Hervé Moskovakis : Effet Lichtenberg, erreur Kirlian ?


31 Dec 2015

Note: L’article  ne mentionne pas les nouvelles recherches réalisées depuis son écriture en 1986. Néanmoins, c’est un bon point de départ dans ce domaine… 

(Extrait de la revue Autrement : La science et ses doubles. No 82. Septembre 1986)

Lorsque je découvris la photographie Kirlian, il y a quelques années, par le biais de divers ouvrages, je fus impressionné par la force attractive de tels clichés. Le monde de l’image s’enrichissait d’une nouvelle dimension que les parapsychologues n’hésitèrent pas à revendiquer. J’appris alors, non sans quelque surprise, par un fas­cicule à vocation médicale que les différentes couches lumineuses concentriques observables sur ces images n’étaient pas autre chose que l’aura (?). Un schéma explicatif allait même jusqu’à préciser que la première correspondait au physique, la deuxième à l’âme et la troisième à l’esprit. Comme vous l’imaginez, je fus frappé de stu­peur ! Eh oui, on pouvait enfin photographier ces émanations du vivant que les ésotéristes connaissaient, semble-t-il, depuis des mil­lénaires. Ma perplexité grandit encore quand je pus constater que très peu de recherches sérieuses existaient. Beaucoup d’affirmations reposaient à l’époque sur des travaux américains et soviétiques, très difficiles à obtenir. D’ailleurs peu d’auteurs décrivaient des faits expérimentaux précis répondant à des protocoles rigoureux et reproductibles.

En ma qualité de responsable d’un groupe de recherches indépen­dant, j’hésitais avant d’orienter nos investigations dans les domai­nes de l’électrostatique. En effet, tous les physiciens savent que si l’électrostatique théorique est bien connue aujourd’hui, l’approche quantitative du phénomène demeure encore complexe dans sa réa­lité. Or l’effet Kirlian nous apparaissait essentiellement comme un phénomène électrostatique, nous laissant pressentir les nombreux paramètres à maîtriser en vue d’applications fiables. Notre recher­che partit de l’hypothèse qu’un diagramme Kirlian dépendait de qua­tre familles de paramètres :

  1. des caractéristiques électroniques du champ engendré par le générateur ;

  2. des caractéristiques des supports d’enregistrements (papier photo couleur ou noir et blanc, vidéo, cinéma, plaques de verre…) ;

  3. des caractéristiques physico-chimiques de « l’environnement » du fait que l’électrographie est une ionisation du milieu atmosphéri­que ;

  4. enfin, des caractéristiques étroitement liées à la forme (ou géo­métrie) de ce qui est photographié, ainsi qu’à sa structure électro­nique.

« ARBORESCENCES »

Notre objectif initial fut donc la définition qualitative et quantitative des paramètres entrant en jeu, afin de parti­ciper au développement scientifique de l’électrographie et d’en élar­gir les domaines d’application. Après une recherche systématique portant sur plusieurs milliers d’enregistrements, dont près de cinq cents en couleur, nous pouvons affirmer qu’il existe encore d’autres facteurs très influents lors d’électrographie d’êtres vivants. Pour limi­ter ces incidences diverses, nous avons, dans un premier temps, tra­vaillé sur de la matière inerte en vue de clarifier certains paramè­tres technologiques.

Lors de cette clarification des facteurs matériels, nous fîmes sou­vent appel à des enregistrements bipoudres, selon la technique de l’ingénieur Hélène Bertein, qui révèlent que les charges se répartis­sent de deux manières différentes suivant le sens du champ : les impulsions positives du générateur se manifestent sous forme de streamers (arborescences) contrairement aux impulsions négatives qui créent des globules et des formes arrondies. Les « enregistre­ments Lichtenberg » ainsi réalisés sur plaque spéciale permettent de visualiser avec une très grande précision ces deux aspects du champ, contrairement à la classique photographie Kirlian qui ne laisse géné­ralement voir que les plumets positifs de haute énergie.

Le phénomène se déroule en trois étapes :

  • l’avalanche électronique due au champ du générateur,

  • l’apparition d’un streamer,

  • le jaillissement d’une étincelle si l’isolation est insuffisante.

Ceci constitue le schéma classique correspondant à la formation d’un trait lumineux radialement au contour du sujet sur la surface sensible.

Il est possible d’en compter plusieurs centaines sur certains enre­gistrements. L’expérience a d’ailleurs montré qu’ils n’apparaissaient pas simultanément, mais les uns après les autres. Les photographies ne permettent pas de visualiser cette chronologie, mais seulement de se faire une idée de la répartition statistique de ces plumets durant le temps d’exposition. De plus, les essais effectués dans dif­férentes atmosphères nous ont montré que celles-ci sont responsa­bles des teintes enregistrées. L’oxygène engendre une petite auréole de couleur grise, l’azote donne du bleu, l’argon du rouge, l’ozone de l’orangé… Plus le gaz est électronégatif, plus la couronne lumi­neuse qui entoure le sujet est petite. Cette expérience montre que les différentes couches photographiées sont en étroite correspon­dance avec les gaz présents dans l’atmosphère.

Ainsi nous pouvons mieux comprendre la répartition des ions adhérents autour des êtres évolués : le corps humain est, en effet, à un potentiel légèrement différent de l’air ambiant, ce qui suffit à attirer près de lui un certain nombre de molécules ionisées. Celles-ci ont un rôle prépondérant dans l’«ouverture » ou la « fermeture » des pores électroniques de l’organisme appelés aussi points électro-dermiques ou points d’acupuncture. La méconnaissance de ces dif­férentes réalités électrostatiques est vraisemblablement à l’origine de la confusion initiale entre l’aura et les images obtenues par sim­ple effet Kirlian. Il faut rappeler que les expérimentateurs du début croyaient que le phénomène ne se manifestait que sur des supports vivants ; or on peut parfaitement « kirliographier » des objets iner­tes. Bien sûr, l’observation des clichés laisse imaginer que cette lumière est une émanation du sujet et peut donc lui être attribuée. Il n’en est rien car cette énergie provient du générateur. Celle-ci n’est d’ailleurs pas une divergence simple (c’est-à-dire une énergie circu­lant du sujet vers l’environnement), mais plutôt une pulsation qui change de sens suivant le signe des impulsions positives ou négati­ves de l’oscillateur.

« ÉLECTROMORPHISME »

Ainsi en champ alternatif, le sujet reçoit au moins autant de charges qu’il n’en donne (et heureusement pour lui). Si l’on en croit le résultat des essais que nous avons menés, l’objet ou la personne photographiés servent simplement de « filtres » à l’énergie du générateur. Le diagramme résultant est donc significatif, dans une large mesure, de la résistivité locale du corps et de ses hétéro­généités d’impédance intérieure (nous ne parlons pas de sa géomé­trie dont l’influence peut être considérablement minimisée par l’usage d’oscillateurs spéciaux). L’effet Kirlian manifeste donc une certaine perméabilité d’un sujet à un champ électrostatique. C’est ainsi que des applications médicales de ce procédé ont pu être envi­sagées. Les anomalies, excès ou défauts de lumière sur une zone pré­cise du cliché sont alors très intéressantes car elles permettent sou­vent des corrélations avec des facteurs physiologiques et psycholo­giques.

Précisons ici que beaucoup d’appareils commercialisés aujourd’hui en vue d’une telle utilisation sont malheureusement réalisés sans con­naissance des principes électrodermiques élémentaires et laissent parfois, après la photographie, des charges électriques positives sur l’individu, ce qui peut dans certains cas affecter son équilibre éner­gétique. Ce fait compromet aussi la reproductibilité de plusieurs cli­chés successifs sur le même sujet. Les constructeurs actuels igno­rent ou minimisent l’extrême sensibilité du corps humain à l’élec­tricité ; or certains générateurs ont une puissance instantanée supé­rieure à 400 W. Cela provoque des perturbations considérables et les études et grilles d’interprétations mises au point pour ces machi­nes ne seront plus adéquates quand les concepteurs tiendront compte de l’impérative nécessité de diminuer les courants parcourant l’orga­nisme. Ce consensus est aujourd’hui indispensable au développement de l’électrographie médicale.

Nous savons, selon les travaux du Dr Voll, que le corps humain a la particularité de réagir à d’infimes perturbations électriques de l’ordre du milliwatt, et nous avons en effet montré au laboratoire Ghizey, que les organismes vivants sont sensibles à de très petites variations du champ électrostatique de l’environnement. Celui-ci avait jusqu’alors été négligé en raison de sa faible valeur, mais après de nombreuses électrographies, nous pensons qu’il agit comme un véri­table régulateur de l’écosystème.

Le concept de forces électrostatiques conditionnant à l’échelle microscopique l’union atomique ou les dissociations moléculaires est admis depuis fort longtemps. Par contre, le fait que les champs ter­restres d’intensité considérablement plus faibles puissent avoir une influence déterminante au niveau des processus métaboliques des organiques complexes, n’a pas encore l’agrément de tous les biolo­gistes. Bien qu’elle soit actuellement peu considérée, cette influence deviendra probablement le pôle de nombreuses découvertes médi­cales de grande importance dans un proche avenir. Nous pensons que le règne vivant est puissamment conditionné par le champ géo­électrique qui résulte de la différence de potentiel entre la haute atmosphère et la surface terrestre. Les valeurs locales de ce champ, ainsi que sa répartition, semblent avoir entre autres un rôle essen­tiel dans la croissance et la forme des végétaux. Nous pouvons cons­tater à ce propos la très grande analogie entre les « arborescences » mises en évidence par l’électrographie et la forme générique des arbres.

LE CHAMP GÉOÉLECTRIQUE

Nos expériences nous amènent à penser que cet « électro-morphisme » peut dans une certaine mesure, rejoindre l’interprétation des électrogrammes Kirlian et Lichtenberg. Un grand nombre de déductions sur les caractéristiques électriques et physi­ques des sous-sols deviennent alors possibles par la simple obser­vation des formes végétales. Ceci permet de discerner les lieux se prêtant à une vie saine, et ceux d’influence néfaste, dans lesquels les interactions cosmo-telluriques sont perturbées. Avec l’évolution des connaissances physiologiques, l’homme apparaît de plus en plus comme le miroir de son environnement. Si ce dernier est perturbé sur le plan électrostatique, l’impédance des tissus organiques se modifie, engendrant à long terme une modification subtile des processus métaboliques. De très petites variations de champ influant, selon nous, sur la résistivité du corps, influent donc également sur l’état psycho-énergétique de l’individu. La réciproque est vraie et les recherches que nous menons actuellement tendent à montrer que l’homme modifie fortement par sa présence le champ géoélectrique de son environnement immédiat.

Il est alors permis d’en déduire l’existence d’une sorte d’induc­tion électrostatique entre individus rapprochés, que nous avons con­firmée expérimentalement pour des distances inférieures à 0,5 mètre. Il n’est pas possible de relater ici toutes les conséquences d’une telle réalité, qui est sans doute l’explication de quelques phénomènes con­sidérés jusque-là comme mystérieux. À ce titre, il convient d’évoquer l’existence d’une cinquième famille de paramètre, bien que celle-ci soit surtout sensible lors d’électrographie d’êtres humains. Il s’agit de l’influence liée à la présence de l’expérimentateur à proximité du sujet en vertu des lois d’induction précédemment décrites. Cet effet de modification des diagrammes est en correspondance directe avec ce que nous avons choisi d’appeler une affinité ou antipathie énergétiques selon le cas. Ces découvertes réactualisent les expérien­ces des Drs Morell et Voll tout en élargissant considérablement les perspectives d’avenir en ce qui concerne l’étude des liens subtils qui relient l’homme à son écosystème.

Ainsi, bien que l’électrographie soit, avant tout, un cliché repré­sentant une carte des champs électrostatiques entourant l’individu ou l’objet photographié et manifestant sa perméabilité intérieure, les recherches montrent que ces clichés sont susceptibles de varier en fonction de nombreux éléments, dont l’état psychologique et physio­logique du sujet. Cette notion devient claire si l’on sait que lors d’une électrographie un certain courant traverse l’organisme qui va alors le laisser passer à certains endroits, et le retenir en d’autres. Or l’impédance d’un tissu, qui détermine en grande partie la réparti­tion des arborescences, est directement corrélable à l’état du sujet. Les causes d’artefacts sont encore nombreuses dans l’électrographie sous sa forme actuelle, et nous travaillons à l’amélioration du pro­cédé par un choix judicieux des caractéristiques du champ créé par le générateur, d’un contrôle systématique des caractéristiques physico-chimiques de certaines composantes de l’environnement, et enfin d’une meilleure mise en condition du sujet photographié, lors­que celui-ci est vivant.

HERVÉ MOSKOVAKIS