Nisargadatta maharaj : La conscience est partout


11 Jun 2014

(Revue Être. No 4. 14e année. 1986)

Le titre est de 3e Millénaire

Extrait d’entretiens de « Ni ceci, ni cela » publiés, comme la majorité des livres de Nisargadatta, aux éditions « Deux Océans ».

10 février 1980

La conscience est présente dans chaque forme animée par la vie mais elle n’apparaît dans la matière que reflétée par un principe « conscientiel » limité. Ce devrait être le contraire !

Tout ce que vous pourrez dire sera certainement très logique au niveau corps et intellect, pourtant ce n’est que lorsque votre notion d’être se sera nettoyée, complètement débarrassée de cet état corps-intellect, qu’elle deviendra univer­selle. L’être est la source d’où ont surgi les cinq éléments, les trois Gunas, suivis de la végétation et du royaume animal.

Le prâna, la force vitale, est présente dans les végétaux. Y a-t-il également une conscience dans la plante ?

Tout ce qui est visible et perceptible dans l’espace est créé par la conscience et imprégné par elle. Cette création tout entière finira par se fondre dans l’espace. Du point de vue du corps chaque forme constitue une entité séparée, mais au niveau de la conscience, elles ne sont que manifestation « conscientielle » et non séparées.

Au fur et à mesure de vos progrès spirituels vous décou­vrirez que l’unique source de l’univers est votre conscience. Il vous est actuellement impossible de percevoir cela parce que vous demeurez prisonnier des griffes de l’intelligence rationnelle. Tout ce qu’il vous est possible d’amasser aujour­d’hui relève de votre identité au corps, il s’agit d’un savoir erroné. Lorsque vous posséderez le savoir concernant « ce que vous êtes », vous verrez clairement que le monde et l’univers résident dans cette miette de conscience qui est votre. À ce stade vous aurez transcendé le sentiment d’être un corps pen­sant, tandis qu’aujourd’hui tout ce que vous êtes capable de comprendre se trouve limité, parce que prenant appui sur une conviction fausse.

Lorsque vous percevez le monde intérieur à l’extérieur, vous le baptisez « rêve ». Mais ce monde est-il différent perçu à l’intérieur ? Ce qui est perçu à l’intérieur est contenu dans le sentiment « je suis » au sein de la conscience. Le même processus se reproduit exactement dans l’état de veille.

Votre conscience, le sentiment d’être « présent » est la gousse, la coque à l’intérieur de laquelle se déploie le monde de veille et du sommeil. Voilà l’état des choses, mais cela aussi vous l’acceptez au travers du corps ! Tout ce que vous enre­gistrez est mesuré au mètre faussé de votre intelligence et vous ne pouvez rien distinguer au-delà. Le visible est un produit de l’espace et quand tout le visible a disparu, l’espace demeure. Quand votre monde surgit de cet espace et se concrétise, pour votre commodité vous lui attribuez des noms variés vous per­mettant de poursuivre vos activités quotidiennes, mais en fait aucun de ces noms n’a de réalité. Cette création est permanente, éternelle et ne possède aucune forme ou individualité valide. Tout ce qui est n’est simplement que manifestation au-delà de toute connaissance. Percevoir, savoir, n’est possible qu’au moyen des sens humains limités. Le manifesté qui les trans­cende ne peut pas être connu. Parvenir à comprendre cela exige la pratique du « Jnan-Yoga », c’est-à-dire le « je » se laissant absorber par lui-même. Le « Jnan-Yoga » signifie chercher, interroger. « Comment cette présence à « je suis » se produit-elle » ? Découvrir que ce sentiment « je suis » et « l’univers » ne font qu’un est l’aboutissement du Jnan-Yoga, la connaissance « je suis » s’enfonce, sombre en elle-même. Seulement voilà. Comme vous voulez conserver intacte cette personnalité pensante, ça ne marche jamais !

Quand le sentiment d’être apparaît il n’a aucunement l’impression d’être un corps ! C’est de ce sentiment d’être qu’est créé le cosmos tout entier. Au sein de cette création vous disposez également d’une forme, mais vous n’avez nul besoin de vous identifier à elle en tant qu’entité fonctionnant et se déplaçant indépendamment dans le monde. Le principe qui anime et propulse le corps est uniquement cet être, cela ne provient pas du corps. Ce grand spectacle cosmique se déroule dans la conscience et à la fin tout se dissoudra dans cette seule conscience. Méditez là-dessus sans vous identifier au corps et vous, conscience, découvrirez que vous soumettre à cette identité de forme humaine est l’action de Mâyâ, l’illusion.

Cette conscience est donc la graine, le principe germinatif du cosmos tout entier comprenant force vitale dynamisme, Gunas, qualité d’être, et prâna. La conscience possède la faculté de ressentir que « vous êtes ». À son apparition, la conscience est libre de toute identification. Mais bien qu’il s’agisse sim­plement du principe universel de manifestation, son identifi­cation au corps lui fait éprouver plaisir et souffrance. La conscience se connaît seulement au travers d’elle-même. Bien rare est celui qui découvre que cette manifestation tout entière jaillit de ce qui est « lui-même ».

Le « je » s’absorbant en lui-même est un état sans nom et sans forme, c’est le plus haut niveau de la spiritualité. La sensation d’avoir une personnalité et des besoins est res­sentie comme primordiale, antérieure à tous les yogas, mais après avoir pratiqué le Jnan-Yoga vous vous découvrirez au-delà de tous besoins, au-delà de toute individualité. Les experts de Kundalinî-Yoga se complaisent dans les visions et les pouvoirs obtenus par leur ascèse, mais il ne leur est pas possible d’expliquer la source de l’énergie Kundalinî !

Je suis bien d’accord, il faut atteindre le niveau le plus haut, mais vous avez précisé que cette êtreté jaillit spontané­ment du niveau élevé. À notre niveau corps-intellect nous sommes donc au seuil d’un mystère total !

Qu’est-ce que vous incite à parler de niveaux… à vouloir atteindre le plus haut niveau ? Le niveau n’est qu’un concept. C’est à la suite de la séparation avec le haut qu’apparaît le principe premier « je suis » et après lui tous les autres concepts. Séparation signifie dualité, altérité.

Je croyais vous avoir entendu dire qu’au niveau ultime il régnait une indifférenciation totale. Existe-t-il encore un sentiment « je suis » ?

De la non-connaissance apparaît la connaissance, celle-ci doit être découverte. Lorsque nous parlons, il nous faut rechercher d’où naît ce langage. Il jaillit à partir du sentiment « je suis », mais quelle est la source de « je suis » ? Ici en fait je ne parle pas. Quand la parole se prononce intuitivement on peut dire qu’elle s’exprime toute seule. L’événement initial est de se rappeler « je suis », de ce rappel coule le langage. Donc, quel est ce « je suis » ?

Dans ce rappel initial « je suis », ne l’oubliez pas, existe votre corps et le cosmos tout entier. Toutes les formes sont créées et nourries par l’essence de la matière, mais l’évidence de son être est la quintessence Sattva-Guna du corps. Qui éprouve cet être et d’où vient-il ? Il faut patiemment chercher au fond de soi jusqu’à ce qu’on trouve. Quand c’est fait, lorsque vous vous êtes nécessairement fixé sur le constat « je suis », se produit une surprenante révélation. Vous découvrez que du sein de ce grain d’être initial se projette la totalité de l’univers, votre corps inclus. Ce principe suprême et omnipo­tent, sans corps et sans forme, s’accroche à ce corps qui lui fait éprouver « je suis » et instantanément il adopte cette fausse identité corporelle. Il se cramponne à cette forme avec une telle rapidité qu’il se différencie et l’existence indépendante et libre devient alors difficilement perceptible.

L’essence de l’être, qui est ce bourdonnement intérieur « je suis », est la condition préliminaire indispensable à tout fonctionnement du corps. Ce sentiment devient confus lorsque la personne est malade et elle ne réagit plus lorsqu’on lui fait signe ou qu’on l’appelle.

Devrait-on dormir le plus souvent possible afin de faire l’expérience du « je suis » au moment du réveil ?

Ce contact avec « je suis » n’est pas une expérience ou une découverte effectuée par le corps pensant. C’est ce « je suis » qui permet au corps et aux sens de fonctionner et de faire l’expérience de ce qui l’entoure.

Vous êtes quelqu’un de cultivé, comprenez donc bien ceci. Croire que vous allez mourir prouve que vous demeurez iden­tifié à votre corps et que le sentiment « je suis » ne s’est pas absorbé en lui-même. Cela démontre également que vous n’atteignez pas de Jnan-Yoga et donc que votre bagage spiri­tuel sent un peu mauvais. Vous revendiquez comme représen­tant ce que vous êtes : un corps, alors que vous êtes uniquement la connaissance manifestée « je suis ». C’est cela qui sent mauvais ! Nous parlons beaucoup de la mort, dernière extré­mité de la vie, mais le commencement, la naissance, pourquoi ne pas en parler ? Avant cette naissance, vous avez été porté pendant neuf mois par votre mère. Durant cette période possédiez-vous le « humka », le bourdonnement de l’être ?…

Juste après la naissance, cet être habitant dans le corps ne se ressent pas concrètement, il lui faut quelques mois avant de commencer à se reconnaître. Plus tard encore l’enfant s’exerce à distinguer quelques objets : son corps, sa mère et aussi les sons, les mots. À ce stade, sa mère lui apprend son nom et quelques autres idées. Vous connaissiez-vous dans le ventre de votre mère en tant que fœtus ?

Non, mais la conscience était néanmoins déjà à l’intérieur de cette forme !

Se connaissait-elle durant les neuf mois de la gestation ?

Mais elle était là !

Que cherchez-vous à prouver ? La conscience est partout, elle est dans les fleurs, dans vous et moi, elle est partout.

Bien, bien, j’ai compris !

Qu’avez-vous compris ?

Qu’il n’existe que la conscience, rien d’autre.

Ce n’est pas cette compréhension là que je souhaiterais. La compréhension correcte apparaîtra lorsque vous aurez pris conscience que tout ce que vous avez compris jusqu’ici n’a aucune valeur. L’accomplissement du Jnan-Yoga rend tout ce qui avait été compris jusque-là irréel. Les soi-disant sages se grisant de leurs pouvoirs et des honneurs qui leur sont rendus ne sont pas pleinement réalisés parce qu’ils ne sont pas complè­tement établis dans l’être.

Un petit enfant en qui régnait la plénitude est nourri d’idées, il est semblable à l’écran vierge de la télévision qui néanmoins projette des images venues de l’extérieur. Le principe-enfant, qui est la conscience, est engendré comme à la suite d’un processus chimique. J’aime désigner la conscience comme la matière première, l’élément chimique primordial. Mais « Vous », ayant atteint le point le plus haut, n’êtes pas cet élément primordial au sein duquel se développent les souffrances du monde.

Supposons que vous soyez centenaire. Qui s’attache à la mémoire de ces cent années ? L’élément de base ! C’est exactement comme cette photographie de mon guru sur le mur. Qu’est-ce qui maintient l’image de mon guru ? C’est le support chimique de la photographie ! Dans le corps, cet élément primordial maintient cette identité et assume les diverses acti­vités sensorielles. Je nomme l’expression de cet élément « mécanique ».

Mais les éléments chimiques de la photographie n’auraient pas pu fixer l’image de votre guru s’il n’avait pas été là !

De quoi est fait ce guru, où serait cette mémoire « je suis » et l’élément premier si l’ultime, l’Absolu, n’était pas présent ? Seule l’existence éternelle de l’Absolu permet l’apparition de la conscience et de ce spectacle cosmique. Cet immense jeu théâtral se déroule donc sur une scène créée par la conscience.

Est-ce la conscience universelle qui a pris la forme de Maharaj ?

Cette bribe de conscience a pris la forme de la conscience universelle. Son image est l’univers entier. C’est cette pointe d’épingle de conscience qui dans le sommeil profond se déploie en univers de rêve.

Cela veut-il dire que vous appartenez aussi à mon univers de rêve ?

Avant de vous référer à moi en tant que « vous », trouvez ce qu’est ce « vous »… Votre question s’est retournée comme le boomerang allant frapper celui qui l’a lancé ! Alors, « vous », qu’est-ce que c’est ? J’ajoute que je ne suis pas ce corps, je ne suis même pas cet élément premier.

Cet élément de base, ou conscience, est également appelé Mahâ-Tattva, Mûlmâyâ, Hiranya-Garbha, Brâhma-Sûtra, etc. Mais la somme de tout cela est cet Atma-Prem, l’amour de l’état d’existence, l’amour de son être. Celui qui comprend et devient ce Mahâ-Tattva est appelé Mahâtma.

Vous pensez pouvoir prétendre au statut de Jnâni, mais penser n’est que le fait des ignorants !

Être éveillé à la présence de « cela » semble donc être le plus haut état que l’on puisse définir. Cette présence paraît être au-dessus de la compréhension de « je suis » ?

Oui, à la condition que cette présence n’éprouve plus « je suis ». La connaissance de l’univers entier se fond dans cet état élevé. Toutes les manifestations qualitatives sont réunies dans cet état appelé Bhâgwan. Tous les titres et tous les états extraordinaires suggérés par ces titres, fusionnent et se perdent dans cette vacuité. Ishwara y devient Vischwa-Vishâya et la manifestation universelle, Nirvishâya, c’est-à-dire l’unique, celui qui n’a pas d’objet.

Ceci ne peut être absorbé que par les chercheurs brûlant du désir de connaître leur véritable nature. Toutes les informations que je puis vous fournir concernent uniquement cette trace de conscience ayant accouché de cet univers manifesté. De plus, moi, Absolu, ne suis pas cette trace, cette miette, mais je ne puis fournir aucune information sur moi. Il y a eu tant de dissolutions du cosmos, tant d’éons se sont succédé et malgré tout cela, moi, Absolu, demeure intact au sein de mon royaume éternellement paisible !

Si l’on vous demandait ce que vous étiez il y a cent ans vous répondriez « je n’étais pas », ce qui veut dire « je n’étais pas comme ceci, pas comme le « je suis » actuel. » Mais com­ment vous serait-il possible de répondre « je n’étais pas ainsi » ? Celui qui sait cela devait être présent ! Celui qui se tenait là il y a plus de cent ans n’était pas semblable au « je suis » actuel mais il était là, et est là en ce moment !

Il est ce « je », l’Absolu.

Allez-y, utilisez n’importe quel mot, n’importe quel concept et faites-vous plaisir… ! Réfléchissez plutôt, méditez là-dessus : où étiez-vous il y a cent ans ?

Pourquoi ne pas vous intéresser au moment de la concep­tion et à ce qui s’est produit ensuite ? Au lieu de cela vous êtes constamment à l’affût de biens spirituels et matériels à acquérir, ce qui ne vous aidera en rien !

Dans l’essence de toutes les nourritures ce Swarâya, pou­voir de connaître, et Prarâbdha, destinée, sont déjà présents mais en sommeil. Et la quintessence des boissons et aliments est ce sentiment d’être, ce contact, cette connaissance « je suis ».

Mais ce principe pourrait-il exister en l’absence de prâna ?

Qui pourrait être en l’absence de prâna ?

Est-il dans la fleur ?

Il est dans la fleur, il est même dans la couleur de la fleur, il est partout… ! Après avoir écouté ces explications que va-t-il se passer ? Celui qui comprend, qui absorbe ce que je dis, arrivera à la conclusion que tout ce qui est vu, entendu, expéri­menté, acquis, est totalement inutile. Même son propre contact avec « je suis » va se révéler superflu et sera transcendé. Finalement il ne demeurera personne, simplement Viskham Para-Brahman, état Absolu éternel et sans désir. Mais nous continuons nos ascèses, les disciplines de la dévotion à un dieu, les pénitences, le Japa, etc., afin de nous emparer de quelque chose de spirituel ! Pourtant si notre souhait se réalise ce sera Niskham Para-Brahman, vacuité, ce qui prouve que tout cela est superflu. Même le plus haut est inutile au plus haut. Cet état est également appelé Purna-Brahman, Para-Atma, Parama Ishwara. À présent retournez à la veille de votre conception, cela aussi est le Purna-Brahman, il n’y avait alors aucun besoin de quoi que ce soit.

J’essaie de suivre mes pensées et mes émotions et je décou­vre qu’elles changent continuellement, mais je sais que ce chan­gement a lieu devant le sans-changement. Est-ce que cette manière de procéder va se révéler utile ?

Oui, ce sera utile mais… Intellectuellement, tout ça est très bien, mais la pensée n’a aucune réalité. Qu’entendez-vous par le sans-changement ? Quand pourra-t-il exister de sans-changement ? Seulement quand vous aurez perdu cette notion « je suis », quand le sentiment d’être se sera entièrement dis­sout en lui-même ! N’étiez-vous pas dans cet état sans change­ment la veille du jour de votre conception ? À partir de votre sentiment d’être un corps-pensant tout ce que vous observez se présente en tant qu’entités séparées : moi, vous, nous, eux ! Mais pour l’immuable Absolu tous ces mouvements, ce jeu de la terre et du cosmos, se produisent dans la cellule de l’être. Qu’est-ce qui est demeuré inchangé en vous depuis votre enfance ? Aucune de vos identités n’est stable, observez-le !

Il me semble que le principe « je » ne change pas, me suis-je trompé ?

Votre principe « je » n’a toujours pas compris ! Ce prin­cipe « je » est produit par la danse des cinq éléments en per­pétuelle mutation, comment pourrait-on attribuer à ce qui est immuable cette qualité de s’éprouver « je » ? Dans l’Absolu il n’exige aucun champ d’activité, aucun espace dans lequel les cinq éléments puissent jouer, il s’agit d’un état sans attribut. Croyez-vous que si l’Absolu était en contact avec « je » il se donnerait la peine d’entrer dans un corps ?

Quand je médite mon attention se porte sur la conscience en elle-même. Mais j’ai découvert qu’étant éveillé à cette pure conscience je ne pouvais pas être elle.

Vous avez une bonne formation spirituelle, vous parlez de la « pure conscience » qui est la manifestation en effusion présente en toute chose. C’est au sein de cet état que l’on devient témoin. Vous parviendrez par la méditation à totale­ment oblitérer la mémoire ou la non-mémoire de la manifes­tation et du sentiment d’être. Tant que le Guna « sentiment d’être » est présent, l’état témoin se prolonge. L’établissement dans l’état de non-témoin est l’état Advaïta, le plus haut. Donc toute expérience doit être absorbée, avalée, y compris le sen­timent d’exister qui est l’expérience primordiale.

Comme je l’ai dit tout à l’heure, quand je suis éveillé à cette pure conscience je suis assez indépendant du corps et des circonstances et je ressens que, « je suis », Absolu, est l’origine de cette conscience derrière laquelle, « Je », Absolu, se maintient dans un silencieux repos.

Vous parlez de la conscience, alors indiquez-moi la cause de cette conscience ? De quoi est-elle le résultat et l’aboutisse­ment ?

La conscience est l’aboutissement de la nourriture.

Oui, dans l’essence de la nourriture, dans cette qualité ou Guna, réside ce sens du « je suis ». Mais comprenez bien que vous ou moi ne sommes pas ce Guna du point de vue de l’Absolu. Nous, Absolu, posons en tant que « je suis », mais ne sommes même pas cet élément de base « je suis ».

Plus tard durant ma méditation il me semble m’écarter de cet état d’éveil à la pure conscience et retomber dans l’exis­tence corporelle et mentale. C’est sur ce point que je vous demande votre aide.

Ne faites rien, absolument rien, simplement « soyez » ! Soyez simplement cette évidence : « je suis », accrochez-vous là ! Pour bien vous imprégner de cela méditez uniquement sur l’être. Emparez-vous de la connaissance « je suis » par la médi­tation. Par ce processus se produira la révélation de ce que « Je », l’Absolu, ne suis pas le Guna « je suis ».

Rien donc, ne doit être conservé durant la méditation, aucune mémoire. Quand malgré tout quelque chose apparaît sur l’écran de cette mémoire n’en soyez pas concerné. « Soyez » simplement, ne faites rien.

Abstenez-vous de vous relier à quoi que ce soit pendant la méditation. À partir du moment où vous le faites, la dualité se manifeste et un « autre » surgit. Si vous demeurez en ne faisant absolument rien, toutes les énigmes seront résolues et dissoutes. Mulmâya, l’illusion initiale, relâchera l’emprise qu’elle a sur vous et disparaîtra.

Dans la spiritualité il n’existe ni perte, ni profit et pas davantage naissance et mort. Vous n’avez de toute façon aucune expérience directe de la naissance. C’est quelque chose ressemblant à l’incident de Calcutta, ce vol qui s’est produit à Calcutta et dont moi, ici, à Bombay je serais accusé. On m’accuse, non seulement de cette naissance, mais de centaines d’autres auparavant. Je ne suis conscient d’aucune naissance, seuls mes parents, que je ne connaissais pas, m’imputent cette naissance.

Après ces révélations n’avez-vous pas honte d’accepter l’accusation d’être né ? J’ai pu être délivré de toutes ces charges imaginaires lorsque j’ai rencontré le Sat-guru qui a allumé la torche de la sagesse et m’a révélé ma véritable nature en tant que « je suis le non-né » ! Dans le royaume du non-né il n’y a pas de place pour le « je suis », pas plus que pour le soleil, la lune, les étoiles ou le cosmos.

Traduit de l’anglais par Paul VERVISCH.