André Dumas : Parapsychologie : La « Connaissance extrasensorielle »


09 Feb 2010

(Revue Panharmonie. No 165. Janvier 1977)

Le titre est de 3e Millénaire

Compte rendu de la réunion du 19.10.1976

M. André DUMAS, dont c’était la première réunion de Groupe, a tenu d’abord à situer la parapsychologie et à nous proposer un programme pour nos réunions ultérieures. Ce soir sera consacré à un survol du développement de la parapsychologie et à la classification des différents phénomènes. Ceux-ci dans le cours des mois suivants seront traités chacun isolément, allant de la clairvoyance, c’est-à-dire de la connaissance supranormale aux phénomènes d’ordre physique, pour terminer le cycle par une synthèse de l’ensemble.

Toutes ces questions sont très anciennes, mais il semblerait qu’elles aient un nouvel impact dans les temps modernes.

Il y a un peu plus d’un siècle, à la suite d’un phénomène de maisons hantées aux Etats-Unis, des savants ont commencé à se pencher sur ces phénomènes, tout en ayant des avis contradictoires. C’est aussi à cette époque que le jeune astronome Flammarion, s’est intéressé à ces problèmes.

M. Dumas nous cite les travaux de savants tels que le Docteur Richet, le Docteur Osty, en France, ceux du psychologue Rhine, aux Etats-Unis, etc., et quels furent depuis cette époque à nos jours, les phénomènes, les études, et interprétations données par des hommes de science.

Cet exposé fut extrêmement complet. Il ne s’y trouvait de sa part, aucune complaisance à l’égard du « fantastique » qu’il ne nie pas, mais qu’il n’accepte qu’après de sérieuses vérifications faites par des savants dignes de confiance, par des chercheurs sérieux.

Panharmonie est tout à fait d’accord sur ce point. Jacques de Marquette qui était profondément mystique, mais qui, en même temps, était un philosophe, n’a jamais voulu, lui non plus, faire des affirmations fantaisistes. Ouvert, comme André Dumas à toute nouvelle conception, il n’en faisait état qu’après l’avoir analysée à fond, afin de ne pas affirmer ce qui n’était que soupçonné.

Nous recommandons à nos lecteurs de se procurer le livre de M. Dumas : « La Science de l’Ame » réédité chez Dervy-Livres et préfacé par notre regrettée amie Simone Saint-Clair.

Le débat qui a suivi cet exposé s’étendit jusqu’à des procédés médicaux, celui du Docteur Coué, l’hypnose qualifiée d’agression, la sophrologie.

Une participante en ayant exprimé le désir, M. Dumas, d’accord avec elle, lui affirma qu’il désirait traiter son sujet en profondeur, en mettant l’accent sur les implications spirituelles de la parapsychologie. J’ai beaucoup étudié, dit-il, les Sages hindous, Vivekananda, Ramakrishna, Aurobindo et je suis prêt à vous parler dans ce sens.

Les enseignements fondamentaux de la parapsychologie nous révèlent le caractère extérieur superficiel du petit moi, de notre individualité quotidienne, et l’existence en nous d’un univers extraordinaire de possibilités, de vie spirituelle interne qui, apparemment d’après toutes sortes de faits, semblent communiquer avec les autres êtres. Autrement dit, le petit moi extérieur communique par la voie de la parole, des signes, etc., et il y a autre chose qui, dans certaines circonstances, semble communiquer directement. Nous arrivons donc à une conception mystique, démontrée scientifiquement. Je suis très convaincu, quant à moi, de cette liaison analytique qui vise à la synthèse, en retirant l’essence de chaque élément analysé. Pour moi, les choses convergent en une conclusion générale et je cherche toujours l’idée, l’explication globale, celle qui, au-dessus des variantes, permet d’annoncer une seule voie.

Compte rendu de la réunion du 16.11.1976.

Après avoir, dans sa première réunion de Groupe situé la parapsychologie, André Dumas aborde le domaine de la « Connaissance extrasensorielle », dans laquelle il englobe la radiesthésie. Le terme « perception » extrasensorielle est inexact, dit-il, car il n’y a pas perception, mais connaissance. La perception suppose un organe des sens qui perçoit. Or c’est le passage entre le plan physique et l’appréhension consciente de ce qui a été connu subconsciemment. Ce passage se fait par des voies différentes qui peuvent être des images symboliques, soit des auditions. Dans le cas de la radiesthésie, une « convention » est établie entre le conscient et le subconscient, afin que celui-ci envoie un message-moteur à la main qui traduira par un mouvement suivant un code préétabli si imperceptible que beaucoup pensent que c’est leur main qui suit le pendule. D’après M. Dumas, il ne s’agit pas de l’action de radiation sur le pendule, mais d’un symbole exprimant d’une manière motrice ce que d’autres connaissances expriment par voie visuelle. Dans la voie auditive  il ne s’agit pas davantage de vibrations sonores frappant l’oreille, mais d’une transformation de sensations internes en hallucinations auditives.

On est donc en présence d’un phénomène inverse de celui fonctionnant dans la connaissance sensorielle normale, dans laquelle des vibrations du monde extérieur frappent nos sens matériels, nous permettent de percevoir réellement quelque chose qui se transforme dans notre système cérébral en image, son, etc., dont nous prenons conscience.

Inversement dans la connaissance supranormale, l’image se forme avant qu’il y ait passage par les sens, image qu’on est seul à percevoir. Et c’est pourquoi il est faux de parler d’un sixième sens, il n’y a pas de sens supplémentaire, ce serait plutôt un « contre-sens » et on arrive à cette première conclusion qu’il y a un sens fondamental intérieur, unique, qui se manifeste sous des formes différentes qui n’existent que dans notre esprit. On entend sans le concours de l’oreille, on voit sans qu’il y ait existence intrinsèque de la vision.

Et ceci nous fait pénétrer dans ce que André Dumas appelle notre colonne vertébrale spirituelle, fondamentalement différente de notre organisation matérielle.

Une deuxième étape de notre investigation nous amène à constater le caractère inverse de la connaissance supranormale par rapport à la perception normale. En effet, un sensitif a besoin de calme, d’isolement avec le monde extérieur, pour mettre en branle ses facultés. Il doit diminuer l’intensité de sa vie de relations. Cela se confirme par le fait que des gens, n’ayant jamais eu des facultés supranormales, en font l’expérience dans des états de diminution de leurs facultés physiques : approche de la mort, asphyxiés qui reviennent à la vie, action du chloroforme, etc. Si on pouvait tracer une courbe ascendante qui représenterait la croissance des facultés supranormales, nous verrions qu’il faudrait tracer une autre courbe descendante sur le même diagramme, en ce qui concerne l’intensité de la vie de relations et de la vie physique. Et il est assez curieux de noter que les aliénés retrouvent la raison quelque temps avant leur mort. Rabelais en fait état en écrivant : « les vieillards décrépis qui souvent avant leur mort se mettent à prophétiser et à vaticiner… ».

Ceci est extrêmement important. La parapsychologie nous apportant des éléments de compréhension plus profonde de ce que l’homme est en réalité et cela correspond aussi au besoin dans la vie spirituelle de pratiquer la méditation, de rechercher la solitude, enfin de se séparer le plus possible de la vie bruyante et active. Nous pouvons ainsi constater que si l’on peut tracer deux courbes dont le sommet d’exaltation de l’une correspond au zéro de la vie physique, il est clair qu’en extrapolant, en arrivant plus loin que le zéro, c’est la mort. Tandis que si on continue l’autre courbe qui va en sens inverse, celle-ci n’a aucune raison de s’arrêter et dépasse elle aussi le point zéro. Et alors nous pourrions envisager une exaltation plus grande encore des facultés supranormales, c’est-à-dire du sens psychique et spirituel fondamental au moment de la mort.

Mme Pellié cite des exemples d’hallucinations provoquées par l’excitation du cerveau.

M. Dumas : C’est très différent, l’hallucination proprement dite ne correspond à aucune réalité, tandis que l’image hallucinatoire provoquée par la connaissance supranormale correspond à une réalité. On ne peut pas mettre sur un même plan les illusions créées par des excitations électriques quelconques et l’image auditive visuelle ou autre, reçue lorsqu’il y a connaissance supranormale.

F. Catala demande s’il est nécessaire qu’il y ait hypertrophie des valeurs du domaine des relations ou si l’homme n’est pas le point de convergence entre ces deux courbes. L’homme doit-il perdre sa conscience d’homme pour acquérir ces facultés ?

M. Dumas : On ne peut pas dire qu’il soit nécessaire que disparaissent les relations avec le monde pour obtenir l’explosion de la conscience ; mais il y a une sorte d’écartement de soi-même sans aucune perte de conscience. Au contraire, c’est une sorte d’exaltation de la conscience qui donne l’impression de ne plus être fermé, mais d’être étendu à tout l’univers.

En réponse à une question, M. Dumas poursuit : On pourrait dire que les animaux sont des exemples de connaissance supranormale permanents parce qu’ils n’ont pas développé leur cérébralité.

On ne peut pas dire que les facultés supranormales aient suivi une courbe évolutive parallèle à l’évolution des organismes, mais on constate que dès la plus haute antiquité et probablement chez l’homme primitif existaient ces facultés au moins égales sinon supérieures aux nôtres. L’évolution biologique n’a pas apporté un nouvel élément psychique. Nous pouvons donc dire, toujours dans le sens de notre spéculation philosophique, que tout se passe comme si les facultés supranormales dont nous disposons, n’étaient pas les adjuvants d’une évolution puisque toute l’histoire de l’humanité nous montre qu’il n’y a pas eu de variante dans leur intensité. Il n’y a pas plus de manifestations supranormales au XXe siècle qu’il n’y en a eu à l’origine de l’humanité, tandis que l’évolution biologique a été constante. On pourrait donc en tirer la conclusion qu’elles ne sont que la manifestation sporadique de facultés qui sont destinées à fonctionner normalement sur un autre plan que sur le plan biologique, c’est-à-dire dans un monde spirituel où elles sont le mode normal de vie. C’est très important parce que cela permet d’affirmer rationnellement des concepts spirituels.

Suit une discussion sur la science et la connaissance intuitive.

M. Dumas : Je pense qu’on parle beaucoup trop d’initiation, s’il y a initiation, elle est essentiellement intérieure et ne vient pas de l’extérieur ou d’enseignements quelconques gravés sur des tablettes. Les découvertes de la science ne prennent leur sens que par cette réalisation intérieure qui est incommunicable. Je me suis rendu compte, moi qui suis intellectuellement opposé au mysticisme, aux révélations, aux initiations, qu’il y a une maturité qui se fait intérieurement et qui m’oblige à dire que je suis un mystique ! Ce n’est pas par leur addition que j’ai acquis des connaissances, mais par une sorte de courant intérieur qui se développe, qui les réorganise en quelque sorte et qui donne une nouvelle façon de sentir. Si l’humanité future doit acquérir quelque chose, ce ne sera pas par l’acquisition d’un sixième sens, mais par une reconquête de ces pouvoirs intérieurs qui ont été refoulés par l’évolution cérébrale, avec laquelle, d’ailleurs, il n’y a pas incompatibilité.

Mme Langevin : Comment considérez-vous la radiesthésie en médecine, y a-t-il des radiations émanant d’un « témoin » ?

M. Dumas : En ce qui concerne l’eau, les sourciers perçoivent une radiation, mais la pratique des témoins est très relative. L’Abbé Mermet en faisant en Europe sur des plans des recherches de minerais en Afrique, manquait dans un certain cas de l’échantillon nécessaire. Il le remplaça par un « témoin mental » et obtint les mêmes bons résultats. Pour moi le médecin est en contact direct avec son malade, le témoin est un support.

La méthode Coué recommande une attitude qui rejoint celle qu’il faut avoir pour développer les facultés supranormales, celle de ne pas faire d’effort.

Mme Langevin : Je crois que si on veut progresser dans la voie spirituelle sans chercher à acquérir quelque chose, certains pouvoirs, il faut s’effacer soi-même.

M. Dumas : Oui, nous avons un exemple dans le fonctionnement de la mémoire. Lorsque nous avons oublié quelque chose, l’effort pour le retrouver ne sert à rien, mais lorsqu’on renonce à chercher et que notre faisceau lumineux de conscience n’est plus braqué sur ce petit point, il s’élargit et l’on voit dans la luminosité générale ouverte, ce qu’on avait oublié.

F. Catala parle de la trajectoire de l’existence qui comprend un moi existentiel qui est le Soi, qui est éternel, immuable et qui serait cette courbe ascensionnelle des forces supramentales. A travers toutes les formes d’expression différentes, la Réalité est permanente.

M. Dumas : Il y a une constante. L’homme a la conscience de ses actions, mais il lui est difficile d’appréhender la totalité.

F. Catala : A partir du moment où l’homme dépasse le mental, il fait une expérience extrêmement grande.

M. Dumas : Avec beaucoup de sagesse et de limitation. Je crois aussi que nous avons quelque chose en nous qui doit être de la même nature fondamentale que la texture de l’univers substantiel et que, comme disait Teilhard de Chardin « nous faisons partie de l’étoffe de l’univers ».

Mme Pellié : Croyez-vous que le corps évolue encore ?

M. Dumas : Je crois que nous subissons une involution au point de vue du corps due à nos capacités techniques et qui fait que certaines facultés physiques s’atrophient. L’homme s’est adapté à plusieurs éléments à cause de ses créations. Il est beaucoup plus universel dans ses possibilités de vie que la plupart des animaux qui l’ont précédé dans la chaîne animale qui, eux, se sont spécialisés dans un certain milieu et dans certaines fonctions, comme par exemple, les chevaux de course. Or une des caractéristiques de cette évolution qui n’en est pas une, c’est que les êtres qui se sont spécialisés, deviennent incapables d’évoluer davantage. Cependant ils développent les parties de leur cerveau utiles à leur survie. Nos activités intellectuelles, nos efforts mentaux, fabriquent le cerveau. Le Professeur Ruyer, de Nancy, dit que contrairement aux affirmations matérialistes, le psychisme n’est pas le résultat du système nerveux, mais que c’est le psychisme originel, diffus qui, dans l’évolution, crée peu à peu des circuits et fabrique le système nerveux. C’est d’ailleurs une finalité. Dans toutes les espèces on voit une poussée qui tend à créer un cerveau supérieur.