Jacques Brosse: Le gout de l’aventure intérieure entretien avec Jean Biès


03 Jun 2011

(Revue Question De. No 26. Septembre-Octobre 1978)

Jacques Brosse (1922 – 2008) a tenté plusieurs aventures psychologiques et spirituelles, qu’il résume ici et qui l’ont conduit jusqu’au zen.

Il a séjourné aux Etats-Unis, en Inde, au Japon, en Amérique du Sud. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages importants — journaux de route de ses expériences —, mais a également écrit sur la littérature, la biologie, la linguistique. Il a dirigé plusieurs collections, dont « l’Expérience psychique » (Fayard),  laquelle regroupait des témoignages et des pratiques de vie intérieure — psychologie, religion ou mystique d’Orient et d’Occident —, ainsi que des exposés méthodiques sur les phénomènes extra-sensoriels. Toutes ses recherches convergent vers un but lointain, celui de la transformation de la conscience humaine.

Il publia aux Editions Retz une biographie d’Alexandra David-Neel car il a eu accès à tous ses manuscrits. Il s’entretient ici avec Jean Biès.

Jean Biès. Avec un rare courage, vous vous êtes aventuré dans les continents intérieurs et vous avez eu la simplicité de vous voir sous les aspects les plus vrais, fussent-ils les moins flatteurs. Toute votre œuvre témoigne de ce constant souci de vérifications pratiques, et l’on peut dire que vous avez réussi ce qu’un René Daumal, mort précocement, se proposait de faire. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a poussé vers votre première expérience, l’expérience onirique ?…

Jacques Brosse. La démarche intérieure a toujours eu pour moi un très grand attrait, depuis l’introspection de l’adolescence. Quand j’ai rencontré les doctrines psychologiques, j’ai compris que les livres qui m’en avaient parlé ne pouvaient pas être vraiment compris si l’on ne pratiquait pas soi-même, ce qui fut dès lors mon souci constant : chaque fois que j’ai rencontré une discipline, j’ai essayé de la pratiquer… J’ai fait une psychanalyse presque involontaire au début, partant du fait que Simone Jacquemard, ma femme, rêvait beaucoup. Elle se servait de ses rêves, qu’elle interprétait, moi, pas du tout. J’avais l’impression de ne rêver que très accidentellement. J’étais convaincu de l’existence d’une censure, et j’ai essayé de provoquer le rêve en moi, de le piéger.

J.B. C’est cela que relate votre Expérience du rêve, à travers laquelle on perçoit la discipline que vous vous êtes imposée.

J. Brosse. Il m’est arrivé de remonter plusieurs réveils à des heures différentes de la nuit. Je griffonnais mes rêves, essayais de les faire parvenir au niveau de la conscience sans toujours y réussir. Un monde fantastique m’est alors apparu, le monde des rêves.

La psychanalyse et l’usage du L.S.D.

J.B. Et vous vous êtes mis à les psychanalyser…

J. Brosse. Selon les méthodes qui me semblaient les plus rigoureuses, celles de Freud, pendant huit ans… Une auto-analyse dangereuse, car elle crée des tendances obsessionnelles, vous fait tout interpréter à devenir fou !… Il me fallait passer au niveau de la psychanalyse didactique avec un psychanalyste. Ce que j’ai fait durant deux ans. Grâce à lui, et à moi (puisque le psychanalyste n’est qu’un témoin averti), j’ai acquis une connaissance intérieure du mécanisme psychanalytique assez complète. Le psychanalyste a lui-même fait la coupure : « Vous êtes arrivé au niveau que vous cherchiez. Ce n’est pas la peine de continuer… » Cela faisait dix ans que je me travaillais l’intérieur…

J.B. Vous aviez entendu parler depuis longtemps de l’acide lysergique diéthylamide ?… Le L.S.D. ?

J. Brosse. J’avais exploré les « problèmes » d’un jeune écrivain fort perturbé, à qui je donnais des conseils psychanalytiques. Le point de départ de ses troubles avait été l’ingestion, à seize ans, de L.S.D. : un choc effroyable ; on ne l’avait pas prévenu du tour qu’on lui jouait… Se considérant « délivré » en partie de son « obsession » par mon aide, il me dit son plaisir de prendre du L.S.D. avec moi. C’est donc assez accidentellement que j’ai abordé cette nouvelle aventure…

J.B. Celle que vous racontez dans Mahabalipuram : le récit initiatique, dans un style adapté aux hommes d’aujourd’hui, d’une descente aux Enfers et d’une remontée, dont les voyages extérieurs ne sont que les décors. Vous connaissiez alors d’étranges sensations : l’élargissement du corps, l’écroulement des résistances, la chute libre dans le vide des images… Ne craigniez-vous pas la puissance du tabou ?

J. Brosse. La drogue est devenue taboue par suite d’un certain instinct de défense de la société… Remarquez bien que le L.S.D. peut effectivement devenir une drogue, mais, en soi, ce n’en est pas une. C’est un instrument de pénétration des structures inexposées du conscient et de l’inconscient, de nos propres sources psychiques. Je n’approuve pas l’usage prophétique assez délirant qu’en a fait Timothy Leary. Mais le L.S.D. peut rendre des services momentanés pour une certaine saisie, un certain approfondissement, une submersion du conscient par l’inconscient.

J.B. C’est là que se sont noyés Nerval, Rilke, Nietzsche, Van Gogh, Artaud… Peut-être par suite d’une obstination mal placée et incontrôlée.

J. Brosse. Ils n’avaient pas utilisé le L.S.D., qui n’existait pas à leur époque, mais des moyens d’accès beaucoup plus dangereux, somme toute… Ma curiosité aussi était très éveillée, très ardente. Mais cela a tourné court : je me suis retrouvé dans mes propres traces, et j’en suis venu peu à peu à considérer ça comme un jeu amusant, mais qui n’avait plus guère d’intérêt… J’avais fait là une expérience fort dangereuse, ajoutant au L.S.D. la psilocybine, le peyotl et ses dérivés. J’avais échoué à l’hôpital Sainte-Anne ; j’étais allé sans doute un peu loin dans mes recherches, ce qui me valut d’ailleurs un témoignage de satisfaction d’Henri Michaux : « Vous pouvez en parler, vous avez payé. »

Le yoga et ses dangers

J.B. Assez curieusement, le L.S.D. vous a conduit à l’Inde.

J. Brosse. Oui, une Inde que jusqu’alors je détestais… Elle m’était un monde tout à fait étranger ; un monde obscur et monstrueux, larvaire, qui me mettait mal à l’aise… Depuis l’adolescence, j’avais orienté mes recherches vers son contraire, la Chine. J’avais même fait des études de chinois aux Langues orientales… Soudain, par l’expérience du L.S.D., c’est l’Inde qui m’est en effet apparue comme ce que j’appellerais en termes freudiens le « retour du refoulé ». Ce que j’avais nié, détesté, c’était peut-être ce qui m’attirait le plus… Et pour être cohérent, je suis parti pour l’Inde, où j’ai fait deux séjours. Je n’ai pas cherché à y trouver la « spiritualité », j’y suis allé, simplement…

J.B. Comment l’Inde vous est-elle apparue?

J. Brosse. Elle m’est apparue comme le domaine du « Divin immanent ». Malgré ses horribles défauts, j’y ai trouvé partout la présence permanente du Sacré, dans tous les actes de la vie, dans l’atmosphère, dans les parfums, dans la vie quotidienne plus encore que dans les temples. L’Inde vit encore dans une dimension sacrée, et c’est peut-être même le seul pays, malgré ce qu’on a voulu en faire en l’occidentalisant. Il n’y a plus à l’heure actuelle que quelques points sur la Terre où les gens ne vivent pas encore dans le domaine profane. La dualité mentale dans laquelle nous vivons n’existe pas en Inde.

J.B. Vous avez vécu à Dambulla, dans un temple-caverne, une expérience bizarre, assez confuse, me semble-t-il.

J. Brosse. C’était dans un monastère bouddhiste hinâyâna.  Mais je ne sais pas très bien ce qui s’est passé là, durant ces trois jours. J’avais pris précédemment beaucoup de L.S.D. ; je n’ai pas très bien su son influence sur moi.

J.B. De retour de l’Inde, vous avez pratiqué le hatha-yoga

J. Brosse. Il se trouve que j’ai été mis en rapport à Paris avec un Indien, maître de yoga. J’ai suivi ses cours un certain temps, jusqu’au jour où ce maître a voulu m’initier. Initiation qui a été extrêmement pénible : j’ai subi dans le monde extérieur une espèce de contre-choc très bizarre ; il s’en est suivi une série de troubles physiologiques qui ont duré plus de deux ans. J’ai renoncé au mantra qui m’avait été donné, j’ai rompu les ponts avec ce maître, continuant simplement de m’adonner au hatha-yoga en tant que discipline physique.

J.B. C’est, je crois, à la fin de cette expérience, longue et douloureuse, que vous avez rencontré le roshi Taisen Deshimaru.

J. Brosse. Je ne l’ai pas cherché, on me l’a fait rencontrer.

J.B. C’était l’attitude la plus juste.

La découverte du zen

J. Brosse. Je connaissais le zen de longue date, j’avais lu les ouvrages de Daïsetz Suzuki. Des livres, il me fallait une fois de plus passer à la pratique. Je suis cette voie depuis quatre ans.

J.B. Si vous-même n’avez pas atteint l’état de satori — ce que personne ne saura jamais —, vous n’en écrivez pas moins que « cet état…, je sais maintenant d’expérience qu’il existe, qu’on peut l’atteindre ou, plutôt, le rejoindre, qu’il est le seul sublime… »

J. Brosse. J’avoue simplement que j’étais à une étape où j’entrevoyais la possibilité que la satori pût exister. Je pense que quelqu’un qui a pris du L.S.D. dans certaines dispositions peut entrevoir cet état, même s’il est inatteignable par le L.S.D… Comme on voit la Terre de la Lune… Le décalage est tel qu’on arrive à voir en quelque sorte le satori du dehors ; et l’on se dit qu’effectivement on peut atteindre cet état, et qu’il existe en soi.

J.B. Je ne vous demanderai pas ce qu’il est. Tant qu’on n’a pas eu de satori, on ne peut pas en parler, et lorsqu’on l’a eu, on n’en parle pas.

J. Brosse. Exactement.

J.B. Vous parlez longuement dans Satori de la nécessité du maître spirituel.

J. Brosse. Beaucoup praiquent le zazen sans maître, et c’est grand dommage. Dans le zen soto (celui que je pratique), c’est le maître, et lui seul, qui est en mesure de savoir si vous êtes en satori. Avec la prodigieuse intuition qui est la sienne il communique sans mots —, le maître sait l’état où vous êtes. Il comprend parfaitement le degré de votre transformation psycho-physiologique ; il sait à quel moment vous avez dépassé la frontière. Vous-même n’en savez rien ; vous ne pouvez que vivre dans les fantasmes de l’illusion. Seul, le maître peut reconnaître le dépassement de la dualité. Cette confirmation est indispensable, et elle ne peut venir que de lui… Si le maître n’a pas avalisé le satori du disciple, celui-ci n’en a aucune preuve véritable. Il faut y être d’abord passé soi-même pour pouvoir le reconnaître chez autrui.

J.B. — On peut se demander du reste si la question du maître spirituel est bien comprise par les Occidentaux.

J. Brosse. — Alexandra David-Neel a écrit, dans son livre L’Inde où j’ai vécu, une merveilleuse petite note sur les gourous : elle dit que ce sont des personnages comme les autres, mais traversés par quelque chose d’autre. Le maître spirituel est le relais de quelque chose de sacré. Il peut être ivrogne, paillard… Par moment passe quelque chose d’indépendant du personnage ; et c’est alors qu’il est le maître, celui auquel on doit hommage.

J.B. — Pour peu que l’on tienne compte de la décrépitude spirituelle de l’Orient, comment voyez-vous le devenir spirituel de l’Occident ? Celui-ci ne serait-il pas en train de recueillir à son bord la cargaison du navire Asie en train de couler ?…

J. Brosse. — Pour limiter la question, je vous dirai que c’est un peu pour cela que j’ai choisi le zen… Vous savez que le Tch’an a été importé de l’Inde en Chine par le prince Boddhidharma, d’où est née une prodigieuse postérité spirituelle. Le Tch’an déclinait au XIIIe siècle, quand les Japonais sont venus le chercher pour le transplanter au Japon. Dôgen l’a pris aux derniers maîtres chinois… Je reviens du Japon où j’ai vu les ruines du zen actuel… Suzuki, Deshimaru ont transplanté à leur tour le zen en Amérique et en Europe… Il est pratiquement mort là-bas, et il peut refleurir comme une bouture dans un autre terrain… Il va peut-être donner ici des fleurs et des fruits admirables… Nous sommes à une époque de passage.

Zen et Occident

J.B. — Il faut cependant prévoir une certaine adaptation des doctrines orientales qui ne soit pas une trahison.

J. Brosse. — On ne peut pas accepter telles quelles ces doctrines. Il y a des aspects du zen qui vont certainement disparaître en Occident ; mais je redouterais avant tout une occidentalisation hâtive. Elle s’est produite pour le hatha-yoga, qui est devenu simple gymnastique corporelle, bientôt remboursée par la Sécurité sociale !… Cette occidentalisation devra se faire d’elle-même. Pour le moment, il est souhaitable qu’on s’en tienne aux traditions telles qu’elles existent. On n’a pas à penser fabriquer un zen, un yoga occidental, ce serait tout à fait arbitraire. Cela viendra de soi-même… Le zen ne prétendant pas être une gymnastique, il est évidemment plus difficile de le trahir. Il s’agit de garder une posture pénible, douloureuse d’immobilité (on peut même dire que tout est dans la posture). C’est une grande chance. Cela élimine des dojos, les snobs, les curieux. Ils ont affreusement mal au dos et dans les jambes, et on ne les revoit plus !… Le zen ne peut pas se démocratiser, se démagogiser…

J.B. — C’est dire que l’aborder sans préparation est dangereux.

J. Brosse. — Il est possible, souhaitable que d’ici quelque temps, soient créés des cours d’initiation indiquant les précautions à prendre, d’ordre psychique et physiologique, afin d’éviter les erreurs, les ennuis de santé… Nos contemporains se tiennent mal. Ces cours leur seraient de la plus grande utilité.

J.B. — Ce qui est certain, c’est que si les Occidentaux ont recours à ces disciplines, c’est parce qu’ils en manquent ou qu’ils les ont perdues.

J. Brosse. — Aujourd’hui, dans certains monastères bénédictins, dominicains, on estime nécessaire de se mettre en zazen. Ces moines, au contact de l’Orient, ont constaté qu’ils n’avaient plus de méthodes de méditation, qu’ils les avaient perdues depuis des siècles, ils redécouvrent qu’une certaine posture est indispensable. J’ai séjourné à Pierre-qui-Vire : on y a supprimé les prie-Dieu, on se met à genoux sur les talons à la mode orientale, et l’on a tiré les avantages d’un tel changement… Ces moines ont compris l’importance du corps, son emploi correct dans les exercices d’intériorisation.

Du moi au je

J.B. — Vous écrivez : «Consciencieusement, loyalement, j’ai essayé d’être moi-même, de coïncider au plus juste avec             moi ; de là toutes sortes d’essais et d’excès, le refus des limitations de la vie, des outrances, trop ou pas assez de sérieux, une quête ininterrompue, fatigante, parfois scandaleuse, presque morbide, presque maniaque… » Ne risque-t-on pas de vous accuser de narcissisme ?

J. Brosse. — Il y a certainement un goût maniaque de l’introspection. Mais le narcissisme n’est pas un terme d’opprobre. Peut-être encore davantage maintenant que j’ai une optique bouddhiste… La psychologie, la métaphysique du bouddhisme m’apparaissent comme des compléments indispensables de la psychologie et de la métaphysique occidentales… C’est ce besoin du Gnôthi seauton, du « Connais-toi toi-même », qui m’a poussé vers les disciplines orientales, satisfaisant sans doute un goût préalable chez moi. On sait maintenant que la psychologie hindoue et bouddhiste, qui date d’avant Jésus-Christ, était bien plus avancée que la nôtre, aujourd’hui, y compris Freud et Jung. La connaissance du monde intérieur a toujours été la spécialité des Orientaux, comme la nôtre est la conquête du monde extérieur, avec les conséquences que nous voyons maintenant. Or, dans le cadre du bouddhisme, ce « narcissisme » est sans objet, puisque l’individu n’est qu’un agrégat psycho-physiologique provisoire. Le moi n’existant pas ne peut être considéré par le je intemporel : ce n’est plus du narcissisme, c’est tout autre chose. Le zen m’a justement apporté ce dont j’avais plus ou moins besoin, qui était de renoncer à mon personnage temporel en l’acceptant.

J.B. — On ne peut s’engager dans de telles voies sans un certain concours de circonstances.

J. Brosse. — J’ai accepté les circonstances, j’ai mis la main dessus.

J.B. — C’est une attitude préalable que tout le monde n’a pas : l’absence de peur de l’inconnu.

J. Brosse. — La principale condition pour avancer, c’est l’intrépidité.

J.B. — C’est pour cela qu’on traite les chercheurs spirituels de guerriers ou d’arya, et que l’on parle de la « grande guerre sainte ».

J. Brosse. — C’est cette grande guerre intérieure qui nous intéresse, celle où il peut se passer vraiment quelque chose.

J.B. — Existe-t-il une notion particulièrement importante que vous aimeriez transmettre ?

J. Brosse. — Je n’ai pas de message à délivrer, et peut-on se permettre de donner des conseils ?… Toutefois, si je peux formuler une recommandation aux jeunes qui cherchent, c’est d’éviter l’émiettement. Combien y en a-t-il qui entrent avec ferveur dans une voie, s’avisent que ce n’est pas ce qui leur convient, s’engagent ailleurs, s’en retirent de nouveau, et mélangent tout, zen, yoga, bioénergie, que sais-je ?… Il vaut beaucoup mieux suivre avec constance, avec patience, une discipline donnée pendant un temps donné, ne serait-ce que comme une expérience temporaire. Il faut s’y essayer durant des mois, des années. Sinon, l’on ne fait que traverser, on porte des jugements sur tout, on passe de l’enthousiasme à la dépression ; c’est l’échec. Il faut s’engager dans une voie en sachant d’abord ce qu’elle est. Aller suffisamment loin pour vérifier si elle nous convient. Prendre ses responsabilités. Tous ces papillonnements, c’est l’absence de responsabilités…

Les charlatans sont dangereux, mais dépistables. Les confusionnistes le sont bien plus : des gens qui font des synthèses d’éléments disparates, à l’ombre d’écoles pseudo-initiatiques… De ces écoles, il y en a bien quarante à Paris, quatre cents aux Etats-Unis. Les résultats sont lamentables.

J.B. — C’est ce que René Guénon dénonçait sous le nom de « contre-initiation ».

J. Brosse. — René Guénon est un précurseur. Il l’a entrevue, mais c’est maintenant qu’elle triomphe. Il a fait un prodigieux travail de nettoyage.

Propos recueillis par Jean Biès

Petit vocabulaire

Hinâyâna : « Petit Véhicule », correspondant au bouddhisme du Sud. Met l’accent sur la Délivrance individuelle.

Hatha-yoga : « yoga de l’effort », centré sur les postures, les exercices corporels et la rétention du souffle.

Mantra : formule initiatique employée en Inde, comme support de méditation.

Roshi : « Vénérable Maître », titre réservé aux chefs de temple et aux maîtres spirituels au Japon.

Satori : illumination permettant un retour aux conditions originelles de l’être humain.

Zazen : posture assise de méditation.

Soto : l’une des deux grandes écoles du zen, fondée au XIIIe siècle, qui tire son nom de deux maîtres chinois, Tung-shan Liang-chieh (en japonais : Tozan Ryokai) et Ts’ao-shan Penshi (en japonais : Sozan Honjaku).

Gourou : maître spirituel en Inde.

Dojo : salle de méditation zen, le lieu où l’on pratique la Voie (de Do — Tao —, la « Voie », et Jo, l’« endroit »).

Arya : le guerrier indo-européen, et par suite le combattant spirituel.

Quelques livres de Jacques Brosse (1978)

L’Ordre des Choses, essai (Plon, 1958).

L’Ephémère, essai (Plon, 1959).

La Chemise rouge, récit (Pion, 1960).

Exhumations, récit (Pion, 1962).

L’Arbre (Encyclopédie essentielle, Delpire, 1962).

Inventaire des sens, essai (Grasset, 1965).

Le Génie adolescent, essai, en collaboration avec Y. Fauvel (Stock, 1967).

Cinq méditations sur le corps, essai (Stock, 1967).

L’Insecte (Encyclopédie essentielle, Delpire, 1968).

L’Expérience du rêve, essai (Grasset, 1969).

Cocteau (Gallimard, « Pour une bibliothèque idéale », 1970).

Hitler avant Hitler, essai (Fayard, 1972).

Mahabalipuram, tout le monde descend (Fayard, « l’Expérience psychique », 1973).

L’Homme dans les bois, (Stock, 1976).

Satori, un début en zazen (Laffont, 1976).

Les Arbres d’Europe occidentale (Bordas, 1977).