Hazrat Inayat Khan : La religion du soufi


08 Jun 2013

(Revue La pensée Soufie. No 2. 1981)

Religion dans le sens ordinaire du terme tel que le monde le connaît, signifie les confessions. Il n’y a pas beaucoup de religion dans le monde, mais il y a beaucoup de confessions. Que veut dire confession ? Confession signifie un voile placé sur la religion. Il y a une seule religion et de nombreux voiles. Tous ces voiles s’appellent : Christianisme, Bouddhisme, religion hébraïque, religion musulmane etc. Et quand vous enlevez ces voiles, vous trouverez une seule religion. Cette religion est la re­ligion du Soufi. En même temps, un Soufi ne condamne pas une église, ni une confession, ni une certaine forme d’adoration. Il dit que ce monde est le monde de variété. Chacun doit pouvoir choisir sa nourriture, ses vêtements, sa manière d’expression. Pourquoi les adhérents d’une foi devraient-ils penser que les autres sont des païens ? Le Soufi pense que tous, nous suivons une seule religion, seulement sous différents noms et différentes formes. Mais que derrière ces noms et ces formes est un seul Esprit, toujours le même ; une seule Vérité, toujours la même.

Mais il est dommage que les prêtres et le clergé orthodoxe soient en désaccord entre eux sur ce sujet. Même clans les colléges et les uni­versités, les étudiants en théologie n’apportent aucun intérêt à leur étude. Un professeur, en Suisse, dit dernièrement : « Nous avons lu beaucoup de livres de religion, j’étais professeur de théologie, mais l’on nous apprend dans les collèges à étudier sans nous intéresser profondément au sujet. On nous enseigne à rester neutre ». Mais cette attitude n’amène pas l’aspiration. Nous devons avoir une attitude intéressée, sympathique, amicale envers la religion que nous étudions et envers l’instructeur qui l’a apportée. Je commençai l’étude de la Bible dans ma première jeunesse et ma dévotion envers le Christ et la Bible était aussi grande que celle d’un Chrétien, ou peut-être plus grande. Il en est ainsi de toutes les Écritures. Si vous avez de la sympathie, de l’intérêt pour tout ce que vous étudiez et lisez, tout vit. Alors votre étude vous inspire, vous en re­tirez un bienfait par suite de votre amour de la vérité. La même vérité est commune a toutes les religions. Mais la tendance de l’étude académique de la religion est de chercher les différences. Ces étudiants académiques seraient très intéressés de savoir par où le Christianisme diffère du Bouddhisme et en quoi la religion juive diffère de l’Islam. Ils s’intéressent aux différences plutôt qu’à la synthèse, aux points de ré­union.

Le lieu de réunion des différentes fois est le lieu sacré de pèlerinage. Dans l’Inde, afin d’enseigner cette idée ils ont fait des lieux de pèlerinage à la jonction de deux rivières. La même pensée indique que chaque fleuve de sagesse divine appelé religion est sacré. Mais le lieu le plus sacré c’est la jonction de deux fleuves. En réalisant cela, nous faisons le véritable « pèlerinage de l’esprit ».

La première chose dans la religion est l’idée de Dieu. Qu’est-ce que Dieu ? Les uns disent : »Mon idée de Dieu est qu’Il est dans le Ciel le plus élevé. Il est le Créateur, le Juge au dernier jour, il Lui appartient de pardonner. » Un autre dit : « Mon idée est que Dieu est tout ; Dieu est abstrait, tout est Dieu ; si quelqu’un croit en un Dieu personnel, pour ma part, je n’y crois pas. » Tous les deux ont raison et cependant tous les deux ont tort. Ils ont raison s’ils voient aussi 1’autre point de vue. Et ils ont tort s’ils ne voient que leur propre point de vue. Tous les deux voient l’Idéal-Dieu d’un seul œil ; l’un voit de l’œil droit, et l’autre de l’œil gauche. S’ils voient des deux yeux, la vision sera complète. C’est véritablement une erreur de la part de l’homme de limiter Dieu à l’idée d’un être personnel ; et c’est erreur de la part de celui qui croit dans le Dieu absolu d’effacer l’Être de Dieu de sa conception. Comme on dit : expliquer Dieu est détrôner Dieu. Dire que Dieu est abstrait est comme dire : Dieu est l’espace, Dieu est le temps. Pouvez-vous aimer l’espace ? Pouvez-vous aimer le temps ? Ils ne contiennent rien qu’on puisse aimer. Une belle fleur vous attirera plus que l’espace ; une jolie musique vous attirera plus que le temps. C’est pourquoi celui qui dit : « je crois en un Dieu abstrait », a sa croyance seulement, il n’en reçoit aucun bienfait. Il pourrait tout aussi bien ne croire un aucun Dieu qu’en un Dieu abstrait. Cependant il n’a pas tort. Il a inutilement raison.

Il est désirable avant tout, pour le croyant en Dieu, de faire d’abord sa propre conception de Dieu. Naturellement l’homme ne peut pas se faire une conception de ce qu’il ne connaît pas. Par exemple, si on vous disait de vous imaginer un oiseau que vous n’avez jamais vu, qui ne ressemble à aucun oiseau que vous ayez vu, vous lui donnerez d’abord des ailes, en­suite la tête d’une vache, puis vous imaginerez peut-être les pieds du cheval, la queue du paon ; mais vous ne pourrez imaginer une forme que vous n’aurez pas vue, ni connue. Vous devrez rassembler dans votre es­prit des formes que vous connaissez déjà. Vous ne pourrez faire une con­ception que vous n’avez jamais vue ni connue. Puis la chose la plus fa­cile et la plus naturelle à l’homme est de concevoir tout être sous la forme de l’homme. Quand il pense aux fées ou aux anges, il les voit sous une forme humaine. C’est pourquoi, si un être humain conçoit même l’Idéal-­Dieu, la conception la plus élevée et la meilleure sera la personnalité humaine la plus élevée et la meilleure. Il n’y a en cela rien de fautif. Mais c’est tout ce que l’homme peut faire. Dieu est plus grand que la con­ception de l’homme. Mais l’homme ne peut avoir de Lui une conception plus élevée qu’il ne peut faire. C’est pourquoi le Dieu de tout homme est sa propre conception. Par conséquent, il est inutile d’argumenter et de dis­cuter et de vouloir imposer sa propre conception à autrui. Car, pour chaque homme, la meilleure manière de penser à Dieu est la manière dont il est capable de penser à Dieu.

Le deuxième aspect de la religion est l’idéal de l’instructeur. L’un dit : « mon instructeur est le sauveur du monde, le sauveur de l’humanité ; mon instructeur est divin, mon instructeur est Dieu Lui-même. » Et un autre est prêt a s’opposer à lui en disant que ce n’est pas vrai. Nul homme ne peut être appelé divin, et aucun homme ne peut sauver le monde, chacun doit se sauver soi-même. Mais si vous voyez cette question au point de vue du Soufi, le Soufi dira : « qu’importe-t-il qu’un homme voit en quelqu’un qu’il adore et qu’il idéalise Dieu Lui-même ? Après tout, toute cette manifestation est la manifestation de Dieu. S’il dit que dans cet instruc­teur il voit le divin, il n’y a rien de mal à cela. Qu’il appelle son instructeur Divinité. Celui qui n’appelle pas son instructeur le Sauveur me fait pitié. »

Et puis chacun de nous, par ses actions, produit un effet sur le cosmos entier. Et si une âme élevée était appelée par quelqu’un : le Sauveur du monde, ce ne serait pas une exagération. Une seule méchante âme peut tant nuire au cosmos entier et une seule âme par sa vie sur La terre peut faire tant de bien, directement et indirectement, à chaque être dans le monde parce que, chaque âme est en rapport avec le cosmos entier. Mais pour le Soufi, il n’y a aucune dispute sur ce sujet. Si un Bouddhiste dit : « Bouddha est mon Sauveur », si un Chrétien dit que le Christ est divin, si un Musulman dit que Mahomet fut le sceau des prophètes, si un Indou dit que Krishna fut l’expression de Dieu, le Soufi dira : « vous êtes tous justifiés, vous avez chacun un nom à vous par lequel indivi­duellement et collectivement vous appelez mon idéal, vous avez chacun votre idéal ; j’ai tous ces noms comme nom de mon Idéal ; j’appelle mon Bien-Aimé Krishna, Bouddha, Christ, Mahomet. C’est pourquoi j’aime tous vos idéals parce que mon idéal est identifié à eux tous.

Maintenant vient la troisième idée en religion et c’est l’idée de la forme d’adoration. Peut-être dans une religion y aura-t-il des cierges brûlant et une forme d’adoration. Dans une autre religion il n’est pas admis même de chanter un cantique dans l’église. Dans une autre religion les adorateurs profèrent à haute voix le nom de Dieu et ils prient Dieu en faisant des mouvements. Dans une autre religion on aura placé une statue de Bouddha sur l’autel pour signifier la paix. Ce sont là diffé­rentes expressions de dévotion. Tout comme une salutation se fait en oc­cident par une inclination de la tête, et en orient par l’élévation des mains. Le sentiment est le même, mais l’action diffère. Qu’importe-t-il qu’on salue de telle façon ou de telle autre façon ? N’est-ce pas toujours une salutation ? Le Soufi dit : « Si seulement il y a une réelle dévotion il n’importe pas de quelle façon elle soit exprimée ». Pour lui une manière est comme une autre. Un mystique oriental voyageait une fois de l’Angle­terre aux États-Unis et sur le paquebot il y eut le dimanche un service protestant auquel il assista. Et tous pensaient qu’il était protestant. Ensuite il y eut un service catholique et le mystique alla au service catholique. Les voyageurs commencèrent à le regarder se demandant s’il était catholique ou protestant. Après cela un service juif eut lieu. Et quand le mystique y alla, les voyageurs commencèrent à penser : si c’est un rabbi, pourquoi va-t-il à tous ces services religieux ? Pour lui chacun de ces services était une expression de dévotion. Pour lui, ils n’étaient pas différents. La forme ne fait aucune différence, seul notre sentiment importe. Si notre sentiment est bon, que nous soyons à l’église, ou dans un marché, ou dans la simple nature, ou chez nous, nous exprimerons tou­jours notre sincère dévotion. C’est pourquoi la forme de prière d’un Soufi contient toutes les formes de prière. Et sous chaque forme il sent cette exaltation qui est la chose principale à connaître dans la vie religieuse.

Mais venons au quatrième aspect de la religion qui est ce qui est défendu et ce qui est permis : la conception morale et éthique. Une re­ligion dit : ceci est défendu et ceci est permis. Une autre religion défend et permet d’autres choses. Et une troisième religion d’autres choses encore. Mais qu’est-ce que cette loi ? D’où vient-elle ? Cette loi vient de la conception des prophètes ou légistes qu’ils ont tirée des nécessités d’une communauté. Et par conséquent, peut-être un légiste naquit-il en Syrie, un autre en Arabie, un autre dans l’Inde, un autre en Chine. Et chacun vit des nécessités différentes pour les gens à leur époque. C’est pourquoi, si nous rassemblons les lois que les inspirateurs religieux ont données, elles différeront naturellement. Si nous disputons à leur sujet en disant : « Ma religion est meilleure, et la vôtre est pire, parce que les lois de ma religion sont meilleures et celles de la vôtre sont pires », c’est agir in-intelligemment. Si une nation dit : « Notre loi est meilleure que la vôtre et votre loi est pire que la nôtre », c’est une affirmation dépourvue de sens, parce que les nations font leurs lois selon leurs nécessités. Les nécessités de toutes les races, communautés et nations par­fois diffèrent. Néanmoins, le principe fondamental est identique chez tous. La considération pour autrui est la racine de toutes les lois reli­gieuses. Quand s’éveille en l’homme le sentiment : « je suis dans la même position qu’un autre, si j’agis injustement envers un autre, il sera jus­tifié en agissant injustement envers moi, je m’expose à recevoir les mêmes traitements de sa part », et quand s’éveille la sympathie de l’homme pour ses semblables, il n’a pas besoin de se tourmenter et d’argumenter et de discuter au sujet des différentes lois. L’amour est un grand inspirateur de loi. Et celui qui n’a pas d’amour pourra lire mille traités de loi, il accusera toujours les autres de leurs fautes et il ne connaîtra jamais ses propres fautes. Mais si l’amour s’est éveillé dans votre cœur, vous n’aurez pas besoin d’étudier la loi ; vous connaîtrez la meilleure loi. Car toutes les lois sont venues de l’Amour. Et cependant l’Amour est au-dessus de la loi. Les gens disent qu’il y aura une justice dans l’au-delà et qu’il nous faut présenter les comptes de nos actions. En premier lieu, nous-mêmes nous ne connaissons pas le compte de nos actions. Et puis, si Dieu est exigeant, au point de faire répondre chacun au sujet de chaque petite mauvaise action que chacun aura commise, Dieu doit être pire que l’homme, parce que même un homme délicat oublie les faute de son ami. Un être bon pardonne des fautes commises. Si Dieu est aussi exigeant que cela, il doit êre un Dieu tyrannique. Ce n’est pas vrai. Dieu n’est pas loi, Dieu est Amour. C’est pourquoi une conception juste de la vie et une vision pénétrant le bien et le mal ne s’apprend pas ni ne s’enseigne par l’étude des livres, mais comme dit le Soufi : « toutes les vertus se mani­festent d’elles-mêmes dès que le cœur s’éveille à l’amour et à la bonté. »

Venons au cinquième aspect de la religion, lequel est le sanctuaire, l’importance que l’on donne à l’église ou au prêtre ou au pasteur, ou à une certaine maison de prière, au temple, à la pagode, à la mosquée, ou à la synagogue. Pour un Soufi le caractère sacré n’appartient pas aux lieux, mais notre foi rend les lieux sacrés. Et si un être a foi dans la sainteté d’un lieu, d’une synagogue, d’un temple ou d’une église, il en tirera certainement un bienfait. Cependant en même temps le caractère sacré n’appartient pas à l’édifice, mais à sa propre foi. Ce que nous devons apprendre de la religion est une seule chose : la connaissance de la vérité. Pourtant la vérité ne peut être exprimée par des mots. La vé­rité se découvre et ne s’apprend pas, et ne s’enseigne pas. La grande erreur consiste en ceci que les hommes confondent les faits et la vérité. Par conséquent, ils ne connaissent ni la vérité, ni les faits. Et puis, beaucoup sont si sûrs de leur vérité qu’ils l’imposent à autrui à coups de marteau. Ils disent : « Je ne me soucie pas de ce que vous en ayez mal, ou de ce que vous soyez ennuyé par cela, je vous dis simplement la vérité ». Une telle vérité à coups de marteau ne peut être la Vérité. C’est un marteau. La Vérité est trop délicate, trop tendre, trop belle, pour paraître sous un tel aspect. La Vérité peut-elle faire mal à qui que ce soit ? Si la Vé­rité était dense et grossière, tranchante et douloureuse, elle ne pourrait être la Vérité. La Vérité est au-dessus des mots. Les mots sont trop rigides pour exprimer la Vérité. La Vérité est au-dessus même des sentiments déli­cats tels que la tendresse, la douceur, la sympathie, l’amour, la grati­tude. La Vérité ne peut être expliquée. La Vérité est au-dessus de toute émo­tion, au-dessus de toute passion. La Vérité est une réalisation. Réalisation qu’on ne peut mettre dans des mots parce que le langage n’a pas de mots pour l’exprimer. Qu’est-ce que les faits ? Les faits sont les ombres de la Vérité. Ils donnent une illusion de vérité. Et les hommes disputent à leur sujet et a la fin, ils ne trouvent rien.

Comment peut-on atteindre à la Vérité à l’aide de ce qui est appelé Religion ? Tous les aspects de la religion aident à atteindre à la Vérité si on les comprend bien.

Le premier aspect est Dieu. Dieu est comme un marche pied. Dieu est comme une clé de la Vérité. Et si un homme écarte l’Idéal-Dieu et veut arriver à la réalisation de la Vérité, il se prive de beaucoup de choses dans la vie. Il pourra arriver à une certaine conception de la Vérité, mais il aura pris une fausse route, il aura erré. Il aurait pu venir par la bonne route.

Le deuxième aspect est la pensée de l’instructeur que l’on idéalise. Pourquoi ne devons-nous pas avoir une conception élevée du divin dans l’homme ? C’est la plus belle chose qu’on puisse avoir. Et celui qui n’a pas une conception élevée d’un être humain né à n’importe quelle époque du passé ou au temps présent se prive de beaucoup de choses dans la vie. C’est une nécessité pour l’âme que d’avoir un idéal élevé, un idéal que l’on peut concevoir sous forme d’un être humain.

Voilà un fait d’expérience à ce sujet. Une jeune fille travaillait dans une usine. Elle était si religieuse qu’elle avait toujours la Bible prés d’elle. Et au nom du Christ ses yeux se mouillaient de larmes. Le directeur scientifique de cette usine parla un jour à cette jeune fille qui était simple et dévote, et ne connaissait aucune science, ni philosophie. Il lui dit : »Vous paraissez très religieuse ». « Non », dit elle, « pour moi le Christ est tout. C’est tout ce que je sais ». Il dit : »Mais il n’y a jamais eu un tel homme. Voyez ce livre d’un grand pasteur », et il lui montra le livre. Il lui dit : »Vous êtes ce qu’on appelle une fanatique religieuse, vous allez avoir une manie religieuse ». Cette pauvre fille était désorien­tée et ne savait que croire ou ne pas croire. Elle était pour ainsi dire perdue dans le brouillard. Quant à cette idée d’une manie religieuse un homme matérialiste qui n’a pas de religion et qui ne croit qu’à la science, a lui aussi une manie. N’y a-t-il pas une manie matérialiste ? Pour beaucoup l’argent est tout ce qui existe. Ils ont perdu la religion et leur cerveau et leur pensée sont donnés à l’argent. Toute leur vie ils ne connaissent qu’une chose : gagner de l’argent. Et c’est là une manie, une manie matérialiste, qui est pire que la manie religieuse. La manie reli­gieuse persiste après la mort, mais la mort ne guérit pas la manie matéria­liste. Les êtres matérialistes ne peuvent pas comprendre qu’eux-mêmes souffrent d’une manie. Et si vous leur demandez s’ils connaissent leur état, vous trouverez qu’ils ont une grande manie, qu’ils ne connaissent pas. Ils connaissent le cas de chacun, mais ils ne connaissent pas leur propre cas. Cette jeune fille, à partir de ce jour cessa de se nourrir. Elle ne pouvait pas manger et ne trouvait pas le sommeil. Elle dit : « Je ne sais pas où j’en suis, la seule chose dans ma vie à laquelle je croyais et qui était mon espérance m’a été enlevée. Maintenant je ne sais pas que croire ou ne pas croire. » On mena cette jeune fille devant un mystique et quand il lui dit : « Celui qui a dit, c’est une manie, a une manie matérialiste », elle comprit. Le mystique dit : « Sans doute votre dévotion a-t-elle une plus grande réalité que toutes les réalités au dehors », et elle comprit. La pensée et le sentiment sont plus réels que ce qui est au dehors. C’est pourquoi un objet de dévotion dans la religion est toujours une chose infiniment réconfortante.

Venons à la forme d’adoration. Nous avons un corps, et puisque nous-mêmes nous avons une forme nous ne pouvons condamner l’idée de la forme. Et puis, la vie que nous vivons est toute forme. Quoique celle-ci soit une illusion, cependant nous ne pouvons pas vivre sans elle. Puisque nous avons une forme pour toutes les choses matérielles, pourquoi ne devons-nous pas avoir une forme pour notre prière ? Il n’y a rien de mal à cela.

Le quatrième aspect est le principe moral. Il est naturel qu’il nous faille un principe dans notre vie. Que ce soit tel ou tel principe, quelle que soit sa nature, il nous faut un principe pour lequel nous sacrifierons nos avantages dans la vie.

Et le cinquième aspect est la réalisation de la Vérité. Cette réalisation vient d’elle-même dès que nous nous donnons à la poursuite de la Vérité. Parce que la Vérité est notre vrai moi et la réalisation de soi, est la réalisation de la Vérité.

*** ***

Indifférence et intérêt par Hazrat Inayat Khan

L’intérêt vient de l’ignorance. L’indifférence vient de la sagesse. Pourtant il n’est pas sage de renoncer à l’intérêt en voyant la fausseté de toutes choses en ce monde !

C’est l’intérêt de Dieu qui a été la cause opérative de la Création, et c’est l’intérêt encore qui tient le plein univers en harmonie, cet univers glorifié par le double aspect de l’Être Unique : l’Amour et la Beauté.

On ne doit pas se vouer entièrement à l’aveugle intérêt, car le désintéressement a beaucoup à accomplir dans la vie. Mais celui qui arrive à l’état d’indifférence sans avoir expérimenté l’intérêt, est incomplet ; il est toujours en danger de succomber à l’intérêt à un moment ou à l’autre.

Celui qui atteint l’indifférence à travers l’intérêt, celui-là réalise l’harmonie, car l’excès doit être évité dans l’indifférence comme dans l’intérêt et la perfection est dans la maîtrise de l’un et de l’autre.