or, c’est l’Âme qui doit faire prendre pleine conscience à l’Esprit de la véritable vie de sa conscience… preuve que l’Esprit, dans l’Homme; ne peut vivre que par l’Âme, de même que l’Âme (nous l’avons déjà dit) ne peut exister que par le corps. RABELAIS l’avait évoqué : « Science sans Conscience n’est que ruine de l’Âme »… qu’on pourrait paraphraser en disant : « Cérébralisme sans Esprit est chute de l’Homme » : il faut mettre sa conscience hors du psychisme et hors du somatique, afin de libérer son Esprit.

Beaucoup sont mus par la seule intelligence cérébrale — dit Isha SCHWALLER de LUBISCZ — et tendent vers le bien-être matériel et les plaisirs terrestres en cherchant honneurs, puissance, domination » : bien peu sont poussés par l’intelligence du cœur, signe de l’élite sélectionnée par ses aspirations spirituelles et la noblesse de ses comportements.

« La connaissance de soi — dit M.M. DAVY — est une naissance à sa propre lumière et à son propre soleil » ; réaliser le SOI, c’est réaliser le TOUT en abandonnant l’ego… car l’ego est la somme de tous les égoïsmes. Notre erreur consiste à nous identifier à notre nature inférieure, terrestre, à notre personne, à notre mental… à laisser l’instinct mener le jeu… et le « je ».

Tout l’effort consiste donc, pour l’Homme, depuis l’apparition de sa conscience, à adapter son être à son esprit en atteignant les plans supérieurs, acquérir son « gourou » intérieur par le silence mental. Ce faisant, il accède à la Sagesse, car il a ôté le masque (« persona » en latin) de sa personnalité et fait cesser la comédie (la Comédie Humaine) que son Âme et son Corps jouent à son Esprit. Il atteint alors à la Liberté, car il n’y a de Liberté vraie que pour l’Esprit, et c’est alors aussi qu’au bout de ce chemin de la Liberté acquise grâce à l’Esprit, « déterminisme » et « libre arbitre » deviendraient probablement de faux problèmes.

« Il faut devenir conscient de ses états de conscience, sinon ceux-ci s’atrophient (excepté la conscience cérébrale qui, elle, ne se laisse jamais oublier !) » (Isha SCHWALLER de LUBICZ).

« La Conscience — dit le Dr Th. BROSSE — est le sommet de la seule réalité de la structure humaine », car cette conscience-énergie spirituelle, à la fois transcendante et immanente, est le couronnement de la structure trinitaire de l’ETRE HUMAIN. C’est par ce fait — et par ce fait seul qu’il se situe à « l’image de DIEU ». Ainsi  donc, l’Homme est la dimension  finie du Divin infini; et la charnière entre l’Esprit et la Nature.

« C’est dans la conscience — précise Th. BROSSE — que réside l’unité de l’Homme total et l’unité de ce dernier avec l’Univers. Son exercice normal exprime les lois de l’intériorité aussi bien que celles de la Vie tout entière ». « Malheureusement — ajoute-t-elle — la science de l’Homme demeurera dans une impasse aussi longtemps que la conscience sera considérée comme scellée au psychisme dont on fait à tort la caractéristique et l’expression ».

Et si l’état de déséquilibre planétaire présent accuse l’Homme — comme nous le disions en commençant — nous aimerions espérer que l’Humanité pensante actuelle, prenant conscience de la structure trinitaire de l’Homme, au seuil de ce troisième millénaire, fera l’effort de reconstruire sa vraie spiritualité, afin que l’Homme ne reste pas ce qu’il est devenu : un animal dangereux pour la société humaine et pour l’ensemble de la Planète.

Pour ce faire, on peut dire, en guise de conclusion, tout en restant dans le strict domaine de l’Exotérisme, qu’il serait nécessaire de trouver comme objectif propre à chacune des trois composantes de l’ÊTRE HUMAIN :

— une théologie pour l’Esprit ;

— une morale pour l’Âme ;

— un rituel pour le Corps.

Et si l’Homme voulait gravir un degré de plus, grâce à l’Ésotérisme, il lui faudrait découvrir : « Le spirituel sous le religieux ; la métaphysique sous la théologie ; la Gnose (la Connaissance) sous la foi ». (J. BIES).

Car — dit R. GUENON — « la restauration spirituelle se produira nécessairement tôt ou tard. »

De même que l’Esprit a fécondé la Matière par la puissance de sa Force énergétique, ainsi l’Homme-Substance, issu de la Materia Prima, doit-il, par son Âme, féconder à son tour cette matière pour la ramener à DIEU-Esprit, afin qu’il soit à son image d’Essence Divine.

Telle est la mission de ce que certains ont appelé le « Mutant » à l’heure du Verseau.


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