Gabriel Monod-Herzen : Éducation et développement


17 Feb 2010

(Revue Panharmonie. No 169. Novembre 1977)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la réunion du 6.6.1977

A tout changement intérieur correspond un changement extérieur, de ce qui nous entoure. Une attitude différente de notre part détermine autour de nous des réactions différentes et peu à peu les choses changent. Et cela peut aller beaucoup plus loin qu’on ne le pense. Nous ensemençons constamment notre milieu, les gens qui nous entourent et nous recevons certainement beaucoup de choses que nous ne connaissons pas et qui retournent vers nous. Nous croyons que cela est dû aux événements extérieurs, quand en réalité nous avons fortement contribué à les faire ce qu’ils sont.

Ainsi la paix et la tranquillité qui émanent d’un grand Yogi sont éprouvées par ceux qui l’approchent. Les événements désagréables n’ont plus de prises sur ces êtres.

M. Monod-Herzen passe alors à la question des enfants. Il était absolument interdit dans l’Ashram de leur faire des remarques, mais on éveille en eux le sens des responsabilités. Les enfants ne la refusent pas, au contraire. Le fait que lorsqu’un enfant commet une erreur et que personne ne le gronde ou crie, est pour lui bien plus impressionnant. A l’Ashram il n’y a pas de fautes au point de vue moral.

Cette éducation permanente s’applique à chacun de nous dans une vie bien conduite. Il est faux de se désespérer lorsqu’on a commis une erreur, il suffit de la constater et de ne pas se sentir coupable ou de se taper la tête contre les murs ! C’est le contraire de ce qu’il convient de faire. Les erreurs sont inévitables, elles sont l’expression de notre imperfection. Si nous étions parfaits, nous n’aurions plus rien à faire. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est de savoir comment l’erreur a été commise, cela nous révèle quelque chose de nous-mêmes que nous ne connaissions pas, puisque nous nous y sommes laissé prendre. Nous nous en rappellerons et cela nous aidera par des exercices psychologiques à améliorer certaines parties de nous-mêmes.

Et cela nous amène à parler de Coué. Physiquement et par son attitude il semblait être parfaitement insignifiant, mais lorsqu’il expliquait son système qui était très simple, à savoir qu’il ne fallait pas persister dans l’erreur en disant par exemple : « Je ne veux plus avoir mal aux pieds », mais de dire au contraire : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux », il émanait de cet homme une telle confiance, une telle vérité appuyée sur des milliers d’expériences, une telle conviction qu’ainsi on pouvait aider les autres et une telle bonté, que tout l’auditoire était transporté. Son expérience se communiquait, il exerçait une grande influence mentale qui était ressentie par les gens. D’où l’importance de l’attitude intérieure.

Nous passons alors au développement de la conscience aussi bien chez les parents que chez les enfants. Les anciens Grecs entouraient les futures mamans de belles choses, sachant que l’enfant à naître y serait déjà sensible, car l’embryon entend bien et une musique belle et harmonieuse ne peut que lui être bénéfique. C’est très important, l’enfant étant à ce moment dans une époque de croissance extraordinairement rapide.

Au moment de sa naissance le bébé reste encore attaché à sa mère.  Il est donc primordial qu’il vive dans son milieu familial et ne soit pas confié à une crèche, aussi perfectionnée soit-elle. L’enfant n’est pas encore fini puisqu’il n’a pas d’indépendance, il n’est pas encore un individu séparé. Mais hors de ces questions physiques, va se poser celle de son développement mental, de ce mental qui est encore très petit et qui n’a qu’un rôle d’enregistrement, le raisonnement existant très peu, tandis que la sensibilité a déjà un rôle énorme. La Mère à l’Ashram disait que chez l’enfant l’être psychique est tout près de la surface, seulement il n’a pas encore les moyens de l’exprimer. Dans le développement de l’enfant le mental peu à peu va prendre la première place et malheureusement le psychisme et une partie de sa sensibilité seront refoulés. Les parents ne pensent qu’à développer le mental et cela cause ensuite des problèmes dans les écoles et dans les familles. Il n’est pas bon de pousser les enfants sous ce rapport, ils doivent se développer selon les questions qu’ils posent.

Si les jardins d’enfants en France sont parmi les meilleurs du monde, le drame se produit à l’entrée dans l’école primaire où les enfants sont subitement privés d’une chose qui leur était nécessaire et qu’on leur impose toute une série d’activités qui ne les intéressent pas.

Actuellement on fait des efforts pour améliorer les choses, les écoles Freinet sont parmi les meilleures pour les petits. Pour les grands il se produit une mutation.

M. Monod-Herzen nous parle d’un académicien qui a écrit un livre extraordinaire : « Cette étrange matière », dans lequel il a le courage de faire sauter tout un tas de vieilles idées fossilisées. Il s’est permis de faire une théorie unitaire de l’univers absolument complète, ce qu’Einstein n’avait pas réalisé. Il est parti d’une citation de Descartes et il a résolu un problème que celui-ci avait posé lorsqu’il dit : « Nous devrions arriver à faire une description du monde en utilisant uniquement les longueurs et les mouvements. » Il s’est également inspiré de la théorie des tourbillons de Descartes. Toute la conception de la matière est en train de disparaître sous sa forme ancienne et on commence à présenter de magnifiques possibilités nouvelles. Cette mise à la disposition de nous-mêmes de toutes nos possibilités, avec une liberté totale en en acceptant toutes les conséquences, peut vraiment transformer les individus. Nous devons retrouver une unité que nous perdons en nous dispersant. C’est à chaque fois un problème de choix qu’il faut résoudre en soi-même. Car le rôle du vrai Guru n’est pas de prendre des décisions pour vous, mais de vous permettre d’atteindre quelques points de connaissance que vous n’aviez pas avant.

Parlant du couple : Il s’agit de créer une harmonie. Le mariage en est une occasion absolument miraculeuse en mettant deux sexes opposés en présence. Chacun a autant d’ancêtres masculins que féminins qui réagissent sur notre subconscient. Du côté conscient il y a une dominante qui se révèlera à la naissance. Alors quand on est en présence d’une personne qui est l’inverse de vous-même, on voit se réaliser concrètement, physiquement, ce qui en vous est encore inconscient.

Un participant : Quelles sont les relations de la mère et de l’enfant ? Est-ce qu’il y a une reconnaissance de la mère par l’enfant et de l’enfant par la mère ?

Réponse : Il y a plus que cela. On cherche à procéder à des accouchements sans faire crier l’enfant, de manière à ce qu’il entre dans la vie de façon agréable. Le Dr Bayer met l’enfant directement en contact avec la mère. Après en avoir été séparé brusquement, il est important qu’il retrouve immédiatement ce contact. Etant une partie de sa mère il faut qu’il ait conscience de ne pas l’avoir perdue. Les enfants ont un odorat beaucoup plus développé que nous et l’odeur de la mère est fondamentale. D’autre part l’enfant entend les battements du cœur de sa mère. On a fait l’expérience de faire entendre à un enfant au magnétophone le rythme des battements de cœur de sa mère et aussitôt l’enfant s’est endormi.

Le rôle du père est de ne pas arracher l’enfant à sa mère, de ne pas être un diviseur, l’enfant ne raisonnant pas. Tout le problème est de ne pas rendre la séparation trop dramatique. L’enfant sait très bien au bout d’un certain temps, prendre ses initiatives, essayer de bouger, saisir des choses à l’extérieur, etc.

Un participant : Autrement dit il faut qu’il sente sa mère toujours disponible pour lui et qu’il ne sente pas que le père la prenne pour lui ?

Réponse : Le mot disponible est exact dans un sens, mais pas dans celui que, pour le bébé la mère c’est encore lui. Lorsqu’il pourra maîtriser ses mouvements, c’est-à-dire que l’individualisation des nerfs est faite, quand ses mouvements musculaires seront volontaires ; à ce moment là il sera attiré par des objets extérieurs et il se détachera de lui-même de sa mère.

L’alimentation est très importante. Il est mauvais de donner de la viande à l’enfant avant sa dixième année.

Il est alors question de la digestion chez les bovins : contrairement à ce qu’on pense, ceux-ci ne digèrent pas les végétaux, mais c’est là le travail des microbes qui résident dans un de leurs estomacs et qui se multiplient à une vitesse formidable. Ils mangent l’herbe que la vache leur envoie avant qu’elle-même ne digère les microbes.

Le savant dont je viens de vous parler, continue M. Monod-Herzen, a commencé par être biologiste et a recherché s’il n’y avait pas un parallèle entre l’évolution des végétaux et l’évolution des animaux. Il a trouvé un parallélisme tellement étroit qu’on ne peut l’expliquer par des circonstances extérieures.

Les termites posent un problème scientifique, ils existent depuis cent millions d’années, les fourmis que depuis soixante millions. Or, les termites, malgré leurs soldats, n’ont aucune défense, comment alors ont-ils pu traverser tous les phénomènes géologiques, les époques froides ou chaudes ? Les termitières sont des merveilles d’organisation intérieure et de solidité. A Bordeaux il y en a beaucoup. Entre certains quartiers ils ont construit des galeries de communication entre plusieurs nids, afin de pouvoir s’évader en cas de besoin. D’autre part ils arrivent à régler la température intérieure, l’humidité, le taux d’anhydrite carbonique. La reproduction est assurée par un roi et une reine, mais on garde à côté un petit groupe d’individus qui auront des ailes, qui seront sexués et une fois par an, on débouche la termitière, ils s’envolent, font leur petite danse dans l’atmosphère et tombent par terre. Généralement un couple survit, les autres étant mangés par les oiseaux. Et ce couple creuse un trou dans la terre, s’y enferme et cela fera plus tard une nouvelle termitière.

A Paris il y a des termites rue Cujas. Et là, pour survivre aux coups de froid en hiver, ils préparent trois séries d’êtres ailés qui sortent à des époques différentes. Comment expliquer cela par des phénomènes extérieurs, sinon par l’âme-groupe qui a une conscience, qui prend des décisions en utilisant les lois de la physico-chimie ?

Un participant : Qu’est-ce que l’âme-groupe ?

Réponse : Regardez ce qui se passe en nous-mêmes, c’est la même chose. A partir du moment où l’être psychique en nous commence à prendre la direction des événements, cela peut aller très loin. Nous sommes peu conscient, nous croyons à « la chance », mais ce n’est pas cela. Quoique nous ayons masqué nos instincts par notre intelligence, il nous reste encore pas mal de possibilités psychiques, mais nous n’y faisons pas attention. Et c’est dommage parce qu’il y en a qui sont excellentes !