Swami Hridayananda Sarasvati : Enseignements 1 : Dieu


06 May 2010

(Revue Panharmonie. No 196. Octobre 1983)

Enseignement donné à l’École Normale de Yoga Roscoff le 18 Juillet 1983

Mataji : Combien d’entre vous croient en Dieu ? Que ceux qui ne croient pas lèvent la main.

(Il n’y a que quatre personnes qui lèvent la main, d’autres y croient à moitié seulement et ne savent que répondre, il faudrait d’abord définir Dieu).

Mataji : Que recherchons-nous en ce monde ? Je suis certaine que vous serez tous d’accord avec moi si je vous dis que ce que nous recherchons c’est le bonheur de la paix. Donc il nous faut découvrir avant tout ce que signifient la paix et le bonheur, d’où ils proviennent et ce que cela veut dire. Alors je pense que cela définira Dieu automatiquement.

Tout ce que nous faisons pendant la journée et même pendant nos rêves a pour but notre satisfaction. Nous ne faisons jamais rien dans le but de ne pas nous satisfaire, de rechercher la peine. Et jamais nous n’agissons parce que nous ne voulons pas la paix. Nous ne faisons jamais rien pour susciter l’agitation. Donc si nous recherchons le bonheur et la paix, qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’est-ce que la satisfaction ? Qu’est-ce que le bonheur ? Même ceux qui, d’une certaine manière, tels les Stoïciens, recherchent la douleur, le font pour leur propre satisfaction. Donc si on va au fond des choses, on voit que directement ou indirectement tout est fait pour notre propre satisfaction.

Découvrons maintenant d’où provient le sentiment de satisfaction. Celle-ci se produit lorsque nous avons réalisé un désir, que ce soit un désir grossier ou plus subtil, de toute manière nous essayons toujours de satisfaire un désir ou un autre. Et c’est pourquoi nous cherchons toujours d’assouvir nos désirs, parce qu’à chaque fois cela nous donne de la satisfaction. Au fond nous avons toujours des désirs, si nous avions tout, nous n’en aurions pas. C’est donc le manque de quelque chose qui crée les désirs en nous, un sentiment de vide, une impression de manque, quel qu’il soit. Cela veut dire que nous n’avons pas ce que nous cherchons et que nous essayons de l’obtenir. Puisque nous avons des désirs innombrables et que, toute la journée, nous essayons de les satisfaire, cela veut dire que, lorsque nous assouvissons un désir, cela n’empêche pas qu’il y en ait toujours de nouveaux qui surgissent. Il n’arrive jamais un moment où vous vous dites : « Voilà, tous mes désirs sont réalisés, je ne désire plus rien ! »

Ceci est un des facteurs, en voici un autre :

Chaque fois que vous assouvissez un désir il y a satisfaction. Or je dis que la satisfaction ne provient pas du fait que vous ayez assouvi un désir, que vous ayez possédé l’objet de ce désir. Bien que vous ayez réalisé les conditions de cet état psychologique particulier, vous n’êtes pas apaisé. En fait, les désirs créent de l’agitation dans le mental, on est complètement agité et cela veut dire qu’à ce moment là il y a toutes sortes de vagues, d’ondes mentales qui nous empêchent de prendre conscience de la Conscience qui se trouve au-delà des ondes.

En effet, nous avons une conscience physique, une conscience mentale, mais cela ne s’arrête pas là, il y a quelque chose au-delà. Et moi, je dis, que c’est la prise de conscience de cette Conscience qui nous apporte la satisfaction, cette Conscience qui est au-delà du mental étant la satisfaction elle-même, perfection absolue et béatitude absolue. Donc une fois que nous avons pris conscience de cette Conscience là, nous n’avons plus de désirs. Et si nous avons des désirs, c’est que nous ne sommes pas conscients de cette Conscience. Indirectement nous sommes sans cesse à sa recherche. Or chaque fois qu’un désir est assouvi, les vibrations agitées du mental cessent pendant un très court moment, et lorsque ces vibrations cessent, nous sommes alors conscients de la Conscience Absolue qui est au-delà du mental. C’est cela qui nous donne le sentiment de satisfaction, de bonheur.

Comment pouvons-nous atteindre ceci ? Vous ignorez que vous avez conscience de cette Conscience là, ce que vous savez, c’est que vous êtes contents, satisfaits lorsqu’un désir est réalisé.

Maintenant, si je vous dis que la satisfaction provient de votre prise de conscience de cette Conscience qui est au-delà du mental, il faut que je vous en donne la preuve : Nous faisons tous les jours une certaine expérience qui est celle du sommeil profond pendant lequel le mental ne fonctionne pas. C’est la différence entre l’état de veille et le sommeil profond, le sommeil sans rêve. Je ne parle pas de l’état de rêve, je parle du sommeil profond, du sommeil sans rêve. Imaginez que vous avez d’innombrables désirs que vous n’avez pas réalisés, que vous avez essayé toutes sortes de moyens pour y parvenir, mais que vous n’avez pas réussi. Vous êtes très agité, frustré, désespéré et, c’est dans cet état là que vous allez vous coucher. Peut-être au début aurez-vous des rêves au sujet de vos désirs, mais après, à la longue, vous entrerez dans l’état de sommeil profond et alors vous constaterez que vous êtes parfaitement paisible. Vous n’avez pas réalisé vos désirs, les conditions sont exactement les mêmes que celles qui existaient avant que vous vous endormiez, mais, en même temps, vous savez bien que lorsque vous êtes profondément endormi, vous n’êtes plus agité, vous n’avez plus de désirs, il n’y a plus lute, ni conflit, il n’y a plus rien.

Bien sûr vous n’avez pas conscience de cette félicité qui est la vôtre dans cet état là, mais une chose est certaine, lorsque le mental ne fonctionne pas, vous n’êtes pas mort, vous êtes très vivant, mais vous n’éprouvez plus d’agitation, ni de souffrance. Cela veut dire qu’il y a une Conscience, qu’il y a quelque chose qui est au-delà du mental, qui vous tient en vie et qui en même temps vous maintient dans un état de paix.

Donc c’est le mental qui crée tous les problèmes et si vous transcendez le mental vous pouvez être en paix. On dit que dans le sommeil profond on est inconscient. C’est vrai, mais lorsque vous vous réveillez le matin, si quelqu’un vous demande : « Comment avez-vous dormi ? », si vraiment vous avez bien dormi vous répondrez très vite : « J’ai merveilleusement bien dormi ! »

Qui donne cette réponse ? Si vous aviez été complètement inconscient, c’est-à-dire s’il n’y avait plus eu aucune conscience dans le sommeil profond, vous ne pourriez pas répondre cela. Pour avoir le souvenir de quelque chose, c’est-à-dire le souvenir de la paix du sommeil profond, il faut qu’il y ait eu une expérience et s’il y a eu une expérience, il doit y avoir quelqu’un qui a fait cette expérience, S’il n’y avait pas d’expérience, il n’y aurait pas de mémoire, donc, puisqu’il y a le souvenir d’un état paisible, c’est qu’il y a eu expérience de cet état paisible. Et, s’il n’y a pas quelqu’un pour faire cette expérience, il n’y a pas d’expérience. Donc dans l’état du sommeil profond aussi, il y avait quelqu’un qui faisait une expérience, il y avait l’état d’expérience.

Posons-nous maintenant la question : Cette conscience n’existe-t-elle que dans le sommeil profond ? Si nous admettons qu’il y ait conscience chez quelqu’un qui est plongé dans un sommeil profond et que cette conscience disparaisse lorsque celui-ci se réveille, il y aurait un trou, un hiatus entre ce qui était avant que nous nous endormions et ce qui est lorsque nous nous réveillons. Et, à ce moment-là nous n’aurions évidemment aucun souvenir de ce qui s’est passé avant que nous nous endormions lorsque nous nous réveillons. Or nous savons par expérience que lorsque nous nous réveillons, nous pouvons nous rappeler ce qui s’est passé avant que nous nous soyons endormis. Donc il doit y avoir nécessairement une continuité de conscience avant que l’on s’endorme, lorsque l’on dort et lorsqu’on se réveille.

Pourquoi sommes-nous inconscients dans l’état de sommeil profond ? Le mental par lui-même n’est pas doué de conscience, le mental est un aspect matériel de notre être. La conscience mentale provient en fait de cette Conscience qui existe dans l’état de sommeil profond, c’est-à-dire qu’elle vient de cette Conscience qui existe au-delà du mental. Pendant l’état de sommeil profond cette conscience se retire au centre de notre être et ainsi, le mental en étant privé, il ne fonctionne plus.

Imaginez, c’est un exemple très approximatif, un ressort et ce ressort est complètement détendu à l’état de veille. Dans l’état de sommeil profond il est comprimé, il est toujours là, il est simplement comprimé. Ce ressort comprimé qui néanmoins est là, empêche de prendre conscience de ce qui se passe dans un état de sommeil profond.

Il existe un état pendant lequel vous pouvez être conscient de cette Conscience qui est au-delà du mental. Mais pour cela il faut que vous en fassiez vous-même l’expérience, c’est ce que nous appelons l’état de méditation.

Imaginez que dans chaque méditation ce ressort se dissout un peu, c’est-à-dire que les vibrations du mental deviennent de plus en plus subtiles à chaque méditation. Et il arrive un moment où tout le ressort se dissout, en d’autres termes, ce que nous appelons le mental, ce sont des ondes de pensées, des impressions subconscientes et des impressions inconscientes. La partie consciente, le mental conscient, nous le connaissons parce qu’il y a des ondes de pensées. Les impressions subconscientes et inconscients ne sont pas statiques ce sont en fait des vibrations très subtiles et très puissantes. Et tout cet ensemble fait obstacle à notre prise de conscience de ce qui est au-delà du mental. Dans la méditation nous rassemblons les énergies qui sont éparpillées dans un tas de directions différentes. Effectivement, le mental, pendant la journée est sans cesse entrain de courir dans toutes les directions et chaque pensée est une dépense d’énergie. Donc toutes ces énergies mentales, nous les rassemblons en un seul point et c’est cela que nous dirigeons, que nous focalisons sur notre propre mental. Cette énergie est extrêmement puissante, encore plus puissante que l’énergie atomique et ce faisceau d’énergie concentrée a le pouvoir de dissoudre toutes les impressions subconscientes.

Qu’est-ce que le mental ? Le mental est une manifestation de cet état de conscience ultime. Car cette partie de l’état de conscience ultime dans lequel nous avons des pensées claires, des impressions subconscientes et inconscientes, cette partie que nous appelons mental, a en fait comme substrat l’état de conscience ultime. Donc lorsque ces vibrations sont complètement réduites, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a plus de vibrations, alors ce n’est plus le mental, c’est cet état ultime de conscience. Et c’est cela que nous essayons d’atteindre par la méditation. C’est notre nature essentielle. Le corps, les sens, le mental, tout cela est éphémère et périssable. Il n’y a qu’une seule chose dans l’univers qui reste immuable, qui est éternel, impérissable, c’est cet état de conscience ultime. C’est cela que nous sommes en essence.

Et comme je vous l’ai dit, la nature de cette Conscience Absolue est perfection, paix, béatitude. Ainsi, si nous pouvons prendre conscience de cette Conscience, alors nous constatons que tous les problèmes sont résolus. Dans le monde il y a d’innombrables problèmes qui nous donnent un sentiment d’insécurité, il y a des conflits, tout cela semble se résoudre, parce que nous sommes dans un autre état de conscience. Ce n’est pas que les problèmes n’existent plus dans le monde, mais c’est nous qui avons changé si bien que notre regard sur la vie est complètement différent. A ce moment-là nous voyons la valeur exacte de toute chose, nous sommes beaucoup plus équilibrés et cela n’agite plus notre mental. C’est cela que nous essayons d’atteindre dans nos méditations.

En fait, cet état de Conscience ultime est partout. Il faut que vous compreniez bien clairement que partout veut dire partout ! En général on ne le comprend pas. Nous sommes installés dans cela, nous sommes entourés par cette conscience, elle nous traverse, elle est au-dessus de nous, elle est dans les arbres, elle est dans les animaux, elle est dans l’espace, elle est dans l’eau, elle est dans l’air : on ne peut rien exclure de la Conscience Absolue, rien ne peut exister dans l’univers sans avoir cette Conscience pour substrat et même la science est venu confirmer cela. La science a trouvé que bien que nous ayons un corps solide, en fait il n’est pas véritablement solide, il est composé de forces, c’est de l’énergie. Le corps entier peut être transformé en atomes et l’atome peut être transformé en énergie. Tout, absolument tout dans l’univers peut être transformé en énergie. Finalement vous ne trouverez plus qu’une énergie homogène, uniforme. Donc, il n’est pas difficile de comprendre qu’il y a quelque chose au-delà de cela, de beaucoup plus subtil et c’est cela qui donne la force aux atomes eux-mêmes. C’est cela que nous appelons « Dieu ».

Dieu n’est pas une force assise quelque part. Cette force du Pouvoir Ultime, cette force qui est tout Amour, c’est celle que l’on appelle « Dieu ». « Dieu » est un nom que l’homme a donné à cette force, certains l’appellent « Dieu », certains l’appellent « Bhagavan », d’autres lui donnent d’autres noms encore, c’est toujours la même chose. Et cette Force, ce Pouvoir, peut faire absolument tout, le mot « impossible » n’existe pas dans le dictionnaire de Dieu, tout est possible. Donc cette Force, ce Pouvoir, a la capacité de se cristalliser dans une forme. Bien sûr, tout est cristallisation, mais le monde en général, les animaux, n’ont pas conscience de ce fait qu’ils sont des cristallisations de ce Pouvoir, ils l’ignorent totalement. Mais la cristallisation de ce Pouvoir que nous appelons des « incarnations », ces « incarnations » elles, en ont conscience et bien qu’elles apparaissent comme des formes, elles ont sans cesse conscience de leur identité avec la Conscience Absolue ; c’est ce qu’on appelle « le Dieu sous une forme ». A ce moment-là il n’y a pas qu’une seule forme, il peut y en avoir beaucoup.

Chaque religion s’adresse à une forme particulière et dit : « C’est mon Dieu ! », mais il n’y a pas « mon Dieu » et « votre Dieu », il n’y a finalement qu’un seul Dieu que nous adorons dans les différentes religions. Ces Dieux sont autant de cristallisations de cette Conscience Absolue, Unique. L’essence est absolument la même.

Prenons comme exemple la vapeur qui n’a aucune forme. Nous pouvons la condenser en eau et on peut cristalliser l’eau en glace. Faisons trois compartiments (moules), l’un sous la forme de Krishna, l’autre sous la forme de Jésus-Christ, l’autre sous la forme du Bouddha. Si nous versons de l’eau dans ces trois compartiments et que nous les mettons dans un frigidaire, nous trouverons plus tard trois formes de glace. Y a-t-il vraiment une différence entre elles ? Si vous faites fondre la glace, vous retrouverez la même eau et si vous faites bouillir l’eau, vous retrouverez la même vapeur. C’est toute la différence entre les différents Dieux qui sont adorés dans les différentes religions.

Les gens ont des tempéraments différents et aussi des niveaux d’évolution différents et, selon votre tempérament vous pouvez avoir besoin de différentes formes, et c’est pourquoi, il y a ces Dieux innombrables. Vouloir se battre pour son Dieu, contre d’autres Dieux, c’est faire preuve d’une parfaite ignorance. Chaque fois, dans toutes les formes, nous adorons le même Dieu et toutes nos différences n’existent que jusqu’à ce que nous ayons atteint un niveau d’évolution donné. Un Chrétien est né avec la dévotion pour le Christ, un Hindou est né avec la dévotion pour le Seigneur Krishna. Très bien ! adorez ces formes, méditez sur ces formes divines, mais ne méditez pas sur la forme extérieure, car méditation veut dire aller de plus en plus profondément dans ces formes jusqu’à ce que vous ayez atteint le niveau de Conscience ultime dans cette forme et lorsque vous l’aurez atteint, vous réaliserez qu’il n’y a aucune différence entre le Conscience de Krishna, la Conscience du Christ et avec les autres Consciences. Donc jusqu’à ce que vous ayez atteint ce niveau d’évolution, vous êtes bien sûr portés à adorer telle ou telle forme. Mais il est nécessaire de comprendre le sens de cette forme, selon votre état d’esprit. Toutes les querelles entre telles ou telles religions sont absolument aberrantes !

Et maintenant nous en arrivons au sens du Yoga. Par la méditation on peut réaliser ce niveau de Conscience ultime dans le Christ, dans le Bouddha, dans Krishna, dans nous-mêmes. Cela ne fait rien que vous le réalisiez en vous-même sous une autre forme. Une fois que vous avez atteint ce niveau là tout est Un. Donc quand vous avez atteint ce niveau il y a identité entre votre Soi et le Soi Cosmique, cela s’appelle « Yoga ». Malheureusement il y a une confusion parce qu’on appelle aussi Yoga les pratiques pour atteindre cet état. En fait Yoga veut dire cet état ultime. Si vous parlez de Karma Yoga qui est le Yoga de l’action, cela veut dire simplement que vous agissez d’une certaine façon pour atteindre l’état de Yoga. Et lorsque vous dites que vous pratiquez le Hatha Yoga, cela veut dire que vous pratiquez les postures pour atteindre cet état. Le Yoga n’est pas une secte, ce n’est pas une religion, on peut dire que c’est essayer d’atteindre l’union avec Dieu. C’est donc la prise de conscience de cette unité de la conscience limitée avec la Conscience Ultime, puisque Dieu est cette Conscience Ultime, la Conscience Ultime est Dieu et la partie de la Conscience Ultime qui est en vous est également Dieu. Sous cet angle on peut dire que quand on parle de réalisation de Soi, de libération, de nirvana, de moksha, c’est cela. Il faut que cette partie de ce que je vous dis soit clairement comprise pour que nous puissions aller plus avant. Avez-vous des questions à poser ?

Réponse à une question sur l’âme individuelle : Tant que vous n’avez pas pris conscience de votre propre niveau de conscience, c’est-à-dire que lorsque votre état de conscience semble être enveloppé par le corps, par le mental, celle-ci est appelée l’âme individuelle, elle est une partie de l’âme universelle. Mais en fait il y a sans cesse continuité avec l’âme universelle. Ce sont les fluctuations de votre mental qui vous empêchent de sentir cette unité. On appelle alors cette conscience « l’âme individuelle » jusqu’à ce que vous ayez pris conscience de cette unité.

Réponse au sujet de la violence : Ce n’est pas cette conscience là qui est en jeu et qui est elle-même paix, non-violence, amour. Dans l’état de sommeil profond il n’y a pas de violence, même l’homme le plus violent devient alors absolument paisible. Tout cela ne surgit que lorsque le mental opère, c’est donc le mental qui en est responsable. La Conscience Absolue est libre de toute chose, elle est perfection.

Si nous prétendons que cette Conscience est Amour, il faut commencer par comprendre le sens du mot « Amour ». Il n’est pas ce qu’en général on comprend dans ce monde, il ne s’agit pas d’attirance physique ou psychique. C’est la prise de conscience de l’unité de la Conscience Ultime qu’on appelle amour, car c’est le seul amour qui soit stable, permanent, toutes les autres formes d’amour sont soumises au changement parce que le corps et le mental sont eux-mêmes soumis au changement. Et à moins que les manifestations extérieures de l’amour soient basées sur cet amour, sur cette prise de conscience de l’unité intérieure, il n’y a pas d’amour vrai. Et puisqu’il n’y a unité que dans la Conscience Ultime, celle-ci est nommée « Amour » et nous disons que cette Conscience Ultime est tout amour. C’est pourquoi il est dit que l’homme sans le mental égale Dieu, c’est-à-dire la Conscience Ultime ; et Dieu plus mental, égale l’Homme. Car lorsqu’il y a surimposition du mental sur cette Conscience Ultime, alors c’est l’homme avec toutes ses faiblesses. Nous sommes tous reliés les uns aux autres à chaque instant par cette Conscience Absolue. Nous ne sommes absolument pas séparés les uns des autres, la seule chose, c’est que nous n’avons pas conscience de cette unité. Mais lorsque nous méditons et que nous pénétrons toujours plus profondément en nous-même, alors automatiquement nous en prenons conscience. C’est pour cela que ceux qui méditent véritablement, éprouvent de l’amour pour tous. Si vous restez à un niveau mental, vous éprouvez des attirances, des haines, etc.

Question : D’où provient le mental ?

Réponse : C’est une manifestation de la Conscience Absolue. D’où vient cet univers ? tout est une manifestation de cette Conscience Absolue. L’univers tout entier est une manifestation, le mental n’est pas différent du monde. C’est pourquoi j’ai dit que le mental était un aspect matériel, il n’est pas spirituel. Et dans le Vedanta on explique exactement tout le processus, de quelle partie de la Conscience le mental tient ses origines.

Il faut bien sûr se servir du mental et jusque dans l’état ultime, jusqu’au dernier, dernier état ultime, le mental est utile. On ne peut pas exister sans le mental. Nous avons trois types de mental : le mental grossier, le tamasique ; le plus subtil qui est rajasique et le plus subtil des trois qui est sattvique. Il faut donc jusqu’au bout se servir du mental sattvique, c’est-à-dire jusqu’à l’état ultime du Nirvikalpa et le mental est tout à fait nécessaire pour comprendre la nécessité de la méditation, la nécessité de la vie spirituelle. Ce n’est vraiment que tout à fait à la fin, au stade le plus ultime, que l’on transcende le mental. Mais chaque fois que vous prenez conscience de la Conscience Ultime, sans naturellement lui être complètement identifié, le mental s’en trouve changé dans sa nature même, c’est-à-dire qu’il se transforme en état sattvique. Vous commencez à être de plus en plus équilibré et de plus en plus aimant, les qualités positives se manifestent de plus en plus.

Question : Quelle est la différence entre incarnation et réincarnation ?

Réponse : La réincarnation est due aux impressions subconscientes que l’on emmène après la mort dans son corps subtil. Tandis que l’incarnation, c’est la descente de l’Absolu dans une forme humaine. A ce moment-là ce ne sont pas les impressions qui sont responsables des incarnations. Les Sages qui ont réalisé Dieu, peut-être dans le stade final du Savitar kalpa, vont dans le stade de conscience final, de Satyaloka, le Brahmaloka. En effet, nous avons sept plans de conscience plus subtils que la terre. Selon leur état de méditation, les Sages peuvent aller dans l’un des sept plans. C’est un état très très élevé, néanmoins ce n’est pas l’état final. Même à ces niveaux très élevés ils peuvent revenir sur terre pour aider les êtres. Mais une fois qu’ils ont atteint le Nirvitarka samadhi, à ce moment-là ils sont confondus avec l’Absolu. On ne peut plus dire qu’ils reviennent sur terre. Il n’y a plus d’identité, la conscience est confondue avec l’Absolu. A ce moment c’est l’Absolu Lui-même se confondant avec cette conscience du Sage.

Il y a très peu d’êtres qui ont atteint ces états ultimes. Le but de ces incarnations c’est de donner un exemple aux êtres humains. Donc ces incarnations se soumettent volontairement à l’influence de Maya, sans oublier qu’ils se sont soumis à cette influence et, par conséquent ils agissent volontairement comme des êtres humains ordinaires. Mais, évidemment ils ne sont jamais comme des êtres humains. Ils peuvent pleurer sur quelque chose, s’ils veulent corriger quelqu’un ils peuvent feindre la colère comme le Christ lorsqu’il a chassé les marchands du Temple, et Rama pleurait lorsque Sita lui a été dérobée. Il la cherchait partout, quand il aurait pu savoir par intuition où elle était, il n’avait pas besoin de chercher. Il voulait en réalité, montrer comment un être humain pouvait agir.

Question : Certaines personnes pensent que Jésus et Bouddha n’ont pas atteint l’état ultime. Sont-ils alors considérés comme de véritables incarnations divines ?

Réponse : On distingue l’incarnation qui est un avatar. Il y a donc deux sortes d’avatars : ceux qui sont complets : Purnavatara, et ceux qui sont partiels : Amsavatara.

Quelqu’un : Jésus a dit « Moi et mon Père nous sommes UN. »

Mataji : Finalement nous sommes tous Un avec Dieu, c’est la cristallisation de l’Absolu dans une forme humaine. Maya est un pouvoir inhérent à l’Absolu qui se manifeste périodiquement. La création et la dissolution sont des processus éternels, c’est-à-dire qu’il n’y a ni commencement, ni fin. On ne peut donc pas dire à quel moment Maya ou la manifestation ont commencé. Je veux dire que Maya n’a pas commencé à se manifester pour la première fois à un moment donné et qu’elle cessera de se manifester à un autre moment donné. Automatiquement, lorsqu’il y a création cette force se manifeste. Ces forces sont un ensemble d’énergies, l’énergie subtile, grossière et encore plus grossière. C’est-à-dire Sattva pour la plus subtile, Rajas pour la grossière et Tamas pour celle encore plus grossière. Et ces énergies, ces vibrations, ces qualités, sont responsables, ce sont elles qui voilent l’Absolu et qui également projettent l’univers dans toute sa diversité. C’est cette force que l’on appelle Maya. Et finalement il n’y a ni création, ni dissolution, ce n’est qu’une apparence, tout n’est qu’apparence !

Question : Quand on a atteint le stade de la Conscience ultime, le sait-on ?

Réponse : Non, on est CELA. C’est pourquoi quand on atteint le Nirvikalpa samadhi on est uni à la Conscience Absolue, on n’a plus de désirs, ni n’importe quoi. Une théorie dit que quand on a atteint le Nirvikalpa samadhi on ne peut pas survivre plus de vingt-et-un jours. Le corps physique continue à exister sur ses réserves et lorsque celles-ci sont épuisées, tout est terminé.

Question : Le fait de combattre avidya (l’ignorance) peut-il mener à l’athéisme ?

Réponse : Quand il n’y a plus Avidya, l’ignorance, la nescience, la Connaissance se fait jour. Ce n’est pas une compréhension intellectuelle. Si vous déracinez Avidya, vous êtes automatiquement conscient de l’Absolu et vous ne pouvez pas être athée. Que voulez-vous dire par « combattre Avidya ? » C’est un processus mental.

L’interlocuteur : La connaissance erronée.

Réponse : Oui, mais ce n’est pas une connaissance intellectuelle. Il peut y avoir athéisme si on s’arrête au niveau intellectuel. Si vous déracinez Avidya vous devenez conscient de l’Absolu et vous ne pouvez être athée, c’est impossible. Après cela vous ne vous adresserez peut-être pas à une forme particulière, si vous atteignez Dieu sans forme, tant mieux pour vous. Mais de toute façon même si vous n’adorez pas une forme divine, vous ne les mépriserez pas. C’est exactement comme, si dans une pièce obscure j’arrive avec une lumière. Est-ce que je peux, à la fois, amener une bougie allumée dans une pièce obscure et maintenir l’obscurité ? Si j’apporte une bougie la pièce s’éclaire. Donc à partir du moment où Avidya a disparu, il y a illumination. En conséquence on ne peut pas être athée. Cela devient possible si vous ne faites que des analyses intellectuelles. Ici aussi la méditation est indispensable. Après le raisonnement il faut méditer. Souvent on croit méditer et on triche un peu, mais lorsque vous méditez réellement, l’expérience que vous faites ne peut pas vous laisser de doute. Si vous avez bien dormi, vous ne vous poserez pas la question de savoir si vous avez bien dormi !