Dr. Rosine Franck : La médecine tibétaine


03 Mar 2012

(Revue CoÉvolution. No14. Automne 1983)

La médecine tibétaine représente un art de guérir d’une extrême complexité, tant sur le plan des connaissances que sur celui des moyens thérapeutiques. Cette médecine millénaire a réussi à intégrer de façon cohérente des éléments provenant de sources indiennes, mongoles, chinoises, bouddhistes, locales, etc. S’interpénétrant profondément dans la tradition culturelle et la philosophie bouddhique, cet art de guérir se transmet de maître à disciple et dans des collèges monastiques. De plus, des aides thérapeutiques représentent une palette allant de l’herboriste aux médecins érudits. Patrimoine précieux, la médecine tibétaine doit à la médecine ayurvédique indienne ses théories physiopathologiques et certaines thérapeutiques pharmaceutiques. Elle doit aux sources chinoises la prise des pouls, la moxibustion. Elle doit au bouddhisme son essence symbolique, sa structure philosophique s’exprimant par l’anatomie mystique, les rituels et la visualisation thérapeutiques… Elle comporte en propre un examen très approfondi des urines, qui semble lui être spécifique. L’ensemble de cette tradition repose sur une synthèse théorique élaborée dans un quadruple traité ou « Tantra », appelé le Rgyud-Bzhi.

La médecine traditionnelle tibétaine représente un trésor de savoir analogique, symbolique, existentiel. Le but de tout travail de connaissance est d’aboutir à une prise de conscience globalisante des principes fondateurs de la pensée et de l’univers matériel, univers des « apparences ».

La médecine tibétaine repose sur la reconnaissance par l’égo de l’impermanence et sur le nécessaire contrôle de l’esprit pour réaliser un équilibre dynamique entre l’aspect individuel et sa relation avec l’Univers. Ainsi, lorsque ce sont des altérations spirituelles subtiles qui causent la maladie, la thérapeutique choisie sera de nature spirituelle, plutôt que psychophysique ou énergétique. Pour la médecine tibétaine, trois poisons fondamentaux peuvent engendrer le désordre pathologique respectivement dans les trois humeurs qui leur sont associées. Toute la complexité sera donc ramenée à équilibrer ces trois humeurs pour restaurer l’équilibre physique et énergétique du malade. C’est seulement alors que les racines existentielles des troubles peuvent être traitées par des approches religieuses où spirituelles. Tout se résume donc en une confrontation directe de l’esprit et de l’être, à chaque moment de l’existence, avec les contenus de sa pensée.

« Tout ce qu’est l’être est le résultat de ce qu’il pense ». Tout est le fruit du contenu de l’esprit et tout est élaboré (matérialisé) par les concepts et les organes des sens.

L’approche globalisante, analogique, déductive, symbolique de ce savoir traditionnel exprime donc le pourquoi de la manifestation morbide, excluant toute dichotomie entre matière et esprit. Le respect de l’unité fondamentale de l’apparence et de la réalité, de l’esprit et de la matérialité, a permis de dégager des principes, causes et finalités des maladies.

Dans l’approche occidentale, l’unité de vue est avant tout l’élémentaire, l’individuel ; dans la médecine tibétaine, l’unité représente le tout. Pour elle, toute analyse, toute expérimentation fondée sur le « qualitatif », sur les apparences, est trompeuse et n’entraîne pas la prise de conscience de « vérités profondes » non engagées dans l’espace-temps. Emergeant des structures temporelles et rythmiques, une maladie pourra dès lors être suivie de conséquences fort différentes suivant la configuration physique ou psychique présentée au moment de l’existence de l’individu.

Il serait inexact de dire que la science occidentale médicale nie l’effet du temps et de l’espace, mais elle l’accepte comme à regret, alors qu’il s’agit d’un principe évident dans les savoirs traditionnels de la médecine tibétaine. Il existe donc un problème de langage, de cheminement symbolique, que la neutralité affichée par le chercheur ou le médecin occidental remplace par un détachement excluant tout vécu fusionnel, intuitif. Car, pour la médecine traditionnelle, le cheminement vers la connaissance, même médicale, est intuitif, analogique, symbolique et l’étude de l’insertion au monde phénoménal du principe ainsi découvert permet à l’homme de ne pas s’égarer dans des constructions mentales cohérentes ou logiques, mais dénuées de vérité.

« Quand on regarde une fleur, qu’on lui donne un nom, on ne la regarde déjà plus » dit un proverbe. L’ouverture aux savoirs médicaux marginalisés que sont les ethnomédecines évitera à la science occidentale de s’orienter vers un dogmatisme rigide qui irait à l’encontre de son propre devenir. De plus, en maintenant un champ marginal, obscur, hors de la recherche, la médecine occidentale risque hélas de permettre aux charlatans en mal de fantasmes ou d’exotisme de trouver pâture dans les ethnomédecines.

Il nous a donc semblé que la divulgation dans un système culturel des résultats qui éventuellement le contestent, est seule capable d’éviter agressions et incompréhensions en créant un lien culturel entre savoir analogique et savoir empirique.

Voilà pourquoi le FRAM s’intéresse à la sauvegarde de la médecine tibétaine, véhicule d’un savoir millénaire. Non pour l’intégrer nécessairement à la pensée occidentale, ni pour assurer la récupération de certains de ses aspects, mais pour permettre à son contenu de réfléchir un autre reflet de l’art de guérir.

Le Dr. Rosine Franck est médecin gynécologue, présidente du FRAM.

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La Science chinoise et l’Occident Joseph Needham

Éditions du Seuil / Points – Sciences (Traduction Eugène Simion)

Joseph Needham dresse l’inventaire de découvertes, d’inventions fondamentales pour le devenir de l’humanité, toutes d’origine chinoise. Relevons : la boussole magnétique, l’étrier à pied du cavalier, la poudre à canon, le papier, l’imprimerie à caractères mobiles, le tissage de la soie et bien d’autres encore.

Mais Needham est également philosophe quand il décrit la pensée, la science chinoise, et qu’il relève : « Qu’alors que nombre de ces découvertes et même la plupart secouèrent la société occidentale comme un tremblement de terre, la société chinoise, elle, montra une étrange capacité de les assimiler et d’en rester relativement inébranlée ».

Le livre est une source inépuisable de renseignements précieux, étonnants, curieux et pittoresques pour qui s’intéresse à l’histoire des techniques et des sciences. Il rassemble des conférences de Joseph Needham et à ce titre comporte quelques redites qu’aurait pu éviter un ouvrage entièrement « refondu ». Mais le ton s’élève quand la parole est donnée à quelque grand censeur de la Chine ancienne. « Regardez les choses, écrivait Shao Yong au 11ème siècle de notre ère, du point de vue même des choses, et vous verrez leur véritable nature : regardez les choses de votre propre point de vue, et vous ne verrez que vos propres sentiments ; car la nature est neutre et évidente, tandis que vos sentiments ne sont que préjugés et obscurités ).

Yves Thieffry

Le Tao de la santé Guide pratique de médecine naturelle chinoise par Gérard Edde

L’originel, le corps conscient 1983, 192 p.

L’hygiène traditionnelle chinoise, issue de la philosophie du Tao, peut s’intégrer facilement dans la vie quotidienne, même en Occident. Ce livre ne prétend pas remplacer une consultation médicale ou naturopathique, mais il donne des conseils pour établir une ligne d’hygiène naturelle générale, qui permettra au lecteur de connaître ses points faibles énergétiques et d’affronter les maladies avec plus de force. Diététique naturelle, herbes et toniques chinois, exercices et respirations énergétiques, massages toniques et relaxation taoïstes, plus que de simples recettes, constituent un ensemble cohérent de connaissances et d’exercices qui abordent l’homme dans toutes ses dimensions.

—G.B. —

• Vous pouvez reconnaître l’arrivée de la santé parfaite aux signes suivants :

des selles régulières arrivant une à deux fois par jour ;

une sorte de gaieté naturelle ;

un sommeil facile, durant de 7 à 9 heures ;

un appétit régulier ;

une souplesse naturelle ;

l’absence de douleur chronique.

• La thérapie par les herbes est pratiquée en Chine depuis des milliers d’années et de nombreuses drogues médicales modernes proviennent de l’art des plantes médicinales chinoises : ainsi la digitaline est un extrait de la plante mao ti huang (Ephadra gerardiana), l’éphédrine, utilisée dans le traitement de l’asthme, est extraite puis isolée de la plante ma huang (éphèdre vulgaire).