le Docteur Thérèse Brosse : La conscience, éducatrice de la croissance psychologique de l’enfant et inspiratrice de l’évolution de l’adulte, Rôle du Maître et de la Société


01 Jul 2010

(Extrait de l’ouvrage collectif Éducation Créatrice publié sous la direction de Robert Linssen, édition Être Libre 1984)

Il n’y a pas, jusqu’ici, de science de l’Éducation parce qu’il n’y a pas de science de l’Homme et il ne peut y avoir de science de l’Homme que s’il se constitue une science de la Conscience.

L’évolution sociale comporte, comme l’évolution biologique, son hérédité et sa variation. Le patrimoine culturel constitue cette hérédité, mais la variation, c’est l’individu qui l’apporte à la société; elle a son germe dans les personnalités fortes qui dépassent les limites de l’héritage culturel grâce à une Conscience créatrice, originale et libre.

Le problème éducatif présente ces deux aspects : d’une part, la transmission de l’héritage culturel qu’assume prestigieusement l’école traditionnelle; d’autre part, la variation individuelle qui apporte au présent les énergies latentes de l’avenir. Dans la méthode conformiste et autoritaire, cette variation individuelle non éduquée, est laissée au hasard.

Depuis de nombreuses décennies déjà, l’intuition de certains pédagogues s’est révélée préscience et des méthodes furent expérimentées et mises en vigueur en vue de l’épanouissement normal de la personnalité enfantine. Cet empirisme s’est avéré efficace et bienfaisant du double point de vue individuel et social, mais son développement et son extension ne pouvaient atteindre l’envergure souhaitable en l’absence de lois accréditées concernant l’activité consciente et son évolution valables pour la totalité de l’ontophylogénie. Certes, les « états de conscience » font maintenant l’objet de l’intérêt et de l’expérimentation des chercheurs, mais la véritable « nature » de la Conscience n’y est pas découverte : considérée comme une simple qualité de psychisme, altérée ou soi-disant normale, elle ne saurait devenir l’axe évolutif d’une science dûment constituée.

NECESSITE D’UN NIVEAU SUPÉRIEUR

L’approche « dualiste » psychosomatique de la constitution humaine telle qu’elle est pratiquée en Occident a conduit la science de l’Homme dans une impasse qui ne saurait être transcendée que par la reconnaissance d’une structure « trinitaire » dont le niveau supérieur, intégrant et mobile déroulera son activité organisatrice, au cours des millénaires en vue de l’ultime évolution.

Le problème humain se trouvera ainsi posé en termes de niveaux énergétiques et résolu en termes de fonctions.

Ce niveau supérieur, l’Inde nous le propose : la CONSCIENCE en tant que « pouvoir » et « réalité autonome ». « Vous êtes CELA », nous est-il affirmé.

Aujourd’hui, la science dans ses développements les plus récents nous le confirme et, comme il se doit, la science microphysique puisque c’est à l’énergie que nous sommes confrontés.

Les chercheurs de l’Institut MERU ne déclarent-ils pas que « La Conscience pure est maintenant considérée comme l’ultime essence de l’univers. »

Cette pure Conscience, dans sa Réalité totale et première, nous est révélée intégralement grâce à l’expérience intérieure des RISHIS du Rig Veda, avec toutes ses potentialités qui assument le déroulement de la « manifestation » et l’infinie diversification de ce pouvoir de réalisation, de connaissance et d’amour.

Rappelons-nous le cas de Sri AUROBINDO, cité par la « Mère » : une première lecture des Vedas dans la traduction ne semblait apporter qu’un certain intérêt pour l’histoire de l’Inde; quinze ans plus tard, une lecture dans l’original y trouvait « une veine continue de l’or et le plus riche tant par la pensée que par l’expérience spirituelle ».

Entre temps, Sri AUROBINDO avait eu « une série d’expériences intérieures particulières que n’expliquaient guère la psychologie européenne, ni les écoles de yoga, ni les enseignements du Védanta, mais que les MANTRAS VEDIQUES éclairaient d’une lumière exacte ».

Malgré tout, une compréhension intellectuelle très approximative de la nature et des activités de la Conscience va nous mettre sur la voie d’une science de l’Homme, riche de conséquences pragmatiques et poser les fondements d’une science de l’éducation qui intéresse particulièrement cet exposé. Voyons donc les points essentiels qui, dans l’exposé du Shakta Vedanta, vont éclairer notre recherche pédagogique.

VISION DE LA TRADITION ORIENTALE

Contrairement à la vision occidentale qui considère la conscience comme une qualité abstraite du psychisme, la Tradition orientale, et c’est là une distinction capitale, la reconnaît en tant que Réalité suprême, universelle et primordiale qui est à la fois « Existence, Conscience et Félicité » (Sat-Chit-Ananda) à la fois transcendante et immanente dans notre être humain. Totalement autonome, c’est Elle qui émane, soutient et résorbe les mondes. Pouvoir suprême, à tous les niveaux, sa substance est « énergie ».

Elle est l’ « absolu » quels que soient les différents noms qui la désignent (le SOI, Agni, Brahman, l’Atman). C’est en se voilant et en se limitant progressivement dans des niveaux hiérarchisés qu’elle entre dans le champ du relatif, lors de l’involution. C’est ainsi que, dans notre constitution mentale, elle engendre de haut en bas : un plan de manifestation cosmique, encore ouvert sur l’universel, puis un ego sous-jacent qui construit notre personnalité par d’implacables limitations puis, un mental analytique d’où émaneront des appareils sensoriels et moteurs.

Cette succession de niveaux, établis une fois pour toutes, la Conscience va les utiliser en artiste, de bas en haut, au cours de l’évolution, le chemin du retour actualisant les potentialités de chacun d’eux pour en tirer une maîtrise efficace, tout en les intégrant successivement dans l’Unité qu’elle confère à l’ensemble, jusqu’à ce que la réintégration dans la pure Conscience l’ « Expérience Parfaite » vienne couronner le terme de ces innombrables pèlerinages.

Ce très rapide aperçu nous permet de noter au passage cette tâche considérable qu’accomplit la Conscience, à tout instant, au cours des millénaires, dans toutes les races et en chacun des individus, sur les niveaux de sa manifestation, avec l’aide du milieu social. C’est cela l’ « Éducation » au cours de la croissance enfantine, puis l’ « appel » à l’évolution chez l’adulte parvenu au niveau moyen de sa race. Elle seule peut réaliser comme il se doit, sans traumatisme et sans effort avec cette joie et cette aisance qui caractérise le mécanisme de toutes ses interventions. Car, si l’on concède aux parents, un droit, d’apparence légitime, d’éduquer leur progéniture, en dépit de tous leurs conditionnements idéologiques, comment ne pas respecter celui de la Conscience suprême en qui nous avons l’« Être » et la Vie et qui seule apprécie nos besoins et nos possibilités ?

Une situation observée au cours d’une mission UNESCO dans l’après-guerre stigmatise l’absurdité et le drame de ces fausses relations pédagogiques : en Italie, lors du remplacement des troupes allemandes par les troupes américaines, un enfant demande à sa maîtresse : « Mademoiselle, qui est-ce « aujourd’hui » l’ennemi « héréditaire » ? Un adolescent prend alors la parole : « Il n’y en a qu’un, c’est l’adulte, car c’est lui qui nous a mis dans cette situation ».

FONCTION EDUCATIVE DE LA CONSCIENCE

Dans son ascension évolutive, la Conscience accomplit sa fonction éducative sur les niveaux correspondant aux intégrations successives de l’anatomie nerveuse; elle accorde successivement son intérêt, dans l’ordre suivant, de la naissance à l’état adulte : perception, action, émotion, analyse intellectuelle, les deux premières étapes concernent l’enfance, les deux dernières, l’adolescence. Sur cette échelle, la croissance psychologique de l’enfant réside dans la construction d’une autonomie individuelle, susceptible d’utiliser avec maîtrise tous les niveaux psychologiques et entraînée à la création originale.

Chaque étape tend à réaliser une sorte d’auto-éducation, la Conscience entraîne la faculté spéciale afin d’en obtenir la maîtrise. Cet entraînement se réalise en trois temps successifs, de contact, d’analyse et de maîtrise.

GESELL, à l’université de Yale les confirme en les dénommant : innovation, intégration, équilibre. On les retrouve dans le yoga, lors de l’exercice psychologique du samyama; ce sont alors : dharana, dhyana, samadhi.

Au cours de l’enfance, dans une période évolutive donnée, la croissance psychologique reproduit les étapes des races qui l’ont précédée. L’ontogénie récapitule la phylogénie comme la vie intra-utérine a récapitulé l’évolution des espèces. Le sein maternel fournissait alors les éléments nutritifs nécessaires à la croissance de l’embryon; ici, c’est le milieu social qui apporte la culture nécessaire à l’enrichissement psychique et au déploiement de l’activité pédagogique de la Conscience. Le rôle de la société réside essentiellement dans cet apport judicieusement choisi.

Ici se pose la question cruciale pour les éducateurs : Quelle étape précise, la croissance est-elle en train de traverser, quels sont les besoins à satisfaire pour fournir à la Conscience, le milieu le plus favorable au processus éducatif ?

La réponse est aisée si nous acceptons de pratiquer le test de ce que nous avons appelé « l’absolu noétique » : noétique parce que nous avons désigné par « noü? », la Conscience « pure » afin de la distinguer de la psyché, « absolu » parce que c’est la caractéristique même de cette Conscience, partout où elle se manifeste. C’est la présence de la Conscience à un niveau donné qui fixe l’intérêt naturel de l’enfant à ce niveau et l’irradie spontanément vers les objets qui lui correspondent. La communication de la culture va du milieu à l’enfant, la projection de l’intérêt va de l’enfant au milieu. Ici, cet intérêt est absolu, car, dans une activité psychique considérablement accrue, il fait converger toutes les énergies fonctionnelles habituellement dispersées vers la multiplicité du monde objectif. Nous connaissons tous cet état d’exaltation de l’énergie consciente qui nous rassemble tout entier dans un objet présent : une extase sensorielle chez le jeune enfant présente les mêmes caractères que celle du mystique ou du savant sur d’autres niveaux; elle s’accompagne d’une véritable félicité.

Cet « absolu » est bien relatif, et par là contradictoire, dira-t-on; tantôt perceptif, tantôt affectif, tantôt ceci, tantôt cela. Or, il s’agit toujours d’un absolu « biologique » d’intégration. Le niveau est relatif, mais la Conscience qui y est active est absolue à tous les niveaux.

La présence de la Conscience sur l’un des niveaux de l’échelle organique divise cette dernière en deux zones : celle des niveaux déjà maîtrisés devenus automatiques agissant en subordination, on pourrait la dénommer « zone objective »; et celle des niveaux encore à maîtriser vers lesquels elle s’élèvera progressivement dans l’avenir. L’activité de ces derniers, présents à tout âge, mais non encore objectivée demeure inclus dans le dynamisme conscient, mais ne peut encore être mis au service de la Conscience. Sur le propre plan du niveau, ils demeurent dans une zone subjective. Tel le mental analytique du jeune enfant qui participera à une analyse sensorielle ou active, mais ne saurait être utilisé lors d’une situation intellectuelle.

LE PRINCIPE DE LA LIBERTE

Quel que soit le niveau psychologique provisoirement privilégié par la Conscience en vue de son éducation, la société se doit de respecter le principe fondamental d’une éducation biologiquement normale et pédagogiquement efficace à savoir : le principe de la liberté.

La construction d’une autonomie n’est possible qu’à cette condition. La contrainte qui exige la répétition de techniques imposées ne conduit qu’à l’imitation et rend impossible l’attention soutenue grâce à laquelle la Conscience construit elle-même les synthèses que nécessitent ses tâches en présence des données culturelles que lui fournit l’adulte.

La liberté qui implique une discipline personnellement élaborée n’aboutit jamais à un individualisme antisocial; c’est l’inconscient gonflé d’énergies insatisfaites qui réclame des compensations, qui jalouse, envie, soupçonne et hait.

Le rôle de la société ne se réduit toutefois pas à cet apport culturel; elle se doit également de participer à l’éclosion de la variation individuelle qui conditionne l’évolution et c’est par l’ « inspiration spirituelle » seule qu’elle peut l’exercer.

C’est dire toute l’importance du maître dans cette nouvelle perspective pédagogique. Pour transmettre la culture, il suffit de ce qu’un maître sait, mais, pour aider la Conscience enfantine à manifester sa variation propre, c’est ce que le maître « est » qui compte. Ce qui agit, c’est sa « Conscience », son degré d’évolution, son ardeur créatrice, ce qui transcende et dirige l’activité psychique; le niveau correspondant entre en vibration chez l’enfant (ou l’adulte, ultérieurement), dans cette transcendance intérieure où résident tous les niveaux qui doivent encore être parcourus.

LES DIFFERENTS NIVEAUX

Dans les deux premières années de la vie, les sensations corporelles sont tout d’abord un absolu pour le nouveau-né, puis le nourrisson et il importe que les efforts disciplinaires de la famille n’aient pas traumatisé les rapports de l’enfant avec son organisme.

De 2 à 5 ou 6 ans, c’est sur la fonction sensorielle que le caractère « d’absolu » se fixe électivement; les autres fonctions servent cette fonction centrale; il agit pour percevoir, sa seule action vraie est le langage, mais le « mot » est lui aussi un absolu comme l’image sensorielle.

L’activité intellectuelle s’exerce au service de la perception; les émotions, intenses mais « subjectives » sont infiniment vulnérables et susceptibles d’être blessées par l’intervention de la famille.

Dans le milieu social, l’enfant agit pour percevoir, pour rechercher des informations; c’est à l’adulte de lui donner celles de la sagesse et de l’amour plutôt que celles de la colère et de la rigueur. Sinon, l’enfant méfiant apprendra à tourner les règles sociales; il se désocialisera par la faute de la société; souvent par obéissance et abstention de façon « passive », le sociologue les déclare « bien adaptés », mais leur créativité sociale est morte, ils seront incapables de participer à l’évolution. La désadaptation ne revêt pas toujours cette forme pacifique : répondant aux violences par la révolte et la ruse, fixés dans la rébellion, ils fourniront un contingent considérable à la délinquance juvénile et adulte.

A cette période, la méthode pédagogique doit respecter la liberté essentielle à l’exaltation sensorielle et fournir les objets convenables à l’exercice de la Conscience; le principe MONTESSORI répond aussi bien que possible à cette nécessité.

L’action va faire l’objet exclusif de l’intérêt conscient vers l’âge de 5 à 7 ans. La perception automatisée va servir la fonction motrice. L’objet perçu va devenir instrument d’action; l’enfant ne demande plus ce que sont les choses, mais à quoi elles servent. Chaque acte est un absolu en soi et les récits un chapelet d’évènements. Si, à la première phase de « contact » caractérisée par l’impulsion et l’irréflexion, les parents restreignent toute activité, ces « tabous » constituent de véritables entraves à la valeur spirituelle des expériences à ce niveau. La restriction de l’espace psychologique refoule l’énergie biologique de la Conscience.

Dans un second temps, l’enfant analyse et organise des mécanismes d’action, assisté par une « image active »; la maîtrise sera achevée, lorsque l’image pourra être conçue avant l’action. Comme à la période sensorielle, les traumatismes infligés par l’adulte engendreront des refoulements susceptibles d’altérer la santé, mais certainement l’imagination créatrice.

De même qu’à la période précédente, l’extase sensorielle reproduisant l’« animisme » des races antérieures, ici, dans l’action, c’est la notion « magique » qui évoque le primitif.

A cette période « active », les méthodes pédagogiques ne peuvent être efficaces que si elles sont vraies psychologiquement et s’adressent à l’activité consciente à travers l’action. Au début de ce siècle, de grands éducateurs comme FREINET en France, DECROLY en Belgique, Miss PARKHURST aux États-Unis, conçurent un plan d’acquisition de la culture scolaire en « agissant » au lieu de la recevoir passivement au mépris des tendances normales. Ce dont on fait l’éducation, c’est « l’activité en tant que fonction psycho-physiologique de la Conscience » d’où la nécessité de l’associer étroitement avec la culture. L’aptitude dramatique caractérise également l’enfant à cette période; son image active lui donne la faculté de s’identifier avec une personnalité autre que la sienne; puisse-t-elle être celle du héros plutôt que du gentleman cambrioleur. Dans ses relations sociales, l’enfant accorde plus de valeur au « camarade de jeu » qu’à la relation individuelle.

PREMIERE ADOLESCENCE

L’entrée en adolescence vers la douzième année se traduit par une exaltation spécifique de la conscience affective qui va substituer des sentiments aux émotions liées à l’organisme. On a souvent lié cet épanouissement affectif à l’éveil de la fonction génératrice, mais il lui est en réalité bien antérieur. Aussi, est-il important que cet éveil sexuel se produise au sein d’une affectivité épanouie et maîtrisée pour que la fonction la plus éminemment sociale ne s’exerce pas dans la négligence du sentiment et à la recherche de la sensation.

Cette éducation des sentiments a été pratiquement délaissée dans la pédagogie scolaire et les expériences affectives, au lieu de se dérouler dans les trois temps normaux demeurent en règle à la phase de contact sans passer à celle de la réflexion, puis de la maîtrise. Bien peu d’adultes ont dépassé cette étape de simple association avec l’émotion d’où la multiplicité des maladies fonctionnelles dues au traumatisme subintrant de ce chaos affectif pourvoyeur également de maladies sociales. A cette époque, les activités intellectuelles proposées à l’adolescent devraient se dérouler au sein d’émotions positives. Sinon, les conséquences du refoulement et de la carence affective apparaissent dans l’incapacité de croire à une émotion haute et forte chez autrui, dans le scepticisme moral, l’attitude sarcastique, la recherche du mobile intéressé. Les types humains proposés à l’expérience affective des jeunes doivent être représentatifs d’une forme exaltée et hautement sociale des émotions qui ont dicté leurs actions.

Les émotions sont à la base du lien social et ce sont celles qu’il faut cultiver si l’on veut cultiver le sens social; il n’y a qu’un temps pour le faire, c’est celui au cours duquel la Conscience projette sur l’affectivité toute la puissance de son absolu biologique.

Il importe de ne pas négliger la tendance à l’universalisation de l’émotion, cela du fait que l’affectivité participe à la nature même de l’Être et de la Conscience (Sat-Chit-Ananda). C’est l’Univers terrestre tout entier qui passionne l’adolescent et c’est même avec le monde cosmique qu’il communie aisément. Aussi, l’éducation des sentiments devra-t-elle être orientée non seulement vers le service des autres, mais être en même temps aussi large que possible, à travers une culture internationale associée aux contacts internationaux avec les enfants du même âge. C’est à cet âge que l’exploitation des adolescents au profit d’un groupe social restreint, parti politique ou chauvinisme national, édifie, pour l’avenir, les obstacles les plus sérieux à la compréhension des peuples. Si l’éducation sociale de tous les adolescents était basée sur l’éducation de leurs aspirations humaines, ils n’éprouveraient par la suite aucune difficulté à servir la cause de la compréhension internationale et à servir ainsi l’humanité à travers leur propre culture nationale.

SECONDE ADOLESCENCE

Dans la seconde adolescence qui termine la jeunesse, c’est à l’intérieur des processus mentaux que la Conscience accomplit sa fonction d’intégration et de maîtrise. L’analyse va devenir le centre de son intérêt.

L’amour pour le concept, le maniement des processus logiques caractérisent cette période. Ici, les problèmes pédagogiques de l’école traditionnelle ne revêtent plus la gravité qu’ils avaient eue aux étapes précédentes.

L’enseignement intellectualisé ne risque plus d’affamer les émotions; il offre des satisfactions à l’intelligence éveillée.

A ce niveau, les élèves qui n’ont pas reçu, dans les étapes précédentes, l’éducation indispensable à la maîtrise consciente, se spécialisent dans une branche et se résignent à demeurer médiocres dans les autres. Cela, au mépris de la loi psychologique statuant qu’il n’y a pas de raison valable pour que la Conscience n’obtienne pas une maîtrise égale de toutes les fonctions d’un même niveau. Ceux qui l’ont réalisée sont considérés comme des êtres exceptionnels alors qu’ils sont simplement normaux. Ce qui existe, ce sont les prédominances d’un niveau ou de l’autre, mais elles n’impliquent pas l’inégale répartition de l’autonomie consciente sur l’étendue d’un niveau particulier.

Lorsque le jeune adulte est en possession de ses moyens intellectuels qui lui permettent de s’insérer dans la société, d’y fonder une famille, d’y faire le choix d’une profession, son évolution consciente est loin d’être terminée; seule s’achève la croissance qui dans l’ontogénie récapitule la phylogénie.

Toutefois, le psychologue de la période classique, DESCARTES en France, se donnait encore pour « absolu noétiques », pour « a priori », le concept analytique, l’idée claire et simple, issue en nous. Mais, le plus grand psychologue de la phase suivante, KANT, affirmait l’existence d’un plan de conscience transcendant, celui du concept analytique et qui est de nature synthétique et sociale.

L’INTELLIGENCE SYNTHÉTIQUE

Il n’est pas douteux que, depuis le XVIIIème siècle jusqu’à nos jours, la Conscience générale de notre civilisation s’exprime et s’analyse à un niveau spécialement social.

Ce niveau de l’intelligence synthétique est, en même temps celui de l’égo, « l’ahamkara » de la nomenclature hindoue, niveau moyen du « mental » (antahkarana) situé au-dessus du manas et au-dessous de l’intelligence universelle (Buddhi).

La connaissance de ces sous-niveaux hiérarchisés peut nous aider à comprendre les caractéristiques de la période que nous vivons, avec ses problèmes et ses immenses dangers.

Cette période « synthétique » n’est plus une période de « récapitulation » de la croissance individuelle par rapport à la phylogénie, mais une période d’évolution générale de notre humanité. Elle représente donc bien une phase biologiquement normale de cette évolution à laquelle la Conscience prête son caractère d’« absolu ».

Pour tous les êtres dont l’évolution individuelle est située sur ce niveau, les « moments » de l’entraînement (les trois temps du processus d’intégration) ne sont évidemment pas les mêmes : les uns vivent la phase de « contact », d’autres celle d’« analyse », les autres enfin, celle de « maîtrise ».

Ajoutons à cela qu’un grand nombre de nos contemporains expriment encore la phase d’intelligence analytique et, la presque totalité avec les problèmes d’une affectivité qui n’a pas été éduquée en son temps, on peut imaginer le chaos social qui nous est donné en spectacle.

Notons, en passant, car l’exemple est typique, comment s’opère le glissement de l’ « absolu » analytique vers l’ « absolu » synthétique, dans le domaine scientifique : une correspondance s’impose en effet entre la « Vérité scientifique » d’une époque et le niveau psychologique du savant; cela nous permet de situer l’échelon correspondant aux temps présents; les sciences physiques sont particulièrement significatives à cet égard, car elles ont, elles aussi, leur « absolu » qui s’appelle « postulat ». Il suffit d’apprécier son caractère analytique ou synthétique pour identifier le niveau.

BACHELARD indique que « Toute activité spirituelle est passage d’un niveau à un niveau plus élevé », mais ne suggère pas « QUI » exécute ce passage.

Il questionna, par ailleurs : « Pourquoi le « Réel » change-t-il de place ? »

Question qui, pour nous, ne se pose pas. Et, c’est alors que dans sa « Philosophie du NON », il met sous nos yeux, l’unanimité de toutes les sciences à renier le postulat analytique : Épistémologie non cartésienne, Physique non Newtonienne, Chimie non Lavoisienne, Géométrie non Euclidienne, Logique non Aristotélicienne.

On pense qu’une découverte a provoqué ce changement de postulat, mais c’est, au contraire, la mutation de la Conscience qui a provoqué la découverte et déplacé le postulat. De même, il n’est pas exact que la « rectification du savoir » est la condamnation du passé et la reconnaissance de « fautes historiques ». L’évolution n’eut pas été possible sans cette maîtrise, en son temps, du concept analytique.

A ce niveau d’intelligence synthétique, en effet, la Conscience pense essentiellement en termes de groupes, d’ensembles, de « systèmes » d’idées ou de sentiments, les adopte ou les rejette. Lorsque ces synthèses intéressent les choses humaines, elles deviennent des « institutions » organisées sur une armature de pratiques, d’idées ou de sentiments communs. L’individu se tourne vers des objectifs sociaux. Il entre dans l’un des grands systèmes d’institutions par lesquels le groupe social assure son existence matérielle, sociale, intellectuelle et morale, ou bien encore politique. Le pays devient une réalité de premier plan; l’égo individuel prend part à son histoire et s’y intègre à son tour sans perdre son autonomie.

L’éducation, à cette période, ne doit pas être un simple recyclage à des fins professionnelles, mais aussi une stimulation continue pour l’initiative individuelle et la créativité. La démocratie a réalisé son idéal politique, elle est en voie de réalisation de son idéal économique, mais il lui reste à réaliser son idéal spirituel (noétiques), à savoir : reconnaître et servir le droit de toute individualité des deux sexes au plus complet développement possible de la Conscience humaine.

Car l’évolution ne s’achève pas là. La synthèse elle-même semble avoir atteint son terme et une maîtrise suffisante dans certaines Consciences : les cadres se brisent, la vie se dégage des formes et l’intérêt se porte déjà sur l’universel, une nouvelle mutation s’offre à nous.

LA CONSCIENCE COSMIQUE

Si nous considérons à nouveau la structure mentale proposée par le Shakta Vedanta, nous voyons qu’au sommet, immédiatement au-dessus de l’égo, s’étend un plan d’intelligence universelle, la « Buddhi » de la Conscience Cosmique.

A notre degré d’évolution, pour qui achève la maîtrise du « mental synthétique », cette mutation qui s’offre à nous n’est rien moins que l’accession à ce niveau d’universalité qui soustrait à l’emprise aveuglante de l’égo, cessera de nous identifier à ce fantôme imposteur. C’est alors d’autres « nous-mêmes » que nous reconnaîtrons sur les visages de nos contemporains, tandis que nous ressentirons notre « Unité » avec toutes les formes de la manifestation. C’est uniquement la sortie de la Conscience hors de la gangue d’un mental circonscrit par l’égo qui peut rendre à ce mental une perméabilité universelle.

Attendrons-nous qu’une expérience sporadique et incertaine vienne nous rappeler que la Conscience nous offre d’autres niveaux d’existence que celui au sein duquel nous ne voyons que conflits ? Si nous voulons favoriser et même accélérer l’accession à ce niveau « bouddhique » universel, c’est à l’efficacité fonctionnelle de la « Conscience à l’état pur » que nous devons avoir recours. Cela pose le problème capital de la différenciation fonctionnelle entre cette « Pure Conscience » et son état associé au psychisme tel qu’il nous est familier.

CONSCIENCE ET ATTENTION

Il n’est douteux pour personne que, fonctionnellement, la Conscience est « attention », mais quel va donc être le statut fonctionnel de ce niveau supérieur de notre structure lorsqu’il s’exprime sous forme d’« attention » ? C’est alors que doit intervenir une discrimination de toute première importance quant à la « qualité » de cette attention.

Nous devons, en premier lieu, distinguer entre « attention » et « concentration » : l’attention est un état au cours duquel la Conscience suit, sans effort et sans distraction une situation donnée; elle est aisée et passive.

La concentration, au contraire, est un processus actif dans lequel les énergies disponibles sont employées pour juguler les non disponibles et les empêcher d’entrer en jeu. Elle implique un effort de sélection volontaire, donc un conditionnement et un refoulement; c’est là une attitude engendrée par la conscience psychique. Elle engendre le conflit et s’oppose à la simple lucidité qui, elle, n’exclut pas.

L’attention simple, sans effort, telle que nous avons l’habitude de la pratiquer, n’est encore qu’exceptionnellement la technique requise pour s’avérer efficace; elle demeure, en effet, entachée du conditionnement tenace et permanent que l’éducation et le milieu ont engendré et entretenu à longueur de vie, à notre insu; la Conscience est donc toujours engagée dans le niveau psychique qui compare et qui juge. TRIGANT BURROW, aux États-Unis, nomme cette attention « ditention » par opposition à l’attention non conditionnée ou « co-tension ».

Le Shakta Vedanta précise « dans la mesure où l’attention devient a-centrique et impartielle, l’homme se rapproche de la réalisation ». KRISHNAMURTI également, dans son message universel, émanant de son expérience intérieure et délivré en vue de la « connaissance de soi » et de la découverte du « Réel », précise la qualité fondamentale d’une attention efficace : « Être attentif, tout simplement, sans choix, sans jugement, sans condamnation ou appréciation ». De même : « Pour que le mental soit tranquille, il faut la totalité de l’énergie dans l’attention, sans objet, sans représentation du connu, c’est l’énergie consciente statique potentielle et non dissipée dans le conflit ». Nous reconnaissons là la « Conscience-Énergie » à l’état pur, le niveau supérieur. Ce nécessaire arrêt de nos cogitations mentales était déjà, pour PATANJALI, la condition « sine qua non » pour l’efficacité du yoga et la perception du Réel. Nous sommes là en présence de la véritable « fonction noétique » dans notre vie journalière. Son efficacité instantanée, sur la stabilité de notre psychisme ne peut s’expliquer que par la loi biologique bien connue de « subordination » : cette loi, corollaire de l’intégration hiérarchisée de notre structure nerveuse veut que, fonctionnellement, la mise en jeu d’un niveau supérieur « subordonne » automatiquement les niveaux sous-jacents. Nous sommes là en présence d’une preuve incontestable que la Conscience à l’état pur est bien le « niveau supérieur » de notre structure biologique.

Cette attitude rénovée dans l’exercice de l’attention ne rétablit pas seulement une harmonie psychosomatique dispensatrice de santé individuelle et sociale; elle est aussi le sésame susceptible de donner accès au Réel; il nous a été donné de le vérifier. Sa mise en jeu semble être aisée; elle est cependant particulièrement difficile, car elle s’oppose à toutes les directives qui nous ont été imposées par nos morales laïques ou religieuses.

OUVRAGES DU Dr BROSSE :

« Le syndrome périphérique de l’insuffisance aortique », éd. Doin, Paris 1932. Ouvrage couronné par l’Académie de Médecine.

« L’Éducation de demain », en collaboration avec le prof. E. Marcault, éd. Alac, Paris 1939.

« Problèmes de l’Éducation : l’enfance victime de la guerre », Publications Unesco, Paris 1949.

« Enfants sans foyers : le problème de l’éducation dans les Communautés d’enfants 3>, Publications Unesco 1949.

« Études instrumentales des techniques du Yoga », éd. Adrien Maisonneuve, Paris 1976.

« La « conscience-énergie », structure de l’homme et de l’univers » édition Présence 1978.

« Aurobindo-Mère : Shiva-Shakti » Édition Dervy-Livres 1984.

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Un auteur et son œuvre: le Docteur Thérèse Brosse (1902-1991) par Dr. J.J. LAUBRY et R. CLERC

Emprunté au site : http://www.lemondeduyoga.org/

Avec la rigueur scientifique qui caractérise sa profession, le Docteur Thérèse Brosse a analysé les manifestations psychosomatiques de la pratique du yoga, en lien avec ses études du rôle du mental dans les maladies fonctionnelles. Ces analyses ont contribué au rapprochement des civilisations occidentale et orientale, ainsi qu’à la satisfaction d’une recherche toute intérieure.

« […] Ancien chef de clinique cardiologique à la Faculté de médecine de Paris, membre de la Société française de cardiologie, le Docteur Thérèse Brosse prit sa retraite dans le Midi […]

Elle fut sans doute, il y a cinquante années, une des rares femmes accédant, dans le domaine de la recherche, à des fonctions importantes.

C’est à propos des affections psychosomatiques de l’appareil cardiovasculaire que le Dr. Th. Brosse fut amenée à étudier l’homme dans sa totalité: constitution et dynamismes fonctionnels. C’est ainsi que ses travaux expérimentaux permirent, entre autre, de faire disparaître les arythmies engendrées par l’émotion et l’angoisse uniquement par une attitude mentale, un acte d’attention correctement exécuté.

En 1935, le Dr. Th. Brosse était chef de clinique dans le service de cardiologie du réputé Professeur Laubry, â l’hôpital Broussais lorsqu’une mission en Inde lui fut confiée par le Ministère français de l’Éducation Nationale, afin de poursuivre sur les yogis ses recherches de psychophysiologie. […]

La guerre de 1939 avait, comme pour beaucoup, interrompu ses travaux. Elle participa activement à la Résistance et fut incarcérée par la Gestapo. Il est possible, et nous le pensons quant à nous, que cette terrible épreuve ait contribué à sa profonde réalisation intérieure.

Après la guerre, en 1946, elle se vit confier une mission aux États-Unis dans le cadre de la Santé Publique, et en 1947 une autre mission pédagogique pour l’UNESCO et la Fondation Carnegie, en vue de participer au Séminaire chargé d’élaborer des méthodes éducatives propres à promouvoir la compréhension internationale sur le problème humain.

Elle entra ensuite au Secrétariat de l’UNESCO, chargée des problèmes éducatifs de l’Enfance victime de la guerre. […]

Il faut rappeler que le Dr. Th. Brosse s’était fait connaître dès 1939 par ses idées nouvelles sur l’éducation. Elle avait rédigé, en collaboration avec un psychologue de « l’Éducation nouvelle », un ouvrage exposant les implications pédagogiques d’une véritable biologie de l’esprit. « L’Éducation de Demain » tel était le titre de l’ouvrage préfacé par le Professeur Laubry. Il fut à l’origine de nombreuses conférences du Dr. Th. Brosse dans différents groupements scientifiques, et l’objet de publications dans les revues médicales ou psychiatriques de l’époque.

En 1949 elle quitte l’UNESCO pour collaborer avec les chercheurs du « Harvard Research Center in creative Altruism ».

Elle accepte alors une nouvelle mission en Inde, chargée d’étudier le yoga en tant que méthode d’altruisation.

De 1951 à 1954, elle conçoit des méthodes instrumentales d’approche psychosomatiques lui permettant de différencier qualitativement les différents états de conscience. D’ailleurs l’ouvrage, très important, dont nous reparlerons, publié en 1963 par l’École française d’Extrême-Orient portera ce titre: « Études instrumentales des Techniques du Yoga ». C’est au retour d’une troisième mission en Inde, effectuée pour l’École française d’Extrême-Orient, que le Dr. Th. Brosse écrivit ce livre.

Mais au-delà de la publication scientifique des enregistrements faits par l’auteur sur des yogis en Inde, ces divers séjours lui faisaient découvrir une science de l’homme. Et elle va, comme elle le dit elle-même, pendant de longues années, approfondir cette recherche et rapprocher la Tradition hindoue, particulièrement dans le Shakta Vedanta, des découvertes modernes de la microphysique.

A cette époque, et durant quelques années, elle profite de ses activités comme cardiologue dans les établissements de la station thermale de Royat, pour multiplier ses observations. […]

ETUDES INSTRUMENTALES DES TECHNIQUES DU YOGA

Expérimentation psychosomatique

Comme l’auteur l’explique dans l’avant-propos, elle a voulu résumer dans cet ouvrage les investigations que, par intervalles échelonnés, sur une période de vingt cinq années, elle a poursuivies avec différentes techniques instrumentales dans le domaine du yoga et des manifestations psychosomatiques, qui en sont la contrepartie occidentale. […]

LA CONSCIENCE-ENERGIE Structure de l’homme et de l’univers

Concevant et expérimentant dans l’homme une structure trinitaire en place de l’ancienne conception dualiste, le Dr. Th. Brosse savait qu’elle bouleversait les principes sur lesquels repose l’actuelle Science de l’homme. Or, comme elle l’écrit dans l’avant-propos de « Conscience-Énergie »: « établir un statut biologique élargi de l’être humain, tel qu’il se révèle dans sa vérité intégrale, représente une élimination systématique des tabous et des idées reçues ».

La publication de « L’Éducation de demain », ouvrage que nous avons déjà cité, qui traitait de physio-psycho-pédagogie et qui intégrait les deux niveaux agréés (le psychique et physiologique) dans un niveau supérieur (la conscience individuelle) avait déjà connu certains déboires. Il est vrai qu’un spécialiste avait dit que cette publication était de cinquante ans en avance sur son époque.

Depuis, le Dr. Th. Brosse en constante recherche personnelle était convaincue que « c’était la Conscience, non pas individuelle, mais universelle qui, en chaque homme illusoirement individualisée, représentait, fonctionnellement, ce niveau supérieur ». […]

QUI EST LE DOCTEUR THERESE BROSSE?

« Je ne saurais accepter de prendre la plume à la première personne dans le cadre d’une rubrique « Un auteur et son œuvre » si ce titre devait être pris dans son sens littéral. Mais nous savons tous qu’il n’en est rien: nous devons nous souvenir qu’il n’y a qu’un auteur, le « Suprême », et qu’il n’y a qu’une œuvre, celle de la Divine Shakti, sous d’innombrables apparences qui ne sont que le jeu dispersé de la stratégie évolutive. Donner un nom, c’est désigner un « mannequin » qui, pourvu d’un état civil et d’autres attributs illusoires, ne devrait avoir d’autre fonction que d’exprimer, aussi fidèlement que possible, l’entité à laquelle il donne asile, l’étincelle Divine qui, au cours des vicissitudes d’une incarnation, s’évertue à retrouver la Flamme et à la devenir alors même qu’une partie de la démarche n’en est pas encore consciente. […]

Des circonstances imprévues permirent des études médicales qui avaient été refusées a priori. […]

Nous tournons la page, quittons la Faculté, entrons à la Société Théosophique, proposons avec le même enthousiasme un nouveau « surrender »: Pour servir les Maîtres, je veux bien tout quitter et balayer plutôt le parquet de la Société Théosophique. Le Secrétaire Général, professeur agrégé, psychologue, créateur d’Écoles nouvelles en Angleterre, qui aurait failli, lui aussi, être pasteur s’il n’avait pas lu « La Doctrine secrète », nous répondit « C’est en utilisant vos possibilités scientifiques que vous servirez le mieux les Maîtres et les hommes ; que savez-vous faire », « Des enregistrements cardiaques et artériels ». « Alors il faut expérimenter la hiérarchie des niveaux de conscience ». Après quelques explications claires mais succinctes, car ce domaine nous était peu familier, nous entreprenons dans le service du professeur LAUBRY un travail expérimental sur les aspects circulatoires des sous-niveaux de la Conscience mentale que le « patron » veut bien signer avec nous. En même temps, nous approfondissons de notre mieux les doctrines hindoues et entrons dans la maçonnerie mixte « le Droit humain », heureuse de naviguer dans des milieux sans misogynie.

Une année plus tard, le Pr. MARCAULT déclare « Si vous voulez travailler plus avant à la connaissance de l’homme, c’est en Inde qu’il faut aller et faire des travaux expérimentaux sur les yogis. Si vous m’accompagnez au Jubilé de Diamant de la Société Théosophique, à ADYAR, je vous guiderai dans cette tâche ». Quoique baignée dans un océan d’ignorance et d’impossibilités, nous acceptons puisqu’il s’agissait de servir les Maîtres. Le « CIEL » fit le reste, comme on pouvait s’y attendre, pour surmonter les impédiments. C’est alors que notre premier yogi fut Sri KRISNAMACHARYA, enregistré pendant quinze jours dans l’école de yoga du Maharaja de MYSORE dont il était le directeur. […]

La parution d’un article sur nos études instrumentales concernant les yogis attira l’attention d’une branche de l’université de Harvard: nous accueillant en tant que membre, elle nous demanda des articles sur l' »altruisme créateur », avec possibilité ultérieure de mission en Inde pour y détecter le rôle du yoga dans l’éclosion de l’altruisme.

Ce même voyage nous mit en contact avec un membre influent de l’UNESCO, qui allait promouvoir notre nomination dans son Secrétariat, en charge des problèmes éducatifs de l’Enfance Victime de la Guerre. Cette nouvelle attribution professionnelle se révéla passionnante au cours de trois années consécutives, en dépit de terribles attaques de « forces adverses » qui, avec acharnement mais en vain, s’efforçaient de soustraire nos travaux à la publication. Notre collaboration passée avec le Professeur MARCAULT dans le cadre de l’Éducation nous avait dotée d’une compétence d’avant-garde concernant ce domaine totalement étranger à notre formation universitaire.
C’est au cours de cette période que surgit une bifurcation capitale dans notre vie spirituelle. Y avait-il antinomie entre KRISHNAMURTI et la Société Théosophique? Une lecture superficielle des « Entretiens » en tant que théosophe n’avait pas attiré notre attention sur une incompatibilité mais telle n’était pas l’appréciation officielle. KRISHNAJI, fort de son expérience intérieure cruciale s’était intégralement dégagé de la Société et conseillait à chacun, en vue de l’obtention du « Réel », une autonomie libre de toute institution quelle qu’elle soit, et déliée de tout dogme, fut-il aussi libéral que celui de l’Hindouisme. Les uns crièrent à la trahison, les autres démissionnèrent tout simplement.

Ayant eu enfin l’occasion de l’entendre pour la première fois, et convaincue de son rôle prédestiné d’instructeur mondial en vue de transposer les consciences du niveau de la dualité au niveau de l’Universel, nous attachions un prix énorme à cette rencontre.
[…]

L’impact spirituel de cette approche de KRISHNAMURTI nous amena, nous aussi, à quitter la Société Théosophique. La démission à l’UNESCO s’imposait également, les activités à plein temps n’autorisant pas les nouvelles missions en Inde qui nous étaient proposées. Ces dernières furent de deux ordres; à quelques années d’intervalle, concernant toujours, l’une et l’autre, l’enregistrement des yogis: l’Université de Harvard intéressée par leur psychologie, l’École Française d’Extrême-Orient par l’exécution de performances rigoureusement traditionnelles. […] ”

Extrait de Les cahiers du yoga, n°40, juin 1982, pp. 2-26