Hélène Foglio : La dimension spirituelle du langage


20 Jun 2010

(Revue Énergie Vitale. No 11. Mai-Juin 1982)

« Répète sans te lasser les formules qui sont aimantées du fluide

de toutes les adorations des temps passés »

Zoroastre

L’instrument le plus prestigieux qui distingue l’homme de tout le reste de la création est incontestablement le langage. Certes, les animaux ne sont pas dépourvus de signaux acoustiques, mais à leur niveau les informations émises et reçues demeurent toujours très rudimentaires en regard du code verbal humain descriptif et symbolique, qui traduit des pensées et des sentiments d’une extrême complexité. Par lui, l’être humain structure son ego, exprime sa spécificité individuelle, découvre l’autre, et s’il pénètre le mystère du verbe, il parvient même à saisir la raison profonde de son être-au-monde.

L’origine cosmique de la parole

Comme il contribue à l’élaboration de ce système de communication, en créant des modes d’expression de plus en plus structurés, au fur et à mesure de son évolution, il a parfois tendance à croire qu’il est le créateur de la Parole, alors qu’il n’en est, en fait, que le dépositaire. Toutes les traditions nous le rappellent. Celle-ci est d’origine divine : vibration primordiale, elle crée et sous-tend l’univers. Informulée et silencieuse, c’est la pensée divine à l’état latent, et sur le plan humain, l’inconscient. L’expression humaine consciente n’en est que la manifestation la plus grossière.

Que l’on passe du contexte islamique au contexte hébraïque ou grec, les phonèmes (sons du langage humain) et leur représentation graphique (lettres de l’alphabet) ont tous une origine métaphysique, une dimension cosmique et sont en étroite relation avec les planètes, les signes du zodiaque, les sphères célestes.

Dans la tradition indienne, ils sont produits par le son du tambour de Shiva dans sa danse cosmique, et Sarasvati déesse de la connaissance et du son, maîtresse du langage, est traditionnellement représentée tenant d’une main une vina, sorte de luth, et de l’autre un parchemin porteur des cinquante lettres de l’alphabet sanskrit, symbole de la parole dans sa manifestation humaine.

Dans ce contexte chaque catégorie de phonèmes correspond à l’un des trente-six tattvas. Ce terme, dont la traduction littérale signifie « réalité » désigne chacun des principes et éléments constitutifs de l’univers manifesté, dans tous ses aspects du subtil au grossier ; sans vouloir dresser ici un tableau complet de ces correspondances, ce qui pourrait sembler fastidieux au lecteur, signalons cependant que les lettres correspondent aux cinq « buthas » (éléments) aux cinq « tanmatras » principes essentiels, aux cinq « karmendriyas » (facultés d’action) aux cinq « jnanendriyas » (facultés de connaissance), aux cinq « vayus » (souffles), etc…

C’est ainsi par exemple, que le phonème LA correspond à l’élément terre, la dentale DA au principe de l’olfaction, la gutturale GHA, au pied (faculté d’action) la palatale JA, à l’ouïe (faculté de connaissance) et à l’organe correspondant : l’oreille, etc.

Ainsi les éléments du langage, loin de se limiter à l’expression humaine, font partie intégrante de l’univers qu’ils expriment à travers le microcosme qu’est l’homme.

Dans le contexte judéo-chrétien, nous ne sommes pas si loin de cette conception métaphysique, en dépit des apparences. Souvenons-nous en effet, des premiers mots de l’Évangile de saint Jean : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu et le Verbe était Dieu ».

Pour le chrétien, le verbe est à la fois transcendant, inaccessible à l’homme, mais aussi immanent au monde, c’est-à-dire présent en toute chose. On rejoint donc ici, à la fois la pensée indienne, qui fait du Logos l’émanation du Divin, la structure de base de l’univers et l’expression de sa nature profonde, mais aussi la pensée scientifique moderne pour laquelle le cosmos est un immense champ vibratoire où se meuvent des énergies obéissant à des lois et des rythmes.

Dans d’autres traditions, s’est développé parallèlement à la culture orale, un mode de transmission graphique.

Et, bien que l’écriture fige, immobilise, et donc détruise en partie le dynamisme du mot, les lettres qui le composent conservent suffisamment de pouvoir créateur pour avoir été, dès la plus haute antiquité, objet de culte. A l’honneur dans les sanctuaires, gravées dans les métaux précieux, elles étaient vénérées comme l’image des Dieux dont elles étaient une manifestation. Personne ne connaissait leur ordre véritable, celui dans lequel elles sont représentées dans les divers alphabets n’étant que pure convention. Cet ordre divin ne devait et ne pouvait être connu que de Dieu seul, car sa connaissance aurait donné à l’homme un pouvoir sur le monde que les limitations de sa nature ne lui aurait pas permis d’assumer pleinement.

Le respect profond de la lettre, signe divin, a produit dans la culture musulmane, des chefs-d’œuvre de l’art scripturaire, où les entrelacs savamment agencés des caractères coufiques ou cursifs figurent de magnifiques motifs géométriques qui en font de véritables diagrammes de méditation qui harmonisent, unifient, rassemblent le regard et le mental, comme le ferait un mandala.

Chez les Hébreux (ainsi que les Arabes) l’écriture a également donné lieu à des spéculations numériques. Ainsi la Kabbale où chaque lettre correspond à un nombre dont le symbolisme permet de décrypter, au-delà du sens apparent des mots, leur signification profonde. Ce procédé donnant lieu à une lecture des textes  sacrés à plusieurs niveaux, leur confère un sens ésotérique et prophétique qui éclaire d’un jour nouveau l’histoire et le destin des hommes.

Le langage, créateur de formes et de vie

Pour revenir à la partie purement orale du langage, il est un de ses aspects dont on parle rarement : sa capacité de créer des formes. Le phénomène fut découvert au siècle dernier et confirmé maintes fois par des expériences reprises notamment dans les laboratoires du Goethéanum de Dornach en Suisse. Sous l’effet de la voix humaine (et des instruments de musique) des flammes de gaz se dilatent, se modifient, s’étirent, prennent une forme de cône ou d’épi, se vrillent en spirales. Elles varient suivant le timbre de la voix, les sons prononcés (voyelles ou consonnes) les notes émises. A la multiplicité des excitations sonores, correspond une multiplicité de variantes. De même le son a le pouvoir de modeler l’air et d’y « sculpter » des formes. Celles-ci vibrantes, colorées, perceptibles aux seuls clairvoyants créent partout où résonne la voix humaine, une véritable féerie de formes changeantes comme les images d’un kaléidoscope. Et de même que le chanteur ou l’orateur est enveloppé d’un cocon de vibrations colorées, l’assemblée des fidèles dans les cérémonies cultuelles, crée par son chant et sa parole, une immense bulle irisée, lien dynamique et vivant entre les plans grossiers et les plans subtils par lequel l’homme se relie au divin[1].

Les anciens avaient le sens de cette dimension cosmique et sacrée du verbe ; ils en connaissaient le pouvoir. C’est pourquoi chez les Égyptiens ou chez les Hébreux, la prononciation juste était de rigueur, car le mot avait le pouvoir de créer. C’était un appel à la vie.

C’est également ce que nous dit la Genèse en nous rappelant qu’Adam fut investi du pouvoir de participer à la création en nommant les êtres et les choses. Par le choix de ses éléments, l’ancêtre adamique, en réalité l’homme primitif, avait la faculté de choisir les forces qui allaient constituer le nom et par conséquent le nommé (en vertu de l’identité de structure entre le nom et ce qu’il désigne) et, partant, de saisir dans ses profondeurs l’être qu’il représentait. Il pouvait ainsi lui donner forme, enclore dans le vocable qui l’exprimait ses qualités essentielles et participer à son évolution.

Cette connaissance intuitive s’est perdue et, avec elle, une grande partie des vertus vibratoires et incantatoires du verbe. Car le symbole sonore a pris peu à peu une vie indépendante de l’objet qu’il exprimait. Avec l’écriture, le mot lui-même s’est tu, il est devenu silencieux, et s’est réduit à un signe chargé de signification : l’idée.

Ce phénomène a provoqué une prodigieuse expansion de la pensée et de la conscience réfléchie. Mais en faisant ainsi la conquête de son ego, l’homme a perdu sa dimension cosmique et sa compréhension profonde des mystères de la vie.

A la lumière de ces faits, la légende d’une langue primordiale s’éclaire d’un jour nouveau. Mais était-ce bien une légende ?

Tant que l’homme possédait l’essence, c’est-à-dire la nature intime du langage, de ce langage édénique, compris des animaux eux-mêmes, de cette langue parfaite des premiers grands instructeurs de l’humanité, l’expression était unique et commune à tous. Toute l’humanité, toute la création, alors, communiait par le Verbe.

Mais à partir du moment où les êtres humains s’individualisèrent, ils devinrent des réceptacles imparfaits et impurs de la Parole qu’ils dénaturèrent et celle-ci se morcela en une multiplicité d’idiomes et de dialectes appréhendant le monde, de manières si différentes qu’ils ne se comprirent plus. C’est ainsi que la Parole se désacralisa.

Mais un fait plus grave encore intervient aujourd’hui. Après avoir perdu sa dimension sacrée, le langage se déshumanise. La sécheresse, l’excès de précision, et le caractère impersonnel du code linguistique moderne qui use et abuse d’abréviations, de sigles, de termes scientifiques et techniques en est une démonstration évidente. Cette mutation du langage exprime en réalité la décadence spirituelle de notre civilisation.

Un bref regard sur l’évolution de la langue française nous permettrait de constater à quel point celle-ci n’a cessé de s’amenuiser au cours des siècles.

Songeons au délire d’un Rabelais, qui jouait avec la matière phonique jusqu’à  créer par le pur rebondissement des rythmes et des sonorités, un tourbillon verbal qui exprimait sa vision pénétrante du monde et des hommes. Il n’hésitait pas à user parfois de 150 mots pour exprimer une idée. Puis vint l’époque où la langue se fit pure musique avec le vers racinien qui atteignit la perfection en modelant l’alexandrin sur le double mouvement du souffle et le rythme de quatre pulsations cardiaques, traduisant ainsi, outre les pensées et les sentiments de l’homme, son temps intérieur.

A l’inverse, de nos jours, la concision, confinant parfois à la sécheresse d’un auteur comme Camus, exprime bien cet appauvrissement. Dans l’Étranger, son héros Meursault incarne parfaitement l’homme civilisé, prisonnier de ses structures mentales, coupé de toute relation profonde avec la vie. Être mutilé, comment sentirait-il le lien qui existe entre le langage et son être profond, puisque, étranger à lui-même, et au monde qui l’environne, il ne saisit plus de celui-ci que l’absurdité.

La poésie, écho de l’harmonie universelle

Et pourtant, cette langue que nous réduisons si volontiers à des formules abstraites n’est-elle pas avant tout musique, rythme, harmonie ? N’est-elle pas apte, dans sa dimension poétique, à nous faire accéder à travers une vision esthétique du monde, à une réalité transcendante qui fait de la parole, une véritable expérience spirituelle ?

« La Poésie, disait Rudolf Steiner, possède une tonalité cachée, qui est comme un écho de l’harmonie universelle, de la mélodie et de l’imagination du monde ».

Pour découvrir cette « tonalité cachée » il faut d’abord retrouver le pouvoir suggestif du mot, son charme mystérieux, sa musique.

Prenons le mot « gong » par exemple, et nous découvrons que l’effet sonore obtenu par la prononciation de ce vocable est de même nature que le son produit par l’instrument qu’il désigne.

De même qu’on frappe avec une mailloche le disque du gong pour produire la vibration, de même la consonne initiale G, dure, frappe l’air d’un coup sec. Le groupe ON est un son sourd voilé par la nasalité du N. Le G final en fermant le mot, forme l’obstacle à la propagation de l’onde sonore et la réfléchit comme un écho vers son point d’émergence. D’où cette impression de roulement qui traduit fidèlement le son produit par l’instrument.

Ces propriétés sonores du mot, se retrouvent également dans les vers ou la prose qui deviennent ainsi aptes à exprimer, en dehors de tout contenu conceptuel, par la seule vertu des tonalités et des rythmes, la totalité de nos sensations, de nos sentiments et de nos expériences.

Pour nous en convaincre, examinons les effets que produisent aussi bien sur le plan auditif que mental, ces vers célèbres de Racine :

« Ariane, ma sœur, de quel amour

a   a   e      a     e        e        e  a

blessée

è   é

Vous mourûtes aux bords où vous fûtes

ou      ou  u e     o        o       ou   ou     u  e

laissée »

è   é

Nous voyons apparaître dans le premier vers, une alternance vocalique a – e reprise à la fin en un renversement harmonique e – a, qui, se recoupant avec la division rythmique du vers, crée dans l’esprit une cadence, un bercement.

La succession des voyelles sonores a – e tempérées par la douceur du n et du m et le souffle de la spirante s, font naître une impression de regret, de nostalgie.

Dans le deuxième vers, la symétrie est plus totale : ou ou u e o o ou ou u e è é.

La répétition rythmée de la voyelle sourde « ou » qui est comme la note fondamentale exprime une gravité, une tristesse renforcée par la présence de « u » voyelle constrictive, aiguë qui traduit l’acuité du vécu.

Au point de vue consonantique, la mollesse d’articulation du v et du f (de vous fûtes) introduit progressivement le L de laissée qui produit un effet de glissement dans la mort évoquée dans le premier hémistique par les consonnes dures R et B.

Telle est la vertu de la poésie, c’est la plongée dans la musique du langage qui nous permet d’oublier le « sens » des mots afin d’entendre sans reconnaître. C’est une saisie profonde de la Parole qui nous ouvre à une perception intuitive des harmonies subtiles dont l’univers est tissé et qui nous révèle à la fois la nature intime des êtres, les rapports mystérieux des forces qui les traversent et la source dont elles émanent.

Le Mantra-Yoga : un métalangage

Elle nous prépare admirablement à une expérience plus profonde encore : celle qui consiste précisément à dépasser la fascination qu’exercent sur nous le Verbe et la Musique, pour atteindre la Vibration pure. Le yoga nous y invite, car le langage n’a pas échappé à son emprise.

Pour ce faire, il nous propose deux voies : la pratique des mantras, formules modulées dans des tonalités et à des rythmes donnés, et l’écoute du son intérieur (Nada Yoga).

Cette pratique du son pur, du son pour le son, dépouillant les mots de leur contenu conceptuel et de leurs résonances émotionnelles, constitue une sorte de jeu phonique, un dépassement du langage, un retour aux sources mêmes de la parole.

Il possède un extraordinaire pouvoir libérateur car il traduit tout ce que le langage conventionnel est impuissant à dire, tout ce qui chez l’homme est enfoui, inassumé et vit à bas bruit dans ses profondeurs, mais il exprime aussi sa connivence secrète avec le cosmos, sa complicité avec l’animal qu’il connaît par connaturalité[2], ses liens subtils avec les éléments qu’il sent dans sa chair mais ne sait ni ne peut verbaliser, toute la vie organique qui sourd en lui et enfin, ses aspirations spirituelles les plus hautes. Il se libère ainsi de tout ce que le non-dit entretient d’angoisse en lui pour parvenir à un état de vacuité qui est expansion d’être et plénitude. Son action sur le mental est puissante car à ce niveau il dissipe la « Maya » l’illusion, le « voile d’inconnaissance » et nous fait découvrir au-delà des apparences trompeuses de la multiplicité l’unité fondamentale de la création.

Son action physique n’est pas toujours aisée à saisir. Pour bien la comprendre, rappelons que l’univers est formé d’une substance unique (ce que confirme la science actuelle) ; sous l’influence du mouvement incessant dont il est animé, des champs vibratoires se créent, qui engendrent des formes, des phénomènes physiques, la matière elle-même.

Ainsi la pluie, la maladie, les végétaux, l’être humain sont tous issus d’un substrat unique et sont le résultat de phénomènes vibratoires différents.

Il importe donc que le son proféré dans le mantra corresponde à des vibrations déterminées pour agir efficacement sur les phénomènes naturels, les êtres vivants, la matière.

Cette action peut être constructive, mais aussi destructrice. C’est pourquoi la science des sons doit demeurer un enseignement secret réservé à quelques initiés soumis à une ascèse rigoureuse.

Il reste quelques vestiges de ce savoir dans la plupart des cultes religieux dont les formules sont des « mantras » aux vertus vibratoires trop souvent oubliées de nos jours, mais aussi dans les rituels de magie dont le caractère baroque recouvre en réalité un savoir très complexe.

La répétition du mantra, en accumulant les vibrations les accroît en force et en intensité de telle façon qu’elles dénouent nos tensions, nous harmonisent et nous vitalisent.

Le mantra vit par lui-même et ne cesse d’accumuler au cours des générations la faveur et la dévotion des maîtres et des adeptes qui le formulent. Cette force secrète du verbe était bien connue des anciens dans les diverses civilisations. Ainsi Zoroastre disait : « Répète sans te lasser les formules qui sont aimantées du fluide de toutes les adorations des temps passés ».

Cette nouvelle expérience du langage crée de nouvelles formes de pensée, dégagées des habitudes routinières, libérant des associations différentes, rendant en un mot l’homme créateur. Et surtout, elles lui permettent d’accéder à des états de conscience supérieurs.

Cette incursion dans l’univers du son nous conduit nécessairement à une écoute différente. Cette dernière étant indissolublement liée à l’émission verbale. A en juger par l’importance accordée à l’oreille dans toutes les traditions, cet organe joue bien le rôle qui lui est accordé dans la réalisation spirituelle.

C’est ce que nous enseigne le Nada Yoga qui, par l’écoute de son intérieur, le son non frappé, Anahata dhyani, qui prend naissance dans le Chakra du cœur (Anahata-chakra) nous conduit à l’éveil.

Cette pratique nous fait percevoir des sons qui se transforment au fur et à mesure que l’écoute se déroule et s’approfondit. Ils ne sont en réalité que des variantes du son fondamental. Ainsi nous sont-ils décrits dans les textes : « Au commencement le Nada donne l’impression d’un son aigu semblable au bourdonnement d’abeilles ivres, puis il devient comparable à la note qui s’échappe d’une flûte remplie de vent, il imite le son d’un gong, il est grave comme le grondement de l’océan, profond comme le roulement du tonnerre[3] ».

D’autres voies traditionnelles les comparent à des bruits aquatiques ou animaux, mais pour toutes le son représente un instrument privilégié du contrôle mental, il est le « croc acéré capable de contrôler l’éléphant ivre de l’esprit ». Pour toutes il est une des voies d’accès à la réalisation spirituelle, accessible à tous, même aux « esprits confus ».

Ainsi le yoga nous permet d’accéder à un mode d’expression totalement déconceptualisé et d’opérer en nous une salutaire conversion à une écoute pure, nous libérant de l’intoxication auditive qui est notre lot de civilisés. Car l’homme moderne ressemble étrangement à ce petit personnage contrefait, aveugle et paralytique, tout couvert d’oreilles, né du génie de ce grand initié qu’était Rabelais, le « Oui-dire ».

Subjugués par le pouvoir monstrueux de l’information, nous nous laissons submerger par un savoir superficiel et hétéroclite qui satisfait notre vanité et nous donne l’illusion d’une véritable culture.

Mais nous ne savons plus écouter en nous l’essentiel : le son subtil, écho du souffle cosmique, Parole silencieuse qui fait jaillir des profondeurs de l’homme, la lumière intérieure qui le conduit à sa réalisation.


[1] Pour plus amples détails, le lecteur pourra se reporter à une petite brochure très intéressante où ce phénomène est évoqué : « La messe vue par les yeux de l’âme » de R. Emmanuel, (éditions Dervy).

[2] Connaturalité : connaissance par identité de nature.

[3] texte cité par Tara Michaël dans sa traduction en français de la « Hatha-Yoga Pradipika ».


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