Raymond Ruyer : La cosmologie néo-gnostique de Jean Charon


21 Jan 2011

(Revue Question De. No 22. Janvier-Février 1978)

C’est la sortie aux éditions Albin Michel des deux ouvrages du physicien Jean Charon qui donne à Raymond Ruyer l’occasion de rappeler les lignes générales de cette nouvelle gnose américaine et française qu’il a lui-même fait connaître par son livre « la Gnose de Princeton ». Le premier ouvrage de Jean Charon, « Théorie de la relativité complexe », est destiné aux savants spécialistes. Le second, « l’Esprit, cet inconnu », est pour le grand public. Il a tenu à les faire paraître en même temps. On y voit poindre le temps où l’aventure humaine sera largement débordée par l’aventure spirituelle de l’univers entier.

Jean E. Charon, par ses deux livres [1], s’oriente explicitement vers la « nouvelle gnose » américaine. Il était à la recherche d’une théorie unitaire physique. Mais il a trouvé mieux. Il a trouvé une théorie vraiment unitaire, qui fait une place aux consciences et aux esprits.

Le style philosophique de Jean Charon est si différent du style philosophique à la mode qu’il risque de passer pour extra-philosophique aux yeux des pervers ou des pervertis de la philosophie. Sa pensée est hardie, franche, claire. Elle s’expose nue, sans voiles de brume. Alors que tant de penseurs peu originaux, quand ils ont un fantôme d’idée, n’« en reviennent pas » et font part au lecteur de leur émerveillement devant leur propre génie, Jean Charon reste simple pour énoncer les idées les plus hardiment novatrices.

Il garde, dans son livre pour le public, la bonne habitude du vrai savant d’énoncer « en dur » ses thèses. Ce qui les rend attaquables, on dirait presque « ridiculisables » aux yeux des gens habitués aux voiles drapés sur le vide des pensées-fantômes.

Quatre thèses des néo-gnostiques

Voyons d’abord les thèses générales qui font vraiment de Jean Charon un néo-gnostique.

a) On ne peut plus être aujourd’hui un « physiciste » pur, qui ne s’intéresse qu’aux propriétés de la matière, qui renonce à parler de la conscience, de l’esprit, en espérant, contre tout espoir, qu’un jour l’esprit sera réduit aux seules lois physiques. Dans une théorie vraiment unitaire, le monde physique matériel apparaît comme une sorte d’envers, plus ou moins conforme à l’endroit, du monde de l’esprit.

b) Le réel se présente, en apparence, par couches, ou, comme on disait autrefois, par règnes : minéral, végétal, animal, humain. Mais, plus profondément, il est fait de lignées continues, de la particule à l’organisme complexe. L’apparence de « couches » est un effet important, mais secondaire, des multitudes de lignées individuelles. Les « foules » d’individus suivent les lois de la physique classique. Mais non les individus eux-mêmes.

c) Un temps-mémoire assure la continuité de chaque lignée. Ce temps-mémoire est aussi un temps-invention, bien différent du temps des multitudes qui, lui, au contraire, dégrade et désinforme. L’action des êtres réels ne peut être un simple fonctionnement. Le véritable atome est une « action », un « se faire ». La mémoire ne peut être un simple fonctionnement de traces-structures. Elle « passe » dans l’actuel.

d) L’esprit n’est pas une sorte de substance. Il désigne le caractère « matriciel », « grille de mots croisés », des êtres en lignée continue, qui sont activement leur propre forme, en autovision qui la complètent par mémoire et réflexion ou par acquisition d’informations externes. Ces informations sont « participées » télépathiquement. Elles permettent des associations de plus en plus complexes entre les actions individuelles.

L’espace-temps du physicien relativiste, ou comment des électrons peuvent créer des nouvelles formes bio-psychiques

Voyons maintenant les thèses plus particulières de Jean E. Charon. Il donne un sens plus précis à la thèse gnostique du « monde à l’envers-monde à l’endroit » par sa théorie de la relativité complexe. « Complexe » a ici le sens mathématique. Un nombre complexe (on disait autrefois « imaginaire ») est représentable par un point sur un plan, tandis qu’un nombre ordinaire est représentable par un point sur une droite, au-delà ou en deçà de zéro. L’imaginaire est dans l’autre dimension du plan, perpendiculaire à la droite où sont les nombres « réels ». Tout l’espace-temps du physicien relativiste est ainsi un « extrait » de l’espace-temps complexe. Chacune des 4 dimensions (3 d’espace, 1 de temps) de l’espace-temps du physicien est dédoublée entre une partie « réelle » et une partie « imaginaire », celle-ci étant comme l’envers (ou l’endroit) de la partie « réelle ». Le mot « imaginaire », au sens mathématique, ne doit pas du tout inviter à déprécier comme fantaisiste la partie ou l’aspect imaginaire : un plan n’est ni plus ni moins réel qu’une droite dans ce plan, ou que l’espace où est ce plan. « L’univers ressemble à un immense océan constitué de l’eau qui le forme et de l’air au-dessus de sa surface. Cette surface a donc un « endroit » dans l’eau, un envers dans l’air. L’espace-temps situé dans l’eau est l’espace-temps de la Matière, l’espace-temps situé dans l’air est l’espace-temps de l’Esprit. » (L’Esprit, cet inconnu, p. 94)

Un point de l’espace-temps est un point-action, une énergie multipliée par un temps. Chaque point d’un champ est un petit oscillateur actif. Cette action est traduite en physique comme spin (rotation propre) de l’oscillateur. Un point de l’espace-temps complexe (de Jean Charon) est un point-action plus compliqué. Son action peut être traduite non seulement comme rotation propre, mais comme rotation avec un « pulse » (pulsation radiale, dilatation-contraction. Théorie de la relativité complexe, p. 46 sqq.). Jean Charon considère que les particules lourdes (protons, neutrons) se comportent comme des doigts de gants tourbillonnaires de l’espace de l’esprit, s’enfonçant dans l’espace de la matière, ou comme des gouttes en formation, non encore détachées. Mais l’électron (et les particules légères) est pareil à une goutte fermée sur elle-même, comme une bulle de savon sur une table plane. Son espace de l’esprit est « fermé ».

L’analogie est frappante (et élaborable mathématiquement) avec les « trous noirs » de l’astronomie, avatars d’étoiles devenues hyperdenses et tellement auto-attractives que la lumière ne peut plus en sortir. De notre espace ordinaire, nous ne les voyons plus. Nous ne voyons que l’entonnoir qu’elles forment et par où elles touchent à notre univers. Dans l’électron, comme dans les trous noirs, le temps et l’espace inversent leurs rôles : l’espace y est irréversible (comme notre temps)  un explorateur, s’il pouvait y entrer, ne pourrait sortir du trou noir et le temps y est cyclique et réversible : il s’écoule sans perdre d’information, sans rien « user », en se retrouvant à chaque cycle, par un fait de mémoire fondamental. L’explorateur ne vieillirait plus, et il n’oublierait rien.

Cela signifie que l’électron est porteur de l’esprit. Sa « bulle » enferme un espace-temps de l’esprit, touchant, comme un point, le plan de l’espace-temps de la matière. Il s’informe et n’oublie rien. C’est-à-dire que son information est toujours croissante. Ses échanges d’informations avec d’autres électrons s’opèrent d’une manière non matérielle par échange de photons virtuels (Feynman) télépathiquement, au sens propre du mot.

Si donc des électrons en grandes foules semblent se comporter comme de la matière inconsciente (dans les phénomènes électrostatiques, dans les lois statistiques des courants électriques), les électrons en participation télépathique (spirituelle) peuvent conjuguer leur information, et créer ainsi des formes nouvelles, biopsychiques.

La théorie des électrons intelligents

La théorie paraît surprenante. Mais ce sont les faits qui sont surprenants. C’est un fait que toute la biopsychologie repose sur des interactions électromagnétiques, que tout organisme est un phénomène électronique subtil, dont notre technique électronique (qui se sert aussi d’électrons pour véhiculer nos informations, mais qui les utilise par grosses quantités, même dans les ordinateurs les plus miniaturisés) est une approche grossière. Dans la formation d’un être vivant-conscient, il faut bien que les électrons se mettent en participation et non plus en foules amorphes, puisqu’ils s’organisent en machines ingénieuses, qu’ils inventent et qu’ils se rappellent leurs inventions.

Les électrons, qui passent en foule la grille d’une triode ou sautent en foule dans un cristal de transistor et font chanter notre haut-parleur, ne connaissent pas, individuellement, la chanson. Les électrons des machines à information n’agissent pas plus intelligemment que les électrons d’un fer à repasser.

Mais si un électron est presque toujours comme un Parisien canalisé dans les couloirs du métro, il peut être aussi comme un Parisien chez lui, ou en atelier, ou au bureau, intelligent et travaillant. L’électron intelligent est celui qui travaille à la formation organique. Là, il « connaît la chanson ». Et il faut bien qu’il la connaisse.

Si l’on est tellement choqué par l’« électron intelligent » de J. Charon, que l’on ose au moins regarder en face ce grand fait. Dans la formation génétique, puis embryonnaire, d’un être vivant et de son système nerveux, c’est un fait que les atomes ou plus exactement les électrons des couches superficielles des atomes cherchent et trouvent les atomes-partenaires adéquats, et conjuguent leurs actions. On aimerait que les réductionnistes nous expliquent la différence entre un phénomène d’organisation micro, puis macroscopique, et un phénomène de foule, où le temps désorganisateur règne seul. Il faut évidemment faire intervenir des facteurs d’organisation dès le niveau élémentaire, capables d’établir les canaux conducteurs et les relais énergétiques de la machine vivante, si l’on veut comprendre une grande organisation. La vie refait la complexité de l’individu à partir d’une cellule. Elle refait aussi un noyau cellulaire complet à partir d’un demi-noyau, une hélice d’A.D.N. à partir d’une demi-hélice [2].

Ce que les biologistes admettent pour la cellule, pourquoi ne pas l’admettre pour l’électron ?

La théorie a des prolongements philosophiques, cosmologiques et religieux surprenants. Pour les biologistes, la première cellule embryonnaire est « totipotente ». Éventuellement, à sa première division, qui normalement fournit une moitié droite et une moitié gauche de l’organisme futur, elle peut aussi fournir deux jumeaux dont chacun est entier. Dans certains organismes végétaux ou animaux, chaque cellule peut refaire le tout, dans une régénération-reproduction. Pour J. Charon, c’est chaque électron, du moins dans les parties constituantes de l’être vivant, qui est totipotent.

Notre « je » conscient est le même « je » que le « je » de chacun de nos électrons constituants. Ou, plutôt, il est la partie consciente de ce « je » électronique, qui est en fait plus « savant » que nous (p. 138). Ce que tous les biologistes admettent pour la première cellule, puisqu’elle est capable de faire notre organisme et tout notre cerveau, dont notre « je » conscient sait seulement se servir, il faut déjà l’admettre pour les électrons qui collaborent pour faire cette première cellule. Leur « savoir » est donc encore plus étendu.

On doit reconnaître que J. Charon a la logique pour lui. Car pourquoi ne concevoir la totipotence qu’à l’étage de la cellule et du noyau génétique cellulaire ?

Les électrons-esprits, les Eons, comme une grande espèce immortelle…

Cela fournit une clé pour l’explication des phénomènes paranormaux (chap. IX). Une illustration volontairement provocante : dans la momie de Ramsès II, il doit subsister encore des électrons totipotents du pharaon vivant, des électrons qui rêvent peut-être encore les rêves du pharaon, et qu’un médium actuel pourrait peut-être « co-rêver » par participation.

La mort nous fait tomber en poussière. Mais si chaque grain de cette poussière est encore notre « je » totipotent ? Des organismes comme l’éponge peuvent se refaire, même après être tombés en « poussière » cellulaire. Pourquoi pas après être tombés en poussière électronique ?

L’aventure spirituelle de l’univers déborde de beaucoup l’aventure humaine. En deçà des espèces — machines vivantes inventées par les électrons et périssables comme les individus —, les individus élémentaires, les électrons-esprits, que J. Charon appelle les « Eons », sont comme une grande espèce immortelle, qui forme et reforme, jusqu’à l’homme et au-delà de l’homme, des espèces toujours plus « savantes », et aussi toujours plus purement spirituelles.

J. Charon esquisse une cosmologie néo-gnostique. L’univers expulsera les particules lourdes (par les trous noirs), en constituant ainsi d’autres univers. Ne resteront dans le nôtre que les couples d’élections « positif-négatif », qui ne seront plus instables (pour des raisons tirées de la « relativité complexe », trop longues à exposer), qui établiront entre eux une vie toute spirituelle, sans avoir besoin de monter des machines à grosse puissance avec des particules lourdes. Vie spirituelle à base de « Réflexion » (connaissance par l’électron-esprit de sa propre information et de sa mémoire) et de « Participation » des esprits entre eux.

En apparence, cette cosmologie néo-gnostique, optimiste, s’éloigne beaucoup des prévisions, à plus courte portée, des gnostiques que nous connaissons [3]. En fait, c’est là une question d’échelle, et l’opposition est plus apparente que réelle.

D’ailleurs, il n’y a pas d’orthodoxie gnostique. Personne ne peut parler au nom d’une doctrine gnostique et condamner les hérétiques.

Les électrons-Eons ont-ils une mémoire irréversible ?

Si nous voulions cependant amorcer une discussion, elle porterait sur la méfiance manifestée par J. Charon pour la notion de « holon » c’est-à-dire de « totalité subordonnée  et sur-ordonnée ». Un « holon » est un thème ayant un sens, sur-ordonné aux individualités ou aux microthèmes « distribués », et sub-ordonné à des thèmes encore plus englobants. Jean Charon préfère l’idée de particule spirituelle. L’électron en son « endroit » est un véritable atome psychique, une véritable monade. Pour lui, la mémoire est attachée à chaque électron-monade. La mémoire, ou l’esprit, est toujours individualisée, et non pas seulement individualisable.

Cela paraît contraire aux faits manifestes de mémoire, soit psychologique, soit biologique. La mémoire bien distincte de l’« écho perceptif », de très courte durée est toujours thématique. La mémorisation, comme le rappel, va du thème au détail. Nous nous rappelons le sens, ou l’expressivité générale. La formation embryonnaire, de même, va d’une ébauche (céphalité dorsalité, ébauche auditive ou auriculaire) aux structures plus détaillées. Les théories moléculaires de la mémoire psychologique (de Ungar notamment) croient pouvoir l’expliquer par des modifications chimiques — et donc électroniques — des conducteurs nerveux et de leurs aiguillages, de la même façon que la génétique croit pouvoir expliquer les macro-formes de l’embryon et de ses comportements héréditaires par la seule structure actuelle des A.D.N.

J. Charon, avec sa théorie des électrons-Eons, des électrons spirituels, semble mettre ses pas dans les pas de ce réductionnisme extrême, que pourtant il combat. Il semble retourner tel quel à l’atomisme matérialiste.

On a souvent reproché à la Gnose de Princeton de retourner trop littéralement le monde physique, de telle sorte que son univers spirituel ne diffère pas assez de l’univers matériel pour pouvoir répondre aux aspirations religieuses. Reproche injuste pour la Gnose de Princeton, parce que l’inversion qu’elle opère, « envers-endroit », « matériel-spirituel », n’est qu’une première thèse, suivie de la deuxième thèse que l’univers à l’endroit est un monde de thèmes, de holons hiérarchisés, qui font le monde observable en « passant » dans les fonctionnements actuels et en faisant de ces fonctionnements, de vraies actions.

J. Charon, lui, en reste à la première de ces deux thèses. En mettant l’esprit dans l’« espace interne », dans la conscience des électrons fortement individualisés, il se condamne à paraître refaire une nouvelle monadologie, un atomisme spirituel.

Il semble même refaire les « homéomères » d’Anaxagore, ces atomes qualitatifs qui étaient censés contenir toutes les qualités et toutes les formes des composés : « Comment du non-cheveu le cheveu proviendra-t-il ? et la chair de ce qui n’est pas chair ? » disait Anaxagore. Puisqu’un homme en mangeant du pain se fait de la chair, des os, du sang, il faut que du micro-sang, de la micro-chair soit contenus dans les grains de blé, et même dans la terre où pousse le blé. Le rapprochement est injuste pour J. Charon en ceci qu’il explique, lui, l’information progressive des électrons-Eons par mémoire et invention irréversibles. Mais ce qu’il explique mal, c’est l’allure thématique sur-cellulaire et sur-électronique de l’invention, de la mémoire, de la perception. L’expérience la plus immédiate, montre que le champ visuel, par exemple, où les formes sont, vues est sur-cellulaire et, a fortiori sur-électronique. Une cellule isolée, rétinienne ou occipitale, n’est pas informée de l’ensemble de ces formes visuelles. Son information propre est un élément subordonné dans la conscience visuelle. De même le schéma d’un acte à réaliser est imaginé dans l’aire motrice selon un thème d’ensemble qui se détaille dans les cellules pyramidales et dans les autres effecteurs nerveux. La différenciation embryonnaire va d’une ébauche générale à des structures de plus en plus particularisées. Une invention ne se fait pas par le « matricialisme » intra-électronique que décrit J. Charon, mais par des matrices du type « test d’intelligence », où la relation abstraite, qu’il faut deviner, oblige le testé à trouver les corrélats adéquats, ou du type « grille de mots croisés », où les définitions données obligent à des ajustements précis pour les lettres des mots essayés.

La mémoire élémentaire, dont J. Charon a le très grand mérite de voir qu’elle est indispensable pour comprendre la mémoire psychique et biologique, et qu’il rattache, avec Costa de Beauregard, à la réversibilité du temps en microphysique, doit pouvoir être détachée progressivement de l’élémentaire, puisque, devenue vraiment biologique, elle constitue des « modes d’emploi » détachables (ce que les gnostiques appellent le « déficelage de l’esprit »), dans les espèces vivantes d’abord, et ensuite, pour l’espèce humaine, dans les cultures sur-raciales. Du micro-temps réversible des physiciens à cette mémoire détachable, ou à la mémoire d’un individu humain qui « se penche sur son passé » non, comme Narcisse, pour se voir lui-même, mais pour se replacer dans l’ensemble de la vie, il y a une longue distance. Le monde de l’esprit s’enrichit sans cesse, au-delà des individus.

La nouvelle gnose ? non pas une théorie ni une secte, mais la science

Ces objections paraissent et sont importantes. Elles ne doivent pas pourtant faire méconnaître la convergence essentielle des idées de J. Charon et de la gnose américaine. Elles ne doivent pas obscurcir la haute valeur, la valeur exceptionnelle de la contribution de J. Charon à la science et à la philosophie contemporaines.

D’autant plus que J. Charon est, au fond, moins loin qu’il ne le croit lui-même du thématisme biologique et cosmologique, car il évoque, à la fin de son livre, les groupes et les sociétés d’électrons-Eons capables de deviner et de réaliser des ensembles, selon des sens de plus en plus englobants, au-delà de l’espèce humaine.

Ce qui est sûr, c’est que la physique, la biologie et la cosmologie néo-gnostiques apparaissent de plus en plus, grâce aux savants américains et français, sorties des superstitions du mécanisme matérialiste ou du réductionnisme résiduel — qui s’attarde dans les cerveaux à la manière des buffets Henri II dans les salles à manger d’antan —, comme la seule science vraiment moderne. En ce sens, la nouvelle gnose américaine et française n’offre pas simplement un nouveau point de vue, une nouvelle théorie. Encore moins constitue-t-elle une secte. Elle fait, elle est la science d’aujourd’hui, la science tout court.

R. Ruyer


[1] Théorie de la relativité complexe et l’Esprit cet inconnu. Précisons que J. Charon n’a lu notre Gnose de Princeton qu’en cours de rédaction de l’Esprit, cet inconnu. Mais il connaissait, naturellement, H. Margenau, J.A. Wheeler, R. Feynman, R.H. Dick, etc., ces gnostiques de fait, sinon de profession.

[2] Il est absurde de voir là un phénomène de foule, d’expliquer la complexité d’un système nerveux humain par la physique des courants nerveux qui circulent dans ce système.

[3] Cf. Raymond Ruyer, les Cent Prochains Siècles, Fayard, 1977. Dans cet ouvrage, il s’agit du « destin historique » de l’homme, et de ses tentatives pour établir des civilisations plus stables que la nôtre. L’avenir de la vie dans les « prochains milliards d’années » est une toute autre question.