Annik de Souzenelle : L’arbre de vie 7: l’épreuve du feu


28 Feb 2010

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(Revue Panharmonie. No 172. Mai 1978)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la réunion du 9.2.1978

A. de Souzenelle revient rapidement sur ce qui a été exposé la fois précédente, à savoir qu’à partir des deux centres représentés dans l’Arbre des Séphiroth dans Tiphereth, correspondant chez les Hindous au chakra du cœur, nous allons entrer dans le quadrilatère exprimé si merveilleusement par Noé dans l’Arche où il fait l’expérience du mariage, mariage de la ténèbre et de la lumière, que nous aurons à vivre à cet étage-là. Si les mariages réalisés dans le premier étage sont beaucoup plus liés à des pulsions psychophysiques, le vrai mariage est celui du deuxième étage qui tiendra compte des valeurs mêmes de l’être et qui fait appel à une qualité d’amour bien supérieure, d’un amour qui va passer par l’épreuve du feu. L’eau purificatrice du Déluge devient dans l’Arche un feu purificateur, illustré par la parole de Saint Jean-Baptiste : « Moi, je vous baptise d’eau, mais Celui-ci vous baptisera de feu ». Ce sont deux étages différents qui font que l’homme qui est ici et l’homme qui est là (dans les deux étages), sont d’un ordre différent.

Beaucoup d’entre nous ont ressenti combien ils devenaient étrangers à eux-mêmes et étrangers aux autres. C’est la conséquence du passage à un autre plan avec ce qu’il implique de rencontres nouvelles, avec des êtres qu’on a l’impression d’avoir toujours connus, quelle que puisse être la différence d’âge des uns et des autres.

Vouloir supprimer les classes sociales est un drame de toutes ces idéologies qui ne peuvent être réalisées en profondeur que lorsque nous aurons rejoint les archès.

Pour bien comprendre ce qui se passe au niveau du quadrilatère supérieur, du travail intérieur que nous avons à y faire, nous aurons besoin une fois de plus, de nous appuyer sur des mythes. Les rêves aussi souvent en rendent compte. (A. de Souzenelle cite un exemple).

Nous allons aborder le mythe de Job qui rend compte le plus parfaitement de ce passage par la Porte des Hommes.

Job est présenté comme appartenant à la terre d’Uts. Il y a un rapport étroit entre nous et la terre où nous sommes nés. Ce n’est pas par hasard. Si nous n’avions pas perdu la connaissance des forces telluriques, nous comprendrions pourquoi nous sommes nés là et pas ailleurs. Les Chinois en tiennent compte. Le mot UTS renferme toute une symbolique et exprime que l’homme se situe entre ciel et terre entre lesquels est toute la création. Il est au centre d’une croix qui unit toute la branche latérale avec la branche verticale. C’est pourquoi il va être crucifié parce qu’il faut qu’il incarne sa qualité d’homme. Autour de la lettre centrale hébraïque qui signifie l’homme, les deux lettres qui l’encadrent sont le mot « Arbre ». Et nous pouvons traduire UTS par « l’homme dans l’Arbre ». Job est au cœur de son Arbre, dans la moelle de son os. On peut être parfaitement bon, parfaitement gentil et serviable, moralement bien, sans pour autant être au cœur de son Arbre.

Job est parfait, il est très riche par ses acquisitions matérielles, mais aussi par l’acquisition de ses énergies. Il a une grande richesse intérieure. Ses nombreux enfants ne sont pas toujours ce qu’il faudrait mais après leurs écarts de conduite, Job les purifie, leur fait faire toutes les ablutions nécessaires, afin qu’ils soient bénis. Job, comme Noé, est parfait entre les parfaits de son temps.

Et voici que se produisent des séries de calamités : un ouragan terrible détruit ses champs, ses troupeaux sont décimés, et ses enfants sont passés au fil de l’épée par une peuplade ennemie. Et à chaque fois le serviteur dit : « Et je reviens, moi seul, Seigneur, pour te le dire… ». Quels sont ces serviteurs qui reviennent seuls ? Ce sont ceux qui vont ensuite symboliquement assurer le travail.

Pourquoi Job a-t-il perdu tous ses biens ? Parce qu’un dialogue étrange a eu lieu entre Yod-Hé-Vov-Hé et Satan, Yod-Hé-Vov-Hé ayant autorisé ce dernier, afin de lui prouver la sincérité de Job, enlever à celui-ci tous ses biens, sans toutefois toucher à son corps.

Si Yod-Hé-Vov-Hé représente la dimension divine que l’homme porte en lui potentiellement, cela ne signifie pas qu’il y ait un Dieu qui est celui que l’homme doit devenir et un autre Dieu extérieur. Notre mentalité actuelle est tellement compartimentée qu’il est difficile pour nous, Occidentaux, d’exprimer et de comprendre ce grand mystère divin. Le Divin se révèle à nous sous plusieurs aspects dont celui de cette dimension à laquelle l’homme est appelé.

Toute la tradition orale identifie Satan à l’Ange déchu, au mystère de la chute des Anges. Je ne me permets pas de le contester, mais il faut bien saisir qu’il y a au niveau du « Faire divin » une obligation pour que, à un moment donné, l’homme devienne divin, pour détruire ce qu’il était et pour l’obliger à se refaire germe pour passer à un niveau supérieur. Ce processus de destruction est indispensable, c’est pour les Hindous, ce que représente Shiva qui détruit et qui reconstruit avec les mêmes matériaux qui vont être transmutés. Le mot Satan en hébreux, de par la composition et la signification des lettres qui le désignent, signifie « celui qui nous introduit au cœur de notre être pour trouver la lumière ».

Devant cette épreuve de destruction totale Job prononce cette phrase extraordinaire : « Nu je suis sorti du sein de ma mère, nu j’y retournerai, Dieu m’a tout donné, Dieu m’a tout repris, que le nom de Dieu soit béni ». Mais ensuite tout le Livre de Job va être une contestation, il va plaider sa cause. Il est cette double personnalité que nous sommes et qui n’a pas encore atteint à l’unité. Job est celui qui sait et qui ne sait pas et qui fera le mariage entre les deux, entre son pôle de lumière et son pôle de ténèbre. C’est tout le mystère d’Israël qui, sorti du sein de sa mère doit y retourner, qui doit « épouser » sa mère, se refaire germe pour ressusciter. Et les mystères chrétiens contiennent ceux d’Israël. Quand Nicodème demande au Christ comment le suivre, comment entrer dans le Royaume, Christ lui répond : « Si tu ne te refais pas petit enfant, si tu ne rentres pas dans le sein de ta mère, tu ne pourras pas entrer dans le Royaume » et Nicodème : « Mais comment puis-je entrer dans le sein de ma mère, j’en suis sorti une fois et ne peux pas… » – « Tu es pourtant docteur en Israël, répond le Christ, et tu ne sais pas ces choses… ».

Satan retourne auprès de Dieu et lui demande de toucher au corps de Job sans toucher à sa vie, car à ce moment-là : « … il te maudira en face ! ». Et il prononce alors cette phrase étrange : « Peau pour peau ». Il fait une espèce de pari avec Dieu. Or la peau c’est cette fameuse tunique de peau dont l’homme a été revêtu après la chute. Le mot hébreu « peau » signifie aussi « lumière ». Les deux dernières lettres sont les mêmes, seules varient les premières. Aleph, première lettre de l’alphabet représente l’énergie créatrice, la lumière dans la lettre Reich va rencontrer une résistance, car la lumière ne se révèle que s’il y a résistance. Tandis que le mot OR auquel préside la lettre Ayin et qui, par rapport à Aleph est celle qui rencontre les profondeurs, les racines, les sources mêmes de l’être dans les grandes ténèbres, nous fait comprendre que l’homme ne peut trouver Aleph s’il n’est pas passé par Ayin.

Adam des origines était déjà un homme de lumière, mais il ne l’avait pas encore en totalité. Après la chute il est recouvert de la ténèbre qu’il a choisie, car le mot tunique de peau est formé des deux lettres Ayin et Reich qui forment le fameux mot « mal » que nous trouvons dans l’Arbre de la Connaissance du bien et du mal. Il a par cela donné une existence, une réalité à ce pôle ténèbre qui n’avait pas d’existence en soi sans le pôle de la lumière de l’Arbre de la Dualité. Le mot bien et mal n’existent pas en hébreux, il s’agit du parfait et de l’imparfait. La lumière et la ténèbre sont inséparables, ils sont l’Arbre de la Dualité, mais qui est recouvert par une unité qui les relie intimement. Lorsque l’homme, dans la Genèse suit le serpent, il donne réalité à un des pôles qu’il coupe de l’autre et, alors, cela devient le bien et le mal.

Nous créons le mal de toute pièce par ce mythe de la chute et pour pouvoir le vivre nous sommes recouverts de la tunique de peau. C’est une protection divine extraordinaire que de nous donner les énergies nécessaires à cette expérience, car sans cela nous en serions morts.

Question : L’homme avait-il le choix ?

Réponse : Non, de toute façon il ne pouvait pas choisir la lumière parce que tout était lumière et, pour qu’il y ait lumière supérieure, il a été éprouvé au niveau des ténèbres.

L’homme était loin d’être parfait en Éden, il n’avait pas encore toute sa structure et ne pouvait y atteindre par et dans une évolution harmonieuse, disent les Pères de l’Église ; il va le reconnaître, mais dans la disharmonie, dans la lutte, dans la souffrance. Il a créé des pulsions de mort qui l’entraînent par en-bas et qui vont rendre difficile la montée de l’Arbre.

Ce qui nous intéresse, c’est de voir que nous avons été recouverts finalement des vêtements de notre choix pour pouvoir vivre ce choix.

Satan a dit : « Peau pour peau » et il va toucher à la peau de Job qui va être remplie d’ulcères malins de la tête aux pieds. Il s’agit là de cette transmutation de la tunique, la peau symbolisant notre nature dite de la chute, notre sous-nature que nous avons à l’heure actuelle par rapport à notre vraie nature que nous avions avant la chute. Tout ce qui va donc se passer ici va être l’épreuve du feu, l’expérience des ténèbres des profondeurs qui va faire que le Ayin à un certain moment va se transformer en Aleph. C’est tout le mystère de la transmutation de notre corps qui se décompose et qui est symbole de notre nature laquelle dans les épreuves successives après la mort, retrouvera cette expérience lumière qui nous ramènera bien au-delà de notre état avant la chute.

Job recouvert de ces ulcères malins, se plaint dramatiquement de ses plaies qui le font souffrir. Mais ce dont il souffre particulièrement, c’est de l’incompréhension, de la totale incommunication avec les autres, même avec sa femme. Les seuls amis qui lui restent ne sont pas sur le même plan que lui. Job conteste ce qui lui arrive, ce n’est pas juste et cette contestation devant Dieu que ne comprennent pas ces amis, c’est très beau. Il a des accents d’un pathétique et d’une beauté extraordinaires.

C’est alors qu’il reçoit la visite de trois personnages qui lui reprochent sa contestation : « Tu oses contester Dieu ! ». Job les envoie promener en termes violents, refusant ce genre de sagesse, de morale élémentaire et de sagesse inférieure. Il y a des moments où seuls compte notre discours intérieur, l’information intérieure que nous recevons. Et à ce moment arrive un quatrième personnage d’une sagesse et d’une intelligence qui ressortissent vraiment d’en-haut. Il va le dire : « Vous n’avez que des discours complètement vains, pourtant vous êtes âgés et moi je suis jeune ! Mais ce ne sont pas les ans qui donnent la sagesse aux hommes ! ». Et il va dire encore : « Dieu nous parle par des songes, par songes il nous avertit ! ». Nous avons là toute l’indication de ce monde de l’inconscient qui est porteur de messages divins. C’est un langage qu’emploie Dieu, il est sans limite. Nous sommes aussi avertis par nos souffrances et Job, dans de très beaux versets témoigne de son expérience du noir. « J’espérais la lumière, les ténèbres sont venus… » « … Ah ! je voudrais être étranglé ! … ».

« Être étranglé », c’est très intéressant, parce qu’il faut qu’il passe par cette Porte et c’est très pénible. C’est pourquoi il exprime sa souffrance au niveau de la gorge. Les Gardiens du Seuil sont tous là à le presser pour qu’il atteigne à la dimension qui lui permettra ce passage.

Alors, ce quatrième personnage, après avoir renvoyé tout le monde, parle, et instruit Job en profondeur. Il porte un nom très significatif, il s’appelle « Elie » ou en hébreux « Elihu ». Elihu à son tour va disparaître et laisser parler Dieu Lui-même. C’est Yod-Hé-Vov-Hé qui va en finir avec l’expérience de Job. Il est curieux de voir qu’Elihu joue dans le drame de Job, auprès de Yod-Hé-Vov-Hé le même rôle que Jean-Baptiste va jouer auprès du Christ dans l’histoire du peuple juif : « Il faut qu’Il croisse et que je diminue… ». Et le Christ confirme très bien que Jean-Baptiste a la même dimension qu’Elfe.

Le voyage que Yod-Hé-Vov-Hé va entreprendre avec Job est une descente dans les profondeurs de l’Enfer, c’est-à-dire dans nos lieux inférieurs. Job est déjà descendu dans certains plans de conscience, mais il faut qu’il les pénètre plus profondément encore. Si on compare les plans de conscience aux sept jours de la Genèse, on peut dire qu’il lui reste à traverser l’abîme qui précède même au premier jour et qui fait qu’il va rencontrer le Divin avant même la Création. Dans les sept jours de la Création il y a d’abord l’abîme et puis ensuite l’Esprit de Dieu qui plane sur cet abîme. Après ces opérations divines symbolisant les six jours de la Création, Dieu se retire le septième jour. L’homme apparaît le sixième jour. Il est fait dans ses structures profondes de tous les jours de la Genèse qui l’ont précédé. C’est-à-dire qu’il contient en lui symboliquement toutes ces énergies et qu’il est un microcosme. Et lorsque l’homme doit redescendre dans ses profondeurs, il passe par tous les jours de la Création dont il est fait. Mais il ne peut traverser l’abîme pour au-delà retrouver le Divin qu’avec Yod-Hé-Vov-Hé, c’est-à-dire qu’avec sa qualité de Dieu.

Avec Yod-Hé-Vov-Hé Job va faire des expériences redoutables, entre autres celle des dix animaux en commençant par le Lion et en terminant par l’Aigle. Les Alchimistes disent : « Dans cette opération de transmutation totale (où le plomb doit devenir or, où la ténèbre doit devenir lumière) l’Aigle doit dévorer le Lion ! ». Or le Lion symbolise toute notre partie solaire dont les énergies doivent être intégrées par l’Aigle, par « celui dont le regard est perçant, par celui qui connaît… ». Il est aussi prononcé cette phrase : « Là où sont les cadavres, l’Aigle se trouve ». Les cadavres de toutes nos énergies qui ont été retournées et intégrées. Le Christ va reprendre cette phrase lorsqu’Il parlera de Sa mort et de Sa résurrection : « Là où est le cadavre, les Aigles se trouvent… ». Le cadavre ici symbolise le corps du Christ unique, et les Aigles, ce sont tous les hommes en tant qu’ils sont appelés à devenir des Aigles.

Après avoir visité avec Yod-Hé-Vov-Hé tous ces seigneurs de la terre et de l’air, Job va visiter les animaux sous-marins. C’est là où il passe l’abîme, où il entre dans les grandes profondeurs. Et Dieu va lui demander :

« Étais-tu là, lorsque je créais tout cela ?

« Étais-tu là, quand je créais la terre ?

« Oui, tu étais là, car le jour et le nombre des années, est grand ! »

Nous sommes là devant le profond mystère de l’éternité, de l’homme qui a été créé, mais qui est de toute éternité. L’homme est un être éternel qui n’a jamais eu de commencement, ni de fin. C’est difficile à concevoir pour nous qui sommes saisis entre les deux pôles de notre naissance et de notre mort (Note de Panharmonie : Pour les Hindous et pour les Bouddhistes, la notion de la réincarnation donne la clef de ce mystère).

Nous terminerons le mythe de Job la prochaine fois parce que cette fin est une apothéose et trop belle pour être contée rapidement. Elle est en plus très ardue et très difficile à comprendre dans sa profondeur.

Compte rendu de la réunion du 9.3.1978

Nous avons eu pas mal de nouveaux-venus. Pour eux A. de Souzenelle récapitule les réunions précédentes. Puis elle enchaîne sur le mythe de Job :

Il est certain, et cela se retrouve dans les lois psychologiques actuelles, que les énergies qui ne sont pas investies d’une façon juste, se retournent contre l’homme, sinon nous ne connaîtrions pas la mort ou tout au moins nous prolongerions de beaucoup notre vie. Nos maladies ne sont que des chocs en retour d’énergies mal employées.

Après avoir étudié le pôle lumière à travers plusieurs mythes, nous allons, avec Job, faire l’expérience du pôle ténèbres. Nous ne pouvons descendre dans nos ténèbres que si nous avons fait l’expérience de la lumière. Job est saisi entre deux pôles : Yod-Hé-Vov-Hé et Satan. Nous sommes dans notre profondeur pris entre ces deux dimensions. L’homme est appelé à devenir Yod-Hé-Vov-Hé et, en même temps il est son propre adversaire n’ayant pas encore intégré toutes les énergies. Nous allons avoir petit-à-petit à les épouser, de manière que tout, un’ jour, devienne lumière. Cet « accouchement » de la lumière ne peut se faire que par une prise de conscience, par une descente dans nos différents plans de conscience inférieurs afin que nous intégrions toutes les énergies qui les constituent. C’est aussi l’image de l’échelle de Jacob qui n’est autre que la colonne vertébrale cosmique. L’homme doit en assumer tous les échelons, c’est-à-dire chacune de ses terres, chacun de ses plans de conscience. Par une descente dans les profondeurs, les énergies ténèbres doivent être retournées afin de devenir lumière.

C’est ce qui se passe pour Job qui est atteint dans sa chair, la chair étant le symbole extérieur de notre plan de conscience. Les êtres d’une très grande évolution deviennent en partie lumière. Ce sont eux qui tiennent le monde dans leurs mains. Et Job à aller à la recherche de son nom intérieur.

Avec Dieu, Job, dans sa dimension divine, va faire « le grand voyage de l’inconscient » à travers le monde animal, en commençant par les animaux de la terre et des airs. Ensuite il descendra dans la dernière expérience qui sera celle des animaux de l’eau, de l’eau et de la terre d’ailleurs. Les traducteurs parlent à ce sujet de l’hippopotame et du crocodile. En hébreux, on parle d’une part du « bœuf marin » et d’autre part du fameux Léviathan. En fait, ce n’est ni le crocodile, ni le Léviathan. Dans le Livre des Morts Égyptiens qui est très lié à toute cette expérience, l’énergie fondamentale que nous allons trouver dans les eaux des profondeurs est décrite comme ayant une gueule de crocodile, un corps de dragon, des ailes d’aigle, etc. Une de ses parties tient aussi du chacal. Dans le mot Léviathan tan, en hébreu signifie chacal. Et cet animal monstrueux va être le Gardien du Seuil redoutable aussi longtemps que l’homme ne se sera pas mesuré à lui, aussi longtemps qu’il n’aura pas atteint à cette dimension. Il va faire l’ultime expérience des ténèbres, de la dernière terre, de cette Terre-Vierge, cette terre noire qui, dans toutes les traditions est exprimée par une femme redoutable, sorcière, dévoreuse. Et lorsque l’homme l’aura épousée, ce sera l’éclatement de la lumière.

Le cœur du Léviathan contient les noms divins, ceux dont nous sommes tissés. Ils sont notre noyau, comparable au noyau de l’atome qui contient toutes les énergies. Et lorsque nous aurons touché ce noyau nous deviendrons totalement énergie et totalement lumière. Nous ne serons pas brisés par cette énergie si nous sommes nous-mêmes devenus énergie. C’est cela toute notre expérience des grandes profondeurs.

Job va donc être intégré dans ses normes primitives, car il a fait l’expérience inverse du départ d’Éden. Et si dans la Genèse Adam dit « J’ai entendu Ta voix dans le Jardin et j’ai craint, je suis dans le tremblement car je suis nu », Job va dire : « Mon oreille entendait jusqu’à présent parler de Toi, mais maintenant mon œil Te voit ! ». C’est l’aventure de la vision. A ce moment-là, lui qui avait tout perdu, toutes ses énergies, il va recevoir le double de ses biens. Il connaît enfin la véritable multiplication après avoir crû, tandis que l’humanité inversement se multiplie dans le plan de l’avoir avant d’avoir pu croître. Par cela même elle se bloque dans son évolution.

Cet éclatement de Job va être symbolisé par la naissance également symbolique de ses trois filles. Chez les Grecs la Sphinge a un visage de femme. Car dans les traditions, aussi bien l’homme que la femme sont féminins par rapport au Divin qu’ils vont épouser. Toute la Création est appelé « Vierge d’Israël » et c’est elle qui va épouser Dieu.

L’une des filles s’appelle Jemina qui signifie dépassement du temps. Job, en changeant de plan de conscience et même de peau, a aussi changé de temps. A chaque degré de l’échelle nous changeons d’espace et de temps qui sont une unité, l’espace-temps. Extérieurement nous sommes toujours sur terre, mais nous sommes en contact différent avec notre terre intérieure, nous recevons des informations différentes. Le conte du Petit Poucet illustre ce changement de temps lorsqu’ayant dépassé l’épreuve de l’Ogre, il chausse les bottes de sept lieux qui vont lui permettre de traverser le temps et l’espace. C’est aussi cela sa signification de la « Fin des Temps ».

La seconde fille s’appelle Ketsia qui est le nom d’une plante aromatique, la casse. Nous en étudierons l’idée profonde lorsque nous nous arrêterons au triangle supérieur. Il s’agit de la notion d’odeur. Le corps de l’homme se transmute, se métamorphose. Il change aussi d’odeur. L’odeur, comme la lumière est une qualité vibratoire et certains hommes, ayant le don de reconnaître les vibrations, qu’elles soient lumineuses, odoriférantes ou autres, voient l’évolution de l’homme d’après elles.

La dernière fille, Keren-Haphouc symbolise le fait de retrouver les trois couronnes en Kether, le couronnement des contraires, le dépassement des contradictions, le dépassement de la dualité. l’Advaïta des Hindous. Dans l’épée flamboyante et tournoyante du Chérubin qui garde le Jardin d’Éden nous trouvons le mot Haphouc. Tournoyant ne signifie rien d’autre que les deux tranchants de l’épée, c’est-à-dire l’Arbre de la Contradiction qui est mort pour celui qui n’est pas devenu l’épée et qui est vie pour celui qui a atteint sa qualité.

Keren et Kheter sont le même mot, c’est le point de départ de toutes les énergies donné par la Création dans un expire et c’est le point de retour de toutes les énergies qui remontent à leur source et qui vont reconstituer ce point focal où nous connaîtrons la dernière naissance par le chakra coronal. Keren-Haphouc, c’est cette arrivée à ce point final. C’est aussi l’Œuvre Rouge des Alchimistes.

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