François Longchamp : Un sourcier à l’écoute de l’eau


05 Feb 2011

(Revue CoEvolution. No 10. Automne 1982)

François Longchamp a longtemps vécu à Genève. Son père a été le premier éditeur en français de Karl Gustav Jung. Après avoir passé une bonne partie de sa jeunesse dans ce bouillon culturel qu’était la librairie de son père, la Librairie de l’Université, il est devenu psychanalyste, puis astrologue et « sourcier ». Aujourd’hui, il a quitté cette capitale internationale pour le Jura suisse, dont le calme est plus propice à la poursuite de sa recherche. François Longchamp et Claudine Brelet sont de la même génération, ils ont vécu à peu près la même aventure exploratrice du Nouvel Age et décidé de jouer au « Jeu de l’Eau », pour ce numéro.

— G.B. —

L’air était moite, presque tropical, ce jour-là à Genève où François ne faisait que passer pour aller le soir au concert du groupe Génésis. François me téléphone à mon bureau pour remettre notre interview à une date ultérieure : il se liquéfiait intérieurement, comme l’air extérieur, et ce soir serait nuit de pleine lune !

— N’y pense pas, lui dis-je, et puisque tu ne veux ni questions, ni réponses didactiques à cause de ton état aqueux, laisse-nous simplement nous mettre avec toi à l’écoute de l’eau ! A 16 h, François ondulait sur un canapé à dossier découpé en vagues, « Une version moderne de Madame Récamier », souligna-t-il. Par où commencer ? Je me sentis à mon tour océanique. Le moi de chacun nageait à la rencontre l’un de l’autre. A la rencontre de notre eau commune…

La fusion du « Jeu de l’Eau » s’établissait, mais il fallait aussi jouer au « Jeu de l’Interview » et rester donc face à face et relativement statique, alors que tout n’était plus que mouvements dans nos consciences.

Cl. B.

Claudine Brelet. Comme tu es un chasseur d’eau, j’ai pensé que pour ce numéro consacré à l’eau et dans le cadre du développement Personne/Planète, il serait bon de discuter avec toi…

François Longchamp. Chasseur d’eau ? Pas vraiment, plutôt chasseur d’ondes, de courants et d’ondines ! Car en fait, je ne cherche pas de l’eau au sens du sourcier habituel qui est très spécialisé : il peut indiquer l’endroit, le débit et la profondeur de l’eau située aux abords d’une résidence, dans un village… Moi, je ne fais pas cela. Je sens l’eau, mais je m’intéresse surtout au fait que sa présence peut avoir des conséquences néfastes sur les habitants d’une maison qui, par exemple, est située sur des courants d’eau souterrains. Pour moi, c’est un élément parmi beaucoup d’autres, comme le magnétisme, l’électricité vagabonde dans les immeubles. Par exemple, si l’on dort près d’une source de courant alternatif de 50 périodes c’est un phénomène qui fait clignoter les neurones, qui fatigue à long terme et qui peut rendre déprimé ou malade. Pour moi, l’eau n’est qu’un élément parmi d’autres dans cet ensemble de phénomènes. Mais je suis en rapport avec l’eau sur différents plans : intérieur, symbolique… C’est vrai toutefois qu’avant de penser au Nouvel Age et aux connaissances ésotériques, il faut avoir de quoi boire ! Il est donc intéressant de chercher également de l’eau d’un point de vue purement utilitaire, ce que fait le sourcier. Ce qui me préoccupe, c’est le rapport avec le lieu, avec l’Esprit du lieu, la résonance ou la dissonance de la personne avec les lieux où elle vit et son harmonisation possible avec eux… Ceci m’a conduit à me passionner pour les lieux qu’on dit « chargés », les « hauts lieux », les lieux de pouvoir. Parmi ceux-ci, je me sens en affinité particulière avec les sources et les endroits où l’on trouve encore des esprits des eaux.

Cl.B. En as-tu rencontrés

F.L. Disons que ce domaine est à la limite du subjectif et de l’objectif.

Cl.B. Des membres de la communauté de Findhorn affirment, eux, en avoir rencontré. Roc, par exemple, et Peter Caddy rapportent avoir été en présence du vieux dieu Pan.

F.L. Oui, à Edimbourg dans un parc public… cela m’a beaucoup frappé, ému.

Cl.B. Tu as peut-être rencontré des esprits des eaux autour du Lac ?

F.L. Il y a plusieurs degrés : tu sens une présence, mais tu peux t’influencer toi-même, faire de l’autosuggestion. Quand on essaie de marcher un pied dans chaque monde, pour faire allusion au numéro de CoEvolution sur le cerveau gauche et le droit, il ne faut pas s’envoler dans l’intuitif et le subjectif, mais il ne faut pas non plus rester cantonné au monde matériel, visible. C’est cela être vraiment humain.

CL.B. Comme lorsqu’on fait du Taï Chi, le jeu consiste à essayer de rester en équilibre sur cette fameuse ligne qui départage le Yin du Yang, mais qui est continuellement en oscillation…

F.L. Oui, mon côté Balance est très sensible à toutes ces « chinoiseries » ! Une fois, je peux le dire, j’ai vu sortir une forme d’une source christianisée, réputée pour soigner les maladies des yeux… dans une grotte, après avoir joué de la musique, mal, mais avec beaucoup de conviction, j’ai vu une forme ovoïde et phosphorescente sortir de la source, dans le noir. Mais, en général, j’ai plutôt l’impression d’être en rapport avec les esprits de la nature, sans pouvoir prétendre être capable de discerner leur forme, une apparence définie, je sens plutôt une musique. Mais je ne suis sûr de rien !

CL.B. L’on imagine très bien certains types de personnes associés à certains types d’énergie, de vibrations de « divas », comme on dit à Findhorn, et d’autres personnes, dont on peut penser que la musique intérieure n’est pas du tout en harmonie. Pour ces dernières, parfois, il m’est totalement impossible de croire aux tableaux « pastoraux » qu’elles dépeignent…

F.L. En tous cas, on ne va pas trancher ce débat aujourd’hui !

Cl.B. Oui, mais c’est important d’aller à la source, même de ce que l’on dit ! Ceci rejoint, d’ailleurs, ta formation de psychanalyste.

F.L. J’ai d’abord fait du droit et des sciences politiques, ce qui n’est pas particulièrement liquide. Mais ces domaines m’intéressent encore à travers ma pratique de l’astrologie mondiale ; je vois autrement les problèmes de la politique internationale, à travers les grands cycles, les grands courants d’énergie.

CL.B. Ce serait donc ton appréhension horizontale du monde ?

F.L. Oui, quoique l’astrologie ait un caractère vertical.

CL.B. Cela fait une bonne complémentarité : verticalité de l’astrologie et horizontalité de la socio-économie, les pieds sur terre !

F.L. Ce qui me fascine le plus dans ces rapports de l’astrologie et de la politique, ce sont les évolutions, leurs points de rupture, les cycles spirales et non répétitifs de l’histoire… Si tu veux le découpage m’intéresse plus que le contenu, tel qu’on le lit dans le journal ou on l’entend à la radio. J’ai toujours eu envie, d’ailleurs, de faire de la radio, pour commenter de manière différente les événements du quotidien. Le temps des radios libres va peut-être nous le permettre ! mais revenons à la source, elle me fascine depuis toujours parce que c’est l’origine visible. Bien sûr, on devine qu’il y a toujours une autre source invisible, souterraine… — d’où ma préoccupation pour les courants telluriques. Comme neptunien, je me sens très proche de l’eau. Par exemple, l’eau me donne des indications précieuses, lorsque je fais une recherche pour voir si les vibrations d’une maison sont bien adaptées aux personnes qui l’occupent ; j’ai besoin d’en boire, de m’en mettre sur le visage.

Il me manque peut-être l’eau du Scorpion, l’eau qui croupit, et fertilise, car le Cancer me donne l’eau des Origines et Neptune l’eau des aboutissements, de la perte de l’ego.

CL.B. Nous voici donc parvenus à ton eau personnelle ! Si tu nous parlais de ta démarche psychanalytique ?

F.L. J’ai étudié à l’Institut Charles Baudoin, à Genève. Très intéressante approche qui essaie notamment de faire une synthèse entre Freud et Jung. Les freudiens d’ici ne sont pas très ouverts, pas très liquides ! ils sont un peu saturniens, un peu anal-rétractés ! A Genève, heureuse ment, on a l’éjaculation permanente du jet d’eau qui compense !

Quand j’ai rencontré Jung dans les livres, après l’avoir vu alors que j’étais tout petit, il m’a beaucoup impressionné et j’ai suivi cette voie.

Puis, j’ai eu le sentiment que les psychanalystes étaient mal armés pour manier les forces qui entrent en jeu dans la psychanalyse en général. Il leur manque peut-être le côté chamanique, d’être capables de se plonger dans la nature sans rien attendre de leurs patients. En fait, Freud est plus large qu’on ne le pense généralement, mais cela ne passe pas toujours dans la pratique. Tout ceci m’a éloigné de la psychanalyse et rapproché de l’astrologie, pour laquelle j’étais horriblement sceptique au départ… Bon, une chose que l’on peut dire des êtres dominés par l’eau, c’est que leur vie doit couler, contrairement aux signes de feu ou de terre, leur « volonté » s’exprime d’une manière tout à fait particulière, dans le fait d’oser couler même quand il y a des chutes ! Mais elle ne s’exprime pas dans le volontarisme capricornien, par exemple. L’astrologie est un langage symbolique capable de recouvrir toutes les réalités imaginables. Ce langage a l’avantage de faire marcher, pour celui qui le pratique, le cerveau gauche et le cerveau droit d’une manière harmonieuse : il empêche le déséquilibre par son aspect déductif, analytique et rigoureux lors de l’établissement des thèmes et des grands principes d’interprétation, et par son aspect intuitif lors de l’interprétation fine et synthétique, où les facultés de voyance peuvent intervenir. Si on fait trop de voyance, on dit des âneries, parce qu’on part dans ses propres fantasmes, ses propres illusions, et si l’on fait trop de statistiques, on n’aligne plus que des généralités qui ne concernent personne en particulier. La statistique est intéressante comme preuve, comme démonstration pour les incrédules.

CL.B. Et l’eau, pour toi, intérieurement, que représente cet élément ?

F.L. Là, je suis perplexe, car je suis pour une bonne part, de l’Eau. Nous sommes tous liquides ; notre résidu sec, en poids, n’est que bien peu de chose… Mais, à un autre niveau, je ne peux parler de mon Eau que par métaphores, ou par anecdotes.

Cl. B. … Tu t’écoules de plus en plus sur ton canapé, d’ailleurs !

F.L. Oui, je dégouline ! Tu veux que je parle assis, non ? Bon… le propre de l’Eau est de se manifester de manière inconsciente, émotionnelle… mais je ne vais pas te parler, de théories psychanalytiques, de Bachelard etc. Je n’en ai pas du tout envie !

CL.B. Je n’en ai pas envie non plus. Ce qui m’intéresse c’est que tu nous parles de ta connection entre ton Eau et ton identité humaine.

F.L. Quelques idées générales toutefois : l’Eau est la Vie, l’Origine et la Fin des choses, la

Renaissance (à travers les baptêmes), la Mère, l’Inconscient avec son écume et ses courants de profondeur qu’on ne sent qu’indistinctement en soi. Pour ces raisons, il est très difficile d’en parler. C’est aussi un véhicule : quand je pense « Eau intérieure », je pense aussi « sang du corps » et « sang de la Terre », c’est-à-dire à l’eau qui circule et aux courants analogues. On n’a pas fini de découvrir les refuges secrets, les grottes des eaux de la Terre-Mère, de Gaïa. L’Eau transporte de l’information mais de l’information inconsciente, comme cet exemple donné par l’eau qui traverse les couches de minéraux qu’elle transporte ensuite sous forme d’oligo-éléments ou de minéraux et qui apparaît dans des sources guérisseuses. C’est ainsi que sont nées les sources sacrées soignant, par exemple, les affections du foie ou de la peau. Il faut dire aussi une chose : l’eau me fait beaucoup penser à l’amour, parce que l’amour n’existe que lorsqu’il coule. Capturer l’eau, c’est la tuer. On dit bien l’eau vive et l’eau morte. L’amour, c’est la même chose : on ne peut emprisonner son amour, sous peine de le tuer. C’est le contraire de l’amour possessif, mort de l’amour.

CL.B. C’est l’amour à l’ère du Verseau !

F.L. Oui, et cette eau est sensible, comme l’on démontré certains Anthroposophes et le professeur Faussurier à Lyon, notamment par leurs travaux sur la cristallisation sensible qui démontrent les influences cosmiques sur l’eau, L’eau reçoit toutes les influences, — donc une information qui n’est pas rationnelle, mais sensible. En même temps, par les océans, l’eau met tous les points de la Terre en relation, tous les points du corps. Actuellement on ne sait encore que très peu de choses sur l’eau, malheureusement la recherche en ce domaine est moins subventionnée que dans le nucléaire. L’humanité tirerait certainement plus de profits si l’on découvrait moins de particules, mais plus de renseignements sur les propriétés de l’eau… Comme je le disais au départ, je ne suis pas un sourcier qui détecte l’eau pour son usage domestique, mais un « sourcier » intéressé par ses extraordinaires propriétés. Finalement, l’eau n’est qu’un des éléments qui me parlent le mieux, parmi les différentes énergies de la Terre.

Les courants telluriques ont des propriétés analogiques avec l’eau. Là encore, il faut se méfier des mots, car le langage n’est pas encore unifié dans ce nouveau domaine. Il y a des structures du type « grille » dont les croisements, surtout s’il y passe de l’eau souterraine, peuvent être des lieux extrêmement nocifs, excepté pour les chats; les fournis et peut-être les serpents… Il y a aussi la Wouivre, les veines du Dragon, un autre réseau d’énergies que l’on peut comparer aux méridiens de l’acupuncture terrestre, non géométrique à la différence des « grilles » du Docteur Hartmann, et d’autres.

CL.B. Finalement, ce n’est peut-être pas un sourcier que tu es, mais une sorte d’acupuncteur travaillant sur le corps de Gaia, faisant de la géoacupuncture ?

F.L. Non, pas vraiment, car je ne vais pas encore planter des menhirs, comme l’ont fait certains. Oui, dans le sens où j’essaie d’aller à la source des énergies, là où elles ne sont qu’une ; et là en fait, avec très peu d’efforts et une grande délicatesse, on peut obtenir des résultats multidimensionnels.

En tous cas, il existe des réseaux d’énergie qui relient diverses pierres auxquelles on ne prête pas forcément attention, ainsi que des dolmens, des menhirs qui n’ont pas uniquement rempli une fonction religieuse, comme il en est de nos églises, mais aussi qui ont joué un rôle très « physique », tel qu’on peut le concevoir à travers les théories de Nicolas Tesla. Par exemple, elles ont pu avoir une influence météorologique, ou être des amplificateurs de diverses capacités psychiques, comme la télépathie. Mais ce ne sont encore que des hypothèses. Ainsi, il semble que le chat aime particulièrement les lieux telluriques négatifs, mais qu’il les rend aussi plus habitables pour l’être humain. Le chat fonctionne un peu comme un neutralisateur. C’est un transformateur d’énergies négatives en qualités assimilables. C’est pourquoi je conseille parfois à ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir un appareil de neutralisation compliqué et cher, de prendre quelques chats ! … On s’éloigne un peu de l’eau!

CL.B. Oui… Oui et non ! Ton discours est décidément tris liquide…

F.L. Peut-être parce que, comme je l’ai déjà dit, l’action de l’eau appartient plus au domaine du « ressenti » qu’à celui de l’explication.

CL.B. Penses-tu qu’il y ait une détermination du destin ? Qu’il soit impossible de muter d’un élément à un autre ?

F.L. Je pense que tant qu’une personne n’a pas fait certaines prises de conscience sur elle-même, sur la Nature et sur son rapport avec le monde, son destin individuel est fort déterminé. La conscience, même purement mentale, intellectuelle, ne se développe pas sans passer par des étapes nécessaires. Ce n’est pas un hasard si, en entrant dans l’ère du Verseau représenté par deux signes ondulatoires, on redécouvre en même temps que les ondes radio, par exemple, les énergies qui circulent dans notre corps et celui de notre planète. Y compris celles de l’inconscient !

C’est fini ? Je me demande si cela aurait pu être pire…

J’ai quitté François, un peu flottante. Nous avons décidé de nous revoir sans interview à faire la prochaine fois. Peut-être à la piscine ! Et je ris aujourd’hui en pensant que, paradoxalement, c’était le psychanalyste qui se trouvait sur le canapé…