Joël de Rosnay : La création collective du temps


04 Nov 2010

(Revue CoEvolution. No 7. Hiver 1982)

La notion de temps est aujourd’hui au centre d’un grand courant de pensée, scientifique et philosophique, qui cherche à intégrer, en une représentation cohérente de la nature, l’acquis de la thermodynamique, de la théorie de l’information, de la cybernétique et de la biologie. Une vision de la nature et de la société ne peut laisser de côté cet immense problème qui détermine jusqu’à notre manière de penser.

Joël de Rosnay Docteur ès Sciences a été l’un des principaux diffuseurs de l’approche systémique, qu’il a remarquablement exposée et mise en application dans le « Macroscope » (Le Seuil, 1975). Il est président exécutif de Biotics International et Conseiller de la Présidente de la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette dont il a été le Directeur de la Prospective et de l’Évaluation jusqu’en juillet 2002. Entre 1975 et 1984, il a été Directeur des Applications de la Recherche à l’Institut Pasteur. Il s’intéresse aussi très activement au développement de l’informatique, des biotechnologies et des énergies renouvelables et ses positions ne restent donc pas seulement théoriques.

G.B. Notre logique, nos raisonnements, nos modèles et nos représentations du monde sont intimement liés à une vision particulière de l’écoulement du temps. La plupart de nos conflits actuels ne viendraient-ils pas de ce que vous appelez notre « chronocentrisme » ?

J.R. Oui, il faudra bien nous dégager de ce chronocentrisme pour dépasser ces incompréhensions, ces points de vue irréductibles. Grâce aux théories de Copernic et de Galilée nous avons réussi à nous évader progressivement du géocentrisme, la terre au centre du monde. Tout aussi difficile fut l’évasion hors de l’anthropocentrisme qui nous plaçait d’emblée au centre du règne vivant. Mais le seuil le plus délicat reste à franchir. Nous sommes enfermés dans la prison du temps et dans la prison des mots. Le chronocentrisme adopte une logique d’exclusion, d’où naissent des conflits qui paralysent la pensée.

G.B. Quels sont les liens entre notre perception du temps et notre logique ? Ils sont souvent passés sous silence et restent trop implicites…

J.R. Commençons par la perception. L’homme ne peut observer les phénomènes que dans le sens d’une désorganisation, car toute acquisition d’information se paie par une dépense d’énergie, donc un accroissement de l’entropie [1]. Chaque observateur descend ainsi le cours du temps en « accompagnant » les phénomènes qu’il observe. Le temps de la vie est donc fléché par le temps de la mort : sans cette condition impérative nous ne pourrions pas observer les phénomènes.

Les théories modernes suggèrent que le sens conventionnel de l’écoulement du temps, mesuré par la succession des années et fléché du passé vers le futur résulte d’une adaptation de notre conscience aux conditions de l’univers. Mémorisation et prévision flèchent le temps ainsi. Nous savons que nous pouvons agir sur le futur, mais pas sur le passé. L’intelligence analytique découpe des instants (ou des objets) bien déterminés, mais elle ne peut comprendre les mouvements ou les flux, autrement que comme une succession de positions immobiles juxtaposées. C’est le fondement de notre chronocentrisme.

La convention provenant de ce sens psychologique adaptatif de l’avant/après fait qu’une succession ne nous apparaît logique que dans la mesure où elle est chronologique. Et donc dans la mesure où la flèche du temps pointe vers l’entropie croissante. Nous avons ainsi associé, sans vraiment nous en rendre compte, chronologie et causalité.

G.B. Cette association serait donc liée à cette perception discontinue de la nature. Nous savons que c’est une limitation, qu’il faut concevoir chaque entité de la nature à la fois sous son aspect discontinu et sous son aspect continu. Comment introduire cette deuxième notion, opposée ou plutôt complémentaire dans le cas de la perception du temps et de la logique ?

J.R. Il existe deux modes d’activité de la conscience. L’un correspond à la transformation de la néguentropie [2] en information. C’est le processus de l’observation où information signifie « acquisition de connaissances ». L’autre correspond à la transformation inverse d’information en néguentropie. C’est le processus de l’action et de la création, où information signifie « pouvoir d’organisation ».

Dans une telle optique complémentariste, information et néguentropie ne sont plus séparées dans deux mondes distincts. Elles sont la charnière entre l’objectif et le subjectif, les deux faces complémentaires de la réalité et de la connaissance. Bien que superposables et équivalentes, information et néguentropie possèdent une « polarisation temporelle » opposée, non juste.

G.B. Cette complémentarité peut-elle permettre de fonder une nouvelle approche permettant de s’éloigner du chronocentrisme ?

J.R. Pour comprendre comment c’est possible, il faut revenir aux lois fondamentales de la cybernétique. Regardons le schéma général de n’importe quelle boucle de rétroaction :

Est-ce la cause qui précède l’effet ou le contraire ? Impossible de le dire. Cause et effet semblent confondus. Ils ne peuvent être dissociés dans le temps. La causalité circule le long de la boucle. On pourrait en dire de même pour la finalité. C’est pourquoi on parle de causalité circulaire par opposition à une causalité linéaire représentée par

Cause        à      effet

(avant)            (après)

Mais la boucle de causalité circulaire ne doit pas être confondue avec un cycle qui reste toujours soumis à la flèche du temps unidirectionnel. Il n’y a pas de devenir dans un cycle. Alors que dans une boucle de causalité circulaire, c’est la flèche du temps qui semble se refermer sur elle-même. On ne peut plus vraiment dire que le temps s’écoule. Il est équilibré par quelque chose d’autre, conservé, en quelque sorte.

G.B. Mais peut-on encore parler de causalité au sens où nous la comprenons traditionnellement en Occident ?

J.R. Dès que l’on met en cause la chronologie des événements, notre logique perd pied. Seule la chronologie permet l’explication par les causes. Et abandonner, ou sembler abandonner, ne serait-ce qu’un instant, le principe de causalité nous choque profondément. Comme si se défaisait maille par maille le filet patiemment tissé par les générations qui nous ont précédés, la trame sur laquelle s’imprime le passé et se construit le futur.

Mais cette notion de circularité est fondamentale. Ce n’est pas un hasard si on trouve des cycles à la base du métabolisme des systèmes vivants (le cycle de Krebs [3], par exemple), comme à celle de l’homéostasie [4] des systèmes écologiques (le cycle de l’azote ou du carbone). Ces cycles renferment en effet une capacité de régénérescence permanente de la même structure, une mémoire dynamique. L’écart à l’équilibre qui fut à l’origine de l’évolution se mémorise en quelque sorte à l’intérieur d’un cycle ou d’une oscillation qui se maintient dans le temps grâce à un réseau bouclé sur lui-même. C’est le processus qui conduit aux structures dissipatives de Prigogine…

G.B. La notion de boucle de causalité permet ainsi de dépasser le chronocentrisme ?

J.R. Le raisonnement cybernétique permet de réintroduire le sujet dans le monde des objets, de percevoir et de vivre l’univers sous ses deux aspects à la fois, subjectif et objectif. Prenons l’évolution biologique. En se fixant sur l’évolution divergente on perd de vue sa direction, sa signification, sa finalité. Les valeurs humaines, le « sens de la vie » n’ont pas de place dans l’explication causale. Mais elle a l’avantage de pouvoir démontrer ce qu’elle avance par la preuve scientifique.

Par contre quand on se fixe exclusivement sur l’évolution convergente, c’est tout le détail des phénomènes sous-jacents qui devient flou. On n’a aucune preuve à offrir que « l’évidence ».

En superposant le cône divergent au cône convergent dans le sens conventionnel du temps on retrouve le statut de complémentarité de tous les phénomènes qui, subjectivement ou objectivement, sont liés au temps. Mais ce faisant on projette la direction de l’évolution créatrice dans la direction de notre futur individuel. Il y a inversion apparente du temps par la conscience créatrice.

G.B. Peut-on concilier explication causale et explication finale ?

J.R. Dans le cadre finaliste traditionnel, la finalité semble « parachutée » de l’extérieur. Ce n’est plus le cas. Elle est secrétée par le système lui-même et elle le conduit à d’autres finalités, à des degrés de complémentarité plus élevés. C’est chaque fois un recommencement. J’aime bien citer un exemple qui se rapporte à Jacques Monod. Il avait remarqué que les enzymes agissant les unes sur les autres à l’intérieur d’un réseau travaillent sur des substrats grâce à des activateurs et des inhibiteurs dont la structure chimique n’a rien à voir avec la substance de ce substrat. Pourtant elles ont une activité catalytique sur ce substrat comme si elles avaient été faites pour le traiter, comme si on avait inventé cette enzyme pour faire le travail…

L’explication dans le cadre complémentariste consiste à voir que cette enzyme avait reconnu, dans un de ses sites actifs, une structure qui s’est trouvée coévoluer avec elle.

G.B. Nous avons déjà abordé un peu la question de l’évolution. Quel rôle le temps y joue-t-il ?

J.R. Quand on parle de sélection naturelle, le temps ne paraît pas intrinsèquement lié aux événements qui s’y déroulent. C’est pourquoi je préfère parler d’exclusion compétitive pour intégrer le temps comme facteur essentiel. Les termes sont importants : sélection naturelle laisse imaginer qu’un processus « naturel » trie, sélectionne, soit en vue d’un but (le point de vue finaliste) soit parce que les populations les mieux adaptées survivent, ce qui apparaît a posteriori comme une sélection (le point de vue déterministe). Prenons le cas d’une compétition de croissance où plusieurs espèces luttent pour des ressources rares dans un même environnement. Lorsqu’une des deux populations a un taux de reproduction légèrement supérieur à celui de l’autre, elle va drainer à son profit plus de ressources ; entre les deux se crée un fossé qui s’agrandit dans le temps de manière irréversible — ce que j’appelle la divergence temporelle — et celle qui dispose de moins de ressources, d’énergie sera petit à petit éliminée. Tout écart qui se creuse entre deux vitesses de croissance peut conduire à l’élimination du plus lent.

G.B. Revenons à notre civilisation : par quels mécanismes le chronocentrisme se manifeste-t-il dans notre action quotidienne ?

J.R. Toute notre civilisation et notre économie productiviste se fondent sur une domination de la nature, qui dépend elle-même d’une interprétation et d’une action causale et ponctuelle sur les choses et les êtres. Aux deux types d’évolution — divergente et convergente cités plus haut — sont liées deux qualités du temps, deux langages longtemps exclusifs, celui de la science, le savoir, et celui de l’art, la signification. C’est l’attitude chronocentrique qui est la source de bien des conflits, comme par exemple la lutte entre matérialistes et spiritualistes. Elle peut se ramener à des modes de pensées et à l’emploi d’expressions liées à l’acceptation d’un sens conventionnel de l’écoulement du temps.

G.B. : On retrouve encore la logique d’exclusion à l’origine de ces attitudes rigides et intransigeantes.

J.R. Mais aujourd’hui cette logique nous conduit à des barrières, des blocages sociaux ou psychologiques, parce que nous ne savons plus distinguer les nuances, nous ne savons pas juger quelqu’un sur une période plutôt que sur un instant. Parce qu’il n’a plus de gris, pas d’intermédiaire, que du noir ou du blanc. Au contraire, je crois que maintenant nous commençons à prendre conscience de ce qui existe entre deux instants de durée.

G.B. L’intolérance serait donc très liée à la logique exclusive traditionnelle ?

J.R. Il est beaucoup plus facile de juger quelqu’un sur des signes extérieurs tangibles et quantifiables que de le juger sur le qualitatif. La reconnaissance du droit à l’erreur ne peut s’exprimer que sur une période. La logique d’association et de la complémentarité nous ouvre au contraire à un mode de pensée où la tolérance fait partie intégrante des mécanismes de relations entre les hommes.

G.B. Vous dites que « la flèche du temps de l’histoire ou de l’évolution devrait être en opposition avec celle du temps entropique ». Comment peut-on concilier ces deux directions du temps ou ces deux temps dans la vie quotidienne ou sociale ?

J.R. Les moyens permettant de s’opposer à l’entropie ne sont pas à rechercher du côté de l’accélération de la machine économique qui conduit à un accroissement de la consommation. Elle va dans le sens du désordre et de l’entropie. Tous les systèmes qui présentent un sens de l’écoulement du temps ont en commun la propriété de pouvoir passer d’un état de haute organisation à un état désorganisé. C’est donc seulement dans les systèmes complexes que le temps semble s’écouler de manière irréversible et dans la direction de l’entropie croissante. La flèche du temps et la flèche de l’entropie pointent dans la même direction.

Maintenir l’organisation d’un système ouvert, cellule vivante ou société humaine, revient donc à ralentir la vitesse d’accroissement de l’entropie dans ce système. C’est à dire ralentir l’écoulement du temps.

C’est l’action créatrice individuelle qui permet de compenser l’écoulement du temps, car toute œuvre originale est analogue à une réserve de temps. D’où la notion individuelle de temps « créateur », de temps accomplissement.

G.B. Comment favoriser l’éclosion de ces écarts à l’équilibre ? Faut-il « aménager le temps », comme on l’entend souvent dire ?

J.R. La société chronocentrique et causaliste n’a jamais su faire place au temps créateur, au jaillissement de l’aléatoire et de la variété, générateurs du mouvement de l’évolution. Vous connaissez ma réticence à parler d’« aménagement du temps ». Je préférerais parler de réaménagement conceptuel du temps, ou mieux de revalorisation des temps (pas seulement du temps), plutôt que d’aménagement, qui a une coloration technocratique. Il y a une attitude commune à ceux qui cherchent à aménager les programmes, par exemple à la télévision, et à ceux qui cherchent à remplacer les déplacements par les télécommunications : cela relève d’une volonté d’aménager le temps des autres, contre laquelle je m’élève.

Maintenant, il nous faut réapprendre à « perdre du temps » pour mieux savoir l’économiser collectivement. Dans notre civilisation de la hâte et du gaspillage, la contemplation d’un paysage, la conversation avec un enfant, la pratique d’un sport ou simplement la méditation peuvent sembler une perte de temps ; mais combien d’idées fécondes, de réflexions créatrices et d’hypothèses nouvelles sont nées en de tels instants ?

G.B. Plutôt que de chercher à avoir ou à gagner du temps, vous suggérez de créer son temps…

J.R. Revenons sur ce que j’ai déjà dit à propos de l’observation et de l’action. Nous recevons des informations du monde extérieur, qui nous permettent de survivre : nous nous informons. Mais d’autre part, notre cerveau nous permet aussi d’informer, c’est à dire de former, de mettre en forme la matière, de créer des idées, des structures, des relations nouvelles entre les êtres. Par son action, chaque homme fait passer une partie de lui-même dans l’univers. Il remplit un réservoir où s’accumule quelque chose. Chaque action créatrice, à tous les niveaux de la société, contribue à sa manière à organiser le monde, à le faire avancer vers des états de complexité plus élevés.

L’acte créateur a quelque chose d’imprévisible, d’irréversible, d’irreproductible. Dans le passage créateur du virtuel à l’actuel, il y a un nombre illimité de possibilités, mais la réalisation d’une seule d’entre elles exclut immédiatement toutes les autres. C’est ce qui confère à l’œuvre d’art son caractère unique et sa valeur. L’instant de la création est un instant « historique », celui de la copie n’est que banal. C’est pour cela que le futur n’est pas donné à côté du présent : la création exige la durée. Ce qui est inquiétant, c’est que l’éducation fait surtout appel à des méthodes destinées à accroître la capacité de copie des jeunes, plutôt que leur capacité de création. C’est plus facile que de leur apprendre à créer des originaux. Or, il me semble que la création d’une œuvre originale est l’apprentissage de l’économie du temps, de l’auto-organisation de son propre temps, de l’autogestion du temps.

G.B. Vous dites que l’informatique peut agir comme un « socio-catalyseur », pour « contracter la durée ou condenser le temps ». Mais nos machines à conquérir le temps ne sont-elles pas des pièges qui réduisent le temps au seul temps de la reproduction et excluent le temps de la création dont vous venez de parler ?

J.R. Quelle est l’action d’un catalyseur ? Il rend possible des interactions qui, sans lui, se feraient certes, mais avec des délais incompatibles avec le fonctionnement global du système dans lequel il se trouve. Une réaction biologique qui demanderait des milliers d’années se réalise en quelques microsecondes dans la cellule grâce aux enzymes. Les ordinateurs sont les enzymes du corps social, capables de contracter la durée, de condenser le temps, d’accélérer des échanges au sein des réseaux de transformation ou de relations et d’informations. Rien d’autre.

Les moyens de communication modernes en temps réel permettent d’interconnecter et de synchroniser les consciences. La conscience collective s’informe, en acquérant des informations sur l’univers, et elle les communique.

L’ordinateur « densifie » le temps. Le rend plus « compact ». Parallèlement, il libère le temps créatif étouffé par le temps de la routine.

Ceci est particulièrement visible dans le cas des techniques de « conception assistée par ordinateur » (CAO). L’homme et l’ordinateur sont en symbiose : l’ordinateur ne peut aller plus avant dans ses « choix » sans la capacité de tri de l’utilisateur. Et celui-ci a besoin de l’accès rapide aux données qui lui sont essentielles pour établir ses décisions. Il peut ainsi donner libre cours à sa créativité. De nombreux exemples peuvent être cités : la recherche des voies de synthèse pour une molécule complexe ; la recherche de logos ou de titres ; la conception de motifs décoratifs ; la recherche de formes nouvelles en architecture, etc.

G.B. Que signifie pour vous, personnellement, « créer votre temps » ?

J.R. J’essaie de faire la synthèse de plusieurs temps. J’essaie d’économiser le temps biologique en évitant la distorsion entre l’accélération du temps social, historique et mes rythmes biologiques ; ce faisant, j’essaie de vieillir le moins vite possible ! Je pense qu’il existe une relation étroite entre la vitesse de vieillissement physique et la capacité personnelle de création des individus, leur ouverture au monde, l’exercice du corps et celui de l’esprit. Je ne veux pas avoir à dire « je n’ai pas le temps de faire telles choses ». Je veux prendre le temps de faire ce que je juge important, ce qui veut dire hiérarchiser les priorités en fonction d’un certain nombre de valeurs que l’on se fixe.

Il y a ensuite pour moi une autre catégorie de temps, c’est le temps créateur et le temps social. Le temps créateur, c’est d’habiter mon temps. Mais pas tout seul, égoïstement. Je dirais plutôt qu’il s’agit de cohabiter dans un temps collectivement créé. Cela commence par la création de relations de voisinage, par la diffusion de sa réserve de temps, par l’apprentissage de l’utilisation de l’information, par l’apprentissage de la création. Mais aussi peut-être par l’intérêt porté à l’autre qui crée un réseau de solidarité où le temps est sauvé.

Ce qui vaut pour l’individu vaut pour la société tout entière. Rééquilibrer la société et créer la société relationnelle par le respect de la complémentarité entre temps accomplissement et temps tribut, entre temps créateur et temps répétitif, voilà peut-être le moyen d’intégrer les plus récentes données scientifiques et philosophiques sur le problème du temps dans les actions concrètes de notre vie quotidienne. Une nouvelle philosophie de l’action fondée sur la dialectique complémentariste du temps pour créer notre temps de vie au lieu de le détruire, voilà peut-être le moyen de sauver du temps à l’échelle de l’Humanité, en découvrant la porte étroite qui conduit ailleurs, dans un autre temps.


[1] Entropie : Grandeur physique mesurant le degré de « dégénérescence » ou d’« usure » de l’énergie, ainsi que le degré de désordre d’une structure organisée.

[2] La néguentropie est l’inverse de l’entropie : c’est en quelque sorte une forme d’énergie potentielle.

[3] Cycle de Krebs : découvert par Sir Hans Krebs en 1951. Ce cycle biochimique se retrouve dans toutes les cellules évoluées. Il fournit l’énergie nécessaire à la cellule vivante.

[4] L’homéostasie (du grec homeos = même et stasis = rester) est un état d’équilibre dynamique atteint par des systèmes complexes grâce à de multiples boucles de feedback assurant la régulation de fonctions interdépendantes.