Hervé Moskovakis – Acupuncture : le point-machine 1986


05 Jan 2016

Note: L’article  ne mentionne pas les nouvelles recherches réalisées depuis son écriture en 1986. Néanmoins, c’est un bon point de départ dans ce domaine… 

(Extrait de la revue Autrement : La science et ses doubles. No 82. Septembre 1986)

Connu depuis trente ans en Allemagne pour ses travaux en électro-biométrie, le Dr Völl a développé une technique qui ouvre la voie a une autre approche de l’acupuncture. L‘électro-puncture n’est pas ignorée en France en tant que tech­nique, mais on s’intéresse moins aux modèles de régulation élec­tronique du corps humain. Cette biocybernétique est pourtant passionnante par les innombrables perspectives qu’elle offre au niveau diagnostic et thérapeutique et pour l’objectivation, tant cherchée actuellement, du substrat physique de l’acupuncture.

Le schéma de base est suffisamment simple pour en saisir tout l’intérêt : il s’agit, pour la fonction diagnostic, d’une sorte d’ohm­mètre utilisé par les électroniciens pour mesurer la valeur des résis­tances. À l’aide de ce système, il est possible d’identifier sur l’épi­derme des zones de moindre résistivité. Étonnamment, ces petites zones circulaires de 1 à 4 millimètres de large correspondent préci­sément aux emplacements identifiés par les Chinois depuis des mil­lénaires. Cette nouvelle technique permet de mettre en évidence sur le corps humain près de 2000 points (qualifiés pour l’occasion d’électro-dermiques), contre 800 spécifiques dans la tradition de l’acupuncture.

Le génie du Dr Völl fut de constater, sur des appareils calibrés très précisément, une certaine similitude des valeurs de courant pour les organismes en bonne santé. Son système utilise un générateur électrique et un ampèremètre branché en série sur l’organisme. Sur l’échelle normale graduée de 0 à 100, on peut lire aux alentours de 50-65 une absence de perturbation du métabolisme. Cependant, le moindre trouble fonctionnel va se manifester, soit par une augmen­tation de la valeur indiquée, soit par une diminution. Völl a consi­dérablement développé la rigueur de cette méthode de diagnostic, établissant d’importantes corrélations cliniques entre l’indication de la machine et l’état du patient. Il a de plus mis en évidence les cor­respondances qui existent entre un point précis et tel organe. Les topologies qu’il a créées sont d’une précision et d’une efficacité sur­prenantes, élargissant ainsi les horizons de la classique acupuncture, allant jusqu’à définir de nouveaux méridiens.

Dans un article sur l’électropuncture, le Dr Horst Leonhardt déclare (en 1973) que celle-ci permet le diagnostic :

1. d’un état normal et énergétiquement sain ;

2. d’un débordement d’énergie, témoin d’une inflammation (indica­tion de l’appareil : supérieur à 65) ;

3. d’un déficit énergétique signe de fatigue ou de dégénérescence d’un organe (indication : inférieur à 50) ;

4. d’une surcharge toxique ou d’une intoxication focale.

La rapidité et l’amplitude du mouvement de l’aiguille donnent des indications sûres concernant le degré d’atteinte de l’organe. En règle générale, un méridien sain est beaucoup moins perturbable qu’un méridien affecté.

INSTINCT ÉNERGÉTIQUE

Avantage non négligeable, la technique de Völl est peu oné­reuse par rapport à d’autres techniques de diagnostic pré­coce. Évidemment, elle s’adresse en priorité aux thérapeutes ayant de bonnes connaissances en énergétique. Moyennant quoi il leur est donné de constater que ce système peut déterminer l’état énergéti­que de chacun de nos méridiens par une simple mesure électronique.

Bien que ce résultat soit déjà particulièrement extraordinaire par lui-même, il donna lieu à une extrapolation encore plus surprenante. Celle-ci est la conséquence directe de l’expérience du Dr Franz Morell, d’Ottfingen, qui le premier eut l’idée de se servir de la vitesse de sédimentation du sang pour identifier une interaction énergéti­que subtile ; il prit deux tubes échantillons du même sang et les plaça dans des conditions légèrement différentes qui, selon la théo­rie, ne devaient pas induire de changements. L’un des deux tubes initiaux fut tout simplement mis dans un tube de diamètre supé­rieur contenant une solution chimique. Bien que cette dernière n’ait été à aucun moment en contact avec le sang (car séparée par une paroi de verre), les vitesses de sédimentation des deux échantillons furent radicalement différentes. La conclusion du chercheur fut que la solution chimique possédait une « irradiation énergétique », capa­ble de traverser le verre. Reprenant ce type d’expériences, Völl et ses collaborateurs montrèrent que les substances chimiques possè­dent un « rayonnement » identifiable par la matière vivante et qui traverse assez facilement le verre, contrairement aux matières plas­tiques ou au papier carbone. Le Dr Völl déclare dans les Cahiers de biothérapie (1, 4, 1964) : « Il est devenu possible, à l’aide d’un appa­reil électrique, de mesurer les valeurs des différents points d’un méridien donné, ainsi que de déterminer au niveau desdits points l’effet d’un médicament que le malade tient dans sa main. Nous avons appelé ce phénomène « test » ou « mesure de médicaments ». »

L’extraordinaire découverte de Völl résiderait dans le fait que l’homme a conservé une sorte d’« instinct énergétique », donnant alors au thérapeute la possibilité de connaître à l’avance le résultat de l’ingestion d’une substance chez son patient. « Tous les médicaments peuvent être mesurés ou « testés » de la sorte, tant au point de vue de leur effet que de leur concentration et de leur dose. Il est possible à un homéopathe de mesurer également la dilution nécessaire. La mesure des médicaments, que nous avons ainsi mise au point, est quelque chose de tout à fait nouveau en médecine et n’a été possible que grâce aux immenses progrès de l’électronique. » (Völl.)

À cette époque (1964) la Société internationale d’électroacupunc­ture comptait déjà 360 membres. Les progrès de l’électronique ont continué et aujourd’hui, toutes les mesures de Völl peuvent être faites et digitalisées immédiatement. Un ordinateur, spécialement adapté à cette fonction par Pitterling Electronic, assiste le praticien dans chacune de ses démarches de dépistage ou même de thérapie. Le « Dermatron » enregistre les niveaux énergétiques de chaque méri­dien et, sur demande du praticien, peut même faire la proposition de certaines solutions thérapeutiques.

De la même manière que les anciens Chinois, Völl attribue une fonction à chaque méridien dans son électrodiagnostic. Néanmoins cette attribution dépasse ici la stricte notion d’énergétique. On trouve dans ses topologies les réseaux nommés suivant leur correspondance physiologique. Völl a ainsi redéfini les méridiens en fonction du métabolisme, et non plus en rapport avec des notions symboliques quelque peu abstraites pour le praticien occidental. En effet, sur un grand nombre de corrélations cliniques, Völl a montré que chaque point électrodermique est en relation spécifique avec un organe ou une partie d’un organe ; il est ainsi possible de réaliser des investi­gations très précises à l’aide des topologies d’électropuncture, sur des zones ou des fonctions organiques.

En complément de l’électrodiagnostic, Völl a mis au point un prin­cipe de stimulation et de dispersion énergétiques basé sur des cou­rants électriques. Dans sa théorie, ceux-ci doivent être modulés de façon très précise : la montée en tension est assez rapide avec un amortissement beaucoup plus progressif. Selon le Dr Völl, de la qua­lité de ce signal, va dépendre l’efficacité de traitement. Car si les méridiens répondent à des radiations d’origine très diverse, il faut reconnaître que leurs réactions aux stimuli électriques s’avèrent par­ticulièrement significatives, surtout lorsque ceux-ci sont correctement générés. Avec des signaux bien « accordés », il est possible de mener des thérapies en ne mettant en jeu que des puissances très faibles, et donc par la limitation du trauma énergétique, de limiter certains effets secondaires indésirés.

Conformément aux observations de Völl sur l’extrême sensibilité des réseaux de méridiens, nos propres recherches nous amènent à penser que l’être humain possède une sorte de processus d’autoré­gulation électronique. Le Pr. Y. Rocard ayant déjà mentionné dans plusieurs ouvrages le « sixième sens magnétique » de l’homme, met­ tant en évidence des processus de réaction neuromusculaire, nous pourrions presque parler du « septième sens électrique ». Si les points d’acupuncture sont des zones dermiques de moindre résisti­vité que leurs téguments environnants, il faut admettre alors qu’ils se présentent comme des lieux de circulation privilégiée pour les électrons. Nous avons montré sur diverses expériences que ces points spécifiques se comportent comme de véritables régulateurs électro­niques de l’organisme. Leur impédance varie considérablement en fonction de divers paramètres externes dont le plus significatif est sans aucun doute l’électricité atmosphérique. Bien sûr, de l’état éner­gétique du méridien dépendra la valeur des réactions.

Néanmoins, le gradient de potentiel entre le corps et son environ­nement détermine en grande partie les variations de résistivité des réseaux. D’ailleurs, lorsqu’une zone du corps est soumise à un gra­dient très important (plusieurs milliers de volts avec un courant de l’ordre du microampère), il suffit de quelques minutes pour consta­ter de façon spectaculaire ce type de modification. Sans atteindre de telles valeurs, l’électricité atmosphérique existe néanmoins. La couleur bleue du ciel en témoigne. La haute atmosphère est consi­dérablement ionisée par les rayonnements cosmiques et se charge positivement. Par opposition, la surface terrestre prend la polarité négative et notre planète devient aux yeux de l’électronicien, un gigantesque condensateur à air. Le sol constitue une des armatu­res, l’autre étant l’ionosphère. La capacité théorique d’un tel système est de 0,702 micro-Farado et son courant de fuite est de 1500 ampè­res en moyenne. Cette dernière valeur peut paraître énorme ou déri­soire suivant qu’on la considère à l’échelle humaine ou planétaire.

UN CODE DE L’HYGIÈNE ÉLECTRONIQUE

L’énergie libérée par la foudre, effet spectaculaire de l’accu­mulation des charges dans ce condensateur, a de tout temps inquiété l’homme. Pourtant il ne s’agit que d’un effet visible et momentané du champ électrique terrestre, dont l’influence est per­manente. Lorsque le gradient de potentiel de ce dernier dépasse la tension de claquage de l’air (cette valeur est de 31600 volts par cen­timètre par temps sec), se comportant comme un diélectrique, la fou­dre jaillit. En dehors de cette activité exceptionnelle nos sens cons­cients ne détectent pas la présence de l’électricité atmosphérique. Ce n’est pas pour cela que le gradient disparaît, puisque les mesu­res montrent qu’il se stabilise aux environs de 140 volts par mètre dans le sens vertical, en conditions normales.

Or l’homme (dans sa posture verticale) évolue au sein de ce champ qui, bien que très petit, n’est pas pour autant négligeable. Selon nous, les interactions à faible énergie concernent en priorité la matière vivante. L’organisme humain est plus ou moins conducteur suivant son état psycho-énergétique, ce qui le rend plus ou moins sensible à cette électricité atmosphérique. Autrefois nos conditions d’existence autorisaient le « contact » direct avec le sol. Aujourd’hui cette mise à la terre est devenue un véritable luxe. Nos semelles caoutchoutées, ou certains revêtements plastiques dont l’usage se généralise, limitent les échanges électriques entre la surface terres­tre et le corps humain et donc limitent également les possibilités des mécanismes d’autorégulation précédemment décrits. Si les points électrodermiques se conduisent comme des petits « clapets » électroniques, faut-il encore que cette énergie puisse circuler lorsque cela est nécessaire. D’ailleurs les semelles ou revêtements de sol ne sont pas les seuls responsables de perturbations. L’emploi d’un nombre croissant de matériaux à propriété électrique extrême (soit très con­ducteur, soit très isolant) dans nos habitats, est aussi source d’anomalies dans la répartition des équipotentiels. Il s’agirait presque aujourd’hui de créer un code de l’« hygiène électronique » à l’atten­tion des architectes, des décorateurs, des fabricants de meubles et de vêtements et, le cas échéant, du grand public.

Nous avons pu observer que le respect de certaines conditions rela­tives à la valeur du champ géoélectrique et sa régularité accentue l’efficacité de certaines thérapies énergétiques, telle l’acupuncture. D’ailleurs cette dernière fait souvent appel aux règles de l’électricité élémentaire, usant quotidiennement d’aiguilles (effet de pointe élec­trostatique) de métal (conduction des électrons). Selon nous, cela revient à « forcer » l’ouverture des points électrodermiques et donc à créer un échange momentané entre un organe (ou un circuit éner­gétique) et l’environnement cosmo-tellurique de l’individu. En condi­tion normale ces points s’ouvrent ou se ferment suivant les besoins électroniques du métabolisme énergétique, respectant dans l’ordre des variations d’impédance les principes généraux de la chronobiologie.

Quand un homme est debout dans le champ électrostatique ter­restre (les pieds au contact du sol) alors il se comporte, d’un point de vue électronique, comme un semi-conducteur. De récents travaux montrent qu’il y a dans ce cas un renforcement du gradient de potentiel au-dessus de la tête. Cela ne surprendra personne. Les méridiens pouvant s’identifier en partie à des circuits de moindre résistivité, on peut considérer qu’ils sont « drainés » de fait par un léger flux électronique. La valeur de celui-ci est fonction de la force du champ ainsi que de leurs propres impédances. Les calculs et les mesures montrent que ce flux est très petit et laissent imaginer une influence négligeable sur le métabolisme. Cependant, nos récentes expérien­ces montrant certaines réactions électrodermiques à des champs d’intensités très faibles, nous sommes amenés à concevoir le con­traire. Il s’agit là, selon nous, d’un système d’autorégulation à fai­ble énergie qui intervient probablement dans certains processus de régénération organique.

Ce type de travaux semble, en France, confiné aux recherches de laboratoire, alors que nos voisins européens (Allemagne, Suisse, Bel­gique…) en ont déjà tiré de multiples applications pratiques. Leur actuel développement a pourtant un enjeu considérable : la vérifi­cation des anciens systèmes du corps-énergie et la modélisation de l’« homme bio-électronique ».

HERVÉ MOSKOVAKIS