Pascal Ruga : Je n’ai rien à demander


11 Aug 2008

(Revue Être Libre. Numéro 237, Octobre-Décembre 1968)

« RIEN », et le mystère d’Amour se confond en cette simple phrase, du même coup tout s’amasserait en une gerbe de lumière compacte où Aimer dépasserait l’homme et ses faiblesses, où la mort serait surprise puisque la vie même ne serait pas demandée… Ne serait pas demandée, parce que au-delà d’elle le merveilleux nous serait donné, traverserait nos limites, nous rendrait à une innocence que l’on sent au fond de nous-même exister confusément. Nous ne pouvons pas aller à elle, c’est une patrie perdue. Nous sommes en exil, le « mur de la honte » c’est le mur qui défend le moi, le mur qui nous sépare d’un monde vrai. Cependant, nous continuons de gémir à la merci du tien et du mien, des confusions où les mots se renvoient la balle de quelques demi-vérités, et tout finit par s’accrocher désespérément à des raisonnements dont l’éternité n’a que faire. Certes, le quotidien est fait de telle sorte que nous voudrions parfois nous étendre et ne plus rien attendre, nous serions comme un arbre qui ne demande pas que le vent joue dans sa chevelure, et qui pourtant serait le recevant lorsque le vent, le soleil et la pluie viendraient à lui pour lui permettre de s’élever. Unité de présences dont la signification est de l’ordre seul de l’esprit; c’est l’oubli des particularités dans le chant renouvelé de l’Être, un infini où les formes se réduisent à leur caducité et ne laissent que l’Essentiel.

Pascal RUGA.