Daniel Giraud : La roue du Tarot


14 Apr 2012

(Revue Question de. No37. Juillet-Août 1980)

Essai d’élucidation des clavicules de la structure du tarot suivant son sens métaphysique

Nous allons observer ici l’agencement des Clefs de Vie de ce que l’on a surnommé hâtivement « Livre de Thôt », c’est-à-dire des vingt-deux Arcanes majeurs constituant l’armature vivante du « Tarot de Marseille ».

Plutôt que de répéter les valeurs symboliques reliées au déroulement linéaire du commencement à la fin du Tarot, du Bateleur au Monde, de la Cause première à la Cause dernière, nous allons voir la structure profonde du Tarot sous divers aspects devant nous amener à une compréhension des lames opposées se résolvant dans une complémentarité en ROTAtion [1].

Relations des arcanes par « quaternites » (4 x 4) plus les deux axes [2]

Quels sont ces axes ? L’Astrologie, la Connaissance sacrée du langage du Ciel, nous répond. La ligne d’horizon qui sépare le ciel de la terre est l’AScendant, là où se lève à l’Orient le Signe zodiacal à l’instant d’une naissance. Cet axe est, à un niveau métaphysique, celui de la Manifestation, c’est-à-dire ce que l’on peut saisir de la « main », entre le « moi » (l’AS) et le « toi » (le DeScendant) et sur un plan philosophique c’est l’axe du même à l’autre.

Ces réalisations du Désir, de l’élan vital, est l’expression de la réalisation, par les êtres dans l’existence, de l’autre axe, celui de la Possibilité infinie concernant l’essence de l’Etre.

Cet autre axe, concrétisé par le méridien, va du Fond du ciel (nous), où se situe l’ORIGINE des êtres, vers le Milieu du Ciel (eux) qui représente leur DESTINÉE. L’axe des Réalisations supposait multiplicité d’aspects, d’actes, de façon d’être. Aussi concerne-t-il quatre lames, chiffre correspondant traditionnellement à toute manifestation dans l’existence, à une double dualité.

Ces deux axes partagent la Roue en quatre parts où s’articulent en se confrontant sur deux plans différents (sur-Terre et du-ciel) d’une part LES POUVOIRS TEMPORELS (L’Impératrice et l’Empereur) ET SPIRITUELS (La Papesse et le Pape) dans le concret, ce qui contrebalance, à l’opposé, LES PUISSANCES D’EN HAUT (La Tempérance et la Maison-Dieu) ET D’EN BAS (La Mort et le Diable) forces abstraites.

Et d’autre part, selon un rapport « illumination » (qui vient de la Terre) et « révélation » (qui vient du Ciel) nous voyons deux autres quatuors : dans le concret LE SAVOIR (l’Hermite et la Roue de Fortune) DE L’ORDRE (le Chariot et la Justice) s’équilibre avec, dans l’abstrait, LA CONNAISSANCE (le Jugement et le Monde) DU COSMOS (le Soleil et la Lune).

Relations des arcanes par « novenaires » (2 x 9) plus l’axe horizontal

L’axe de la Manifestation se réalise à l’AS par l’actualisation (l’agir « avec » agir du Bateleur qui s’agite et du Mat qui erre) comparativement au DS où la Manifestation se réalise dans la potentialisation des forces (l’agir « sans » agir de la femme qui ouvre sans effort la gueule du lion et de l’homme concentré sans fatigue dans sa pendaison). Cet axe extériorisation-intériorisation sépare le Haut et le bas et à première vue il serait possible de comprendre cette roue astrologiquement les Signes et Maisons étant en analogie avec les Arcanes. Au-dessus de cet axe des processus (Ascendant-Bateleur – Descendant-Pendu) se situerait par exemple les « Maisons diurnes » et les « nocturnes » en-dessous, ou encore les six premiers Signes astrologiques en dessous de l’axe des équinoxes 1re et XIIe lames) et les six autres au-dessus.

De toute façon il s’agit de comprendre ce rapport de « l’actif », du Bateleur à la Force, où l’on choisit dans le concret au « passif », du Pendu au Mat, où l’on est choisit dans l’abstrait, comme la rencontre de l’Individuel qui vient de la Terre et de l’UNiversel qui vient du Ciel.

Relations des arcanes par « couples proches » (2 x 10) plus l’axe vertical

Ce sont les complémentaires à opposer grâce à la discrimination qui sépare ce qui est uni. L’axe vertical qui divise ces deux tranches comprend L’Amoureux (au FC) représentant ici le Choix originel, un homme hésite entre deux femmes, deux voies, visé par Eros. Ainsi l’Amour, Force du Désir, de la Femme qui est (le) double se projette dans l’axe du Désir vers la Femme pré-destinée : l’Etoile (au MC) l’âme du monde [3].

Voici la liaison Papesse-Pape celle de l’Enseignement ésotérique par rapport à la Religion établie [4] qui encadrent l’Impératrice et l’Empereur où nous allons du Principe passif du Dynamisme (Energie de la Matière) au Principe actif d’Inertie (Matière énergétique), Arcanes qui « fixent » l’Aigle, le Principe Volatil en Alchimie (qui est ici léger chez la Reine et lourd chez le Roi vu les ailes de l’Aigle [5]).

Ensuite par Le Chariot et La Justice se réalise l’équilibre entre le Mouvement victorieux des contraires [6] et l’équilibre cosmique rigoureux.

Avec l’Hermite qui correspond à la recherche spirituelle [7] nous débouchons sur La Roue de Fortune, l’Engrenage des cycles (de kuklon : cercle), des hauts et des bas, où rien n’est stable mais où seule la Connaissance (de l’Enigme posée par le sphinx) est révélatrice, réalisatrice. Les deux couples suivants s’enchevêtrent. Forces d’en Bas la Mort [8] qui est à la fois l’égalité suprême et la Délivrance de la douleur dans « le passage d’un plan à un autre » se double du Diable [9] dans l’Au-delà du Bien et du Mal…

Cela nous conduit à la Tempérance où l’Ange assure les interférences entre le visible et l’invisible par les conciliations [10] du rapport Ciel-Terre dans la Maison-Dieu qui symbolise le coup inattendu de la Destruction divine des constructions humaines [11].

A la suite du MC-Destinée nous reconnaissons les luminaires : la Lune indique les mirages des images de l’imagination par rapport au Soleil, Lumière du Continu, dont le rayonnement harmonieux se remarque par les gouttes de Feu (la pointe en haut) comme rayons, comparativement aux gouttes d’Eau (la pointe en bas) comme rosée, correspondant à la Lune.

Enfin, dans le dernier couple « proche », nous distinguons Le Jugement qui désigne la seconde Naissance par la Révélation, inspiration qui témoigne d’un « autre » monde s’imbriquant dans celui-ci. Ainsi apparaît Le Monde de la plénitude, de la complétude où dans la perfection finale et globale le Bateleur en fin de parcours se fait androgyne [12].

Relations des arcanes par « couples » lointains (2 x 2)

Ce sont les opposés à complémentariser dialectiquement grâce à l’unification qui unit ce qui est séparé.

Axe des processus

Nous retrouvons dans cet axe de la Manifestation des possibles qui se réalisent dans les multiplicités : le Bateleur et le Pendu qui forment les extrêmes, de la magie à l’ascèse.

L’habile magicien, vif argent mercurien, agit sur la foule, en quête de la « Parole » perdue. Il représente le Principe actif au Commencement qui ne peut se résoudre que par le Sacrifice « qui rend sacré » le Pendu dans le « Silence » (martyrisé par ces mêmes foules) par la nécessité du renversement des valeurs [13].

Axe des transformations

L’Initiation passe par la Mort comme la création par la destruction. Voici ce que nous dit la Papesse, gardienne du Seuil du 13e Aeon gnostique, « Sophia » [14] et le squelette de la XIIIe heure, celle qui « revient… c’est encore la première ; et c’est toujours la seule » [15].

Nous comprenons que le Renouvellement passe par le Démembrement de l’Homme (membres dissociés de la XIIIe lame) et la discrimination (nombre II) dans la Nature pour accéder à l’Initiation de la Gnose dévoilée par la Papesse.

Axe de l’évolution

La compréhension de la Nature immuable est sens de la communication chez L’Impératrice, la « Mère » qui pour ne pas tomber dans le charme impératif des Illusions, (la « Maya ») doit évoluer en communion avec l’Ange de la Tempérance qui sait concilier avec Mesure les forces vitales et les trans-muter en les transvasant. Il y a là une relation entre Nature (IIIe lame) et Surnature (XIVe lame)…[16].

Axe des pouvoirs

Ici nous discernons que tout pouvoir est diabolique. Qui possède est possédé. Le pouvoir autoritaire de l’Empereur est passager malgré sa puissance d’organisation et de conservation. On retrouve dans Le Diable le même matérialisme qui tient alors de l’ambivalence entre l’homme et la bête.

Le dépassement de ces blocages se réaliserait si la volonté de concrétisation de l’Empereur se transcendait par l’aspect positif du Diable : la spiritualisation de la Matière. Ainsi passerait-on des pouvoirs Sataniques à la puissance Luciférienne mais sans pour cela atteindre la Lumière divine.

Axe religieux

C’est l’axe qui relie [17] les principes de la religion (le Pape) avec le Feu divin victorieux (la Maison-Dieu), Feu du Ciel qui en un avertissement sans réplique provoque « la Chute » des Hommes profanateurs en faisant sauter la couronne de la Tour qu’ils avaient élevés [18].

Axe du désir

Dans l’Amoureux il y a sollicitation d’en Haut en liberté d’épreuve et de doute s’élançant vers un « retour à la Terre » et au Ciel par la Nature (de l’Etoile).

Avec l’Amoureux, nous entrevoyons le cheminement de l’Amour universel à l’amour individuel. Avec l’espérance de l’Etoile, il se passe l’inverse et nous allons, observant les intersignes, œuvrer dans la Nature en retournant « aux sources » en une Œuvre au Noir (symbolisé par le corbeau) vers la Fleur d’Or (symbolisé par l’étoile lumineuse).

Axe du voyage

La conquête du Chariot est en rapport avec les troubles, les illusions des apparences et les perturbations psychiques de la sub-conscience lunaire.

Le Voyageur cherche, ordonne et utilise le soufre et le Mercure (tracés sur son char) en tentant d’unifier les contraires. Ses « pérégrinations » lui font « traverser les Grandes Eaux » dans un « Voyage sur la mer de Nuit » selon le symbolisme alchimique.

Ceci en travaillant sur la Matière première (symbolisée par les chiens de la Lune) du Grand Œuvre en gestation lunaire [19].

Axe de la conscience

Image de l’immanence, la Justice « en son âme et conscience » témoigne du Destin et s’a-juste au Soleil, image de la transcendance, qui atteste la conscience universelle et fraternelle : dans le Cœur du Ciel se réalise la fusion des contraires.

Axe de l’éveil

Sage et seul, l’Hermite s’élève intérieurement vers la Connaissance qui se révèle dans la purification et la régénération par immersion dans le Jugement où s’entend l’Appel divin, par le son de trompette de l’Ange, celui du sou-venir qui sur-vient en rappelant le monde d’En-bas à celui d’En-haut.

Axe de l’accomplissement

L’Évolution des destinées (changements pour l’homme qui s’élève et pour celui qui tombe) sur la Roue de la Vie du Xe Arcane : la Roue de Fortune de « l’Éternel Retour » se réalise, pour l’être, par la Délivrance du Monde (Apocalypse) dans l’apothéose (action d’élever au rang des dieux) de l’être Androgyne issu des quatre Éléments [20].

Axe des réalisations

Arcane central du Tarot, il y a contrôle de la Puissance dans la Force [21] où l’Esprit maîtrise le(s) corps comme la Force spirituelle domine les forces inférieures.

Tandis qu’il y a, à l’extrême opposé, dissolution de l’être dans le « fou » [22] errant sur la route poursuivi par une bête qui le déchire. Mais dans son aspect positif n’y aurait-il pas renoncement au « monde » ?…

Dans le « télescope » cosmique qui permet de « voir loin », la Lumière divine se reflète sur la face d’un miroir concave dont « l’objectif » est à l’UNiversel ce qu’est « l’oculaire » à l’Individuel.

C’est sur le faisceau convergent renvoyé par l’objectif que le Tarot se place comme un petit miroir, plan oblique qui fait dévier la « lumière » vers l’oculaire latéral où l’image obtenue est observée par l’homme.

Par le concave du miroir du monde le reflet de l’être en devenir du cosmos se crée dans les creux. Par le convexe du monde l’être rebondit.

Il y a une force centrifuge qui est celle s’acharnant à égarer l’homme sur la périphérie de la Roue de la Vie. Il y a une force centripète qu’il s’agit d’éveiller pour réintégrer le centre du monde…

La Pierre philosophale doit revenir dans la fronde de la Création.

Le Tarot est support de voyance. Il est aussi support de voyage pour l’Homme intérieur. Aspect de la Voie où la réfraction du Principe UNiversel en un rayon céleste dans le cosmos fait que tout homme porte sa destinée en lui, en un état de conscience universelle… seul l’amor fati, l’acceptation de sa propre destinée, ouvre sur la Réalisation de Soi.

« Grand Jeu » du monde, le miroir du Tarot qui réfléchit le monde où se miroite les mirages des hommes reflète aussi les vérités d’un plan métaphysique entre-vu et à perce-voir.

A travers les coïncidences de la parole des Arcanes, images essentielles reflétant des états de conscience embrassés dans le miroir du cœur, l’Adepte, à la fois poète, voyant et prophète, s’embrase de l’inadmissible Tout-Autre.

L’inspiré, jeté hors de lui-même dans l’entre-deux visible/invisible capte les intersignes, allusions de l’invisible intervenant par actes discrets. Et, à la charnière des Temps, il débusque la finalité des virtualités en découvrant la trace d’une destinée naturée s’emboîtant dans un destin naturant et providentiel qui détermine l’indéterminé…

Mais au-delà de la dualité, créant-créé, le silence surpris, le support s’oublie, la mémoire effacée, les images lâchent prise et le crée se résorbe dans l’émanation. Alors il s’agira de voir plus clair sans pour cela se croire clair-voyant en pré-voyant un avenir qui est déjà présent.


[1] La roue est 1a route… elle y attire. La roue (ROTA) semble le schéma le plus exact (Guillaume Postel, au XVIe siècle l’aurait déjà signalé) du ROLE des Arcanes majeurs. Par exemple le Mat est alors à sa juste place, entre le Monde et le Bateleur, le fou, le clown, étant l’aspect irrationnel intervenant dans la cohérence de l’UNivers.

Il ne s’agit pas d’écarter le Mat sous prétexte qu’il n’est pas numéroté dans le Tarot de Marseille (en fait pour mieux s’arranger d’une structure 3 x 7) car dans un Tarot encore plus ancien (le Tarot des Visconti) où le Mat est représenté, aucune carte n’est numérotée.

[2] Je conseillerai au lecteur de se reporter souvent au schéma. Bien sûr il existe de nombreuses manières de structurer ces 22 lames. Celles d’Armand Barbault, de Gérard Van Rijnberk, du docteur Berbèze, d’Yves Lévy ou de Jean-Marie Lhôte semblent adéquates bien que différentes.

Par ailleurs on peut voir, pourquoi pas, une correspondance avec la tradition chrétienne de l’Apocalypse, la tradition juive de la Kabbale ou même la religion astrale des Pythagoriciens… Tout sera juste même si rien n’est vrai.

[3] « Désir » vint de sidas : étoile… Desiderare c’est réclamer quelque chose aux astres. Ainsi cet axe est « sidéral », là où il s’agit de vivre sa « bonne étoile »…

[4] Il faut aussi envisager que le Pape et la Papesse, tout comme l’Empereur et l’Impératrice se dé-visagent. D’ailleurs, au sujet de la position des personnages, retenons que souvent on a traduit le côté gauche comme un « mauvais côté ». Mais l’interprétation utilise des symboles (qui relient avec) en mouvement et le Tarot étant miroir du monde inverse le sens… Ainsi un personnage que l’on verra tourné à gauche (du consultant, de l’être) reflète un rôle matériel car c’est à la droite du personnage tarotique, cosmique. Et inversement puisque les Tarots sont la projection de l’image du cosmos que se représente l’homme…

On peut aussi ajouter par évidence qu’un personnage assis est passif et actif celui debout.

[5] Indiquons tout de suite que le symbolisme des couleurs est bien sûr celui compris au Moyen Age. Outre la couleur chair on trouve le bleu (la vie), le rouge (l’amour), le jaune (la révélation) et le vert (la sagesse). Suivant ce symbolisme médiéval des couleurs nous nous rendons compte que si le rouge est à l’actif (la force par exemple) ce qu’est le bleu au passif (la noblesse par exemple), chez l’Impératrice dont la cape bleue recouvre la robe rouge, le passif est extérieur par rapport à l’actif plus intérieur et inversement chez l’Empereur l’actif est extérieur et le passif intérieur… Ce qui correspondrait d’ailleurs au niveau du monde, à leur fonction. La souveraineté profonde est aux mains de la femme couronnée. Ne serait-ce que par son aspect extérieur immobile, de face. Au niveau anecdotique nous savons bien que ce sont les femmes qui ont « fait » l’histoire en agissant sur l’oreiller auprès de rois et vassaux qui ne faisaient qu’appliquer ou contrecarrer les lois de l’ordre humain.

[6] Le sigle S.M. inscrit sur Le Chariot signe la relation des deux Principes alchimiques Soufre et Mercure concrétisés ici par les deux profils collés sur les épaules de ce prince…

[7] Sur d’anciennes lames du Tarot, l’Hermite ne tient pas une lanterne mais un sablier, ce qui montre le pas-à-pas dans le temps du vécu des valeurs saturniennes bien assimilées.

[8] A l’inverse du Mat, qui se dénomme sans se numéroter, ici le nombre l’emporte sur la lettre car la « XIIIe » ne se nomme pas.

[9] Voie ultra-sèche, courte et dangereuse en Alchimie, elle réalise l’équilibre des déséquilibres des passions, corruptions et enchaînement des envoûtements).

[10] Arcane de l’Art d’Alchimie suivant le Tarot de Crowley. La Tempérance est toujours l’Arcane de l’Alliance… Signalons au passage que dans les 2e et 3e quartiers, d’autres relations peuvent se faire entre « couples proches »…

[11] L’expression Maison-Dieu doit être comprise selon un sens chrétien où le terme « Dieu » s’entend dans le moyen âge catholique. En nous reportant donc à La Bible on saisit que ce n’est pas aux hommes à construire la Maison divine :

« Si Iahvé ne bâtit pas la maison,

C’est en vain qu’y travaillent ceux qui la bâtissent. »

(Psaume 127, vulgate 128.)

Et par ailleurs, dans le Nouveau Testament, Jésus dit que dans la Maison de Dieu il y a plusieurs demeures (Evangile Jean 14,2) et qu’il prendra les croyants auprès de lui lorsqu’il reviendra. Ceux qui sont tombés du haut de la « Couronne » divine de cette sorte de Tour de Babel ne seraient-ce ceux qui, au lieu d’attendre, se seraient introduits dans la Couronne avant « le Retour » divin ? Avant que l’Homme ait véritablement sa place auprès de Dieu, seul apte à la lui préparer ? Le Tarot, malgré ses ouvertures Astrologiques et Alchimiques est imprégné de christianisme.

[12] Ces deux lames détiennent la baguette à forme d’« orpiment » qui correspond au Soufre dans le Mercure des Alchimistes comme le Yang dans le Yin du Tai-Ki des taoïstes.

Grâce à cette baguette magique, les multiples éléments sur la table du magicien se sont réintégrés dans les quatre Eléments du Monde et ces deux lames qui encadrent le Mat tendent à l’effacer, lui l’homme de trop, l’out-sider… Ce Dernier Homme qui ramène la « Fin » du Monde à son commencement, le Bateleur, le Premier Homme.

Leur rôle est bien de dire ce qu’ils pensent. Le Bateleur sur les foires du monde et le « fou » auprès des souverains, diront tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

Signalons enfin que seuls la Papesse et le Monde dépassent du cadre de la lame (la couronne d’Or de la Papesse comme les auréoles de l’Ange et de l’Aigle du Monde), c’est-à-dire dépassent en transcendance le cadre de la condition du processus de la vie désigné ici par le Mat et le Bateleur encadrés par les Arcanes II et XXI.

[13] Le Ciel est sous la Terre. Et le Pendu n’a pas le vertige du Vide. On connaît l’arbre renversé de la « Kabbalah » et que « Ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas » (Table d’Émeraude). Le Pendu qui est lié à quelque « chose » est aussi bien dépendant de celle-ci ou encore dé-pendant de la Terre SUR le Ciel puisque sus-pendu à la terre…

[14] Qui serait mythologiquement Isis, l’initiatrice, qui récupérait les morceaux d’Osiris ou Cérès qui présidait aux grands Mystères d’Eleusis.

[15] Comme écrivait Gérard de Nerval, qui connaissait bien le Tarot. D’ailleurs, à partir de « la Mort », on passe à un plan plus élevé dans l’évolution chronologique des Arcanes.

[16] On peut remarquer au passage que l’Aigle de l’Impératrice qui symbolise « le Volatil » en Alchimie a ici les ailes déployées par rapport à l’Aigle de l’Empereur dont le « Volatil » est « fixé ». Quant à la Tempérance, on ne peut que songer, entre autre, au Signe astrologique du Verseau.

[17] Religion vient de religare, relier et de relegere, recueilir avec soin. Avec le Pape, il est question des lois religieuses qui relient les hommes entre eux (ici présents) recueillis dans la Foi en la Bénédiction.

[18] La pierre dressée par Jacob de la Maison de Dieu (Genèse XXVIII, 22) est interprétée dans la Kabbale (Zohar, tome II, p. 195, 1970) comme la pierre supérieure constituant la maison d’Elohim du côté de la Rigueur.

[19] Il s’agit ici de la conquête du « Double » dans « le char de triomphe ». A signaler à propos de la XVIII, lame que dans le Tarot de Charles VI deux astrologues calculant la position de la Lune) sont à la place des deux chiens, animaux consacrés à Artémis chez les anciens Grecs.

[20] Où sont symbolisés les quatre points cardinaux (Nord-Sud-Est-Ouest) qui sont à l’Espace ce que sont les quatre saisons (deux solstices et deux équinoxes) au Temps. Ici est l’axe de l’être et du devenir où la dualité (Xe lame) se résout dans la simultanéité (XXIe lame).

[21] Hercule lutte sans arme et ici sans effort… volonté léonienne dans l’Œuvre solaire symbolisée par le lion.

[22] Il vient de l’arabe mat : il est mort d’où matador : tueur. Le mat mate ou est maté. Nous sommes dans cet état indifférencié, dans un plan intermédiaire entre la fin d’une vie (le Monde) et le début d’une autre (le Bateleur)…

Mort au Monde du vagabond, de vies en vies, qui n’a pas atteint ici la Libération finale au « Monde » et qui retombe dans ce monde avec le Bateleur. Leur parcours est le nôtre.