Robert Linssen : Dualité fondamentale du monde physique


05 Oct 2008

(Revue Être Libre, Numéros 208-210, Avril-Juin 1963)

La mise en évidence de l’importance du fait des relations et du mouvement dans l’Univers implique l’existence d’antagonismes ou de dualités fondamentales. Des relations ne peuvent en effet s’établir qu’entre éléments distincts ou opposés.

Si l’Univers était une unité totalement homogène, dépouillée de tout antagonisme, de toute singularité, aucune relation, aucune vie, aucun mouvement ne seraient possibles.

L’importance des antagonismes fondamentaux existant à la base non seulement du monde matériel mais aussi du monde psychique a été très clairement démontrée par le savant français Stéphane Lupasco dans ses travaux remarquables sur les « antagonismes organisateurs » (1).

L’auteur expose non seulement la nature des processus antagonistes présidant à toutes les manifestations de l’Energie, mais il nous fait entrevoir les rapports existant entre le monde microphysique, l’énergie et le monde psychique.

Il nous fait comprendre que tout système énergétique exige l’existence de dynamismes antagonistes et résulte de leurs équilibres variés.

« Tout phénomène implique l’existence d’une énergie qui n’est et ne peut être rigoureusement statique, sans quoi rien ne se passerait jamais dans l’Univers; un dynamisme est donc toujours présent comme  moteur de n’importe quel événement… mais un dynamisme implique à son tour un  passage d’un état potentiel à l’actualisation »  (p. 20).

Stéphane Lupasco expose ensuite les bases de son principe d’antagonisme et sa logique de l’énergie.
Il nous dit notamment que « si un dynamisme quelconque peut demeurer à l’état potentiel, comme état antécédent de son état d’actualisation, c’est que quelque chose peut le maintenir comme tel; or ce quelque chose ne peut être lui-même qu’un dynamisme à l’état d’actualisation antagoniste parce qu’il faut qu’il puisse se potentialiser » pour permettre l’actualisation de l’autre » (p. 20).

« On peut tout de suite déduire que toute systématisation, en tant que fonction d’un antagonisme énergétique, s’affaiblit, que tout système se relâche ou se désintègre par l’affaiblissement de ses relations d’antagonisme… ou bien qu’il se renforce par le renforcement même de ces relations. »

L’étude du comportement de la matière ordinaire, celle de l’infiniment petit, démontre le bien-fondé des vues de Lupasco. En fait chaque atome peut être considéré comme un système de relations extraordinairement complexes et rapides entre des antagonismes énergétiques.

Et nous voyons qu’effectivement, là où existent les antagonismes énergétiques les plus puissants de l’Univers, au cœur de l’intra-atome, nous sommes en présence des masses les plus considérables. Et chacun sait les relations d’équivalence existant entre la masse et l’énergie.

Dans cette zone ultime de l’Univers, les équilibres sont les plus stables, les plus difficiles à rompre. Effectivement, des difficultés insurmontables ont dû être vaincues pour briser le cœur des noyaux atomiques en triomphant des résistances extraordinaires formées par les carapaces électroniques.

Dans le macrocosme une constatation inverse s’impose à nous. Les processus de liaison sont beaucoup plus faibles, les équilibres sont moins stables. Il est important de noter que la loi de concentration énergétique envisagée comme fonction de la puissance des antagonismes organisateurs ne s’applique pas seulement à la matière physique. Elle constitue l’une des bases essentielles de l’énergétique psychique.

Les trois systématisations de l’énergie selon Lupasco.

Pour la clarté de l’exposé, rappelons que nous pouvons considérer globalement trois modes de l’énergie physique.

Premièrement, une systématisation microphysique. Celle-ci, nous venons de le voir, nous présente des systèmes formés d’antagonismes extraordinairement puissants. Ceux, par exemple, résultant de la proximité très grande au cœur des noyaux atomiques de corpuscules doués d’une masse énorme et chargés du même signe. Dans cette systématisation microphysique se dessinent déjà clairement les éléments responsables des propriétés des singularités du monde macrophysique. Parmi ceux-ci nous étudierons les conséquences énormes du principe d’exclusion de Pauli, définissant non seulement les singularités électroniques, mais étendant leurs effets jusqu’aux domaines de la biologie et de la psychologie.

Les systématisations microphysiques de l’énergie sont régies par des lois propres, étranges, totalement différentes de celles qui nous sont familières. Nous n’y trouvons plus de causalité stricte, plus de déterminisme absolu, plus d’individualité précise.

Deuxièmement, une systématisation macrophysique de l’énergie. Celle-ci nous est plus familière. Elle est régie par les lois de la mécanique classique, de la causalité, de strict déterminisme. Les individualités y sont précises, les contours y sont définis. Cette systématisation de l’énergie à l’échelle qui nous est familière est régie, dans la matière brute, par le Principe de Carnot-Clausius. L’énergie s’y dégrade de façon irréversible.

Troisièmement enfin, une systématisation de l’énergie dans la matière vivante. Nous y constatons l’accentuation sinon le couronnement des caractéristiques de la systématisation microphysique de l’énergie. C’est-à-dire qu’en opposition avec la matière brute inanimée, régie par le principe de Carnot, nous avons une regradation de l’énergie.

Indépendamment de ce qui vient d’être dit, le principe de Carnot Clausius aboutit à une sorte de nivellement, à une homogénéisation, tandis que dans la matière vivante les prolongements du Principe d’exclusion de Pauli tendent vers l’hétérogénéisation, vers la constitution d’individualités autonomes douées d’une singularité spécifique.

Les trois dimensions essentielles.

Ces trois systématisations de l’énergie se déroulent dans l’Univers familier d’espace-temps, formé de quatre dimensions. Une dimension linéaire, une dimension de surface, une dimension de volume et une dimension de temps.

Tel est l’espace-temps quadridimensionnel de Minkowski, qui a d’ailleurs été utilisé avec grand succès par Einstein dans sa théorie générale de la relativité. Néanmoins l’expérience de la vie intérieure comporte un grand nombre de phénomènes qui ne peuvent être expliqués par les seules coordonnées spatio-temporelles. Nous parlons ici des images mentales et surtout de l’existence d’un état de conscience profond non objectivée, dont parlent les maîtres du Ch’an chinois et de Zen japonais.

Force nous est d’admettre l’existence de trois dimensions, que nous désignerons par le terme de dimensions essentielles. Signalons ici que le prince Louis de Broglie déclarait dès 1925 que l’hypothèse d’un Univers à cinq ou sept dimensions était une généralisation logique de la théorie de la relativité.

Les caractères fondamentaux de ces dimensions essentielles sont l’Unité, l’Homogénéité, la Non-Temporalité, la Non-Durée, la Création Pure, la Non-Causalité, la Spontanéité, la Conscience pure non-objectivée.

L’Univers temporo-spatial à quatre dimensions doit être considéré comme monde manifesté. L’Univers des trois dimensions essentielles doit être considéré comme non-manifesté.

Nous pourrions considérer les trois systématisations de l’énergie comme les manifestations « de surface » d’un monde quadridimensionnel reposant sur les profondeurs des trois dimensions essentielles.

Néanmoins insistons sur le fait que ces distinctions sont arbitraires. En fait, toutes les dimensions se tiennent et forment un tout indivisible.

Les trois dimensions essentielles constitueraient l’Univers de l’antimatière. Il est en effet très douteux que l’antimatière, c’est-à-dire une matière formée de noyaux négatifs et d’électrons positifs existe réellement, à part des réalisations obtenues artificiellement dans les laboratoires.

L’antimatière se situe sur un autre plan dans d’autres dimensions. Si l’antimatière existait dans l’Univers quadridimensionnel, elle anéantirait instantanément une masse équivalente de matière.

Les oppositions entre les processus de l’Univers quadridimensionnel et celui des trois dimensions essentielles sont suffisamment tranchantes pour nous faire admettre ce dernier comme l’opposé complémentaire du monde qui nous est familier.

L’Univers quadridimensionnel est régi par le fait fondamental des relations. Dans les trois dimensions essentielles il n’y a plus de relation mais unité et homogénéité totales. Les relations impliquent les dualités et les antagonismes organisateurs.

L’Univers quadridimensionnel est celui de la conscience objectivée et réfléchie. L’Univers des trois dimensions essentielles est celui de la conscience pure non-objectivée, non-réfléchie.

Ainsi que l’exprime l’éminent psychologue Harold Kelman dans une étude sur le Dr. Roger Godel : « De l’Humanisme à l’Humain », p. 205. (Les Belles lettres, Paris, 1963.)

« La conscience est le champ intégral et suprême hiérarchie de référence des  potentialités et activités de ce champ. »

Le Dr. Godel est très direct dans son langage concernant l’existence d’un champ de conscience pure se situant au-delà des limites de l’univers temporo-spatial à quatre dimensions. Il écrit dans la revue « L’Age Nouveau », novembre-janvier 1961, n° 111, Paris :

« La conscience subsiste seule à l’arrière-plan, hors du cadre temporo-spatial dans sa pureté et sa potentialité projective sans limite. »

Mais une chose est certaine : c’est qu’une conscience pure non objectivée, impersonnelle, lie entre elles toutes les parties de l’Univers. Il y a plus : sans cette identité d’essence profonde, aucun contact, aucune perception, aucune connaissance de l’Univers ne serait possible. Toutes les démarches, tous les processus que nous révèlent les spécialistes de la physiologie de la perception comportent une lacune. Il ne suffit pas d’affirmer qu’un spectacle se présentant dans le champ visuel détermine des transformations chimiques connues dans les bâtonnets et les cônes de la substance rétienne, et que celles-ci ensuite déclenchent la mise en mouvement d’un influx nerveux se propageant suivant des cheminements privilégiés aboutissant à des points d’intérêts ou d’associations particulières établis par la carte des localisations cérébrales. Il ne suffit pas d’évoquer les fonctions d’intégration et d’assimilation du pédoncule cérébral. Sans le recours à la sous-jacence des trois dimensions essentielles, ni la genèse des images, ni leur adéquacité, ni quelque contact, ni quelque connaissance du milieu ambiant ne seraient possibles.

Ceux qui ont étudié la physiologie et la neuropsychologie ont à la mémoire les travaux de Sherrington et les schémas de Penfield.

On y voit un réseau où aboutissent tous les événements capables de se dérouler dans le champ de la conscience. Des millions de phénomènes s’y engloutissent et tendent à s’intégrer vers un même centre.

Ainsi que l’exprime le Dr. Roger Godel (p. 30) :
« Il y tombe simultanément des images chargées de tonalité affective, des souvenirs tout à coup évoqués, des sentiments contraires, tels la joie, la tristesse, la colère et la compassion, la sensation du froid mêlé au chaud… Ces produits de la cérébralité entière subissent dans le foyer, où ils se perdent, une singulière opération : ils se font assimiler. La diversité de leur nature s’y transmue en une nature unique : prise de » connaissance. Si l’on me propose de réduire ce fait d’expérience au cheminement vers moi de l’influx dépolarisateur — un jeu d’énergie sur la matière — je m’amuserai peut-être un instant d’une semblable image. Elle n’est rien d’autre qu’un schéma, un support idéal pour une description. Ce qui réellement existe, aucune image n’en reproduira jamais la vraie nature. D’ailleurs toute image serait par moi immédiatement assimilée et disparaitrait par l’immersion en ce foyer de connaissance où je me situe immuablement. »

Ainsi que l’écrivait Sherrington : « La conscience est moi même, invisible, intangible, inaccessible aux sens, quoique directement connue. »

Il faut donc faire la distinction entre la conscience objectivée, limitée, conditionnée et une conscience plus profonde.

Ainsi que l’exprime le Dr. Godel dans « Vie et Rénovation » (p. 53) :
« La conscience n’est pas née au creuset d’une mystérieuse alchimie physique. Son origine est antérieure dans l’ordre des genèses, à toute organisation. Elle est la source d’où jaillissent les images mentales toutes dérivées : atomes, ondes, particules, cellules, réseaux, substance grise et blanche du cerveau. Nous la trouvons au départ et à » l’achèvement de la recherche. Elle a nous remet en mémoire la sentence de Sherrington : Un résidu demeure, inaliénable en lui-même, un résidu plus précieux qu’aucune de ses ambitieuses erreurs, un résidu valable par delà toute expression, un résidu à la source des plus splendides réalités, en un mot la conscience en moi qui se nomme « esprit ».

Ajoutons ici que l’hypothèse des trois dimensions essentielles permet de résoudre les problèmes inhérents à la recréation perpétuelle de l’Univers. C’est à partir de points de tangence entre le monde quadridimensionnel et celui des trois dimensions essentielles que s’effectue à chaque seconde la création 1015 tonnes d’atomes d’hydrogène.

Relations entre les trois dimensions essentielles et l’Univers quadridimensionnel.

Nous avons vu qu’il serait absurde de séparer les trois dimensions essentielles des quatre autres.

Néanmoins, grâce au fait que les dimensions essentielles sont non-physiques et non-temporelles, leur unité et leur homogénéité essentielle n’entravent pas les mouvements des trois systématisations de l’énergie.

Ceci est très important. En effet, si l’unité essentielle des trois systématisations de l’énergie se situait sur leur propre plan physique, les antagonismes auraient tendance à trop rapidement se niveler et se résorber, aucune intensité de relation, de mouvement ne seraient possibles.

Néanmoins, le monde non-physique des trois dimensions essentielles est suffisamment lié au nôtre, dont il constitue d’ailleurs l’essence, pour que nous puissions accéder expérimentalement et de façon très claire à sa réalité.

Cette expérience constitue l’inspiration fondamentale des Sagesses authentiques. Elle n’est pas une hypothèse.

L’existence d’un champ de conscience pure énoncée par les Sages du Védanta indien ou du Ch’an chinois ou du Zen japonais ou de nos jours par un Krishnamurti, n’est pas une hypothèse intellectuelle, mais une expérience vécue, un fait positif. Ce fait vécu n’est pas seulement accessible à de rares privilégiés d’Extrême-Orient.

Un des plus éminents psychanalystes freudiens de l’époque actuelle, neurologue et psychiatre de réputation mondiale, le Dr. Harold Kelman, prend nettement position dans un sens qui confirme entièrement celui entrevu par les Sages d’Orient.

Dans son étude sur « La conscience-témoin » (« De l’Humanisme à l’Humain », p. 207 et 209), Harold Kelman écrit :

« Je ne suis pas près de me présenter comme un jivan mukta : je n’ai pas eu davantage de contact personnel avec aucun. Néanmoins je sens que dans ces éclairs d’illumination de la Réalité, moi-même et d’autres avons pu saisir des lueurs de ce qui est impliqué dans l’homme éveillé : « l’homme réalisé ». En passant par des séquences répétées de tels moments de communion, moi-même et 3 d’autres avons éprouvé l’expérience de cette position axiale, intemporelle, plus fréquemment, plus profondément. Ces moments comportent trois des attributs de l’expérience transcendante du « jivan-mukta » (libéré vivant aux Indes). Leur venue est soudaine et inattendue. Ils opèrent instantanément une transformation significative du comportement. Ils sont dépourvus entièrement d’images et souvent de contenu intellectuel. »

La soudaineté de l’expérience s’explique par les caractères de spontanéité, de recréation du champ de conscience pure. L’absence d’image résulte du fait que le champ de conscience pure est intemporel, dégagé de toute emprise du passé. Il est acte pur, mouvement pur.

La puissance et le dynamisme de l’Acte pur formant les trois dimensions essentielles étendent leur rayonnement sur l’homme, dont le comportement se modifie. Il y a un lien entre les trois dimensions essentielles et les quatre dimensions temporo-spatiales.

La vision pure non-dualiste — différente de tout ce que nous entendons généralement par ce terme — l’Etre pur, l’Acte pur qui ne sont qu’une seule et même chose dans le monde non-manifesté, des trois dimensions essentielles, se matérialisent en actes dans le monde manifesté qui nous est familier.

C’est un lieu commun de toutes les philosophies et sagesses d’Orient que d’insister sur la dualité fondamentale de l’Univers manifesté et de proclamer la nécessité impérieuse d’une vision non-dualiste essentielle des êtres, des choses et de l’Univers.

Contrairement à ce que pensent la plupart des occidentaux, la conscience pure non-objectivée ne serait pas un épiphénomène de la matière, mais une propriété fondamentale de l’énergie dans ses modes non-physiques.

L’infiniment grand est constitué à partir de l’infiniment petit. Mais la nature de l’infiniment petit est beaucoup plus proche des aspects ondulatoires et spirituels que d’une réalité corpusculaire et matérielle au sens traditionnel du terme.

Autrement dit, les quatre dimensions temporo-spatiales reposent en réalité sur les trois dimensions essentielles. Et comme ces dernières forment la base de toutes les autres, elles les trans-pénètrent. Quoiqu’en elles il n’y ait ni intérieur ni extérieur, il faudrait pour nous plutôt la rechercher dans l’intériorité profonde des choses et des êtres. En fait, les dimensions essentielles forment l’intériorité de notre être, au sens psychologique et physique du terme.

Les aspects antagonistes de l’énergie.

Parmi les aspects antagonistes de l’énergie, il importe de développer en plus de détails le principe de Carnot Clausius de dégradation de l’énergie au cœur de la matière inerte et le principe de regradation de l’énergie envisagé comme extension du Principe d’exclusion de Pauli. La confrontation de ces deux tendances et l’examen des actualisations et des potentialisations qu’elles engendrent peut nous aider dans la compréhension des phénomènes psychiques.

Considérons d’abord le Principe de Carnot Clausius. Il est plus généralement connu sous le nom de principe de dégradation irréversible de l’énergie. Il régit tous les systèmes physiques à notre échelle. La qualité de l’énergie subit une dégradation irréversible au cours des transformations successives des substances.

Mais il y a plus. L’examen attentif des systèmes avant leurs transformations révèle une hétérogénéité, une grande diversité de propriétés. Dans la mesure où ils se dégradent, ils tendent au contraire vers une homogénéité, les différences s’atténuent par rapport à la richesse de diversification initiale.

Les formes dites « nobles de l’énergie », à niveaux énergétiques élevés, telles les énergies mécaniques, électriques, chimiques se transforment irréversiblement dans des formes inférieures et dégradées, telles que la chaleur.

Cette tendance au nivellement, à l’homogénéité est également connue sous le nom d’entropie croissante. Elle aboutit finalement à l’anéantissement du système.

Les phénomènes résultant du Principe de Carnot Clausius peuvent être résumés, du point de vue microphysique, comme une transformation de la matière en rayonnement. Nous assistons ici à une véritable dégradation des systèmes atomiques et moléculaires hétérogènes en énergie lumineuse homogène.

Ce processus d’homogénéisation et de nivellement est en opposition radicale avec ceux qui résultent du Principe d’Exclusion de Pauli.

Ce dernier est, en effet, du point de vue microphysique, la cause essentielle de l’immense diversification des systèmes. Il est un facteur fondamental d’hétérogénéisation. En vertu du Principe d’Exclusion de Pauli, les particules atomiques sont classées en deux catégories antagonistes.

Premièrement celles qui s’apparentent au rayonnement, telles que les photons. Ces particules photoniques peuvent se trouver en un aussi grand nombre que l’on veut dans un même état quantique.

Rappelons ici qu’un état quantique déterminé est défini par quatre nombres quantiques précis.

Deuxièmement, il existe des particules, telles les électrons obéissant à l’exclusion quantique formulée par le Principe d’Exclusion de Pauli. Comment peut-on définir ce Principe d’Exclusion ? Il peut être résumé comme suit : si un électron, dans un système atomique ou dans un gaz quelconque, occupe un état quantique quelconque défini par quatre nombres connus, il en exclut tout autre électron défini par les mêmes quatre nombres.

En d’autres termes, les électrons et les particules régies par le Principe d’Exclusion de Pauli, ne peuvent avoir leurs nombres quantiques respectivement égaux.

Les conséquences du Principe d’Exclusion de Pauli sont considérables.

C’est grâce à lui que les électrons planétaires gravitant autour du noyau sont répartis en couches successives (K.L.M.N.O.P.Q.)

Cette répartition est, elle même, à la base de toutes les valences, de toutes les affinités chimiques, de toutes les différences de propriété, des nuances infinies existant dans la diversification des propriétés moléculaires. Nous verrons ultérieurement qu’il est très vraisemblablement l’un des éléments constitutifs fondamentaux des caractères d’unicité, d’originalités psychiques constituant la spécificité des innombrables personnes humaines.

En d’autres termes, le Principe d’Exclusion de Pauli entraîne une diversité, une hétérogénéité énergétique dont les processus sont radicalement opposés au Principe de Carnot Clausius, entraînant l’homogénéisation.

Lors de la construction d’un Univers, lorsque les atomes s’unissent aux atomes pour former les molécules, lorsque les molécules s’unissent aux molécules pour former les molécules géantes au cours de l’ère méga-moléculaire, lorsque s’édifieront les éléments constitutifs des premières cellules, lorsqu’enfin les cellules s’associeront entre elles pour former les êtres pluricellulaires et finalement l’homme, nous pourrons constater l’existence de deux processus inverses, dont l’antagonisme se marquera au cours de leurs développements. A toute l’histoire d’un univers formée de milliards de naissances et de milliards de morts, préside un antagonisme fondamental implacablement régi par les lois contradictoires du photon et de l’électron.

Premièrement, sous la direction du photon, nous avons la tendance résultant du Principe de Carnot Clausius où, comme l’exprime Stéphane Lupasco : « l’antagonisme systématisant est progressivement affaibli par la domination des facteurs dynamiques d’homogénéisation… avec pour terme final et idéal, la mort de l’Univers dans une homogénéité définitive, ou encore, si l’on veut, dans la lumière » (p. 35).
Deuxièmement, sous la direction de l’électron nous avons une direction inverse où, comme l’écrit Stéphane Lupasco : « les systèmes de systèmes vont s’hétérogénéisant pour constituer la matière dite vivante, en vertu d’un Principe biologique d’exclusion, à l’image du Principe de Pauli » (p. 35).

L’histoire des êtres vivants, végétaux et animaux, illustre de façon saisissante l’existence d’un Principe d’exclusion biologique, dont l’aboutissement est l’hétérogénéisation et l’individualisation. La vie des uns n’est faite que de la mort des autres. Chaque seconde des millions de phagocytes et de leucocytes s’entre-dévorent en chacun de nous. Des luttes sans merci ont illustré toute l’histoire des êtres vivants, se détruisant et se nourrissant les uns des autres.

La sélection naturelle est une manifestation évidente des prolongements du Principe d’Exclusion de Pauli dans le domaine biologique. Le fonctionnement et les réactions des organismes vivants nous fournissent de nombreux exemples d’un tel principe d’exclusion biologique.

Dans la mesure où la Vie s’introduit dans la matière, elle se manifeste par un affranchissement progressif des contraintes du milieu ambiant.

Les biologistes connaissent tous l’exemple classique du Professeur Baker de l’Université de Londres. Au cours de cette expérience, un tissu vivant est plongé dans une solution colorante. Le colorant ne pénétrera pas dans le tissu aussi longtemps que ses cellules constitutives sont en vie.

Dès l’instant où l’on provoque la mort cellulaire par un courant électrique, il y a floculation des solutions colloïdales, arrêt de tout processus d’auto-défense et pénétration instantanée du colorant dans toute la substance du tissu pris comme exemple.

On pourrait, par milliers, citer des faits de cet ordre. Rien ne traduit mieux le principe biologique d’exclusion que cette tendance fondamentale à l’affranchissement des contraintes du milieu ambiant que possèdent tous les organismes vivants.

Ainsi que l’écrit Stéphane Lupasco ( Les trois matières », p. 36) : « On détecte une telle tendance à l’exclusion, que toute greffe non fœtale, déjà différenciée, d’un tissus étranger, fut-il prélevé sur un spécimen de la même espèce, de la même race, de la même famille, est inassimilée et immédiatement rejetée. »

Au cours d’expériences récentes, des greffes ont été tentées mais leur réussite ne fut possible qu’en paralysant le pouvoir de différenciation naturel de l’organisme par des radiations ou des substances particulières, c’est-à-dire en introduisant des conditions artificielles portant atteinte au dynamisme vital essentiel de l’être vivant.

Une mise en évidence trop exclusive du Principe d’exclusion pourrait donner au lecteur peu averti l’impression d’inharmonie ou d’anarchie.

Bien au contraire. Les plus grands équilibres doivent leur stabilité à l’affrontement continuel d’antagonismes organisateurs.

Le Principe d’Exclusion de Pauli doit être considéré comme l’élément formateur de l’immense variété des systématisations de l’énergie.

Ajoutons cependant ici un élément essentiel : le Principe d’exclusion n’existe qu’en fonction du fait fondamental des relations que nous avons précédemment mis en évidence. Le fait que tout corpuscule atomique, tel l’électron, exclut automatiquement la possibilité d’existence d’un autre corpuscule ayant les mêmes quatre nombres quantiques est l’expression de l’intensité du fait des relations. Il existe des relations d’affinité et des relations d’exclusion. Mais le fait des relations demeure. Le fait que le Principe d’Exclusion de Pauli ne s’applique pas aux photons est, de notre point de vue, très compréhensible.

En effet, pour qu’il y ait différence, il est nécessaire que l’immense réseau d’interférences par rapport aux corpuscules de l’Univers entier soit nettement distinct. Or cette distinction n’est possible que lorsque l’énergie se trouve concentrée et localisée en un point particulier. Tel est le cas de l’électron, quoiqu’il ne représente qu’environ la deux millième partie de la masse du neutron. Mais tel n’est pas le cas du photon. Son énergie n’est pas localisée ni concentrée en un point particulier, mais au contraire considérablement éparpillée et diffuse.

La vie et la mort biologique.

Nous savons que la vie a pour condition essentielle la labilité cellulaire, la fluidité des échanges, donc l’intensité des relations. La mort au contraire se manifeste par la floculation des substances colloïdales du protoplasme cellulaire, par l’arrêt des échanges, donc des relations.

En fait, comme l’écrit Stéphane Lupasco, « c’est une constatation expérimentale qui ne souffre aujourd’hui aucune discussion : les processus de mort sont des processus » d’homogénéisation cellulaire » (p. 37).

La vie au contraire se manifeste par des processus d’hétérogénéisation évidents. L’étude du métabolisme des êtres vivants nous montre la transformation continuelle d’énergies absorbées sous des formes très simples en énergies fort différenciées.

Sur le plan biologique d’abord les processus d’hétérogénéisation se manifestent nettement. Un exemple particulièrement digne d’intérêt nous est fourni par la photosynthèse chlorophyllienne. Chacun connaît le rôle essentiel de ce phénomène pour tous les organismes vivants.

Au cours de cette photosynthèse, les rayons lumineux du soleil (énergie photonique) sont transformés en énergie chimique, de nature nettement électronique, contenant de grandes possibilités d’hétérogénéisation.

Sur le plan psychologique, il semble que les processus d’hétérogénéisation atteignent le point culminant par la réalisation d’individualités humaines originales et créatrices.

(1) « Les trois matières », par Stéphane Lupasco (Editions Julliard, Paris.)

(A suivre.)

(Texte incomplet numéros suivants manquants)


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