Michel Camiade : Évolution et axes zodiacaux


21 Oct 2017

(Revue Le chant de la Licorne. No 18. 1987)

Cette étude a pour but de proposer quelques éléments de réflexion sur l’évolution de la vie, sur les différentes manifestations de l’énergie telles qu’elles sont exposées par la recherche, tant orientale qu’occidentale, et au parallèle qu’il est possible d’établir avec les axes du zodiaque.

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L’énergie vibratoire est la réalité la plus universelle qui soit. Le fait de ne la percevoir grossièrement que par ses effets ne nous autorise pas à la nier. Une lampe qui s’allume révèle le phénomène d’électricité, nos poumons qui s’ouvrent spontanément accueillent la réalité invisible de l’air. L’homme, en tant que matière visible, est de l’énergie condensée, à la différence de ses véhicules subtils (éthérique – émotionnel – mental) qui ont une densité vibratoire beaucoup plus ténue, donc seulement discernable par des sens affinés. Même ce que l’on a coutume d’appeler le vide, l’espace, est constitué d’atomes qui créent en permanence des champs de force et des phénomènes magnétiques. Remontant l’échelle des manifestations de l’énergie, de la matière palpable jusqu’aux particules nucléaires – lesquelles ne sont que le terme reconnu par la science à ce jour -, nous est posée la question de son origine.

De Dieu au Tao

Se référant en premier lieu à la Genèse, on remarque au commencement la création-condensation de la forme, ou involution de l’Esprit dans la matière ; ensuite insufflation de la vie : phase animée, graduelle et balbutiante du retournement. La créature accède au pouvoir indu de la connaissance, chute, et ainsi échappe en partie à son créateur, lequel doit intervenir pour corriger son œuvre (l’Arche de Noé). Ceci correspond à la mise en œuvre de la Destinée mûre, ou impératif absolu d’assumer l’inertie matérielle. Enfin, intervient le développement de la conscience, accélérateur de l’évolution ou retour effectif de la créature dans le sein du créateur (le symbole de l’Enfant prodigue). Apparait l’Épigenèse, autocréation par abandon successif des formes périmées, chez l’individu (ontogenèse) comme dans l’espèce (phylogenèse). L’impulsion énergétique, ou Verbe divin, a donc déployé ses vagues jusqu’à créer des formes de plus en plus denses.

Selon la tradition taôiste, de l’origine absolue innommée a émergé un souffle pur qui est monté et a formé le ciel. Se troublant, il est descendu et a constitué la terre. Cette essence originelle, intégrée en chaque individu, est la réserve primordiale connue sous le nom d’énergie ancestrale (figure 1). Avec sa double composante phylogénique et ontogénique, elle est appelée à décroître, à s’user tout au long de l’existence, n’étant renouvelée ni par l’alimentation, ni par la respiration. Tout au plus est-il possible de contrôler cette déperdition par les exercices, taôistes ou tantriques, de maîtrise des fonctions vitales et psychologiques, notamment par le souffle (Tai-Chi-Chuan, Chi-Kong, etc).

(EXTRAIT DE FAUBERT : « TRAITÉ D’ACUPUNCTURE »).

Entropie, Néguentropie

Si cette énergie ancestrale et si la matière qu’elle habite sont destinées à décroître, ce ne peut être qu’au profit d’une qualité autre, fruit de ce processus de dégradation. Il n’y a pas de mort mais plutôt des transformations successives. La forme ne peut que se sublimer et laisser la vie libérer de la conscience – transfigurer. Plus la matière décroît et plus elle devient probable, conformément à la loi d’entropie : l’énergie se dégrade en chaleur, puis refroidissement progressif : inertie, organisation, structuration. Dans le même temps, la conscience croît et c’est la montée vers l’improbable : l’expérience du temps crée raison, complexité, concentration. C’est ce qui se produit, bien que de façon « végétale », dans le cycle de la plante : la forme doit se détruire pour donner la vie ; la fleur doit se faner pour libérer la graine. Dans l’homme, forme et vie doivent se détruire pour engendrer la conscience. L’absorption organique nourrit de sa décroissance la réflexion consciente. C’est un mouvement d’autocréation qui apparaît, avec la pensée évolutive, néguentropique (figure 2).

Le physicien Jean Charon donne un éclairage atomique à la dualité Esprit / matière. Les particules qui composent le noyau (protons – neutrons) sont la matière brute de l’atome, matérialisent le désordre entropique et constituent le visible, alors que l’électron dans sa course périphérique est porteur d’esprit, invisible, et accroît continuellement son niveau de conscience en tendant vers toujours plus d’ordre (néguentropie). Le monde visible, y compris notre corps, est l’orchestre, qui sert à interpréter la symphonie de l’Esprit, invisible. L’être animé est un transformateur plus ou moins complexe de l’énergie universelle, dont il doit entretenir les lois d’harmonie dynamique ; ces lois imposent à l’instrument – le corps – d’être de mieux en mieux accordé aux vibrations inspiratrices, de façon à ce que l’idée qui va passer et s’exprimer par ce vecteur puisse être dégagée et créer de l’information. Exactement comme la musique-idée a besoin de la caisse de résonnance-corps pour être révélée. Mais on ne peut pas confondre ni réduire l’idée à l’instrument, de même que le sens de l’évolution de l’âme est distinct et irréductible au corps qui la supporte et la nourrit, spirale dans laquelle s’ajustent en permanence la résonance et le raisonnement, la Lune du Cancer et Saturne du Capricorne.

Cheminement Zodiacal

Introduisons donc ici l’astrologie et les axes du zodiaque. Nous avons vu que l’énergie engendre de la chaleur, le mouvement rapide des électrons, dans l’atome, caractérise une fonction « jeune «, développe un fort potentiel d’activité, lequel produit une élévation de la température. Les trois premiers signes du zodiaque se distinguent par : le bouillonnement mobilisateur, l’individualité brute et dynamique (Bélier), rassemblant, pour durer et subsister, des matériaux affectifs, sensoriels (Taureau) puis mentaux, informatifs (Gémeaux). Le Cancer, conformément à la cohérence interne du système global, est une étape d’agrégation, d’assimilation et d’installation dans un contexte sûr ; il absorbe la vie, capte le milieu par osmose. Sur le plan de la phylogénèse, c’est l’instinct grégaire, l’immersion dans un groupe-matrice, avec enracinement dépendant, nourricier, protecteur, générique ; Au plan de l’ontogénèse, le développement de l’individu lui permet de s’installer sur des fondements personnels, sensibles et intuitifs, exprimables sous la forme d’une créativité féconde. Il s’ensuit que, selon le niveau d’éveil, la base opérative peut être recherchée à l’extérieur ou à l’intérieur de soi, la séparation étant très floue entre le moi et l’entourage nourricier.

Ce signe est un carrefour entre les deux composantes de l’énergie ancestrale : les fonctions individualisantes, ontogéniques (essence énergétique, Tsing-Tchi) issues des trois signes précédents, rencontrent un « terrain » énergétique collectif, racial, phylogénique (énergie originelle, Yuen-Tchi). D’où l’importance de la filiation pour le Cancer, des fondements impersonnels et inconscients de l’individu : matière neuve, pâte informelle, mouvante, plastique, improbable, en voie d’organisation biopsychique ; les rapports avec l’absorption, le stockage, la nutrition, la chaleur dilatante, le bien-être. La Lune est la planète de l’enfance : l’énergie disponible est énorme, en plein déploiement, mais elle est aussi saturée d’elle-même et de subjectivité (Cancer-Lion), en cela inversement proportionnelle à la conscience qui, elle, est au minimum, dans un milieu chaud et humide qui autorise toutes les croissances vitales dans la réceptivité, la passivité, l’attente, voire l’abandon.

De l’état de germe (Bélier) à l’état de fleur (Cancer), la plante doit donner sa vie pour donner la vie. De même, l’entropie de la matière organique dégage la néguentropie de l’Esprit. Moins le corps peut répondre à ses instincts vitaux, à ses impatiences organiques, à ses impératifs urgents de préhension / possession, assumer du pouvoir actif, et plus la maturité doit prendre le relais, s’appuyant sur le temps, le dépouillement, la rigueur, la frugalité, la sagesse patiente et lucide, l’organisation rationnelle en économie de moyens, développement d’une conscience élevée et complexe car réduite à l’essentiel. L’émotionnel lunaire du Cancer est comparable à une éponge gorgée d’eau et aux tissus hydratés de l’enfant. Le rationnel saturnien du Capricorne à une éponge pressée, asséchée, donc réduite, et au décharnement de la vieillesse. C’est ainsi que l’on peut comprendre, grâce à la loi d’analogie pourquoi une personne à dominante Cancer éprouve la peur du temps qui passe, s’accrochant au passé, à l’enfance et à l’image-mère, alors que le Capricorne s’épanouit avec la maturité.

Aucun jugement de valeur n’est ici de mise, aucun manichéisme simpliste. Seulement, on observe que les premiers signes, plus primaires, ont probablement pour mission de révéler l’Esprit par sa présence au cœur de la « Materia mundi » alors que les derniers, plus secondaires, doivent incarner une spiritualité qui a tendance à les empêcher de vivre ici et maintenant. Les uns doivent spiritualiser la matière, qui est leur domaine naturel, les autres ont à matérialiser l’Esprit. Ce qui signifie que personne ne détient la solution dans sa nature. C’est au-delà des divisions arbitraires subjectif / objectif, absolu / relatif, temps / espace, matière / esprit, qu’est accessible l’être global (zodiaque-mandala, tout supérieur à la somme de ses parties).

Le Cancer, en absorbant, assure un développement organique apte à générer l’âme, au prix d’une érosion énergétique parfois douloureuse, tandis que le Capricorne, en réfléchissant (dans le sens global du terme), introduit le jugement rationnel à travers le franchissement du seuil de la pensée, élevant l’Esprit au-dessus de la matière qui l’a nourri. A ce sujet, Teilhard de Chardin parle, au niveau des couches planétaires, de biosphère pour la vie organique, animale ou végétative ; de noosphère pour la conscience réflexive humaine et de christosphère pour indiquer le pas suivant qui permettra d’ouvrir, d’universaliser et d’unifier la personne humaine dans sa dimension de communion ultra-personnelle : émergence, par un seuil critique (christique ?) dans un statut essentiel – énergétique, affectif, mental très supérieur à celui de l’expérience humaine actuelle (figure 3). Principe évolutifs qu’ont vécu dans leur corps et dans leurs cellules, entre autres, Sri Aurobindo et Mère.

L’évolution de l’espèce homme tend à une augmentation du volume du cerveau et à une concentration du système nerveux central volontaire (Saturne-Mars-Capricorne), au détriment du bulbe et des fonctions automatiques, réflexes, neuro-végétatives (Lune-Cancer). Les ganglions nerveux « cherchent » à se grouper pour constituer un cerveau de plus en plus complexe. Thèse développée par Teilhard de Chardin : plus loin que la dualité infiniment grand (Poissons) infiniment petit (Vierge), l’homme, intériorisant la matière dans sa conscience, participe d’un sommet de convergence dans l’infiniment complexe. A ce sujet, l’un des grands défis de notre temps réside dans l’utilisation de cet outil mental en maître ou en esclave…

Pour préciser un peu notre propos, envisageons le cas d’un axe Cancer-Capricorne sur le méridien de naissance. Dans la situation apparemment la plus « conforme » : Cancer en IVème secteur et Capricorne en Xème, la trajectoire évolutive fait apparaître des causes de type subjectivité, imagination, psychisme, confort et sécurité, maternage, bien-être émotionnel, immersion dans l’indifférencié, sentiment d’appartenance, de filiation ; le but de l’incarnation (Capricorne – X) révélant la nécessité de s’orienter vers l’objectivité, le dépouillement, l’ambition déterminée et plus que personnelle, la raison et la structure. Cette courte analyse tient compte d’un plan moyen, si cela signifie quelque chose ; l’essentiel est que l’individu repose sur des bases intimes, chaleureuses et protectrices pour se développer socialement vers des réalisations qui lui donnent un statut différencié, dans une hiérarchie rationnellement reconnue et acceptée, et avec une ambition froide, déterminée. Si l’on en vient à retourner cet axe, Capricorne en IVème et Cancer en Xème, il peut sembler a priori plus délicat à appréhender. Cependant, une base rationnelle, faite de certitudes et de repères précis, immuables, répressive, peut demander une direction plus sensible / sensitive, moins autoritaire et ascétique, avec un type de rapports sociaux chaleureux, familiaux, sinon possessifs sur le plan émotionnel. Bien entendu, il serait faux de conclure qu’il y a ici régression : c’est un passage d’une conscience Capricorne moindre, vers une approche Cancer plus élevée. Ces deux situations ne peuvent rien indiquer sur le degré d’évolution consciente des êtres, puisque, beaucoup plus que le schéma zodiacal, c’est la capacité d’éveil disponible qui amène l’individu à correspondre à tel ou tel niveau du modèle archétypal. En effet, on ne lit pas une carte du ciel, sinon ce serait réduire le symbole, ouvert et multivalent, à la dimension étroite et figée du code. Le thème s’interprète, et c’est le dialogue avec la personne qui apporte le deuxième point nécessaire pour étalonner le symbole, l’individualiser. A lui seul, le thème est un plan de base qui ne révèle pas l’élévation verticale spiralée qui, elle, dépend de facteurs tels que le libre-arbitre et l’épigénèse, accélérateurs de l’évolution, ou le déterminisme et la destinée mûre, sources d’inerties. Ceci réduit à peu de chose le travail astrologique effectué par correspondance ou par des programmes informatiques stéréotypés.

Ces exemples n’ont valeur que d’étude sommaire, des éléments plus précis étant tirés de la position de Saturne, de la Lune, du Soleil, ainsi que de l’ensemble du thème dans lequel doivent être replacés tous les détails extraits arbitrairement pour la démarche intellectuelle.

Par définition, une dualité, est une prothèse nécessaire à l’analyse mais qu’il faut savoir rejeter en dernier lieu, pour le passage à l’un, à la convergence subliminale. Ainsi, la situation qui oppose et relie, dans le cadre de cette étude, Cancer et Capricorne, peut être aussi observée à travers l’axe Gémeaux-Sagittaire : comprendre, et connaître. Le travail privilégié des Gémeaux est littéralement de « prendre avec », préhension séparative, qui continue logiquement le domaine de l’avoir puisqu’il fait suite au Taureau. Par contre, le rôle du Sagittaire est de connaître : « naître avec », et l’on peut concevoir que cette démarche engage beaucoup plus profondément l’être lui-même : il fait suite à cette refonte essentielle qu’est le niveau Scorpion, véritable renaissance dans la destruction de la créature matérielle de ses limitations, comme la plante doit s’anéantir pour lâcher dans la graine le meilleur d’elle-même. Maître Eckhart parle des deux naissances de l’homme : l’une dans le monde (Taureau), et l’autre à partir du monde (Scorpion), c’est-à-dire pour entrer spirituellement en Dieu (Sermon « Videte qualem carisatem »).

S’immerger pour émerger

S’immerger dans le monde divergent et multiple, pour émerger dans la convergence. Comme dans le baptême, l’homme doit se plonger au cœur de la pâte informelle, se confronter pleinement aux énergies et fonctions terrestres, pour faire ensuite de son détachement sacrificiel une traversée en mesure d’entraîner avec lui tout ce qui est spiritualisable dans la matière, et non de se couper ou de s’évader hors des contingences.

Du chaud au froid : de la dilatation magmatique qui absorbe la lumière à la rétraction cristalline (Christalline ?) qui la renvoie. De la lourde dépendance envers la destinée mûre à l’indépendance consciemment créatrice de l’épigénèse. C’est une victoire contre toute mort qui est au détour de cet itinéraire. Mais attention : à l’image de tout axe zodiacal, l’étape Capricorne ne peut être transcendée que par un nouveau passage au degré Cancer. L’équilibre n’est jamais statique, il demande inévitablement à être brisé pour expérimenter un équilibre supérieur. Cela tant qu’il restera un peu de matière sanctifiable accrochée à nos semelles…

Conclusion

Un travail de ce type, essayant de jeter un éclairage particulier sur l’astrologie, a pour principal objectif un élargissement de la sensibilité consciente au monde à travers ce filtre cosmique (ordonné et ordonnant) infiniment riche. Beaucoup plus que d’apporter des réponses, il se veut susciteur de questionnement ; l’interrogation clairement formulée est tellement plus dynamisante et personnelle que la réponse quasiment imposée du dehors. Il s’agit donc d’un support à l’étude, souhaitant inciter à la concentration / méditation, selon le rythme naturel : vouloir faire / laisser faire.