Patrick Lebail : Dharma


06 Mar 2010

(Revue Panharmonie. No 171. Mars 1978)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la réunion du 17.12.1977

La racine du mot dharma signifie « supporter », le dharma est donc ce qui supporte. Il n’est pas une norme fixe, car il varie selon les époques. La pensée classique indienne reconnaît quatre époques fondamentales dans le cycle du monde et un dharma pour chacune de ces époques. Les hommes de la quatrième époque, qui est la nôtre, sont assez dégénérés et incapables de se hausser à des concepts transcendants.

Nous reproduisons ici les définitions de Patrick Lebail :

DHARMA

1) – Racine signifie supporter le dharma est ce qui supporte

Atharva-Veda XII.1.1 « La vérité ; la Norme immense et sévère ; la consécration ;

l’ascèse; la Vérité et le sacrifice :

Mahabharata VIII « dharma est ce qui soutient la Création ».

2) – Les trois aspects du vrai dans la pensée védique

rta l’éternelle vérité de l’ordre cosmique : statique ;

Satya la vérité fondamentale, la fondation du monde ;

dharma la Norme des structures du monde et leur mouvement

(lois de base… dynamisme).

3) – dharma en tant que norme de la Manifestation (du Monde)

• les lois physiques qui supportent le monde

(sans elles ce serait le chaos)

elles sont une expression de la pensée divine (ct. Aitareya Up.)

• les lois qui régissent les univers invisibles

(les plans de l’être : divinités-hommes-antidieux, etc.)

• la Raison qui s’exprime dans le monde.

4) – dharma en tant que Code du comportement humain juste

(cf. le Mahabharata). La race humaine fait partie de l’univers.

Elle s’accomplit dans un comportement juste.

Le comportement juste varie selon les époques du monde

(car la race humaine évolue).

5) – dharma générateur du code social

— les humains forment des groupes sociaux par leurs DEVOIRS

(et non par leurs droits) !

(l’Inde : les Castes)

(l’Inde : au début de chaque ère un Législateur (un Manou) est censé formuler un cadre social complet)

A chaque société (nation… contrée) correspond un code social propre

• dharma soutient la société

non pas « lois » — punition émanant d’une autorité humaine

mais normes du comportement qui contente et stabilise

une morale sociale basée sur l’efficacité, car expression de lois naturelles

dharma social – ascèse sociale – bon fonctionnement social.

6) dharma comme esthétique

dharma est harmonie des actions

intégration harmonieuse des efforts (- beauté)

répresseur des dysharmonies (- laideurs)

conformité à l’ordre universel du monde

qui est vérité (actualisation de rita).

7) – dharma – Norme individuelle – « swa-dharma » (dharma de soi-même)

• Le livre du swadharma est la Bhagavad Gîta.

• Chaque humain a son propre swa-dharma – sa spécificité irremplaçable

a) en accomplissant son swa-dharma, dharma de soi-même

– harmonie (même si difficultés)

• contentement ultime.

b) en ne l’accomplissant pas : désaccord avec l’univers,

pièces défectueuses dans la machine, échec de la vie

c) en tentant d’accomplir le swa-dharma (séduisant) d’un autre : danger.

8) – Comment découvrir ce qu’est le dharma?

… dans un code qui émane de la culture où on vit

(Occident : lois morales chrétiennes)

… avec précaution dans les préceptes émanant d’une autre culture

… par l’exigence d’une recherche intime du vrai.

9) – dharma soutient et rassure (légitimement)

• dharma une fois connu, le devoir     {

le droit          {   sont visibles – MORALE

le problème de l’homme : 1° trouver le swadharma (lucidité)

2° l’appliquer (détermination)

• dharma est la force du faible

le secours de l’indécis

la stabilité dans le mouvement du monde

• la vie dans le dharma — engendre la difficulté

—    mais conduit à la victoire sur soi-même

—    à la dépersonnalisation.

En bouddhisme : la Norme bouddhiste (doctrine – ascèse – éveil) (sens principal).

Compte rendu de la réunion du 21.1.1978

Quelques définitions avant d’aborder la Mundakya Upanishad :

— le Non-mental : état où l’on oublie ce qui n’est pas essentiel, où on se débarrasse des formes. N’est pas dans la dualité.

État du Mental : observateur des choses du monde et de nous-mêmes, de celui qui connaît et de ce qui est connu. Il est dans la dualité.

— Nous avons perdu le sentiment de notre relation avec le monde.

— Il y a deux ordres de Vérité : la Vérité empirique, différenciée, celle de notre monde qui englobe les lois universelles, de la nature, la notion du vrai et du faux, du bien et du mal, de tout ce qui fait partie du mécanisme du monde.

La Vérité suprême, c’est-à-dire la Réalité.

La vérité empirique est celle de l’étude, du perfectionnement, du raffinement. Ce sont les Sciences de l’Homme, de la vie, des divinités, les arts, les vérités religieuses.

La vérité suprême ne demande ni instruction, ni apprentissage, mais un enseignement. Elle ne s’apprend pas, elle est déjà là. Pour y atteindre, il nous faut éliminer ce genre de crampe que sont nos idées !

— ce qui est richesse dans la vie est aberration dans la Réalité ;

— le sans-naissance est le permanent. Le Savoir qui concerne ce Principe est sans-naissance, permanent. La naissance est la continuité organique des parents ;

— pour celui qui ne juge pas, le monde est en équilibre ;

— un aspect égale un jugement ;

— le yoga sans contact favorise la réforme de notre entendement ;

— le Soi n’est pas une entité psychique, mais une Réalité universelle. Lui donner un nom serait la limiter. Les Maîtres védantiques cherchent la destruction du psychique ;

— Ramakrishna disait : « Tu dois voir Brahman les yeux ouverts », c’est-à-dire qu’il s’agit non seulement de concentration, mais que doive disparaître la différence entre l’état intérieur et l’expérience extérieure.

Déterminisme et libre arbitre

1) – Deux aspects du déterminisme

— conditionnement : psychologique, physiologique des normes nous régissent

• soit intransgressables, innées, inhérentes à notre structure   {la Société

• soit injectées par                                                                                        {les Contextes

mais nous le savons pas

nous pensons être « libres », par méprise

— limitation : nous formons un projet, son accomplissement bute sur des obstacles, des empêchements que nous reconnaissons et qui nous contrarient.

2) – le conditionnement est le cadre naturel de notre liberté, puisque nous l’ignorons

— des limitations sont connues… y compris celles que nous savons être dues à un « conditionnement intérieur »

— dès lors nous pouvons songer à éliminer ce type de limitation.

3) – la liberté est {une impression

{un sentiment

« je suis libre d’envisager ce projet…

… je suis entravé par cet empêchement

je suis libre quand je peux être libre.

4) – conditionnement et limitation :

conséquence                {les lois naturelles, les structures

essence même             {

{(- inné – )

{ mi-conditionnement    {

5) – un domaine                                     {                                                  {(social – familial)

{

{ mi-limitation

le dharma – la Norme

…. une limitation                         (à découvrir

à s’imposer à soi-même

(La NORME… dont l’application est régie par la Compassion)

6) – confrontés — au déterminisme sous-jacent à des lois naturelles à des structures mentales

— aux limitations (imposées par les circonstances découlant du Dharma)

deux attitudes :           • subir avec regret

• consentir – accepter

subir = être asservi

consentir = devenir libre

7) – Mais qui est conditionné-déterminé – libre ?

c’est l’individu

a) s’il diminue son exigence de vie      {il est plus libre

en consentant                                   {il est « ce qui est » (le Réel (consciemment)

b) s’il disparaît « libération »

il est totalement libre