Vladimir Rosgnilk : La nécessite d’une nouvelle compréhension du monde


10 Apr 2014

Jacques Ravatin (1935-2011) Docteur ès Sciences, Ingénieur fut un enseignant infatigable et intraitable de ce qui touche à la Théorie des Formes et des Champs de Cohérence. Il a travaillé en axiomatique quantique et en mathématiques en liaison avec différentes équipes de recherche dont un groupe du CERN à Genève. Il avait lancé vers les années 1955 l’idée d’existence de systèmes qu’il appelait Non-Cartésiens. Vers les années 1972 il a créé l’Association TOTARIS qui réunissait des chercheurs de toutes formations afin d’explorer les systèmes Non-Cartésiens et de poursuivre des investigations poussées sur les Formes.
De TOTARIS a émergé le groupe ARK’ALL et c’est dans ce groupe que les recherches se sont poursuivies. Jacques Ravatin a publié plusieurs livres : L’Émergence de l’Enel ou l’Immergence des Repères en quatre tomes, sous le pseudonyme de Vladimir Rosgnilk qui est une étude sur les formes vues sous le point de vue des Systèmes Non-Cartésiens. Puis un essai Théorie des Formes et des Champs de Cohérence a suivi dans lequel la nécessité d’une pensée nouvelle est présentée.
En 1994, il a écrit avec Joël ROST, Les Désintégrators, Éd. l’Originel, Paris, (1994) puis avec Daniel ZAKRZYNSKI, Le Générateur d’Étoiles, Éd. du Cosmogone, Lyon, (2002), afin de faire connaître au grand public, sous forme romancée, des connaissances qui ont été mises sous le boisseau pour différentes raisons.
En 1998 et 2002, il fait paraître les deux tomes de la Théorie des Formes et des Champs de Cohérence, Éd. du Cosmogone. Ils établissent une théorie de la forme et des systèmes de formes, et complètent amplement ce qui n’était, dans les recherches d’ARK’ALL, que des prémices.
Puis en 2006 et 2008 ces volumes ressortent revus, corrigés et augmentés en chacun deux parties sous le titre Développements autour des Formes et des Champs de Cohérence, Éd. du Cosmogone.

(Texte de présentation extrait de http://www.khepera.fr/index.php/a-propos-de-l-auteur/source-d-inspiration/jacques-ravatin)

(Extrait de Arkologie. No 1. Mai 1986)

Que penser de notre description du monde ?

Il est étrange de commencer un article par une question ! Peut-être. Mais elle semble nécessaire. Elle est nécessaire, parce que tout chercheur doit, lorsqu’il est plongé dans un sujet de recherche, se demander comment se place ce sujet dans un contexte plus grand, le renfermant. Peu de chercheurs font cette démarche, ce qui fait qu’on n’est plus en face de chercheurs mais de T.H.N. (Technicien de haut niveau). Le C.N.R.S. et l’Université sont maintenant arrivés à un point de saturation par le nombre de ces T.H.N. Généralisons ce processus envisagé pour le chercheur à tout être humain. Notre société scientifique, industrielle est arrivée à imposer à la philosophie, la linguistique, le droit, le commerce, la morale même, la biologie, la médecine, sa démarche et sa méthode ; démarche et méthode engendrent une assurance dans le point de vue adopté telle qu’on ne pense même pas à envisager un autre point de vue. Ceci est très grave. C’est un blocage d’une recherche et une chute de qualité dans cette recherche. Ainsi la question posée au début se précise : notre description du monde est-elle unique ? À un autre arrangement au niveau de la pensée, découvre-t-on un autre monde ?

Cette question doit être encore transformée, mais avant d’aller plus loin, je pense qu’il faut se demander comment on est par rapport au monde, quelle position on occupe ? On va partir des assertions suivantes : le monde n’est pas, il n’est qu’un écho à un champ de cohérence. Qu’il ne soit pas, c’est ce qu’avaient assuré en particulier les doctrines orientales. Qu’il soit un écho, c’est autre chose, car on est en race d’un deuxième stade, et d’autre part il y a ce concept de champ de cohérence ; ici champ est pour domaine, quant à cohérence, que va-t-on pouvoir en dire ? Là un tournant va se faire qui va marquer peu à peu notre abandon de l’approche rationnelle : il ne sera pas donné de définition alors que dans l’approche usuelle, on commence par définir les termes et une classification se forme également rapidement.

Dans ce monde rationnel dans lequel nous sommes, il est difficile de s’habituer à de telles méthodes : raisonner avec des concepts sans les avoir définis ! Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’approche pour l’assimilation du concept va rester pour mieux faire sentir le concept et il peut même insensiblement évoluer. Ceci ne crée pas un flou entre plusieurs personnes formées à cette technique mais au contraire va les rendre complices d’un même savoir.

Découvre-t-on un autre monde ? C’est une conséquence du lancement du champ de cohérence

Il faut comprendre que la structure fondamentale n’est pas l’espace-temps mais le champ de cohérence. Ce champ de cohérence qui ne s’exprimera que par sa construction – construction cohérente puisqu’il est cohérence. Il est parce qu’il sera si on veut le penser dans un temps, donc si on le pense de manière rationnelle alors qu’il pourra ne pas être rationnel. Mais dans le rationnel, ce champ de cohérence a des analogies permises qui sont des traces dans le champ de cohérence rationnel de l’autre champ de cohérence.

Mais pourquoi l’autre ? Parce qu’il n’y en a que deux. Il y a le champ de cohérence rationnel et les cohérences qui ne sont pas dans le rationnel, l’usuel on dira encore, appartiennent à l’autre.

On lance le champ de cohérence, mais on n’en percevra qu’un écho, c’est-à-dire qu’on n’aura pas tout ce qui a été lancé. Il faut encore ajouter ceci : c’est qu’en même temps qu’il le lance, celui qui le lance, on l’appellera l’obs. [1], se met dedans ; c’est-à-dire qu’il décrit et oublie, ou ignore le processus précédemment exposé.

Les processus présentés n’appartiennent pas à notre logique. Le champ de cohérence rationnel les ignore totalement ; ils sont dans l’autre ; d’ailleurs le champ de cohérence rationnel ne devient champ de cohérence que lorsqu’on a conscience de l’autre champ de cohérence.

La structure de l’autre champ de cohérence est-elle plus compliquée, plus étendue que celle de l’usuel, du rationnel ? Ceci est une question qui n’a pas de sens car ces deux champs ne sont pas comparables car peu compatibles, mais les opérations dans l’autre champ de cohérence sont beaucoup plus nombreuses que celles dans l’usuel.

Nous n’irons pas plus loin dans cette voie ici ; nous conseillons de se rapporter à Vladimir Rosgnilk, L’Émergence de l’Enel ou l’Immergence des Repères, Introduction à l’Étude des Formes et des Champs de Cohérence. ARK’ALL, Paris 1985 [A].

Et la question posée au début trouve une réponse assez imprévue car la vision du monde que l’on a va aussi être étroitement rattachée aux explications appartenant d’un type de cohérence.

Ainsi il n’y aura pas une vision du monde possible, il y en aura plusieurs

Celle due au champ de cohérence rationnel, et celles provenant de l’autre champ de cohérence. Ici on voit que l’autre champ de cohérence est plus riche que l’usuel dans le sens où il peut engendrer de multiples visions du monde. Il peut même contenir de l’incohérence, ce que nous appelons des îlots d’incohérence mais nous n’en parlerons pas ici. Ces îlots d’incohérence ne sont pas un signe de dégénérescence pour l’autre champ ; ils interviennent dans sa plus grande ampleur que l’usuel.

Un des deux champs de cohérence peut avoir en lui une « trace » de l’autre. Elle peut avoir une cohérence ou non.

Disons quelques mots du concept de champ de cohérence : dans un numéro spécial de la revue Science et Vie (Bernard VIVES, Science et vie, 74-78. no 547, Avril 1963), il a été question de champs de cohérence dans une note en bas de page, Il est signalé par B. Vivés qu’ils ont été présentés et enregistrés en tant que théorie à l’Institut de Physique de Berne ainsi qu’à l’Académie des Sciences de Paris en 1960. La notion de Vivés est différente de celle mise au point par J. Ravatin en 1976 ; c’est cette dernier que je présente ici, car elle garde son caractère intuitif. Nous voyons dans [A] un certain nombre de termes nouveaux. J. Ravatin les a créés car il a vu qu’il ne pouvait exprimer le langage usuel des intuitions profondes ; il ne s’agit pas d’un jeu de l’esprit.

René Huyghe dans De l’Art à la Philosophie, Réponses à Simon Monneret, (Flammarion, 1980) répond à une question posée par Simon Monneret au sujet de la création de termes nouveaux : « J’y suis profondément hostile. C’est un procédé à la fois pédant et facile ; il relève d’une des tares de notre époque, où les « beaux esprits » rêvent, comme la seiche, de se cacher dans un nuage obscur. Trop de penseurs contemporains sont affriolés à l’idée de créer un mot qui ne soit qu’à eux, ou du moins l’apanage d’un groupe restreint. Il leur sera une retraite, une caverne de jade, à l’intérieur de laquelle ils mandarineront… ».

Marc Beigbeder (Contradiction et Nouvel Entendement, Edit. Bordas 1972) dans ses ouvrages a changé l’orthographe de certains mots pour donner un sens nouveau tout en gardant la prononciation, ce qui est un lien avec le terme déjà usité. Ce lien est important – l’intuition est réinvestie – c’est un premier détachement. Si on crée des mots nouveaux, et il y en a un certain nombre dans cette approche, et si en plus on les donne sans définitions, c’est pour que les lecteurs ne se bloquent pas sur le mot, évitent de se ramener à un sens connu, évitent de réinjecter dans ce mot grâce auquel on évoque une idée, le sens usuel (s’il s’agit d’un déjà existant). Le lecteur se trouve placé dans une sensation correspondant à la surprise qui place le mot sur le fond de la connaissance usuelle. Il se crée alors ce que J. Ravatin nomme un auréolaire : plaquer une forme sur le fond de la connaissance usuelle. Voyons un peu comment on amène ce concept.

Considérions une forme : elle peut être envisagée comme une abstraction (lorsqu’on la nomme) ou vue dans son entourage (un voisinage de la forme)

Dans ce second cas, si on regarde par exemple un tableau de peinture, on emploie les expressions : premier plan et fond. La forme vue au premier plan peut être détachée du fond ou au contraire vue avec le fond ; dans ce dernier cas on dira qu’on la voit « plaquée » sur le fond. À cette forme est alors attaché un auréolaire [A].

A la sensation signalée plus haut est associée un auréolaire. C’est ce dernier qui va baigner le lecteur. Dans cette technique, peu à peu le lecteur de manière inconsciente se détache du champ de cohérence usuel ; la technique de décrochement est dans le décrochement. Pour bien comprendre ceci, il nous faut étendre dans sa formulation la notion d’Auréolaire, L’Auréolaire se retrouve le plus couvent en poésie, avec la métaphore. Le poète, pour faire passer la sensation utilise un procédé du genre : A est à B ce que C est à D, et on oublie bien souvent l’importance de la sensation que ressent celui qui entend ou lit le poème contenant cet artifice de construction ; on va écrire l’énoncé précédent ainsi : (A, B ; C, D) ; et de ces 4 ternes arrangés comme il vient d’être dit, il en jaillit un cinquième et c’est ce que nous appelons encore l’Auréolaire. L’Auréolaire peut donc être obtenu à partir de deux procédés : par plaquage ou par proportion. Par proportion car cette métaphore ressemble à l’égalité de deux rapports telle qu’on la trouve en mathématique où on écrirait a/b = c/d. Mais là il n’y a pas de cinquième terme.

On avait dit « la technique de décrochement est dans le décrochement »… Ainsi on va écrire maintenant : (technique de décrochement, décrochement ; intuition, réinjection de l’intuition) entraîne un auréolaire qui va renforcer le premier auréolaire obtenu comme nous l’avons vu par plaquage ; ce renforcement va se faire en utilisant des techniques qui sont exposées dans [A].

Le concept d’Auréolaire n’est pas dans notre champ de cohérence rationnel, comme une grande partie de la poésie et l’art sous beaucoup de ses formes. L’être humain oublie que par moment il échappe au champ de cohérence usuel, malheureusement maintenant il a trop tendance à tout y ramener, ceci dans le but d’agrandir sa cohérence et de se sécuriser, Tout ce qui n’y entre pas est de la rêverie, de la mièvrerie, des peurs et incompréhensions du temps passé, des contes moyenâgeux. En un mot de l’obscurantisme. Ah ! que ne fait-on pas entrer dans l’obscurantisme !!! Telle est l’appréciation du R.B.B. [2]. Ainsi pour le R.B.B. l’obscurantisme prend une sorte de cohérence, et il ne se rend pas compte que cette cohérence est celle de son état qu’on peut qualifier d’« eunuque cérébral ».

Une autre notion fondamentale est celle de global

Notre représentation usuelle va constituer le local. Le local, c’est l’existence avec repères. Les repères sont de toutes sortes : liés à la distance, au temps, de vitesse, d’accélération, d’intensité, de flux, de puissance, de masse, de pieds, etc.

Se donner une unité, c’est pouvoir comparer donc mettre en place un repère. Dans la pensée rationnelle, on essaie de mettre des repères sur tout ce qui est existant. L’existant devient avant tout repérable. Pourtant les notions liées aux sentiments à la morale ne sont pas mesurables. On dit habituellement qu’elles entrent dans le domaine nommé subjectif. Mais ici, nous allons prendre une position inhabituelle : on ne fera pas de séparation entre objectif et subjectif, non parce que cette frontière est plutôt floue, mais parce que le fait de penser objectif-subjectif brise une richesse de pensée, ramène au champ de cohérence usuel, si on est dans l’autre champ de cohérence. On est ici en face de la puissance du mot qu’impose un champ de cohérence. À la suite de cette prise de position, l’existence liée aux notions morales, religieuses ne seront plus dans la pensée rationnelle qu’une trace de l’autre champ de cohérence, un souvenir presque.

Et on va aller naturellement à postuler l’existence sans repère. Et toute existence sans repère sera dite liée au Global. Il ne faut pas dire : elle appartiendra au Global car à ce moment-là, le Global prendrait un caractère ensembliste, or un ensemble est repérable de par son contenu même s’il s’agit de non-dénombrable ; il correspond alors à un repérage au sens générai où nous envisageons le concept de repère.

Dans l’autre champ de cohérence, il y aura des « local » possibles. Ils sont dans ce que nous avons nommé dans [A] les « Rayons de Cohérences ».

On commence à entrevoir que les notions qui apparaissent peu à peu, rattachées à l’autre champ de cohérence ne sont pas à employer systématiquement mais qu’elles sont évocatrices d’où elles sont un excitant subtil de l’esprit. Il devrait en être de même de la manipulation des nombres par les kabbalistes, là encore c’est devenu trop systématique car le sens du nombre s’est perdu ; il ne faut pas rejeter les opérations entre ces nombres qui interviennent souvent en kabbale, elles doivent être exécutées à bon escient, et ainsi elles sont pleinement un excitant subtil de l’esprit.

L’autre champ de cohérence permet de comprendre le processus de découverte ainsi :

On peut arrêter un moment où le chercheur trouve, c’est-à-dire une idée émerge. Il s’accroche alors à son idée et l’enfle par un processus qui est lui-même. S’accrocher est déjà prise de position pour ce qu’il engendrera. Il ne faut pas oublier que tout est construction cérébrale. Le chercheur a ainsi lancé une voie qui est un début d’une grande recherche. Ce début a été précédé par quelque chose qui n’est pas dans l’échelle de temps, pour lequel il n’y a pas d’origine dans celle échelle. Naturellement pour que cela tienne il faut qu’il y ait une cohérence. Voyons un exemple : les eifs de J. de la Foye et ce qui est dans la voie des travaux de Enel. Il manipule un spectre indifférencié, différencié des états. Il a épousé les intuitions de Enel, s’est pénétré des travaux de Morel, Chaisemartin, Chaumery, Belizal et aussi de ses souvenirs au cours de ses voyages (il était officier dans la marine marchande), la mise en place du champ vital correspondent à des intuitions qui sont des constructions ; ces constructions vont, après, rester en tant qu’existence. Malgré qu’il ait fait toute sa formulation dans le champ de cohérence usuel, il travaillait dans l’autre champ de cohérence ; c’est lui-même qu’il a investi ; tout se passe comme un déroulement avant le déroulement, ce n’était pas dans l’échelle de temps. Ceux qui viennent ensuite continuent le champ de cohérence, l’étendent. Au déroulement correspond de la localisation, en elle s’exprime la cohérence. Il peut y avoir après un nouvel enroulement. C’est une expression de la naissance de l’entité théorie-et-résultats, Ceci est exprimé par le déroutement et l’enroulement de la Thorah dans la synagogue.

Cela peut sembler identique ou très semblable à la sensation de l’intuition du chercheur qu’on se fait dans la pensée usuelle. Il n’en est rien. D’ailleurs, il ne s’agit que de sensation dans la pensée usuelle, donc ce n’est pas contenu dedans car pas repérable. On comprend ici que construction et cohérence sont intimement liées et qu’elles sont équivalentes à création.

Poursuivons notre mise en place de cette nouvelle forme de pensée.

Dans le champ de cohérence usuel un être humain existe par rapport aux autres – il y a équivalence dans l’existence pour les êtres humains les uns par rapport aux autres. Dans ce nouveau point donné, cette équivalence n’est pas. Un être humain n’existe pas par rapport aux autres, nous disons « n’est pas par rapport aux autres », les autres ne sont que parce qu’il est. Seul celui qui en prend conscience peut en parler ; on n’a pas le droit de penser cette même position pour les autres, autrement on risque de retomber dans le champ de cohérence habituel.

Néanmoins, c`est un excès qui sera fait même dans l’autre champ da cohérence. Il supporte cet excès, mais il faut être prudent.

Dans la représentation rationnelle, l’individu est amené à jouer le jeu de la pseudo-objectivité scientifique : c’est-à-dire qu’on se permet d’aligner les valeurs, comparer les résultats. La pseudo-objectivité est dans cette possibilité de construction de multiples échelles de comparaison, mais ceci est souvent arbitraire. Les RBB qui l’appliquent le plus qu’ils peuvent (c’est une justification de leur comportement et une nécessité pour se faire reconnaitre une valeur de bon scientifique) l’étendent aux relations humaines et à la morale. On arrive à des absurdités.

Celle: liberté que se donne le chercheur dans les constructions et projection d’échelles de valeurs est un leurre. Il donne par cet ajout une souplesse au champ usuel et croit qu’il y a une échappatoire en dehors de l’homme dans une généralisation des concepts. L’être humain, dans ce champ, est pris dans un carcan : le champ usuel le rend prisonnier. La notion de liberté est alors mise en place pour lui faire oublier ce carcan. On dira que la liberté est une « dilution ». Cette liberté, par contre est dans l’autre champ de cohérence ; (celui dans lequel l’obs. se projette en même temps qu’il se met dedans) : d’ailleurs dans ce cas, on n’a plus à parler de liberté, elle est implicitement comprise,

Le champ usuel peut être repensé à partir de l’autre champ

Peu à peu, toujours sans se définir, le champ usuel était par construction la négation de champ de cohérence puisqu’il se considère comme universel, voulant expliquer l’univers qu’il permet de découvrir ; alors qu’avec l’autre champ l’obs. prend conscience qu’il crée parce qu’il lance et se met dedans à la fois. Ceci remplace le « Connais-toi toi-même et tu connaitras l’Univers et les Dieux » du temple de Delphes. De même l’être humain qui est « l’alpha et l’oméga ». En effet dans la plupart des ouvrages traitant des sujets non-orthodoxes, il est fait souvent allusions à l’être humain qui est « l’alpha et l’oméga » ; on en donne pour explication (toujours hâtive) commencement et fin. Cela se veut une explication plus profonde que celle donnée usuellement ; car elle bloque, pour le lecteur, toute recherche de sensation plus profonde. Si on pense au champ qu’on lance et dans lequel on se met, l’alpha est engendré par l’oméga dans lequel il est ; l’alpha et l’oméga sont alors dits en « dualité dynamique » au sens création et contenance.

Dans les philosophies orientales, il est fait allusion à « la vérité qui est en soi ». Les traductions et interprétations de cette expression sont généralement mauvaises et peut-être que les auteurs eux-mêmes ont exprimé par des mots ce qu’ils ressentaient sans trop se préoccuper si d’autres interprétations plus ou moins erronées, risquaient d’apparaître. Dans tous les cas lorsqu’on se penche sur de textes traitant de ces questions, il faut se mettre dans l’état d’esprit que l’on doit prendre lorsqu’on lit ou énonce un proverbe (les proverbes expriment le bon sens populaire) ; c’est-à-dire, en même temps qu’on assimile le dicton, le proverbe, on doit découvrir sa voie de compréhension.

La forme est fondamentale dans l’approche du global

En effet elle émerge ou s’immerge dans l’espace-temps, mais également elle est la voie. En même temps qu’on met en place le modèle, la ou les représentations, il faut suivre l’esprit dans sa démarche. Il fait l’objet (le modèle) et l’image (la voie). De l’image on tire la discipline d’esprit nécessaire lorsqu’on quitte le champ usuel, discipline qui dans ce cas est implicitement comprise pour ne pas tomber dans les fantasmagories, celles-ci n’appartenant peut-être pas toujours au domaine de l’absurde (le plus souvent elles y appartiennent).

La pensée rationnelle a permis d’éliminer la crainte devant les exigences des multiples dieux et les superstitions. En effet, L’être humain ayant ces entités dans sa représentation et les connaissant mal, arrivait à leur attribuer de multiples pouvoirs et se soumettre à de nombreux caprices qu’il fabriquait à partir de situations terrestres délicates ou désespérées. Ces représentations construites dans des ambiances de superstition étaient parfois opératives, Elles correspondaient dans un modèle, à des voisinages de compréhension susceptibles d’une certaine opérativité. Nombre de sorciers ont dû utiliser ces procédés.

Les dieux n’appartenaient pas au domaine de l’absurde. Il fallait leur trouver une cohérence dans un champ de cohérence.

Même s’ils sont des conséquences d’échelles de valeurs dans le champ de cohérence usuel, ils se placent dans l’autre champ de cohérence. On distingue donc local et global : le local émerge du global ou s’immerge dans le global (le terme immergence a été choisi par Marc Beigbeder) par ce que nous appelons avec B. Vivès les cumulo-decalaires. Il y a aussi un autre concept créé par Samuel Franeric : le canal. Cumulo-décalaire et canal sont les passages local-global. Signalons que local et global ne sont pas exactement tonal et nagual du sorcier Yaqui, Don Juan, que Castaneda a rencontré (son livre l’Herbe du Diable ou la Petite Fumée, Edit. Le Soleil Noir, 1972). Le tonal est l’attitude protectrice qu’un observateur garde devant le global. Ce n’est pas le local ; c’est la sérénité de croyance dans la stabilité du local à l’instant où nous le regardons, l’apprécions, le jugeons, avec l’impression d’y vivre. Mais cette sérénité est mise par don Juan en dehors de l’observateur. C’est presque une propriété, un état du local par rapport à l’observateur ; il faut se le représenter comme tel pour ressentir en tant qu’état en surface et intérieurement le tonal.

Le nagual alors se comprend comme un état de relocalisation par voiloc [3]. L’observateur fait de ce qu’il veut un témoin, et met ce témoin soit dans son voiloc, soit lui attache un voiloc et relocalise. Le nagual est l’état de toutes ces opérations. C’est pour cela que don Juan dit que le nagual est la créativité.

Revenons sur le local

Évoluons un peu. Lorsqu’on parle de local, il faut comprendre que c’est un écho à notre champ de cohérence usuel qui est lancé par l’obs. Il y a aussi un filtrage de cet écho. Cet écho n’est pas parfait ; ce filtrage peut entraîner une reconstruction d’un local. On peut avoir d’autres « local ». À partir du moment où intervient un autre champ qui se caractérise par l’instabilité des repères, plusieurs représentations du local sont possibles. On aura plusieurs « local ». Dans le champ usuel on peut supposer des repères instables : on aura une autre représentation de ce champ.

Le tonal dont parle Castaneda est donc un état du local habituel par rapport à l’être humain observateur, Mais c’est aussi un état de l’être humain devant le local, celui du « guerrier impeccable ». Comme dit don Juan, mais que l’être humain attribue au local. En réalité ces deux états sont en dualité dynamique.

Rappelons que ce qui est présenté dans ce travail, il n’est pas fait de séparation entre objectif et subjectif. Rien que le fait de penser ces deux mots empêche d’avoir accès à d’autres représentations, d’autres cohérences que l’usuel.

Il Faut lorsqu’on travaille dans un domaine de cohérence se rattacher à la cohérence que constitue ce domaine ; les mots qu’on emploie dans le domaine de cohérence doivent être repensés au niveau de la cohérence ; c’est une règle de prudence qui ne doit pas être négligée et c’est équivalent à penser et penser ce que l’on pense.


[1] Obs. pour Observateur, mais ce mot pourra avoir un sens plus général que celui utilisé en physique.
[2] R.B.B. : Rationaliste Bête et Borné. Tous les rationalistes ne sont pas des R. B. B., mais comme pour les T.H.N. du C.N.R.S. et de l’Université, leur nombre est devenu trop élevé.
[3] Voïloc : pour voisinage de localisation – mot fabriqué par J. Ravatin à partir de voisinage et localisation. Pour la compréhension plus profonde de ce terme, nous conseillons de se reporter à [A].