Annik de Souzenelle : L’arbre de Vie 5: initiation


26 Feb 2010

Aller au texte précédent de la sérieAller au texte suivant de la série

(Revue Panharmonie. No 170. Novembre 1978)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la réunion du 13.10.1977

Le livre d’Annik de Souzenelle auquel elle se réfère, qui vient d’être réédité aux Editions Dangles : « De l’Arbre de Vie au Schéma corporel, le symbolisme du corps humain », est une approche de l’anthropologie, une méditation sur le corps, sa forme, les différents organes, les différents membres. Ces réflexions qui sans cesse apportent des révélations nouvelles, ne partent pas tant du corps humain, que de celui de son archétype. D’après la tradition hébraïque et judéo-chrétienne et ses livres sacrés, le monde des archés est le monde divin lui-même et le symbole est représenté par le monde de la manifestation en tant qu’il est reflet du monde des archés. Entre ces deux mondes se trouve ce que la Bible appelle « une étendue », sorte de cordon ombilical qui les relie, ce qui fait que le monde d’en-bas, de la manifestation, est constamment relié à son correspondant qui est le monde d’en-haut. C’est ainsi que la tradition hébraïque appelle les Elohim « les hommes d’en-haut » et Adam « l’homme d’en-bas ».

Le monde animal, comme le monde végétal et le monde minéral, sont des symboles des énergies divines. L’homme, au sixième jour de la Création récapitule toute la Création, contenant toutes ses énergies. « Vous êtes des Elohim », disent à l’homme les Hébreux et le Christ le reprendra plus tard.

Les Cabalistes ont toujours vu un certain graphisme dans ce qu’ils appellent « le corps divin », lequel dans un schéma très précis, dessine la distribution des énergies divines qu’ils vont appeler « l’Arbre de Vie ». Cet Arbre de Vie est le premier don divin planté au milieu de l’Eden, en réponse du Créateur après que la Création ait poussé et exprimé tout son désir vers Lui. C’est la première manifestation divine au cœur même de la conscience de l’homme, car l’Eden est le jardin intérieur de l’homme.

Au sujet du deuxième étage de l’Arbre des Séphiroth :

A cet étage l’être a déjà acquis des structures psychiques et un embryon de vie spirituelle. Les reins vont signaler que toutes les acquisitions du premier étage ne sont que les germes (le rein a la forme d’un germe) de ce second étage. Dans le Livre de Job, Dieu l’invite à prendre sa force, son appui sur les reins : « Ceins tes reins, car je vais t’emmener dans un voyage difficile. » Et l’Ange Gabriel va se présenter à la porte de Tobie avec la ceinture autour de ses reins et va l’emmener dans ce même voyage. Les reins sont une espèce de plate-forme qui doit être solide pour pouvoir construire nos douze vertèbres sur laquelle elles reposent.

L’oreille symbolise le passage de la deuxième porte. Elle récapitule le corps tout entier. Le dernier étage, celui de la tête va aussi récapituler tout le corps. Nous reviendrons plus tard à la signification de la bouche, du nez, des yeux, etc.

Au sujet de Jacob et de Caïn : La tunique de peau d’Esaü est la future tunique de lumière. Notre nature actuelle, celle de la tunique de peau, est notre sous-nature. Tandis que notre vraie nature est celle qui correspond à Jacob et que nous appelons à tort, surnaturelle. Elle est tellement recouverte de la tunique de peau qu’on n’y croit plus.

Jacob va prendre sur lui la tunique de peau de son frère et c’est pour cela qu’il va acheter son droit d’aînesse. En mangeant « le roux », symbole de l’homme rouge, il va aussi hériter des pouvoirs d’Esaü. Dans la profondeur, Jacob et Esaü sont le même homme avec sa nature première animale et avec sa vraie nature. Et lorsque Jacob que nous portons en nous, prend conscience que toutes les énergies doivent être canalisées, nous assumons la tunique de peau, c’est-à-dire que nous prenons tout l’héritage sur nous et nous entrons dans le deuxième quadrilatère. A ce moment-là, Jacob, après avoir passé le torrent de Jabboq, symbole de l’eau, de la gestation, a passé le torrent de ses passions et il rencontre l’Ange. Pourquoi l’Ange ? Dans la Bible c’est le mot Ich qui veut dire homme. A partir du moment où l’homme prend en main sa destinée de dieu en devenir, il va avoir à intégrer en lui les différentes hiérarchies d’énergies. Chaque échelon de l’échelle de Jacob va correspondre à un sommet d’énergies supplémentaires, jusqu’à ce qu’il ne soit plus lui-même, qu’énergie. Notre somme d’énergie correspond à celle que nous allons rencontrer et à laquelle nous aurons à nous opposer. Si nous sommes vainqueurs nous pourrons passer le seuil dont l’Ange est le gardien.

Et Jacob est blessé à la hanche. A chaque lutte il y a blessure. Il en est de même dans nos vies personnelles. Notre corps inscrit toujours un passage et celui de la hanche est tellement important, que chez la plupart des êtres les énergies viennent frapper toute la vie à ce niveau là. La plupart des vieillards ont une fracture du col du fémur, qui est une blessure initiatique. Il y a deux barrières fondamentales, celle arrière des reins, la hanche, et celle de l’épaule, les clavicules qui sont les clefs de la porte supérieure. Et ces deux blocages intérieurs réagissent à ces deux niveaux sur notre corps. Nous avons aussi à faire un travail sur notre corps pour débloquer les résistances musculaires à ces deux endroits. Ce sont les deux grosses barrières de notre évolution.

Combattant avec l’Ange, Jacob va assumer les douze tribus d’Israël, il va entrer dans le « douze ». Il va être le fondateur de ce peuple qui symboliquement est toute l’humanité et qui est aussi chacun de nous.

Annik de Souzenelle aborde le thème de la circoncision et du but du mariage qui n’est pas la procréation selon le nombre, mais de faire de deux, un. Nous en avons déjà parlé précédemment. Nous verrons dans les mythes que les enfants des héros ne correspondent pas à des enfants de chair, mais à des fruits essentiels de l’être.

Le premier Concile chrétien ayant aboli la circoncision, l’Apôtre Paul dira : « Circoncisez vos cœurs, circoncisez vos oreilles ». On va tailler toujours plus haut.

Il faut bien prendre conscience que, ce que nous n’avons pas fait dans notre vie actuelle, il faudra le faire après. C’est pourquoi nous avons intérêt à réaliser le plus possible dès maintenant, parce que ce sera certainement beaucoup plus difficile après. A. de Souzenelle a trouvé dans Jung l’écho de sa pensée, à savoir que les personnes qui meurent sans être passées par cette porte, qui donc ont besoin de la tunique de peau qu’ils n’ont plus, parasitent les vivants. C’est certainement à l’origine de beaucoup de difficultés psychiques dont on ne connaît pas la source. Il est indispensable que celui qui est parasité, assume cette possession dont il est l’objet et ne la coupe pas, mais au contraire qu’il aide celui qui le possède et qui, la plupart du temps, est de sa descendance par le sang. Seule la vie spirituelle pourra lui permettre de le faire.

A. de Souzenelle a l’impression qu’on est à l’aube d’un réveil, qu’il y a de plus en plus de gens conscients de ces choses. Toutes ces dernières générations ont été parasitées les unes par les autres. Le jour où l’humanité va en être consciente, elle essayera de se libérer et toutes les générations que nous mettons au monde, seront libérées d’emblée.

Question : Qu’entendez-vous par énergie et les énergies ?

Réponse : Les énergies archétypales sont l’énergie divine. Les Hébreux disaient qu’à travers les dix Séphiroth, il ne s’agissait pas de dix énergies, mais d’une seule qui va se manifester sous dix aspects. Elles sont au nombre de dix sans que pour cela l’unité soit rompue. La toute première phase de la Bible dit déjà : « Les dieux crée le ciel et la terre », le verbe créer est au singulier alors que le sujet est au pluriel. Notre mental doit dépasser quelque chose pour approcher la Réalité.

Question : Comment les énergies peuvent-elles se matérialiser ?

Réponse : Nous ne pouvons le constater et l’approcher que par analogie. C’est ce que le mythe nous propose, dans l’échelle de Jacob par exemple, qui relie ciel et terre, c’est-à-dire le haut et le bas. Il s’agit de l’intérieur de l’être, de son noyau vital et puis de la superficie que nous sommes et que nous vivons de manière immédiate. Lorsque nous faisons appel dans la méditation ou dans la prière à ce monde des archétypes à travers quelque chose de très précis, il n’y a aucun doute que les énergies archétypales descendent sous forme d’une information au sens étymologique du mot : formé par l’intérieur, et nous apportent une réponse. C’est le grand mystère du dialogue entre le Divin et nous, entre le monde créé et le monde incréé.

Au sujet des Gardiens du Seuil : Ou bien nous sommes vainqueurs et alors nous intégrons leur énergie et nous passons, ou bien le monstre nous mange. Si nous ne sommes pas prêts pour passer, les énergies se retournent contre nous. Nous avons dans notre vie des Gardiens du Seuil sous forme d’événements, ce sont nos maîtres. Toutes nos peurs que nous projetons à l’extérieur décèlent toujours des forces que nous n’avons pas intégrées. Nous possédons toutes ces énergies et devrions en être les maîtres. Dieu a dit aussitôt qu’il eut créé l’homme : « Qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les animaux des champs… » Il emploie le mot « dominer sur » qui veut aussi dire en hébreux « descendre dans », entrer, pénétrer. Pour dominer sur… il faut pénétrer dans… intégrer. Alors nous devenons.

Compte rendu de la réunion du 10.11.1977

Nous allons continuer aujourd’hui l’étude de ce qui se passe au niveau du triangle du plexus urogénital, Hod-Netzah-Yesod, qui est vraiment le symbole de la matrice de l’homme lorsqu’il commence à quitter son père et sa mère et qu’il entre dans sa propre nature. Dans la matrice du foyer maternel et paternel il a acquis pratiquement presque toutes ses structures, physiques, affectives. Il se réveille maintenant à lui-même dans la partie médiane de son corps. Il fait un peu ce que fait Œdipe lorsqu’il se dit « J’appartiens à une autre race ». C’est le moment où les parents ont à se retirer sur la pointe des pieds, pour que l’enfant se prenne en main et fasse sa propre mutation. Il s’agit d’une mutation qui va assurer sa naissance par en-haut, la naissance de l’être essentiel dans l’homme.

Tout ce qui contribue à une gestation, est symbolisé par une épreuve dans le noir. Cette traversée est très dure pour les jeunes. Pleins de force ils ne savent comment l’investir, ils ne connaissent pas leur place juste. Et s’ils ne la trouvent pas, ils ne seront pas nourris par le cordon ombilical subtil qui les relie à l’essence de leur être.

Les mythes vont rendre compte de ce passage. Nous l’avons déjà vu dans celui du Déluge chez les Hébreux, de même que dans celui de l’esclavage en Égypte et du passage dans la Mer Rouge (se reporter aux précédents comptes-rendus). Tant que l’homme n’est pas entré en contact avec son pôle intérieur qui va lui apporter sa vraie énergie, sa vraie force, sa véritable information et qu’il n’aura pas exprimé cette énergie qui ne demande qu’à être extraite pour devenir lumière, il aura un chemin extrêmement difficile et long à parcourir, il sera dans l’esclavage, il aura à remonter l’échelle de Jacob.

Parlons maintenant du mythe du Labyrinthe de Cnossos. C’est un mythe grec qui va nous rendre compte de ce qui va se passer dans le premier quadrilatère. Ce mythe est celui du non-sens, de l’absurde, de l’ignorance, de la non-connaissance. Le drame de l’homme c’est qu’il ignore tout dans ce passage.

La reine de Crète, Pasiphaé, femme de Minos, reçoit la visite du dieu Neptune sous la forme d’un taureau éclatant de blancheur. Ensorcelée par lui et pour accomplir ses amours, elle se fait construire une vache d’airain par l’architecte de la cour, Dédale. Et de ces amours va naître ce fameux Minotaure, le monstre à corps d’homme et à tête de taureau, portant les deux noms de ses deux pères, Minos, l’homme et taureau, le dieu. Minos fait construire par Dédale un labyrinthe au centre duquel il enferme le monstre, en même temps que Dédale et son fils Icare, tous deux légendaires, le premier pour sa sagesse (Hochmah), le, deuxième pour son intelligence (Binah).

La réalité du labyrinthe peut être vécue sur deux plans, représentés d’une manière très physiologique par les intestins et, d’autre part, par notre démarche à l’intérieur de nous-mêmes.

Sur ordre de Zeus, le roi de Grèce doit livrer tous les ans au Minotaure qui les dévore, sept jeunes gens et sept jeunes filles. Et ces jeunes gens et ces jeunes filles s’embarquent à chaque fois tout joyeux et insouciants sur des bateaux et pourtant ils vont à la mort, car ils ne sont pas capables d’affronter le monstre.

Le roi d’Athènes, Égée, eut un fils Thésée, avec une princesse rencontrée dans un pays lointain et au moment de repartir pour rejoindre son épouse en Grèce, il abandonna son fils à la princesse afin qu’elle l’élève. Mais avant de partir il laissa à son fils une épée d’or et des sandales d’or qui furent cachées sous une grosse pierre. Et Égée dit à la mère de l’enfant qu’elle ne devra remettre à son fils l’épée et les sandales qu’au moment où il sera adulte. Mais un beau jour, Thésée comme Œdipe, voulut rechercher son père, ce qui signifie chercher sa véritable nature, sa source, son devenir. Il quitte donc sa mère et par une intuition profonde se dirige vers Athènes. Mais auparavant il a découvert en soulevant la grosse pierre, l’épée et les sandales d’or. Et cette découverte revient à découvrir en lui cette existence divine à la réalisation de laquelle il part, emportant avec lui les moyens qui lui permettront de l’atteindre.

Le fait de soulever la pierre est déjà un symbole, celle-ci représentant symboliquement l’homme, la pierre brute que nous sommes au départ et qui, en la soulevant, suscitera une force qui permettra à Thésée de faire le voyage vers sa source. En faisant l’effort de soulever la pierre, il rassemble toutes ses énergies.

De nombreuses aventures l’attendent sur son chemin, dont une des plus importantes sera sa rencontre avec le géant Péripétès qui, avec sa massue de cuir, a le pouvoir d’écraser tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Thésée s’affronte à lui, l’écrase et s’empare de la massue. Il aura ainsi deux armes, l’épée d’or et la massue de cuir.

Thésée arrive au palais du roi Égée et ne se fait pas encore connaître. Or la reine Médée, une magicienne, tombe éperdument amoureuse du jeune homme. Thésée ne cédant pas à ses avances, la reine vexée par son refus, l’accuse auprès du roi d’avoir voulu la séduire. Le roi, pour se venger, décide au cours d’un banquet de verser du poison dans le verre de Thésée. Mais celui-ci voulant porter un toast, levant son bras, le roi aperçoit l’épée d’or sous son manteau et, renversant la coupe, il tombe dans les bras du jeune homme en disant: « Tu es mon fils ». Voilà donc Thésée investi d’un pouvoir royal, aidant son père dans la conduite du royaume. Mais apprenant le sacrifice des jeunes gens exigé par le roi d’Athènes, il décide d’aller affronter le monstre. Or la durée du sacrifice était fixée à dix ans. Pour bien comprendre sa signification il faut voir dans le mot sacrifice celui de sacré, faire le sacré. Ces jeunes énergies ont à nourrir l’enfant divin caché sous la forme du Minotaure, et qui doit un jour naître de lui.

Le roi avertit son fils qu’il n’est pas encore prêt pour cette tâche, mais Thésée n’en tenant pas compte part tout de même. Le roi savait que les dix années complètes devaient être accomplies, et, inquiet, il demande à son fils afin qu’il sache plus rapidement le résultat du combat, de hisser une voile blanche en signe de victoire et de faire hisser une voile noire en signe de défaite.

Nous sommes, en vérité, toujours impatients. Un Père de l’Église a dit : « Nous voulons tout de suite être des dieux et nous ne savons pas gravir chacun des échelons avec sagesse ! »

Arrivé en Crète, Thésée se présente devant sa mère Pasiphaé et le roi Minos son époux et rencontre leur fille Ariane. Ariane est le même mot qu’araignée. C’est elle qui travaille, qui tisse les fils de la toile de notre vie essentielle. Un amour immense naît dans le cœur des jeunes gens et Ariane va donner à Thésée le fil qui symbolise le fil de la connaissance, et qui lui permettra de se retrouver dans le labyrinthe dont aucun de ceux qui y sont entrés, n’est jamais ressorti. Mais, n’étant pas assez armé intérieurement et ne sachant pas se servir de son épée d’or, tout en ayant la connaissance, Thésée va tuer son être divin en tuant le Minotaure avec sa massue de cuir qui est liée à la tunique de peau. C’est dramatique, car le Minotaure ne devait pas être tué, il devait être intégré, et au lieu de continuer son chemin, Thésée revient en arrière. Revenir en arrière est contre-initiatique. Quelque chose en lui sait cependant qu’il a manqué sa tâche et il hisse la voile noire. Il n’est pas devenu le Minotaure, le Gardien du Seuil. Égée voyant cela, se jette et se noie dans la mer, qui désormais portera son nom.

Autre acte dramatique, Thésée dans son amour emmène Ariane avec lui, la laissant dans une île où il l’oubliera. Elle reste seule, mais va être recueillie par Dionysos qu’elle épousera. Elle continuera son chemin. Mais Thésée, rentrant à Athènes, va commencer une vie fatale qui se terminera aussi tragiquement.

Les Grecs nous montrent comment on peut avoir l’air de faire du bien et faire finalement du mal, parce qu’on n’obéit pas aux lois rigoureuses de la démarche initiatique. Nos lois ontologiques sont des lois libératrices. Pour affronter le monstre il fallait obéir au temps, aux dix années. A chaque étape correspond un temps, nous n’avons pas le droit de tricher.

Annik de Souzenelle parle alors des vertus psychiques, la volonté, le courage, l’héroïsme, le service des autres, qui ne sont efficaces qu’en temps utile et que nous employons souvent à contretemps.

Le mythe de Thésée se termine d’une manière très intéressante. Le fait que Dédale et Icare soient enfermés dans le labyrinthe, nous met devant le symbole de la construction continuelle de notre propre labyrinthe. Nous passons notre temps non pas à tisser la toile de notre démarche initiatique, mais du labyrinthe dans lequel nous nous enfermons, autrement dit, de notre prison que nous partageons avec nos enfants. Nous ne pouvons témoigner devant ceux-ci d’une voie de lumière. Par toutes nos sécurisations, par nos machines, par nos systèmes sociaux, notre civilisation nous enferme de plus en plus. On fait de nous des mineurs qui ne découvrent jamais l’essentiel de leur être.

Dédale et Icare veulent sortir du labyrinthe et demandent à Pasiphaé de leur faire apporter des ailes artificielles et de la cire pour les fixer. Comme la chenille va créer son cocon, son labyrinthe, quand arrive le printemps, dans lequel elle va entrer dans une gestation merveilleuse, puis dans lequel elle va mourir pour renaître au stade de papillon, nous sommes tous appelés à devenir un jour symboliquement ce papillon, si nous savons laisser faire cette gestation à l’intérieur de notre cocon. Mais Dédale et Icare n’ont pas fait cette démarche et c’est ainsi qu’ils ont recours à l’artifice. Ce sont tous les masques derrière lesquels nous nous cachons, masques de médecins, d’ingénieurs, de père, de mère de famille, et derrière lesquels nous ne sommes que de pauvres êtres ignorant de notre vocation essentielle. Dédale et Icare vont s’envoler et Dédale qui est la prudence de la sagesse, recommande à son fils : « Ne vole pas trop bas, tu serais aspiré par les vapeurs de la mer ; ne vole pas trop haut, tu serais brûlé par l’ardeur du soleil ». Or Icare est le symbole de cet intellect qui veut toujours aller plus loin, plus près du soleil, qui veut en connaître davantage. Il ira si loin, qu’un jour ce sera l’éclatement, la cire va fondre et Icare est précipité dans l’eau. C’est le sort qui menace toutes les civilisations comme la nôtre. Elles portent en elle le germe de la mort qu’on pourrait appeler prométhéenne. Nous allons être tués par cet atome dont nous allons chercher le secret et dont nous allons tirer l’énergie, car il sera plus fort que nous. La seule énergie qui soit plus forte que l’atome, c’est celle que nous portons en nous, qui nous permettra de traverser les degrés initiatiques, de nous mesurer au Minotaure avec l’épée d’or, et d’accomplir encore tous les étages qui restent à monter. A ce moment nous atteindrons notre noyau. Les explosions nucléaires du monde seront alors recouvertes d’une façon grandiose par l’explosion nucléaire de l’homme, car tout deviendra énergie. Ce sera la transfiguration totale qui est décrite dans la Jérusalem céleste et annoncée par le Prophète.

Nous retrouvons dans Dédale et Icare les deux énergies divines Hochmah, la sagesse, et Binah, l’intelligence qui sont la base du triangle supérieur. Or les Prophètes et les Psalmodistes parlent souvent de la sagesse et de l’intelligence divines en comparaison avec la sagesse et l’intelligence des hommes. C’est pourquoi l’Apôtre Paul a dit : « La sagesse de Dieu est folie pour les hommes et la sagesse des hommes est folie pour Dieu ! » Et encore : « Je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents! Le Seigneur connaît les pensées des Sages. Il sait qu’elles sont vaines ! » et plus loin : « Que nul ne s’abuse lui-même : si quelqu’un parmi vous pense qu’il est sage selon ce siècle, qu’il devienne fou afin de devenir sage, car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu !»

Aller au texte précédent de la sérieAller au texte suivant de la série