Swami Hridayananda Sarasvati : Enseignements 2 : Questions/Réponses


12 May 2010

(Revue Panharmonie. No 197. Janvier 1984)

Enseignement donné à l’École Normale de Yoga ROSCOFF le 22 Juillet 1983

J’aimerais qu’à chacune de mes conférences du matin, vous me posiez des questions sur la méditation que nous faisons le soir. Si vous avez des points de désaccord ou si vous avez besoin d’éclaircissement, à mettre au clair, dites-le moi.

Question : Quelle est là différence entre une méditation avec support et une méditation sans support ?

Réponse : Cela dépend de votre état mental. Si vous pouvez fixer votre attention sans avoir de support, c’est très bien. Néanmoins il faut fixer son mental sur quelque chose pour l’empêcher de vagabonder. C’est plus facile pour la plupart des gens de le fixer sur quelque chose. Dans les deux méthodes vous pouvez arriver au même état.

Question : Quand Mataji dit qu’il faut fixer son attention sur le point entre les sourcils, faut-il le visualiser comme devant un écran ?

Réponse : On essaye d’introvertir le mental. Fixez tout simplement le mental sur ce point, juste à l’intérieur du front et tâchez d’aller plus profondément au fur et à mesure de la méditation. Mais si vous forcez il peut y avoir un danger. Cela n’ira plus profondément que lorsque le mental sera prêt. Il y a un chakra à cet endroit qu’il ne faut pas stimuler prématurément. Si vous continuez à fixer votre attention sur ce point, quand votre mental sera purifié, automatiquement vous irez plus profondément. Et à ce moment-là, il n’y a plus de danger. Je n’ai jamais parlé de la colonne vertébrale sauf pour dire qu’elle devait être droite. Je n’ai jamais dit qu’on doit fixer son attention sur les vertèbres. En tout cas il faut faire la différence entre concentration et attention. Attention c’est regarder quelque chose tranquillement, tandis que concentration, c’est forcer sa volonté pour se concentrer.

Question : J’appartiens à un Groupe de Méditation et l’un d’entre nous a eu un accident très sérieux et a été transporté à l’hôpital. Ce Groupe alors s’est réuni pour méditer en concentrant sa pensée sur lui. Le but de cette méditation était de l’aider. Est-il possible et bien de méditer dans ce sens avec un but précis ?

Réponse : En fait, non. Il faut s’abandonner complètement au Divin. Pensez d’abord à la personne et pensez à la Force Cosmique et priez la Force Cosmique. Ainsi vous Lui laissez le soin de faire tout le reste. Sinon il y a une chance pour prendre son karma.

Mataji nous dit qu’elle a lu la vie de l’épouse de Ramakrishna dans laquelle il est dit que le simple fait d’initier un disciple, a pour effet que le Guru qui a initié, prend sur lui une partie du Karma de l’initié. Et chaque fois qu’en Inde on touche les pieds de quelqu’un de spirituel, on prend également le prana des gens qui vous ont touché les pieds et cela explique les nombreuses maladies des Maîtres. Si vous avez atteint l’état supra-conscient vous-mêmes, il est très facile de prendre le karma des autres. Car le Karma n’est que vibration et vous prenez les mauvaises vibrations des gens.

Question : Est-ce pour la même raison que vous ne devez pas montrer vos pieds en face d’un Guru ?

Réponse : Non, c’est plutôt une question de respect. On n’étend pas ses pieds devant un Maître, ou bien ils sont croisés, ou bien on les cache. Mataji ne fait pas attention à ce genre de choses, c’est plutôt une question de respect, c’est une coutume indienne.

Question : Pourquoi cacher ses pieds devant un Guru ?

Réponse : Parce que les pieds sont une partie assez humble du corps et, qu’ils touchent la terre, ils peuvent être en contact avec des choses malpropres, etc.

Question : Ce n’est donc pas pareil pour les pieds du Guru, puisqu’on les touche ?

Réponse : Là c’est différent, parce qu’à part le gros orteil des Maîtres, en Inde on croit que la force spirituelle du Maître peut être reçue par là. Ces choses doivent vous paraître bien étranges ! Ce n’est d’ailleurs pas très important.

Question : au sujet des couleurs perçues dans la méditation ?

Réponse : Il ne faut pas attacher d’importance aux couleurs que l’on peut percevoir dans la méditation. Quand on voit des couleurs on ne doit pas y faire attention. Il faut aller au-delà. Donc ne vous concentrez pas sur les couleurs, laissez les couleurs être là sans essayer de les chasser, mais tâchez d’aller au-delà. Si vous voyez des couleurs, cela prouve que vous progressez, mais c’est encore un stade assez peu avancé, donc, ignorez les couleurs.

Je voudrais mettre les choses très au clair à propos de cette notion de Dieu. Dans vos Écritures il est dit qu’avant la Création, Dieu Seul existait. Et les Écritures disent également que Dieu est omniprésent, Il est partout. A partir de là je voudrais vous prouver que toutes les Formes Divines adorées dans différents cultes sont les mêmes. Tout d’abord Dieu Seul existait au commencement, Dieu Seul. Et pourtant I1 s’est engagé pour la Création, l’Univers tout entier est créé. Si Dieu Seul existait, avec quoi a-t-il créé cet Univers ?

Question : Les Écritures disent : L’Esprit de Dieu.

Réponse : Évidemment ce n’est pas la forme qui existait, c’est l’Esprit. L’Esprit Seul existait, avec quoi a-t-Il pu créer ? Imaginez que dans le monde il n’y ait qu’un seul métal l’or, absolument que l’or. Vous allez dans différents pays, dans différents magasins et vous trouvez des articles faits en métal. Est-ce qu’il est nécessaire dans chaque boutique de demander de quoi ces articles sont faits ? Vous savez très bien qu’ils sont tous en or puisque seul l’or existe. Automatiquement c’est clair pour vous puisqu’il n’y a que l’or comme métal dans le monde. Et dans différents pays vous trouverez différents articles faits avec cet or. Et c’est évident puisque vous savez que l’or existe seul et que ce que vous voyez est fait en métal.

Donc si l’Esprit de Dieu existait avant la Création, il est bien évident que c’est à partir de Lui-même qu’Il a créé le monde, puisque Lui Seul existait. Tout dans cet Univers a été créé à partir de Lui et tout dans cet Univers procède de Dieu. Donc nous avons raison de dire que par essence nous sommes tous à l’image de Dieu.

Question : Il est difficile de comprendre qu’au début tout partait de quelque chose de totalement pur. Comment alors se fait-il que lorsqu’elle entre dans le monde, elle se manifesta en plusieurs objets ?

Réponse : Selon la philosophie hindoue il y a la Conscience non-manifestée. Mais la Création, le processus de la création s’accomplit par le truchement des trois énergies, des trois Gunas : Sattva, Rajas et Tamas. Nous pourrons en reparler plus tard en détail si vous le désirez. Donc cela dépend de l’énergie particulière qui se trouve dans tel objet, cela peut être l’énergie la plus subtile qui prédomine et il peut y avoir au contraire l’énergie la plus dense, la plus grossière. Ainsi une pierre, du métal, ont l’énergie la plus dense, c’est-à-dire l’énergie tamasique. Bien sûr la Conscience Divine est partout et cette Conscience n’est soumise à aucun changement. Il faut que vous compreniez très clairement que le processus de la Création n’a en rien changé cette Conscience qui demeure immuable. Pendant la Création elle n’augmente pas et, au moment de la dissolution de l’Univers, elle ne diminue en rien. Il n’y a rien au-dessus de cette Conscience, tout se passe en Elle et pendant la Création Elle ne change pas. Mais il y a une Force Subtile que nous appelons « Maya » qui est constituée de ces trois énergies et c’est cette Force Divine qui est responsable de la Création. En quelque sorte la Conscience Absolue, dont nous disions qu’Elle crée à partir d’Elle-même, ne fait que donner l’impulsion.

Ramakrishna donna cet exemple : Il y a une grande fête à l’occasion d’un mariage et c’est le propriétaire de la maison, dans laquelle a lieu la fête, qui est responsable. Il est assis dans un coin et tout ce qu’il fait est de donner des ordres. Il ne bouge absolument pas, il reste assis sur sa chaise. Tout le monde tient à s’activer, à arranger les tables, préparer les plats, s’occuper des fleurs, des plantes, etc. Donc l’impulsion vient de lui, mais lui n’agit pas, il fait agir autour de lui. De la même façon la Conscience Divine n’agit pas. Car ce que nous appelons « Conscience Divine » est sans commencement, sans fin, Elle est éternelle, immuable, impérissable, sans couleur, sans forme, sans attribut. C’est extrêmement difficile à concevoir. Sans une prise de conscience directe ce n’est pas possible. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de donner des explications approximatives.

Pour vous donner un autre exemple, imaginez que vous n’avez jamais goûté à quelque chose de sucré. Vous avez mangé de tout, mais vous n’avez jamais goûté à quelque chose de doux. Moi, je mange un bonbon et je veux vous expliquer ce que c’est. Comment puis-je vous faire comprendre ce qu’est le goût du sucré ? Je peux vous dire que ce n’est pas acide, que ce n’est pas amer, que c’est très agréable, mais tant que vous n’y avez pas goûté vous-même, je ne peux absolument pas vous faire comprendre ce que c’est. Pour apprécier le sucre, il faut que vous le mettiez dans votre bouche.

C’est la même chose avec la Conscience Divine. Si vous n’en prenez pas conscience, si vous ne La Connaissez pas, il est impossible de vous La décrire. C’est la raison pour laquelle les gens préfèrent s’adresser à une forme divine, parce qu’elle imprègne le cerveau. Et pourtant, il a la notion d’une chose insaisissable.

Question : La Conscience Absolue contient-Elle les trois Gunas ou les imagine-t-elle ?

Réponse : Non, la Conscience Suprême n’a pas ces trois Gunas. Il y a des moments où cette Force est impliquée par Elle dans la Création et alors apparaissent les trois Gunas.

Ainsi les Dieux, les Formes Divines que nous adorons, sont considérés comme des manifestations. Tout ce qui est appréhendé par les sens appartient à la manifestation. Nous pouvons en avoir une vision. Mais ce n’est pas le degré ultime de conscience, car même les manifestations Divines sont un peu denses par rapport à la Conscience Divine. On les considère comme un Sattva particulièrement pur (Sattva est le Guna le plus pur), le plus pur qu’il peut y avoir.

Je vous ai dit que la pierre est pleine de Tamas, mais ce qu’il faut que vous compreniez, c’est qu’aucun des trois Gunas ne peut être absolument pur. Il ne peut y avoir que du Sattva pur, du pur Rajas et du pur Tamas. Bien que leurs qualités soient complètement différentes, et que ces qualités puissent se manifester, elles se manifestent avec une certaine prédominance et ne peuvent pas être les seules constituantes pures de quelque chose. Autrement dit, il y a une petite trace des autres Gunas lorsqu’il y a un Guna qui prédomine.

Reprenons l’exemple de la pierre qui est tamas, mais néanmoins elle contient une trace de Rajas et une trace de Sattva. Dans le cas d’un animal on a plus de Rajas, c’est le Rajas qui prédomine avec une certaine quantité de Tamas et un peu de Sattva. Et quand on en arrive au niveau de l’homme, il y a davantage de Sattva, du Rajas et un peu de Tamas. C’est pourquoi ces trois règnes présentent des qualités tout à fait différentes. La pierre est inerte à cause du Tamas, si les animaux sont agités, c’est à cause de Rajas et l’homme est doué d’un intellect et d’un pouvoir de discrimination à cause de Sattva. Et lorsque vous arrivez aux manifestations les plus subtiles, les plus élevées, c’est du pur Sattva, c’est la seule chose qui soit pur Sattva, sans qu’il y ait ni du Rajas, ni du Tamas.

Question : Mataji disait que rien n’est jamais tout à fait pur et que dans chaque Guna il y a des traces des deux autres qui ne sont pas prédominants. Dans le Tao il y a le Yin et le Yang, mais chacun contient des traces de l’autre. Le Tao peut-il être considéré comme la représentation de la manifestation ?

Réponse : Mataji ne connaît pas très bien ce sujet, mais sous le rapport du Yin et du Yang c’est semblable et cela peut représenter la manifestation.

Question : N’y a-t-il pas d’Absolu dans la manifestation, c’est-à-dire dans la forme ?

Réponse : Sans un écran de cinéma vous ne pouvez avoir une image, tout est projeté sur cet écran. L’Absolu est comme cet écran, c’est-à-dire que sans Absolu il ne peut y avoir aucune manifestation. Si vous enlevez l’écran de cinéma vous ne voyez plus de film et si vous mettez l’écran vous verrez du feu, des inondations, mais pourtant l’écran ne brûle pas, l’écran n’est pas mouillé quoique tout se passe sur l’écran. C’est exactement comme cela. Et pendant la projection du film vous oubliez qu’il y a un écran, vous avez vraiment l’impression que tout se passe là, l’écran est oublié. C’est la raison pour laquelle les spectateurs sont quelquefois excités par un film, ils pleurent ou rient, etc. Mais si vous gardez constamment à l’esprit qu’il y a un écran, vous n’aurez pas d’émotions, vous comprendrez que ce n’est qu’une apparence sur l’écran. C’est lorsque vous oubliez l’écran que vous avez des sentiments de peur, de joie, etc., et que vous êtes impliqués dans le film projeté. Essayez un jour, lorsque vous irez voir un film, de garder sans cesse à l’esprit qu’il y a un écran et que les incidents sont seulement projetés sur l’écran, et vous verrez que vous ne serez pas du tout en proie aux émotions.

C’est la raison pour laquelle nous méditons, c’est pour garder la conscience permanente de l’écran, afin de ne pas être déséquilibré affectivement, psychiquement.

Pensons maintenant que le film est une réalité et tout changement qui se produit nous apparaît comme la réalité. Tous ces changements ne sont qu’à un niveau tout à fait superficiel, la réalité en vous ne change jamais, Il est éternel, il est immuable, il est permanent. Et c’est parce que vous pensez que vous êtes impliqué dans les changements que cela vous affecte Donc si vous êtres sans cesse conscients que vous êtes cette Conscience immuable, parfaite, absolue, éternelle, vous considérez tous les événements comme une pièce de théâtre, comme un film. Shakespeare a écrit que le monde entier était une scène de théâtre et que nous en étions les acteurs. Seulement il faut que nous jouions notre rôle parfaitement. Si nous ne jouons pas notre rôle correctement, exactement comme dans une pièce de théâtre, il y aura confusion. C’est cela la vie spirituelle. Comprendre la valeur réelle de toutes choses et faire réagir notre esprit correctement.

Si quelqu’un n’est pas d’accord vous pouvez poser des questions, n’acceptez pas aveuglément ce que je dis. Je ne voudrais pas que vous discutiez de tout cela entre vous après nous avoir quittés en disant : « Ce qu’elle a dit n’est pas juste… » etc.

Question : Vous avez dit qu’au début il y avait l’Esprit de Dieu non-manifesté et ensuite manifesté.

Réponse : Il n’y a pas de division, c’est cela le problème. Maya est aussi un aspect de la Conscience Divine et c’est cet aspect qui apparaît lors de la Création, mais c’est complètement enrobé, inhérent à la Conscience Absolue, il n’y a rien en dehors de cette Conscience, absolument rien.

Question : Peut-on dire qu’il y a un degré moindre de la Conscience Absolue dans la pierre ?

Réponse : Non, la Conscience Absolue est toujours la même, mais c’est la manifestation de la Conscience qui est moindre. Les pierres ont cette même Conscience Absolue, mais elle est recouverte de ces vibrations grossières qu’on appelle Tamas. En conséquence elle nous est complètement cachée, nous n’en avons pas du tout conscience. Autrement dit, c’est la prise de conscience qui est bien moindre, car les scientifiques ont trouvé que même les pierres, que même dans la matière dense, il y a un tourbillon énergétique et, en Inde, les statues des Dieux sont faites de métal et bien sûr on ne peut pas voir le Divin dans tout cela. Mais il y a des types de récitations de mantras, c’est-à-dire que vous créez un type de vibrations très puissantes, si bien que les vibrations tamasiques sont changées en vibrations sattviques. Et chaque fois que l’on installe une statue, on procède à ce rite spirituel qui se prolonge pendant quelques jours. Si bien que vous transformez ce métal tamasique en quelque chose de sattvique. Et certains disent que lorsque vous continuez ce rite pendant un certain temps les statues se mettent à parler. Car les Gunas sont interchangeables. Tamas peut être changé en Rajas et Rajas en Sattva. En fait c’est ce que nous essayons de faire dans la vie spirituelle, transformer le Tamas en Rajas et enfin, le stade ultime, transformer le Rajas en Sattva.

Questions : Lorsqu’on a changé le Rajas en Sattva est-il possible de régresser et que Sattva redevienne Rajas ?

Réponse : Oui, cela est possible. C’est sous l’influence de Sattva que vous avez envie d’accomplir des actions nobles. C’est-à-dire que vous voulez être complètement généreux, altruiste et toutes ces choses qui sont nobles. Et lorsque vous agissez ainsi vous attirez les gens vers vous sans que vous le cherchiez. Sattva a une force magnétique, si bien que, sans qu’ils le sachent, les gens sattviques attirent les autres. Les gens sont ainsi attirés vers vos nobles qualités.

Une des faiblesses humaines, profondément enracinées, c’est de vouloir être apprécié par les autres. Si bien que lorsque les gens chantent vos louanges, vous vous sentez heureux et alors, si vous ne faites pas très attention à ce que vous faites, vous commencez à le faire pour obtenir l’admiration des autres et non pas pour des raisons sattviques, pour simplement aider. Et lorsque cela se renforce en vous, le Sattva est redevenu Rajas et quand Rajas prédomine, vous n’hésitez pas à faire certaines choses pas très correctes pour continuer à avoir l’admiration des autres. Alors que lorsque vous êtes tout seul, vous ne cherchez pas à faire des actions généreuses et ce n’est que lorsqu’il y a des personnes pour vous admirer, que vous agissez de manière désintéressée. Tout cela se renforce de plus en plus, et il arrive un moment où vous êtes prêt à faire n’importe quoi pour recueillir l’admiration des autres et leurs éloges. Et ensuite vous n’hésitez pas même à les détruire. Cela se voit dans le domaine politique. Là vous êtes descendu de Rajas en Tamas. C’est donc tout à fait possible de régresser. Il faut sans cesse être très vigilant. C’est pourquoi, dans la vie spirituelle, vous devez bien réfléchir à la motivation de tout ce que vous faites. Les motivations sont beaucoup plus importantes que les actions elles-mêmes.

Question : L’enseignement de Mataji est très près de l’enseignement de Teilhard de Chardin qui dit qu’il y a une évolution également dans le règne minéral qui peut accéder au règne animal et finalement au règne humain pour atteindre l’Oméga qui est le point de réalisation, du supra-conscient. Au sujet de la motivation des actions, que se passe-t-il au niveau des effets secondaires que l’on n’a pas voulus et qui n’étaient pas prévus ?

Réponse : Si la motivation est correcte, les effets qui en découlent sont nécessaires et il faut les accepter. Si la motivation est juste au départ et que les effets sur les autres sont mauvais, l’essentiel pour vous est de savoir que la motivation était juste. Le critère pour juger une motivation c’est de vous demander si ce que vous voulez faire est pour la satisfaction de votre ego ou bien si cela a pour but le bien de tous. Vous pouvez aider quelqu’un et les gens autour de vous pourront penser que vous êtes extrêmement égoïste, mais vous pouvez très bien au fond de vous-même vouloir aider cette personne. Plus tard, un jour ou un autre vous en retirerez un bénéfice quelconque. Ou bien : « J’ai aidé cette personne et je vais pouvoir lui demander un service », il peut y avoir de nombreuses motivations. Donc autant que possible, naturellement ce n’est pas possible d’être parfait, mais autant que possible faire en sorte que ce ne soit pas pour satisfaire votre ego.

Question : Peut-il y avoir en même temps plusieurs motivations pour une même action ?

Réponse : Oui, c’est pourquoi vous devez observez vos propres pensées avec beaucoup de discrimination. Le mental a le talent de cacher les motivations pas souhaitables. Donc il faut être extrêmement honnête envers vous-même et les observer très attentivement.

C’est exactement cela qui nous fera avancer dans la vie spirituelle. Ce n’est pas d’être assis simplement les yeux fermés et de faire des asanas et du pranayama, de réciter des mantras. Bien sûr cela est très important, cela aide beaucoup, mais le plus important c’est, si vous faites de la méditation, des asanas, du pranayama, d’agir correctement dans la vie. Sans cela ça ne sert à rien.

Question : S’agit-il d’actions gratuites, sans propos particulier ?

Réponse : Oui, c’est très important ! Je voulais précisément parler aujourd’hui de la manière dont nous devons agir, de la manière la plus désintéressée possible.

Question : Il faut donc vivre pour aider les autres et non pour son bénéfice personnel ?

Réponse : Mais ce faisant, si vous vivez pour aider les autres, vous en tirerez vous-même un bénéfice. Par exemple vous faites de la charité, vous pouvez vous sacrifier vous-même pour aider les autres, vous ne le faites pas pour un bénéfice personnel. Mais vous pouvez être assuré que vous ne trouverez jamais des difficultés. Car la charité que vous faites vous la mettez dans la banque de Dieu et le chèque vous parviendra de quelqu’un d’autre. Bien sûr vous ne devez pas être charitable dans le but de recevoir le chèque !

Pourquoi le chèque de la banque vous revient-il ? C’est parce qu’il y a une continuité de conscience et les vibrations que vous envoyez vous reviennent. Les vibrations peuvent se matérialiser, elles peuvent donc revenir sous forme matérielle. Quand vous envoyez un mandat télégraphique il n’y a que le son de la transmission. Mais de l’autre côté cela se matérialise en argent, en espèces. Si vous envoyez de mauvaises vibrations, vous récoltez de mauvaises vibrations.

Réponse à une question sur la manifestation : Il y a un cycle de manifestation qui est éternel, c’est-à-dire qu’il y a périodiquement des manifestations, c’est ce qu’on appelle : Création. Puis il y a résorption, c’est ce qu’on appelle « déluge », dissolution. Et c’est ce cycle là de création et de résorption qui est éternel. Entre deux cycles il y a des périodes intermédiaires pendant lesquelles il n’y a pas de manifestation, pas de création, il n’y a que la Conscience non-manifestée, l’Absolu et la Conscience non-manifestée. Donc on ne peut pas dire que cela diminue.

Question : Au début il y a une manifestation et petit à petit…

Réponse : Il n’y a pas de début puisque c’est éternel.

Question : Au début d’un cycle ?

Réponse : Prenez ce cycle-ci. Imaginez qu’aujourd’hui ce soit le jour de la dissolution et il y a ici des gens qui ont des tas d’évolutions différentes. Les corps se désintègrent et les cinq éléments dont ils sont constitués rejoignent les éléments universels ; les pranas se désintègrent et retournent au Prana universel. Mais toutes les impressions mentales subconscientes demeurent dans la Conscience non-manifestée. Ce sont ces impressions qui déterminent le degré de votre évolution. Elles demeurent exactement comme les particules d’or dans la cire. Cela a l’air d’être uniforme, mais lorsque la cire fond, les particules d’or se séparent.

Alors quand le cycle suivant de création commence, les impressions mentales subconscientes commencent à sa manifester sur le plan humain, exactement comme elles étaient au moment de la dissolution. Donc l’évolution repart à des niveaux différents selon les degrés d’évolution de chacun. Il y a une évolution constante pendant le processus de la création. Elle demeure statique au moment seulement où il n’y a pas création, entre deux cycles. Et, en même temps, les minéraux deviennent légumes, végétaux, les végétaux deviennent animaux et les animaux humains. Il y a dans ce sens là un constant processus dans l’évolution.

Question : De manière générale, sans prendre en considération l’individu, y a-t-il évolution d’un cycle à un autre ?

Réponse : Quand on est arrivé au point ultime d’évolution, cela signifie que l’on est identifié à l’Absolu, c’est l’évolution finale.

Question : Étant donné que le processus est éternel, rien ne subsistera finalement ?

Réponse : Cela n’arrivera jamais que tout soit dans ce stade final, car il y a différents plans, les minéraux deviendront animaux, les animaux humains, cela se poursuivra toujours. Et également les gens reviennent à cause du karma qu’ils fabriquent. Originellement tout était immergé dans la Conscience Absolue et finalement cela sera également comme cela. C’est ce que nous pouvons penser.

C’était également l’opinion du Pape. J’avais un entretien privé avec le Pape Pie XII et je lui posai une question à ce sujet. Il m’a répondu : « Nous croyons que cela se produira un jour, mais les gens ne sont pas prêts. Nous ne devons donc pas essayer d’accélérer le processus, nous arriverons à une religion universelle ». Et les chercheurs disent qu’il n’y avait à l’origine qu’une seule religion.

Question : Mais finalement tous ces cycles de manifestations en eux- mêmes sont une illusion ?

Réponse : Je ne désire pas dire cela, parce que c’est trop difficile à imaginer et que cela ne peut que semer la confusion. Pour comprendre cela il faut avoir un fond de connaissance très étendues et savoir pas mal de chose.

Question : Mataji dit qu’entre les cycles les particules d’or se séparent de la cire fondue. Ne deviendront-elles pas une seule chose ?

Réponse : Cela n’arrivera jamais parce que c’est un processus éternel. Le but c’est l’évolution de chacun, il y aura toujours des gens à différents stades d’évolution, puisque les végétaux deviennent animaux, animaux marins d’abord, puis les animaux deviennent humains, etc. Si on pense aux différents yugas, nous sommes à l’âge de fer en ce moment- ci qui est particulièrement négatif. Mais il y avait autrefois l’âge d’or, le Sattya yuga. Il y a des différences d’époques très longues effectivement, mais il ne peut pas y avoir d’uniformité totale. Il peut y avoir de plus en plus de particules d’or. Dans la manifestation, tout passe par trois stades : création, préservation et destruction. Toute manifestation est soumise à ce processus. Bien que les particules d’or puissent augmenter, il y aura un moment de régression qui sera Kali Yuga et ensuite reviendra le Sattya Yuga avec davantage de particules d’or. En ce moment nous sommes au stade où il y a plus de cire et moins de particules d’or !

Question : C’est donc sans espoir et il est inutile de chercher à progresser ?

Réponse : Les gens dans l’âge de fer sont plus tamasiques, plus ignorants, mais si vous vous servez de votre pouvoir de discrimination et que vous menez une vie spirituelle, tout est possible. Mais les gens ne sont pas portés naturellement vers cela.

Question : D’une part il y a ce processus universel qui régit tout et, d’autre part il a la discrimination individuelle. Y a-t-il une certaine liberté, un libre-arbitre ?

Réponse : C’est en effet le processus naturel, mais nous avons cette faculté merveilleuse de discrimination que seuls possèdent les êtres humains. Si vous vous servez de ce pouvoir, de cette faculté, vous avez une chance d’évoluer et de ne pas être entraîné dans le mouvement général. Ce n’est pas une chose absolument déterminée, à laquelle vous ne pouvez pas réagir. Il y a différents stades d’évolution, il y a certaines personnes qui sont capables d’entendre certaines choses, de les comprendre, et il y a d’autres gens qui écoutent, mais qui ne peuvent encore comprendre. Ce sont différents niveaux d’évolution.

Question : Comment est-il possible qu’une pierre devienne légume ?

Réponse : Êtes-vous allé en Israël ? Il y a là-bas des arbres de l’époque du Christ et le tronc est devenu une pierre. Si un arbre peut devenir pierre, une pierre peut devenir arbre. C’est uniquement une question de changements de vibrations, tout est question de vibrations. Évidemment il n’est pas possible de voir subitement une pierre se transformer en arbre. C’est la voie naturelle de l’évolution. Tout dans l’Univers tend vers cette évolution, mais les êtres humains par leur manque de discrimination et de compréhension retardent cette évolution. Si nous vivons comme un animal nous retardons ce processus.

Question : On ne peut voir un être humain devenir pierre ?

Réponse : C’est très rare. A la limite, oui, il y a des histoires qui en parlent.

Question : Lorsque vous avez vu le Pape, avez-vous senti qu’il était d’accord avec la philosophie hindoue ?

Réponse : Oui, c’est ce que j’ai pensé. Le Pape Paul VI est allé en Inde, il aime les Indiens.

Question : Peut-on imaginer quelque chose au-delà de la supra-conscience ?

Réponse : C’est l’état de conscience ultime. Au-delà de l’ultime il ne peut rien avoir. C’est la Conscience Unique qui n’est pas due à une cause. Et tout le reste dérive de cela. C’est la Conscience Absolue ou la Conscience Divine, non-manifestée. Elle n’est pas dans le monde.

Question : Alors ce n’est pas au niveau de l’atome ?

Réponse : Non, non, bien au-delà.

Question : A-t-on conscience de cet état ultime dans le Kalpasamadhi ?

Réponse : Mataji a parlé de deux sortes de Samadhi, Nirvikalpa, l’ultime, dans lequel on est confondu avec la Conscience Absolue, et Savikalpa. Alors je (Nada) lui ai demandé si, dans le cas de Savikalpa Samadhi qui est relativement fréquent, il y avait une prise de conscience de cet ultime, ultime aboutissement, et Mataji dit :

« Oui, on n’est pas dans cet état de conscience soi-même, il y a encore dualité. Mais on en prend conscience de manière fugitive et plus ou moins longtemps, mais on revient à soi. Il y a toujours dualité, c’est la différence entre les deux Samadhi. On peut tout de même être plusieurs heures dans cet état de conscience, et on revient. C’est l’illumination, mais pas l’illumination finale. De toute façon c’est complètement vertigineux ! »