Robert Linssen : La danse cosmique


23 Dec 2008

(Revue Être Libre, numéro 304-305, Juillet-Décembre 1985)

Les objets que notre ignorance nous fait entrevoir comme fixes, statiques, immobiles, isolés ne sont que des événements. Nous ne saisissons d’eux qu’un aspect limité dans l’espace et dans le temps. En fait, les objets ne sont pas isolés. Ils existent parce qu’ils sont faits, au sens réel du terme, de tous les autres objets de l’univers. Ainsi que l’enseigne la nouvelle physique quantique, une particule existe parce que toutes les autres particules existent et que quelque chose de toutes les particules de l’univers existe dans cette particule et réciproquement.

En plus de ce qui vient d’être dit, la structure intime et profonde des objets se recrée et se renouvelle constamment au rythme d’une incandescence éternelle. Des milliards de filaments invisibles et d’ondes se jouent de l’apparente opacité des objets et de leurs contours définis.

Ces milliards d’ondes relient cet objet à l’univers entier et de l’univers entier des milliards d’ondes ou de champs pénètrent dans cet objet. Cet ensemble énorme d’interconnexions rend cet objet solidaire de la Totalité Une du Grand Vivant qu’est l’Univers. L’univers visible n’est lui-même qu’un événement en perpétuelle transformation soutenu, alimenté et constamment recréé par l’Holomouvement.

Nous-mêmes, sommes totalement impliqués dans ce processus mouvant. Nous ne sommes qu’événements et processus émanant de l’holomouvement universel, a-causal, intemporel, hyper-spatial. En fait, nous sommes l’holomouvement mais nous ne le percevons pas.

Nous sommes victimes d’une ignorance essentielle qui nous donne de nous-mêmes et des choses une vision absolument fausse. De ce fait, nous projetons sur les choses et les êtres notre propre impression de fixité, de durée, d’isolement, d’inertie.

Il n’y a ni entités fixes, ni egos, ni objets isolés ou inertes.

A titre d’exemple, fixons pendant quelques instants notre attention sur un vase en verre. Dans la momentanéité de l’instant, il nous paraît fixe, immobile, inerte, nettement limité par ses contours définis. Il n’est en réalité, ni fixe, ni immobile, ni inerte, ni limité.

Ses molécules effectuent des milliards d’oscillations par seconde. Plus en profondeur, les électrons qui le composent effectuent des millions de milliards de tours par seconde autour des noyaux atomiques, tandis que les électrons eux-mêmes sont animés d’une pulsation radiale (semblable à un battement de cœur) au rythme du chiffre 10 suivi de 23 zéros par seconde (1023). Il est à noter que ces divers mouvements s’ajoutent les uns aux autres.

Mais ce bref compte rendu ne représente qu’une petite partie de la totalité des divers mouvements. En effet, au cœur du noyau lui-même des échanges hallucinants se poursuivent entre les protons et les neutrons par l’entremise de « pions » et ce au rythme d’un milliard de milliards de fois par seconde.

Rappelons, enfin, ainsi que nous l’avons souligné et répété intentionnellement dans nos divers ouvrages, que ces « particules » ne sont aucunement des « objets » solides, mais ne sont elles-mêmes que tourbillons d’énergies et « paquets d’onde ». La découverte récente des « quarks », ces constituants ultimes de la matière a été très provisoirement une victoire de l’école des physiciens « fondamentalistes » qui croyaient à l’existence d’une brique de base nettement individualisée de l’édifice universel. Il n’en est rien. Il faut se résoudre à l’évidence. Le « quark » n’existe pas isolé. Il existe en liaison étroite avec tous les autres « quarks » de l’univers et fait partie d’un réseau indissociable d’interactions.

En plus de ce qui vient d’être évoqué, la multitude mouvante des « particules » et ondes qui vient d’être évoquée se profile sur la toile de fond d’un champ de création se révélant sous la forme d’une pulsation constante de « création-destruction ». La totalité de l’univers matériel meurt et renaît des milliards de fois par seconde semblable au « Phénix » qui renaît constamment de ses cendres.

Revenons quelques instants encore à l’exemple de notre vase de verre. Nous n’avons examiné que son « espace intérieur ». Examinons sommairement son histoire et ses transformations dans le temps. Il y a quelques années, la substance dont est faite ce vase se trouvait éparpillée par la silice du sable répandu sur les plages de l’océan. Le sable lui-même provient de l’érosion de roches et de montagnes lointaines au cours de centaines de millions d’années. Ces montages n’étaient que lave bouillonnante il y a quelques milliards d’années.

En ce qui concerne son avenir, ce vase existe peut-être tel quel quelques années ou quelques siècles.

Avant cinq mille ans, il est probable qu’il ira rejoindre directement ou indirectement les poussières dont il provient.

Les périodes ici envisagées sont pour nous énormes. Dans la globalité de l’univers, elles ne le sont plus. A l’échelle cosmique, il n’y a qu’une succession d’événements, de transformations, de changements constants. La « fixité » définitive de l’objet n’est qu’apparente tant dans son espace extérieur que dans le temps.

Ceci a été constaté et enseigné par tous les grands penseurs de l’antiquité, tels Héraclite et Plotin chez les Grecs et les maîtres du bouddhisme ou du brahmanisme.

L’univers dans lequel nous sommes inclus est l’unité organique d’un seul Vivant dont un cœur unique et lumineux nourrit et soutient les mondes au rythme intemporel et a-causal de l’holomouvement. Là réside le paradoxe profondément irrationnel étant donné jusqu’à présent les notions de rythme ont toujours impliqué le temps, l’espace, la causalité. Cette réflexion doit bien nous convaincre qu’il existe un mouvement de création qui est entièrement différent des mouvements spatio-temporels, qui nous sont familiers. C’est l’holomouvement dont la pulsation créatrice alimente la totalité de l’univers en parfaite instantanéité.

L’holomouvement est inconnaissable par la pensée. Il englobe toutes les dimensions de l’univers tout en les alimentant et en s’y exprimant.

Tout est Lui, y compris nous-mêmes, nos pensées justes ou injustes, le sage et l’insensé. La totalité de l’univers, les êtres vivants ou les objets prétendus inanimés, le mobile et ce que l’on prétend immobile, tout, absolument tout, l’infinie variété des formes et des qualités ne sont que des modes de Lui-même.

Pour cette raison, il n’y a pas d’objet, il n’y a pas d’entité, répétons-le, à dessein, il n’y a que des événements, des processus immensément nombreux et variés dans leurs rythmes mais tous, absolument tous, se profilent sur la toile de fond de l’Holomouvement.

Il est à tel point omniprésent, omnipénétrant, à la fois immanent et transcendant qu’on ne peut en parler correctement. Aucun langage n’est adéquat pour exprimer le Vivant. Le Vivant ne se pense pas, ne se décrit pas, mais se vit. Et pour que le Vivant vive en nous, il est nécessaire que notre espace intérieur Lui permette d’exprimer son dynamisme. Il faut que son mouvement « l’Holomouvement » puisse trouver en chacun de nous le réceptacle parfait souple et disponible que permet notre constitution.

L’holomouvement possède un langage mais son langage est infiniment plus vivant qu’un énoncé de mots, de formes ou de symboles. Il s’agit d’un mouvement mystérieux parce qu’en lui existent d’étranges présences d’Intelligence, d’Amour et de Lumière très différentes de ce que nous suggèrent généralement ces mots.

R. LINSSEN.