Frédéric Lionel : Europe, humaine aventure


18 Mar 2011

(Revue Panharmonie. No 164. Novembre 1976)

En Europe tout semble à la mesure de l’homme. Rien n’est écrasant, les plaines, les montagnes, les fleuves, le climat offrent malgré des différences marquées, une certaine homogénéité ; un certain équilibre, ce qui explique peut-être, cette recherche de l’harmonie qui a caractérisé la civilisation éclose sur son sol.

Une civilisation n’est pas, comme le pensent certains, la somme des moyens dont disposent une communauté, mais l’ensemble des relations qui unissent l’homme à l’Univers.

L’Univers de l’homme, dit le Sage, ressemble à un collier de perles. Séparées les unes des autres, les perles n’ont pas d’unité. C’est le fil qui la leur donne. Pour l’univers des hommes, ce fil est la Loi Divine qui unit leurs consciences et cette unité est leur couronne glorieuse.

Pour comprendre l’aventure humaine qui eut l’Europe pour théâtre, parcourons sur un planisphère cette longue bande de terre, qui va des rives du Gange aux sables dorés des plages de l’Atlantique, à l’extrême pointe de la péninsule ibérique.

Oublions le temps et imaginons pêle-mêle les migrations, invasions, interpénétrations des peuplades jaunes, noires, rouges et blanches, qui eurent ô miracle, le don de donner naissance, non à l’unité de l’Europe, vœux pieux toujours remis à demain, mais à son génie particulier dont parlent les documents égyptiens, grecs, latins, chinois, perses, arabes et j’en passe.

Ce génie particulier s’exprime très tôt en Grèce, et ce qu’on est convenu d’appeler le miracle grec a profondément influencé la civilisation dont nous sommes les héritiers. Grâce à la Grèce, l’Europe est la pépinière d’hommes entraînés à cultiver la réflexion, à promouvoir les arts, à assimiler les courants de pensées, à exploiter pour les meilleures fins d’une culture, les conquêtes, les luttes et l’affrontement des religions dont ce continent fit et fait l’expérience.

L’homme est témoin et acteur sur la scène du monde, appelé à créer en ce monde et par cycles renouvelés, par la confrontation des efforts, par l’intégration des courants de pensées, par l’exploration de son univers, de nouvelles ébauches de civilisations toujours plus avancées, car l’avance de toute civilisation est en relation étroite avec l’état spirituel d’une société humaine, devant tendre vers une ordonnance apte à promouvoir un épanouissement, correspondant aux moyens des hommes qui la composent, moyens qui ne sont pas égaux pour tous.

Le génie de l’Europe, sa mission, sa raison qui se confond avec celui des hommes dont elle est ou fut la patrie, enfanta l’humanisme en acceptant le postulat que l’homme porte au plus profond de lui comme un dépôt sacré, l’étincelle divine qui fera sa gloire et son triomphe, quand il la laissera rayonner en lui et sur toute chose.

L’acceptation de ce postulat conduisit l’Europe à se sentir missionnée à porter son génie au-delà des mers. Elle s’efforça de conquérir le monde en oubliant sa mission, celle d’unir les apports de l’Orient et les apports de l’Occident pour préparer l’humanité à l’ère de Justice, non pas celle des hommes, mais celle des dieux qu’annonce le signe zodiacal du Verseau.

Ne nous leurrons cependant pas, en nous imaginant d’entrer de plein pied en ce qui est convenu d’appeler l’âge nouveau. La passé génère le présent et notre compréhension d’aujourd’hui est le fondement de ce qui sera demain. Etablissons les prémisses d’un humanisme adapté au rythme de notre époque, sans pour autant négliger la manifestation des pouvoirs spirituels dont l’homme a le dépôt, et sans oublier les étapes de la fabuleuse aventure humaine à laquelle nous avons participé. Il faut l’oublier d’autant moins que nous avons dans chacune de nos cellules, dans chacune de nos pensées, dans chacune de nos impulsions, inscrite de façon indélébile dans les neurones de notre cerveau, une vue globale de ce qui fut pour être ce qui sera.

Pénétrons les arcanes de cette extraordinaire bibliothèque dans laquelle puise notre intelligence, car pour lire « en-dedans », sens étymologique du terme « intelligere », il faut l’œil de l’Esprit. Lui seul perçoit l’Essentiel.

« La nature de l’Univers plie, tourne et fait rentrer dans l’Ordre de son plan, tout ce qui est contraire ou y existe, sans que personne n’ait le droit de se plaindre qu’il y ait de l’iniquité dans ce qui se fait par la Loi ».