L.J. Delpech : G. Calligaris


17 Jan 2013

(Extrait de V. Rosgnilk – L’émergence de l’Enel ou l’émergence des repères. Édition Ark’all 1985)

Préface au livre par L. J. Delpech

J’ai rencontré la Fondation ARK’ALL il y a environ quatre ans. Elle m’a de suite attiré par son but principal : la recherche et l’élaboration d’une nouvelle forme de pensée. J. Ravatin, qui a lancé la fondation ARK’ALL, a imaginé une manière nouvelle d’aborder les phénomènes et particulièrement les phénomènes paranormaux. Ceci m’a beaucoup intéressé car je me passionne depuis très longtemps (plus d’un demi-siècle) à la Parapsychologie. En effet, j’ai travaillé durant l’entre-deux-guerres avec le grand occultiste Ch. Lancelin avant de le faire avec le Professeur Docteur G. Calligaris et à la libération avec R. Warcollier, Directeur de l’ I.M.I. Depuis la guerre je me suis occupé en outre d’épistémologie ayant été chargé par Gaston Bachelard du rapport Epistémologie et psychologie au Congrès international des Sciences de Paris 1948. Mais surtout j’ai réussi à créer et faire accepter de 1973 à 1976, le seul Enseignement de  Parapsychologie officiel ayant existé en France. Il s’agissait de deux heures de maîtrise par semaine au Centre d’études de sciences humaines cliniques de Paris VII. Cet enseignement dura trois ans et il fut supprimé car de jeunes irresponsables profitant d’une longue maladie que j’eus à cette époque (une double cataracte) crurent astucieux d’infiltrer des enseignements occultes fantaisistes (par la présentation qu’ils en avaient donnée : sorcellerie, voyance, etc.), ce qui à juste titre indisposa mes collègues. Face à ces démarches farfelues, j’avais pris mes distances en adressant un rapport au Président de l’U.E.R. (Unité d’Enseignement et de Recherche) de sciences humaines cliniques.     Quoi qu’il en soit, chacun sait les difficultés d’interprétation qu’on trouve dans ces domaines et surtout la déformation par une interprétation trop rationnelle, qu’on apporte à l’étude même de l’expérience dans ce domaine. Comme le dit souvent J. Ravatin : « Il ne suffit pas de penser, il faut en même temps savoir comment on pense », c’est-à-dire qu’il faut faire très attention à ce que la forme de pensée choisie ne détruise ce que l’on veut saisir. C’est pour cela qu’il faut prendre conscience de certaines notions comme différentes cohérences possibles et de champs de cohérence. Ravatin déclare : « Ce qui est le plus fondamental, ce n’est pas la structure Espace-Temps, c’est le champ de cohérence. Celui-ci est lancé par l’observateur, appelé Obs. car il tient compte de la démarche cérébrale de l’observateur, ce qui généralise la notion d’observateur (telle qu’elle est envisagée en physique) en même temps que celui-ci s’y trouve inclus ». On n’est déjà plus dans la pensée rationnelle. Celle-ci devient alors un champ de cohérence, et il en apparaît un autre. Et l’autre est très riche; il est composé des rayons de cohérence dont l’étude est abordée dans ce livre par J. Ravatin lui-même. (Ravatin n’a pas construit une multitude de champs de cohérence pour éviter de tomber dans les concepts du genre système de système, etc., qui tout en essayant d’éviter le rationnel ne font que recopier certaines de ses démarches, et par là même l’étendent).

Je suis devenu membre de la Fondation ARK’All et j’ai collaboré à ce livre pour la partie consacrée aux travaux du Dr. Calligaris que j’ai personnellement bien connu et avec qui j’ai travaillé. J’ai rencontré les chercheurs d’ARK’ALL tant théoriciens qu’expérimentateurs et je suis entré en contact avec Vladimir Rosgnilk qui comme moi a été séduit par l’approche arkalienne (c’est lui-même qui m’a demandé de préfacer son ouvrage). De multiples échanges directs ou épistolaires avec J. Ravatin ont permis à Rosgnilk d’écrire les trois premiers chapitres de cet ouvrage : il a présenté, comme le souhaitait Ravatin, les concepts et hypothèses de Fuite, de Repère, de l’Existence sans repère, ce qui constitue la Globalité, les Systèmes non Cartésiens, non complètement repérables, et tout ce qui a trait aux formes, à savoir : leurs exts, géniteurs, polarors, amorces… les systèmes de type A-G et de type TAG. Ceux-ci permettant d’envisager la parapsychologie et tout ce qui s’y rattache comme l’occultisme sous un jour nouveau. Aux formes sont rattachés les eifs (ce que les gens à la suite de Enel avaient nommé « ondes de forme » mais qui ne sont pas des ondes). On retrouve ici l’étude reformulée des eifs en utilisant les notions d’Auréolaire et de Nébulaire.

Ceci m’amène à une parenthèse : je suis l’ami depuis 30 ans de Bernard Heuvelmans, le spécialiste mondial des bêtes ignorées et le fondateur de la cryptozoologie. (celle-ci étant la science qui les étudie). Dans ses études celui-ci s’est penché sur les phénomènes liés aux formes type Yéti et aux autres signalés dans de multiples endroits de la planète, de même des monstres de lacs comme le Loch Ness et enfin le serpent de la mer, etc. Souvent ces apparitions ont été traitées avec dérision. Ceux, comme Heuvelmans, qui s’y sont intéressés ont essayé d’intégrer certains de ces phénomènes comme des « chaînons manquants » ou comme des « restes oubliés » d’êtres préhistoriques. Grâce aux concepts mis en place dans cet ouvrage ces êtres incompréhensibles deviennent des localisations plus ou moins stables dans le temps; ils peuvent être des exhalaisons « fractantes » ou encore autre chose dans cette perspective.

Rosgnilk a aussi repris dans cet ouvrage des publications qu’il a faites dans la revue « ARK’All Communications » sur le phénomène O.V.N.I. envisagé comme forme en cours de localisation ou délocalisation auquel sont associés des eifs et des états qui imprègnent l’Obs., et les O.V.N.I. sont des mimoïdes. Dans ses « Conclusions et Digressions » il a présenté sous forme « Tas de pierres » suivant l’expression de Victor Hugo des sujets de discussions multiples avec Ravatin, Smirne. Pierre Smirne, Serge Audebourg, Georges Hadjo ont inséré certaines de leurs publications (parues dans ARK’ALL Communications) dans l’ouvrage, ce qui étend le sujet. Ravatin a joint des problèmes, exercices et corrigés pour que certains lecteurs intéressés se lancent dans la manipulation des eifs avec l’approche arkalienne, qui n’est pas un jeu de pensée ni une attitude de groupe voulant se singulariser et s’isoler – ni des complications stériles. J’y insiste beaucoup car il s’agit là d’une étape constructive dans la compréhension et une nouvelle prise de conscience. Elle n’est pas non plus un résultat de la crise du rationalisme, une échappatoire vaine, mais beaucoup plus l’amorce d’une émergence dans la pensée humaine, émergence qui renferme la pensée des Anciens, retrouvée en partie par Louis Boutard. Des chercheurs, dont les travaux sont restés ignorés par intolérance de la part des rationalistes ou parce que la société technologique ne pouvait supporter leurs apports, ceux-ci étant gênants pour sa stabilité, sont mis en valeur dans le cours de l’ouvrage. Il y a donc Louis Boutard, Léon et Marie-Thérèse Sprink, John W. Keely, Georges Lakhovsky, Stanislas Bignand, G. Bergé, T. H. Moray, Fédéric Dufourg, Victor Schauberger, Georges Claude, J. Coutelen, G. Calligaris, et d’autres. Ils ont œuvré dans le silence et le mépris. Cet ouvrage, comme celui classique d’Auguste Lumière sur « Les Fossoyeurs du progrès », contribue à leur rendre un hommage. A ce sujet je tiens à signaler que la fondation ARK’ALL est le seul organisme sérieux travaillant sur l’œuvre de Louis Boutard. Enfin précisons qu’une pensée, une forme de pensée peuvent être considérées comme des généralisations de la forme; la forme n’étant pas considérée comme totalement présente dans la structure espace-temps (qui elle est le support des assemblages de cohérence constituant le champ de cohérence rationnel), on se trouve en face d’une attitude où l’observateur vit sa philosophie.

Dans la Bible, Adam a nommé les animaux, c’est ce qu’on pourrait appeler leur intégration. Grâce à ce livre l’Homme va peut-être réaliser son rêve qui est de commencer à intégrer l’Homme.

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G. CALLIGARIS (1876-1944) par L.J. DELPECH

G. Calligaris était le fils d’un médecin d’Udine dans la province de Frioul; il eut deux frères dont l’un mathématicien; il prit la même carrière que son père, c’est-à-dire médecin, et poursuivit des études à Rome avec le célèbre docteur Mingazzini. Quand les universitaires durent prêter le serment d’allégeance au fascisme, il refusa, et se retira dans la clinique que son père avait à Udine. Un de ses frères s’occupait de la partie matérielle de l’établissement avec sa fille. Lui-même était aidé par sa fidèle secrétaire Nucci Toppani, une ancienne malade qu’il avait sauvée d’une encéphalite léthargique au moment où une épidémie de cette maladie avait envahi l’Europe. Le Docteur Calligaris lisait parfaitement le français : ses auteurs préférés étaient E. Zola et P. Loti; tout en comprenant notre langue il lui était impossible de la parler et nos dialogues étaient exprimés chacun dans sa propre langue. Durant la guerre 1914 il combattit courageusement et publia ensuite ses mémoires dans un livre « Un médecin et la guerre« . Après la guerre il fut nommé Privat Docent à la Faculté royale de médecine de Rome. Après qu’il eut quitté Rome dans les conditions ci-dessus mentionnées il se consacra uniquement à son œuvre. Les expériences succédèrent sans fin aux expériences et les gros ouvrages édités à son compte dépassent la vingtaine. Je reçus une lettre datée de la veille de sa mort en mars 1944, où il précisait qu’il avait encore sept volumes achevés en manuscrit; il mourut fin mars d’une crise de diabète.

Les deux sources du système

Calligaris fut amené à sa découverte des chaînes linéaires du corps et de l’esprit par deux voies : A) La voie pathologique. Dès 1905 il constata qu’il était difficile, quasi impossible, de faire rentrer des diverses formes d’anesthésie ayant une origine périphérique, radiculaire ou médulaire dans les schémas de la neurologie classique. Un des premiers en Europe il publia en 1910 un cas d’anesthésie de type radiculaire ayant pour cause une lésion cérébrale : cette observation devait être suivie de plusieurs autres et fut complétée par des expériences réalisées sur la distribution de l’anesthésie sur les malades atteints d’hystérie, de syringomyélie. Cela fut complété par des considérations sur la métamérie médullaire, ce qui le conduisit à une conception unitaire de l’anesthésie; il en vint à admettre qu’il n’y a pas de zones rigoureusement définies d’anesthésie en rapport avec les divers sièges de la lésion qui les produit; mais que leurs causes sont caractérisées par une topographie spécifique de savoir qu’elles se trouvent toujours situées sur des lignes droites, longitudinales, transversales, obliques, à droite ou à gauche. Ces lignes il les nommera chaînes linéaires du corps et de l’esprit.  B) Il eut une confirmation tirée de l’examen de sujets normaux. Après de multiples expériences, Calligaris constata qu’il existait sur la peau de l’être humain des points comme des lignes hyperesthésiques à la douleur, à la chaleur, au froid, enfin à la stimulation d’un léger courant faradique. Curieusement ces points se situaient sur des lignes semblables à celles qui correspondaient aux troubles de la sensibilité.

Le système cutané psychique :

Le système des chaînes linéaires est le suivant : partant de la main allant aux épaules, pour redescendre le long du corps et finir dans les pieds. Ces lignes correspondent à des organes et à des sensations.

1°.  Ligne latérale du corps, système cérébro-spinal, dissociations mentale.

2°. Ligne axiale du pouce, intestin, amour.

3°. Ligne axiale de l’index, organes sexuels et vésico-urinaires, mémoire.

4°. Deuxième interdigitale entre l’index et le médius, foie, haine.

5°. Ligne axiale du médius, reins, association mentale.

6°. Troisième interdigitale entre médius et annulaire, rate, douleur.

7°. Ligne axiale de l’annulaire, pancréas, plaisir.

8°. Quatrième interdigitale entre annulaire et auriculaire, poumons, sommeil.

9°. Ligne axiale de l’auriculaire, cœur, émotions.

10°. Ligne interdigitale entre le pouce et l’index, estomac, oubli.

Ces lignes sont les grands repères du système cutané psychique, mais Calligaris est allé plus loin en déterminant des plaques spécifiques de 6 à 13 millimètres de diamètre. Ces plaques sont, soit résonantes, – on les découvre en se plaçant à côté du sujet – soit consonantes, on se placera en face de lui; en général les deux plaques sont symétriques. L’excitation de la plaque est produite par l’application d’un cylindre de cuivre (au début Calligaris utilisait un très faible courant faradique). Chaque plaque est spécifiée par un certain nombre de réflexes. Ainsi une plaque d’hétéroscopie produit en état de charge :

1) Un peu d’enrouement.

2) Une légère douleur dans la région pariétale droite du crâne.

3) Sensation de courant chaud le long des membres supérieurs jusqu’au cou.

4) Pariesthésie frontale et la partie externe de la jambe droite.

5) Pariesthésie de la nuque.

La fabrication des sentiments sur le corps de l’homme.

C’est le plus important livre de notre auteur (1072 pages – 1932). On y trouve dans la première partie la fabrication des souvenirs et des oublis en rapport avec les organes. Les sentiments sont l’amour, la haine, la douleur, la paix, le calme, l’émotion, la confusion, le cœur et les rêves, le système sympathique, les intestins. Vient ensuite la fabrication des sentiments sur la peau de l’homme. Il s’agit de comprimer certaines zones du corps pour observer des sentiments et cela en vertu de deux réflexes généraux ou réflexes cutanés splanchiques et psycho-splanchiques. La troisième partie étudie particulièrement les antagonismes. La quatrième est un retour sur les chaînes linéaires. La cinquième est consacrée à la lecture de la pensée sur la peau de l’homme. Calligaris multiplie les observations. Il étudie par exemple l’excitation, l’égoïsme, la générosité, la volonté, la préoccupation, la patience, la curiosité, la pudeur, le courage, l’attention, la prudence, etc., etc. La septième partie étudie la lecture de la pensée sur les plaques cutanées. La huitième partie est consacrée au sommeil et aux rêves en fonction des sensations et des sentiments, etc. L’ensemble constitue à notre connaissance la plus profonde investigation sur les ressources du corps humain en rapport avec le psychisme. De nos conversations avec Calligaris, il résulte qu’il a toujours été hanté par ces questions et que c’est pour y voir clair qu’il a réalisé toute son œuvre.

L’Autoscopie.

En 1933 paraissaient les merveilles de l’autoscopie. Il s’agissait d’une aptitude mentale particulière qui consiste pour l’être humain d’avoir une représentation de sa propre personne. Celle-ci peut être de l’extérieur et cette vision prend l’aspect d’un double tel que l’ont perçu Goethe et Musset. « Cet étranger vêtu de noir qui me ressemblait comme un frère »; c’est l’autoscopie externe, la vision par le sujet d’un ou plusieurs de ses propres organes constitue l’autoscopie interne. Ce phénomène a été décrit pour la première fois par Aristote dans les Météores, livre 3, chapitre 4, puis par Wigan, Michea, Brierre de Boismar, etc., mais c’est au début du siècle, en 1903, que le Dr. Sollié étudie systématiquement la question dans son petit livre « Les phénomènes autoscopiques« , Bain : « L’autoreprésentation chez les hystériques« , thèse 1903, Gomar, enfin deux articles dans la revue de neurologie 1912 et 1917. Le premier chapitre de Calligaris traite de l’autoscopie externe et des moyens de la provoquer. La deuxième partie, de l’autoscopie interne ; la troisième partie, de l’autoscopie des corps étrangers qui se trouvent dans notre propre corps. La quatrième partie, de l’automicroscopie des viscères. La cinquième partie, des radiations humaines. La sixième partie, de questions fondamentales concernant la cellule de l’homme. La septième partie, de l’autoscopie, des microbes résidant à l’intérieur de notre propre corps, enfin des rayons X. Le livre, fort important, de plus de 602 pages, comporte une ouverture considérable sur la connaissance de l’homme par lui-même. Les images des vivants et des morts évoqués au moyen de leurs propres œuvres. En 1935,  Calligaris publia un ouvrage qui correspond à ce qu’on a appelé psychométrie et dont on trouve de nombreux exemples en métapsychie : voir dans l’ouvrage d’André Malraux « Hôte de passage« , où une voyante avec un tissu d’étoffe évoque la mort d’Alexandre le Grand. La distinction entre l’œuvre de Calligaris et celle d’un médium ordinaire, c’est qu’il donne les moyens d’agir par sa réflexologie et qu’on obtient ainsi des effets spécifiques; un second point c’est que comme témoin on peut prendre des œuvres des sujets, c’est-à-dire des structures qui n’ont pas été directement en contact avec lui. Dans une première partie sont évoqués un grand nombre d’auteurs, environ 200, puis leurs géniteurs. Une étude particulière est consacrée à la vie d’Horace avec la production d’une vision panoramique de sa vie; vient ensuite diverses scènes de sa vie. Mais, demandera le lecteur, qu’est-ce qui nous prouve que nous ne sommes pas dans le domaine de la fiction ? Calligaris dit qu’on n’a qu’à vérifier sa méthode sur un personnage sur lequel on possède de nombreux renseignements, enfin sur un personnage vivant. La dernière partie de son ouvrage est consacrée au mécanisme de la connaissance en particulier avec des « rayons humains », au développement de l’image, etc. Encore une fois avec sa méthode de connaissance réflexe Calligaris renouvelle un aspect fondamental de la parapsychologie. Dans une perspective un peu semblable on trouve l’ouvrage sur « Les maladies infectieuses » dans lequel Calligaris fait une découverte prodigieuse, à savoir qu’il réussit à projeter sur une plaque de peau de 7 cm sur 8 située sur le dos d’un avant-bras une image agrandie des microbes, microbes ou signatures en tout cas des figures à la fois photographiables et significatives. Il projettera plus tard des figures diverses (cf. métapsychique). Continuant son labeur opiniâtre, Calligaris publia en 1938 un livre intitulé « Les merveilles de la métapsychie, tome I ; les phénomènes mentaux« . Il est dédié à Charles Richet. La première partie est consacrée à des généralités, mais la seconde, intitulée « Métanogmie artificielle et provoquée » traite entre autres choses, de la fabrication de la clairvoyance et de la lecture à travers des corps opaques; la lecture de la pensée, l’écriture automatique. La troisième partie intitulée « la vision supranormale« , après avoir indiqué les méthodes de recherches, comprend de profondes réflexions sur la métapsychie et la médecine, la physiologie, la neurologie, la psychiatrie, etc., ensuite est abordé le problème de la survie. La quatrième partie revient sur la télépathie traitée dans les livres précédents avec en particulier des indications pour produire des phénomènes de xénoglossie. La partie suivante qui traite de la voyance dans l’espace à distance et selon tous les modes possibles avec le moyen de les réaliser. La sixième partie étudie la rétrocognition considérée dans tous ses aspects proches et lointains comme le moyen de les réaliser et un appendice sur la rétrocognition au service de la justice. La septième partie traite du futur ou mesure la différence avec les recherches de De Rochas et de Lancelin. Calligaris est amené à des considérations sur le destin et il se montre plutôt déterministe. Parmi les nouveautés de ce livre, il y a l’alliance entre la vision mentale et la projection d’images sur la peau du sujet. Un deuxième tome devait être consacré aux phénomènes physiques raps, matérialisation; je m’étais efforcé de l’aider grâce à un radiesthésiste célèbre Ch. Voillaume. Le mécanisme de la provocation des raps avait été découvert, quand Calligaris mourut.

L’Univers représenté sur le corps de l’homme.

Reprenant l’idée traditionnelle que l’homme est un microcosme correspondant au macrocosme, c’est-à-dire à l’univers, il postule d’après ses recherches que la peau est le sensorium commun des penseurs anciens et que les éléments sont en rapport avec les chaînes linéaires. Corroborant son hypothèse il trouve expérimentalement une correspondance entre la première chaîne et l’univers; la seconde avec les astres de notre système solaire, la troisième avec les choses, la quatrième avec l’eau, la cinquième avec l’air et la lumière, enfin la sixième avec les sons. Parmi les divers aspects de cette projection, notons la météorologie avec les correspondances entre des points des plaques, des lignes et la neige, l’humidité, la sécheresse, le vent, etc. Il existe une plaque pour la prévision du temps; la fin de l’ouvrage va plus loin permettant au sujet de voir le système de sa conscience comme celui de son subconscient. Calligaris parle d’une expérience admirable, à savoir la cinématographie du passé, car tout reste dans le monde. Tout y est conservé, rien n’est perdu. Et là Calligaris rejoint Lakhovsky dont il connaissait parfaitement l’œuvre et qu’il cite : « Tous les phénomènes que nous percevons sur la terre ne sont que des phénomènes de vibrations et de résonances au sein de l’universion, cf. Universion 182-185. Comme il le dit en exergue de son livre : Sur ce corps haut de 8 palmes est contenu tout le monde : Le Bouddha.

La télévision des astres.

A Noël 1938, durant ma visite chez Calligaris, celui-ci m’avait montré un dossier me déclarant : « cela c’est la vision des astres, mais on ne pourra en parler que dans environ un demi-siècle. Il n’empêche que partant de la notion de représentation de l’Univers sur la peau de l’homme il n’a pas craint de tenter l’aventure et de publier ses résultats en 1942. L’ouvrage comporte deux parties : la première intitulée « Vers les autres mondes« ; considérations générales où est mis en lumière le réflexe astrocutané et le réflexe astral-photocutané. Sont étudiés ensuite une série de plaques dont la stimulation permet de voir diverses planètes, leurs différents aspects, planètes habitées, animaux, végétaux anthropoïdes, météorologie, etc., enfin dans un chapitre très important intitulé : « Expériences cruciales« , Calligaris donne 40 raisons qui prouvent l’objectivité de son analyse. La seconde partie traite directement de la lune avec ses montagnes, ses plaines, son atmosphère, sa lumière, voire ses anciens habitants, ses souterrains, etc., tout un monde révélé à Calligaris par son investigation [1]. On peut se dire après l’exploration lunaire, si réduite des Américains, qu’on se trouve en face de fantasmes ! peut-être, mais une autre hypothèse est possible : l’existence d’êtres non matériels, de structures comme les êtres humains dédoublés, ou les membres fantômes, enfin les fantômes. Dans une lettre du 15 mars 1944, Calligaris quinze jours avant sa mort, me faisait savoir qu’il avait dans ses manuscrits un livre sur les astres : Mars et Vénus.

En conclusion on peut dire que le Dr. Calligaris est un des génies méconnus de notre époque. Il a réalisé des découvertes prodigieuses en ce qui concerne la nature humaine; partant de l’idée que le subconscient est non seulement dans le cerveau, mais trouve ses racines dans la peau de l’homme. « Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme c’est la peau », a écrit naguère Valéry, dans l’Idée fixe; il a découvert les chaînes linéaires du corps et de l’esprit (1908) ; puis partant de cette architecture, il a constitué une sorte d’acupuncture psychique manipulable comme une réflexologie; il a donc étudié le corps humain sur le plan de l’affectivité avec un livre sur la fabrication  des sentiments mais aussi il a scruté la représentation du corps humain soit de l’intérieur : autoscopie, soit de l’extérieur : hétéroscopie, puis il a découvert la dermographie et la télépathie réflexe; il a ensuite généralisé le problème et mis en lumière l’existence d’une métapsychie expérimentale basée toujours sur une réflexologie et pouvant aller jusqu’à la voyance des astres; d’autre part, au point de vue médical il faut se souvenir de ses livres sur le cancer, les maladies mentales et surtout dans un ouvrage sur « Les maladies infectieuses » la projection des microbes sur la peau de l’homme (photographiables, donc indiscutables) . Pourquoi ces recherches ont-elles eu si peu de succès ? A notre avis pour deux raisons : la première parce qu’un de leur vulgarisateur le Dr. Leprince n’a pas assez insisté sur la difficulté inhérente à l’expérimentation de ces phénomènes, beaucoup ont essayé et devant la non-réussite, ont conclu à la fraude ou à l’illusion. Une autre cause de difficulté est le problème de la liberté. Calligaris comme Pavlov ne croyait pas à la liberté, pourtant il admettait un réflexe allant de la peau au cortex et un réflexe réciproque; donc il existait une marge d’incertitude qui peut dans certains cas troubler le phénomène. Quoi qu’il en soit, Calligaris fut un chercheur prodigieux et certainement, un jour, ses œuvres seront reprises.

Bibliographie G. Calligaris :

– Les chaînes linéaires du corps et de l’esprit, Rome Pizzi 1923.

– Les chaînes linéaires secondaires du corps et de l’esprit, ibid., 1930.

– La fabrication des sentiments sur le corps de l’homme, ibid., 1932.

– Les merveilles de l’autoscopie, ibid., 1933.

– Ces merveilles de l’hétéroscopie, ibid., 1934.

– Télépathie et radio onde cérébrale, Milan Hoepli 1931.

– Télépathie et télédiagnostic, Institut des éditions académiques, Udine 1935.

– Les images des vivants et des morts d’après leurs oeuvres, ibid., 1936.

– Les maladies mentales. Milan Bocca 1941.

– La délinquance maladie mentale, Brescia Edition V. Vannini 1942.

– La télévision des astres. La lune, ibid., 1942.

– Sur G. Calligaris, A. Leprince : les ondes de la pensée, Dangles 1939.

– Les radiations des photographies et des écrits, ibid., 1941.

– Des radiations cosmiques aux ondes humaines, ibid., 1948.

L.J. Delpech : ARK’ALL Commun., Vol.8, fasc. 3, 75-82 (1984) .


[1] N.D.L.D. On retrouve des visions du même genre que celles obtenues par les clairvoyants sensitifs. R. Réant a vu par dédoublement sur la lune, des êtres humains sans scaphandre, marchant, se comportant comme s’ils étaient sur terre. Plusieurs cas se présentent :

– Soit celui qui se dédouble altère sa vision par des phantasmes appartenant à la société dans laquelle il se trouve.

– Soit il se trouve en face de symboles qu’il ne peut décrypter.

– Soit il a accès à des fractants.

– Soit on a un mélange de deux ou trois de ces trois possibilités.