Michel Martin : Karaté-do voie à mains nues


24 Dec 2010

(Revue Énergie Vitale. No 9. Janvier-Février 1982)

Le KARATÉ-DO s’inscrit dans le contexte des « Budô » (Voies de l’harmonie intérieure par les Arts de Combat). Les Budô sont plus connus en France par la traduction hélas erronée d’Arts Martiaux.

Force est de constater maintenant que l’Occident qui a perdu la plupart des ses traditions, s’évertue, en adoptant d’autres traditions, à les transformer, voire les déformer pour les adapter à sa forme de pensée… Les Arts et Voies Traditionnels Japonais n’ont évidemment pas échappé à la règle.

Pour citer un exemple flagrant, prenons le cas du Judo, (la Voie Souple) dont le but est l’Harmonisation et la Réalisation de l’être, et qui a été ici complètement récupéré par le sport, lui faisant perdre sa substance, et entraînant sa complète décadence avec toutes les désastreuses conséquences qui en découlent.

Le KARATÉ-DO, lui, est devenu en France le Karaté — tout court… — Il a perdu son DO… et n’est plus hélas maintenant, la plupart du temps, qu’un moyen de développer la violence, d’affirmer sa puissance et sa domination ou d’assouvir des instincts mercantiles…

Mais le meilleur côtoyant toujours le pire, sachons qu’il existe aussi en France des Maîtres qui s’attachent à enseigner le KARATÉ-DO selon la Tradition. Tradition qui fait du KARATÉ-DO une Voie d’Amour : Amour des autres, Amour de la Grande Nature, Amour sans limite à l’échelle du Cosmos…

On ne peut nier l’utilisation de la violence dans le Karaté-Do, mais elle correspond à un stade primaire qu’il faut dépasser. La violence sous cette forme élimine l’agressivité, et peut être utilisée comme un potentiel extraordinaire de maîtrise de soi.

Il est habituel de définir le KARATÉ-DO comme un moyen suprêmement efficace d’auto-défense. Mais en fait, il est bien plus que cela… Il développe l’esprit de « Guerrier [1] », éveille la vigilance et le sens de la stratégie, apprend à contrôler et à faire circuler l’énergie, et à savoir l’utiliser pour une parfaite harmonisation du corps et du mental. Le Karatéka digne de ce nom est le moins dangereux des hommes car il sait faire face aux situations les plus imprévues, mais n’attaque jamais.

Le KARATÉ-DO pratiqué sous cette forme, apporte à l’adepte un esprit combatif au niveau du quotidien, lui permet de libérer son agressivité en la canalisant, et lui donne confiance en lui-même. Intérioriser le sentiment de puissance libère des complexes, aide à vaincre la timidité et procure une assurance de bon aloi.

Le Karatéka acquiert le sens de la stratégie et de la juste décision prise avec une grande rapidité de jugement.

Un Karatéka apprend d’abord à s’implanter solidement dans le sol, puis il travaille les déplacements et les sauts dans l’espace. Les combats lui enseignent à dominer sa peur en le plaçant dans des situations d’absolu. Il acquiert ainsi le Yomi, intuition ou sixième sens qui lui permet de deviner les intentions de l’adversaire et de pratiquer l’anticipation. Bien comprendre l’adversaire, c’est s’harmoniser avec lui…

En étudiant les kata, enchaînements de forme, qui constituent les arcanes des écoles de Karaté-Do, les karatéka travaillent la coordination de leur mouvement, la synchronisation avec la respiration et surtout le sens du rythme et de la cadence.

Le Kata qui peut être perçu extérieurement comme un parcours de combattant, contient des secrets, que les Maîtres transmettent à leurs disciples.

L’attitude mentale du Karatéka doit être « Mizu-No-Kokoro » : L’esprit calme comme la surface de l’eau tranquille. Lorsqu’aucune pensée parasite ne vient rider la surface de l’eau, toutes les intentions du partenaire viennent s’y refléter.

« Tsaki-No – Kokoro » : L’esprit vaste comme la lune qui éclaire tout ce qui se trouve dans son champ. En d’autres termes, il est bon d’avoir une vue globale de la situation et de ne négliger aucun détail.

Cet état d’esprit permet à la conscience d’atteindre des dimensions supérieures, et met le Karatéka sur le chemin de l’Éveil.


[1] Guerrier : « homme de guerre », à l’image de Don Juan dont parle Carlos Castaneda dans ses livres et non dans le sens que nous lui donnons habituellement.


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