Jean-Louis Siémons : La science et le problème de l’après-vie


17 Jul 2009

(Etre Libre. 1987)

INTRODUCTION

Le simple fait de se poser la question de savoir ce qui se passe réellement après la mort physique et s’il existe un « au-delà », une vie « post-mortem » et des énergies psychiques est généralement considéré comme anormal, inutile et déplacé. S’en occuper sérieusement ou réunir une documentation à ce sujet attire immédiatement la méfiance et le discrédit. Le domaine de « l’après-vie » est « tabou ». Il est de bon ton de ne pas en parler. A quoi bon d’ailleurs s’intéresser à des choses qui n’existeraient que dans l’imagination de ceux qui s’en préoccupent ?

A la fin du XIXe siècle, une même attitude concernait la sexualité. C’était un sujet « tabou » dont il était inconvenant et inutile de parler. Depuis Freud et Wilhem Reich, père de la révolution sexuelle tout a changé.

Il y eut ensuite les problèmes du psychisme, de l’existence d’un monde psychique, de la nature exacte de la pensée et des transmissions télépathiques, de l’existence des formes différentes de l’énergie. Les premières recherches dans ce domaine au XIXe siècle ont été accueillies avec scepticisme, ironie ou mépris de la part du scientisme provisoirement triomphant. Depuis lors, tout a immensément changé.

Dès sa rupture avec S. Freud, le célèbre psychologue zurichois C. G. Jung formule les bases d’une nouvelle psychologie des profondeurs évoquant l’existence d’un vaste inconscient collectif porteur de milliards de mémoires. Un nouveau concept d’énergie psychique est exposé où se trouvent évoqués des processus de compensation entre le conscient et l’inconscient.

La mise en évidence de ces énergies psychiques fait évidemment partie des données qui permettront d’éclairer plus tard les problèmes des énergies psychiques, de l’univers psychique et de la nature des phénomènes psychiques de l’après-vie.

Les personnes qui abordent ouvertement les problèmes de la mort et de l’après-vie, libérées des « tabous », superstitions, préjugés ou peurs anciennes, se posent naturellement la question de savoir s’il existe d’autres dimensions que celles qui nous ont été enseignées et dans ce cas quelle est la part occupée par ces autres énergies en chaque être humain et que leur arrive-t-il lors de la mort physique. La conscience n’est-elle qu’un épiphénomène des processus biochimiques du cerveau et dans ce cas cesse-t-elle lors de la mort ? Ou existerait-il une conscience nouménale sous-jacente, non affectée par la mort physique.

C’est ici que nous pouvons mesurer l’ampleur de la révolution qui s’est opérée en moins d’un siècle et qui se trouve évoquée par le célèbre écrivain Gary Zukav qui déclare : « la plus grande révolution du XXe siècle s’est faite dans la physique ». Nous pouvons en mesurer l’importance par la déclaration d’un des plus illustres physiciens du XXe siècle, David Bohm, ami et collaborateur d’Einstein qui proclamait aux étudiants de l’université de Berkeley en 1972 que l’essence ultime de l’univers est un champ de conscience cosmique, que la conscience est antérieure au cerveau et que celui-ci est une structure qui lui permet de s’exprimer.

De nombreuses tentatives ont été faites pour mettre en lumière l’existence d’énergies psychiques qui ne seraient pas affectées par la mort physique. Ces recherches ont été faites dès le milieu du XIXe siècle.

L’ère des spirites et médium a été suivie de celle des sociétés métapsychiques auxquelles ont collaboré des savants illustres, tels les professeurs Ch. Richet, le Docteur Osty, le Docteur Geley, Camille Flammarion etc. En 1987, les phénomènes « Psi » sont étudiés dans les laboratoires de physique de grandes universités, telles l’université de Stanford en Californie et l’université de Londres. C’est dans cette dernière que John Hasted, professeur de physique à l’université a procédé à ses célèbres expériences au cours desquelles des échantillons métalliques placés dans des ampoules de verre scellées ont été tordus comme de simples ficelles. Les détails de ces expériences, illustrés de nombreux diagrammes ont été publiés dans un ouvrage « The metal benders » (Les plieurs de métaux), éd. P. Kégan, Londres.

Des expériences scientifiques de plus en plus nombreuses effectuées en laboratoire par des chercheurs éminents parmi lesquels se trouvent divers Prix Nobel et Professeurs d’Université, spécialistes de Neurophysiologie du cerveau, prouvent que la conscience et l’intelligence sont antérieures à la structure du cerveau et de l’espèce humaine.

Nous citerons ici trois déclarations importantes méritant toute notre attention. (Voir Augros & Stancio, “The new story of science”, Bantam New Age Book, New York, 1986)

1) Critiquant l’approche rétrograde de l’Ecole Behavioriste, le Prix Nobel de Neurophysiologie du cerveau, Roger Sperry déclare : « Les propriétés les plus hautes de l’esprit et de la conscience… dirigent et dominent les détails des processus physico-chimiques. Ils commandent le jeu et exercent le contrôle de la circulation de l’influx nerveux. Notre nouveau modèle nous montre que les propriétés de l’esprit constituent la raison d’être de l’évolution dans un système physique » .
Ainsi que l’écrivent les commentateurs américains : R. M. Augros et G.N. Stanciu  :
« L’esprit ne peut pas être un épiphénomène de la machinerie nerveuse s’il supervise et dirige tout l’ensemble. »

2) Le Prix Nobel de Neurophysiologie du Cerveau, John Eccles déclare :
« L’unité de l’expérience de la conscience résulte de l’action de l’esprit et non de la machinerie neuronale. »

3) L’un des plus éminents spécialistes de l’étude du cerveau, Penfield déclare  :
« Comme conséquence de l’observation de centaines de patients, l’esprit de ceux-ci ne peut être qu’entièrement à part (ou d’un autre niveau) que celui de l’action des réflexes nerveux. Quoique le contenu de la conscience dépend dans une large mesure de l’activité neuronale, la conscience elle-même n’en dépend pas ».

Nous sommes ici fort éloignés des prétentions de Pierre Changeux dans « L’Homme neuronal », ouvrage excellent sur le plan de l’anatomie du système neuronal mais malheureusement paralysé par l’ancienne optique réductionniste limitée à la biologie moléculaire.

En complément aux informations qui viennent d’être données, les lecteurs auront intérêt à consulter l’ouvrage de Rupert Sheldrake, Professeur à l’Université de Cambridge et membre de l’Académie Royale des Sciences de Grande-Bretagne. (R. Sheldrake, « Une nouvelle Science de la Vie », éd. Rocher, Paris. 1986.)

Signalons enfin que les travaux récents de la nouvelle physique quantique et de l’astrophysique postulent l’existence d’un univers polydimensionnel. Le Prix Nobel Abdus Salam postule l’existence d’un univers à sept ou onze dimensions.

Des savants appartenant aux disciplines les plus variées considèrent, tel David Bohm, que les profondeurs de l’univers et de la matière sont comparables à un Océan de Claire Lumière de nature spirituelle dans lequel se localise la plus haute concentration d’énergie et de conscience.

Ajoutons cependant que les découvertes passionnantes de la nouvelle physique ne suffisent pas, à elles seules, à résoudre complètement les problèmes complexes de l’après-vie. De grandes révolutions se produisent dans d’autres disciplines du savoir scientifique et dans les psychologies transpersonnelles.

Ce sont de telles révolutions, remettant en actualité le bien-fondé d’anciennes doctrines ésotériques qui permettent d’aborder les problèmes de l’après-vie et qui donnent à l’interview du professeur Siémons, une dimension exceptionnelle digne d’intérêt

Robert Linssen

BIBLIOGRAPHIE
En plus des titres cités dans l’interview, les deux meilleurs ouvrages récents concernant la réincarnation sont ceux de J.L. Siémons (le premier, théorique, le second, présentation et critique des méthodes et travaux actuels) :
« La réincarnation, des preuves aux certitudes, éd. Retz.
« Revivre nos vies antérieures », éd. Albin Michel.

Ajoutons le classique :
« Ian Stevenson, « Vingt cas qui suggèrent la réincarnation », éd. Sand.
Et l’anthologie :
Joseph Head et S.L. « Gronston, le livre de la réincarnation », éd. du Fanval.
Sur le problème de l’après-vie en général, on lira les réflexions de J.L. Siémons dans :
« Mourir pour renaître», éd. Albin Michel.

Le livre romancé et très agréable de Patrice Van Eersel : « La source noire «, éd. Grasset.
Le livre documenté de Christine Hardy « L’après-vie à l’épreuve de la science », éd. Rocher.
Et le remarquable livre qui présente les nouveaux travaux et leurs critiques : Robert Kastenbaum, « La vie après la mort », éd. Grasset.
M.L. Von Franz, «Les rêves et la mort, éd: Fayard.
Docteur Bertholet, « La réincarnation », éd. Courrier du Livre.

LA SCIENCE ET LE PROBLEME DE L’APRES-VIE

S.C. — Jean Louis Siémons, vous êtes un scientifique et vous vous êtes intéressé à un problème tabou qui est la mort. Alors quelles sont les raisons qui vous ont poussé à étudier cette question ?

Jean Louis SIEMONS : C’est une très vieille histoire. J’ai entamé mes études scientifiques pratiquement vers la vingtaine, au moment où je m’intéressais simultanément aux idées spirituelles.

Je découvrais, à ce moment, la philosophie de l’Orient l’hindouisme, le bouddhisme et je prenais aussi contact avec l’évangile que j’ai lu tout seul étant né dans une famille non pratiquante et si j’avais eu le Coran, je l’aurais lu avec le même intérêt. A dix-huit où vingt ans, on se pose beaucoup de questions sur la signification de la vie sur la terre et à quoi cela sert etc. surtout lorsqu’on va s’engager dans la vie.

Au début, mes études au lycée m’ont porté vers la médecine, qui est une manière d’être humaniste, mais j’ai bifurqué vers la chimie biologique et finalement vers la physique sans renoncer à mes autres intérêts. La science ne nous oblige pas à renoncer à étudier ce qu’est l’homme et ce qu’il fait sur la terre. Donc, avec mes études scientifiques — j’ai deux doctorats — j’ai continué mes études spirituelles. J’ai étudié de très prés des livres comme la Bhagavad Gîta qui est considéré comme l’évangile de l’Inde, et pour mieux étudier ce livre profond, j’ai commencé à apprendre le sanskrit.

De nos jours, il n’est plus surprenant de rencontrer des scientifiques qui  s’intéressent  à autres choses aussi. Oppenheimer a été pour nous l’un des premiers  en Occident à s’intéresser à l’Inde et à la Bhagavad Gîta. De nos jours, on trouve des gens comme Fritjof Capra et d’autres. On n’a plus besoin aujourd’hui, en tant que scientifique, de justifier son intérêt pour des idées philosophiques et spirituelles.

Pour entrer dans le vif du sujet : comment définit-on la mort aujourd’hui ? Quelles sont les critères qui permettent de dire que « untel » est mort ?

J.L.S. — Un médecin pourra mieux répondre que moi. Mais on peut dire que les choses ont beaucoup évolué depuis le 19ème siècle. Il suffisait alors pour qu’un médecin signe le bulletin de décès, de constater un certain nombre de signes extérieurs comme la rigidité cadavérique etc. Aujourd’hui, pour qu’un médecin considère qu’une personne est morte il faut que les fonctions biologiques connues soient arrêtées. Il y a la mort clinique où on considère les signes apparents de la mort, auxquels on ajoute actuellement les mesures encéphalographiques. Enfin il y a la mort biologique irréversible. Et la difficulté est de savoir à quel moment on passe de la mort clinique à la mort biologique. En effet, des personnes considérées comme mortes cliniquement ont été réanimées par les techniques modernes ou sont revenues à elles d’une façon incompréhensible.

Il est clair que lorsque les fonctions importantes comme celles du cerveau ou du cœur s’arrêtent, alors irréversiblement les tissus biologiques sont rapidement altérés et l’on doit parler de mort biologique donc réelle. Encore qu’on puisse maintenir en sursis des gens qui sont dans des états comateux très dépassés; ce sont de véritables « légumes » : apparemment, ils n’ont plus de conscience et manifestement le cerveau ne fonctionne plus, mais pour des raisons encore inconnues, la vie semble continuer.

Pourquoi rencontre-t-on aujourd’hui un grand engouement pour tout ce qui concerne l’après-vie ?

J.L.S. — Cette question appellerait une étude sociologique, anthropologique. Je crois qu’il y a un certain nombre de problèmes tabous dont on commence à oser parler. Par exemple la sexualité est restée longtemps un problème tabou et puis au tournant du siècle on a commencé à s’y intéresser. Cela a pris une ampleur extraordinaire pour finalement « libérer » le sexe. C’est un peu la même chose avec la mort. Pendant très longtemps la mort était taboue; on n’osait pas en parler ouvertement. Aujourd’hui, du fait que des scientifiques s’intéressent à la mort et publient leurs observations, on commence de plus en plus à en parler.

Ainsi, on a pu suivre dernièrement les excellentes émissions télévisées « Voyage au bout de la vie », mettant en scène des psychologues, des médecins et d’autres hommes de sciences en qui on a confiance, parler de la mort. Les hommes de science ont remplacé les prêtres, les religieux et les philosophes de jadis.

Comment ce mouvement a-t-il pris son essor ?

J.L.S. — Ce grand mouvement remonte aux années cinquante après la guerre. On distingue, dès après 1945, un grand nom; c’est celui du Dr. Elisabeth Kubler Ross (E.K.R.) psychiatre. Très jeune, elle s’est intéressée à la mort. Elle est allée visiter des camps de concentration où des enfants avaient été parqués puis tués. Par la suite, elle s’est intéressée de près au comportement des personnes en phase terminale et à l’évolution intérieure des gens qui se savaient condamnés. Et elle a fait de grandes découvertes : les gens commencent à se rebeller et à lutter contre la mort et à la refuser, puis petit à petit, on assiste à une transformation psychologique jusqu’à ce que (dans les meilleurs des cas) les gens acceptent leur mort et s’y préparent.

E.K.R. n’était pas seule à s’intéresser à ce problème. Aux Etats-Unis, en 1975, on découvrait préalablement les enquêtes du Dr. Moody. Celui-ci s’est intéressé aux rescapés de la mort qui avaient des choses à dire. Il est très important d’entendre les gens qui ont subi des chocs pareils. E.K.R. a écouté les agonisants et en a tiré beaucoup d’informations. Moody a découvert que dans des cas dramatiques (accident, arrêt cardiaque etc.), il y a souvent la revue complète de tous les événements de l’existence. Au 19ème siècle, Mme Blavatsky en avait déjà parlé.

Voilà donc beaucoup d’informations très nouvelles offertes au public. Et le livre de Moody « Life after life » (1975) s’est vendu à des millions d’exemplaires dans le monde.

On trouve aussi les travaux de Karlis Osis et de Haraldsson qui ont fait une enquête scientifique auprès des mourants et du personnel qui les encadre. Ils ont recueilli beaucoup d’informations intéressantes concernant l’approche subjective de la mort. Ils s’attendaient à rencontrer des différences significatives entre deux groupes de personnes : des Indiens et des américains.

Ces gens avaient un substrat culturel tout à fait différent. Mais en gros, ils avaient les mêmes expériences. Il ne s’agissait pas de délires ni d’hallucinations : c’était des visions où le patient était accueilli par des personnes de sa connaissance, mortes antérieurement et venaient comme des « passeurs » pour le conduire vers l’au-delà; en somme aussi pour dédramatiser la situation.

Bien sûr, toute une armée de mandarins du savoir : psychologues, psychiatres et autres spécialistes, se sont élevés contre cette interprétation. Ils ont imaginé que c’était l’inconscient (ou le subconscient) qui essayait de se défendre contre la menace imminente de la mort et qui cherchait à se rassurer avec la perspective que tout irait bien… Mais enfin, quoi que l’on dise, il s’agit de faits, de témoignages intéressants et on n’est pas obligé de croire à leur interprétation.

En même temps, en Occident, on voit se développer le grand mouvement de résurgence de la réincarnation, avec les travaux d’Ian Stevenson en particulier.

Quand on pense à la mort, on pense à la survivance. Allons-nous survivre ? Alors comme on l’a vu, il y a cette approche sécurisante de Moody, de K. Osis et même d’ E.K.R.  qui dit : « Cela n’a pas l’air d’être aussi grave qu’on le croyait ». On se tourne alors vers l’Orient et ses philosophes qui nous disent depuis toujours que la mort n’est qu’un passage. Platon l’avait dit et on redécouvre, dans une atmosphère optimiste, à nouveau le Livre des Morts Tibétain, le Livre des Morts Egyptiens, etc. Par ailleurs avec les travaux de Stevenson sur la réincarnation on pense aussi à prouver la réincarnation sur terre. Tous ces courants se tiennent.

On dispose aujourd’hui de témoignages très solides. Et l’intérêt est que ce sont des scientifiques qui font ces enquêtes et qui publient leurs conclusions. Avec Stevenson on dispose d’une analyse détaillée, avec les noms des personnes interrogées, des lieux etc., il y a possibilité de vérification intégrale. C’est un travail d’accumulation de faits et de témoignages qui a une grande valeur documentaire, sans qu’on soit encore obligé pour autant de croire à la survivance ou à la réincarnation. Il appartient aux scientifiques de les discuter et de trouver, peut-être d’autres explications.

Avant d’aller plus loin, pouvez-vous nous décrire des témoignages rapportés par Moody, Osis ou autres…

J.L.S. — En Europe cela devient très connu. Il y a des gens qui ont peur de la mort et cela dépend de leur préparation et de leur contexte intérieur. On rencontre des gens fortement marqués par la terreur qu’inspire ce que nous disent certaines religions : « la mort est une punition. Dieu a créé l’homme qui lui a désobéi. Alors Dieu l’a envoyé sur la terre et à partir de ce moment là, l’homme est sujet à la mort. L’homme est un pêcheur et il doit être puni. »

Donc il y a un certain complexe de culpabilité qui a traîné pendant des siècles en Europe et les gens ont très peur de la mort. Maintenant, au contraire, on ose écouter les mourants et j’ajoute à ce qui précède, qu’on a demandé à des gens destinés à mourir à bref délai sans qu’ils en soient conscients, ce qu’ils pensent, ce qu’ils sentent et le contenu de leurs rêves. Il y a, à ce sujet, l’excellent livre de Marie Louise Von Franz (Les rêves et la mort) qui a réuni de tels témoignages. Ces rêves laissent entendre que oui, la mort va peut-être arriver ou qu’un événement grave va arriver mais cela ne sera pas la destruction totale.

Un rêve typique par exemple : un homme rêve qu’il est dans une forêt où d’un seul coup tout prend feu, mais il y a quelque chose qui échappe au feu et qui reste comme il était avant; cela peut être une pierre ou un arbre. On trouve beaucoup de tels exemples. Un autre très beau rêve : une femme qui est à l’hôpital voit dans son rêve une bougie qui brûle devant une fenêtre et puis tout à coup la bougie disparaît et puis réapparaît de l’autre côté de la fenêtre; elle brûle toujours. Comme si l’inconscient de ces gens qui ne savent pas qu’ils vont mourir était averti que la mort allait être une grande transformation mais que quelque chose devrait survivre; l’essentiel de l’être.

Le schéma classique chez Moody est le suivant : des personnes tombent dans un coma profond à la suite d’un accident ou d’une crise cardiaque etc. Ces gens ont le sentiment d’être séparés de leur corps; leur conscience survit. Classiquement le patient se voit avec surprise séparé de son corps. Il se dit : « je n’étais donc pas ce corps ». Mais il ne sent plus aucune douleur pendant que toute l’équipe de sauvetage est là pour essayer de le ranimer. Et sa conscience qui était mobilisée dans les affaires de la vie, emprisonnée dans le corps physique et par toutes les préoccupations en liaison avec ce corps se met à refluer vers l’intérieur, à travers des expériences psychiques (qu’il faudrait détailler), jusqu’à atteindre un niveau presque spirituel. Elle est alors dans une ambiance de lumière, de beauté, de paix et de sérénité où il n’y a plus de souffrances ni de mémoires. Et dans cette ambiance paradisiaque l’individu se voit confronté à une espèce de présence imposante que certains témoins ont baptisé « l’être de lumière ». On dirait vraiment qu’il y a là un être bienveillant qui connait tout de la personne et qui semble avoir partie liée avec elle. Ce n’est donc pas un étranger qui serait là comme juge. Dans cette ambiance bienveillante se déclenche la revue de toute la vie qui vient d’être vécue. Tout y passe et on aperçoit toute la séquence des événements avec parfois l’enchaînement des causes et des effets. On dirait que, juste au moment de quitter la scène, l’homme reçoit des réponses aux questions qu’il s’était posées comme : la justice de la vie etc. A ce moment, l’homme quitte le niveau mental et le niveau des émotions. Il est alors comme un témoin lucide et serein. Parfois aussi, et c’est important, des patients ont fait une sorte d’expérience d’omniscience, c’est-à-dire qu’ils baignaient dans une ambiance où il n’y avait plus de questions sans réponses. Selon la théosophie, l’homme se trouve alors devant sa vraie racine et Mme Blavatsky a appelé cette racine l’Ego permanent de l’homme ou le Soi-Ego. Plus tard le grand psychologue Jung l’a dénommé le Soi et les psychologues jungiens tendent à penser que l’homme se trouve, au moment ultime, en face de lui-même, de la racine de sa conscience ou l’alter-égo permanent de l’être; c’est l’interprétation de M.L. Von Franz et aussi celle de Mme Blavatsky au 19ème siècle.

On peut se poser la question de savoir si ces gens sont vraiment morts puisqu’ils ont survécu ?

J.L.S. — Bien sûr que non. Ils ne sont pas morts. Et un grand point d’interrogation reste : aura-t-on cette revue au moment de la mort définitive ?

Cela peut être le cerveau qui veut nous sécuriser ?

J.L.S. — Oui, la question reste entière. Il est facile à ceux qui ne veulent pas croire à la survivance, de dire que tout cela est une sorte de scénario construit par le cerveau ou par le subconscient pour sécuriser l’individu. Mais au cours du XXème siècle la psychologie a pris un grand tournant important avec la psychologie des profondeurs qui a vu pratiquement le jour avec Jung et trouve maintenant des prolongements dans la psychologie transpersonnelle. Et ces psychologues ont de bonnes raisons expérimentales de penser qu’effectivement il existe au-delà de notre personnalité une racine permanente. Ceci est fondé sur des expériences et sur une analyse du vécu intérieur d’hommes et de femmes comme nous et sur une pratique médicale qui sert à aider les gens à sortir de leurs difficultés psychologiques. Et bien sûr on trouvera toujours des opposants à ce point de vue.

Pour mieux comprendre, pouvez-vous nous donner des exemples sur les travaux des psychologues jungiens et de Stanislav Grof.

J.L.S. Il faudrait un spécialiste en psychologie transpersonnelle. Pour ma part ce qui m’intéresse dans cette psychologie c’est précisément une idée d’origine jungienne et qui dit que l’homme n’est pas simplement un paquet de pulsions et de désirs refoulés etc. Pourquoi ? Parce que Jung lui-même a eu des expériences qui ont abondé dans ce sens. Pour lui il existe derrière la personnalité une sorte de rhizome profond et permanent d’où la personnalité émerge comme une sorte de plante annuelle ou d’une efflorescence. Il a fait un très beau rêve que je résume : lors d’une promenade, il rencontre une petite chapelle. Il entre et avec surprise il constate l’absence de décors. Il y avait seulement des fleurs et un yogi en méditation. Le Dr. Jung s’approche de lui et voit que le yogi a le même visage que le sien; c’est Jung lui-même. Jung est très surpris et se réveille. Il trouve tout de suite l’explication de ce rêve. Il dit que le yogi était en train de le rêver et que tant qu’il le rêverait, le Dr. Jung existerait sur la terre. Il était en quelque sorte la projection de son rêveur. Jung tira immédiatement la conclusion que le soi-égo, le soi-intérieur se revêt en quelque sorte un scaphandre qui est le corps, avec la personnalité extérieure, le Dr. Jung, pour plonger dans le monde contingent, le monde physique terrestre, afin de faire des expériences et en tirer un enrichissement (ce que croit aussi la théosophie). Jung a eu d’autres visions qui vont dans ce sens. Cela n’est pas que théorique : Jung en a tiré une thérapeutique psychologique efficace.

Quant à Stanislav Grof, il s’est servi, parmi d’autres choses, de drogues comme le L.S.D. pour aider des mourants. Il leur a donné des doses limitées pour libérer leur conscience, qui est bloquée par ses peurs, ses fantasmes etc. Il semble que ces gens fassent des expériences assez comparables à celles qu’ont fait les rescapés de la mort. Et encore une fois, il apparaît qu’il existe une sorte de transcendance de la conscience qui comprend que la mort n’est pas une fin, elle est un passage et que quelque chose survivra.

Il faut citer aussi le cas plus intéressant qui est celui des expériences spontanées. Avec les mourants, on sait ce que c’est. Avec les drogués c’est très suspect. N’importe qui peut se droguer et avoir des hallucinations et même avec toutes les catégories de malades on peut toujours dire qu’ils font des hallucinations. Ce qui est intéressant ce sont les témoignages comme ceux réunis par l’universitaire américaine Frederick Lenz (dans Lifetimes), qui enseignait la réincarnation. Elle a fait une enquête qui l’a conduit à réunir pas mal de témoignages spontanés de gens « normaux » qui ne se droguent pas, qui ne pratiquent pas la méditation, qui ne font pas de prières et que rien ne semblait prédestiner à faire ce genre d’expériences. Dans une centaine de cas, on voit des gens qui sont arrachés, enlevés un peu brutalement à leur contexte de tous les jours; vous êtes là et subitement, un vertige vous prend ! Petit à petit, certains passent par un tunnel noir, comme dans les cas étudiés par Moody (tunnel qui représente une transition entre l’état de conscience de veille et un autre état de conscience). Donc il y a un passage à vide où l’homme est un spectateur sans spectacle. Encore une fois, il se trouve amené dans une ambiance d’harmonie, de paix, de sons et de couleurs extraordinaires. Et certains croient revivre toutes leurs vies passées qu’ils perçoivent parfois sous la forme de perles.

Et c’est curieux, parce qu’ils retrouvent la vieille idée de Sutrâtma qui se trouve dans l’hindouisme et dans la théosophie.

Sûtra signifie fil, et Sutrâtma est la « conscience fil » qui passe à travers toutes les incarnations successives. Et chaque personnalité est représentée par une bille, un œuf ou une perle. Selon des témoins il était possible de s’approcher, dans la vision, d’une des perles pour voir une vie, avec la succession de ces expériences et dans certains cas s’ils le désiraient, d’analyser en détail des éléments et des événements en s’identifiant au personnage central de cette vie. OU, au contraire, ils pouvaient prendre du recul pour avoir une vision globale de l’expérience et de son contenu.

L’intérêt de ces expériences par rapport à d’autres, comme dans l’hypnose ou ailleurs, est que les gens ont ici une conscience de la succession logique des vies avec l’articulation des causes et des effets. Et ils arrivent finalement à comprendre dans leur vie actuelle, jusqu’à maintenant, qu’ils se sont limités à jouer un personnage. A présent ils se retrouvent eux-mêmes tels qu’ils ont toujours été, ni homme, ni femme, ni français, ni anglais etc. C’est vraiment une expérience transpersonnelle.

Ces expériences valent bien sûr ce qu’elles valent. On n’est pas forcé de croire qu’elles sont vraiment une preuve de la réincarnation. Pour ceux qui l’ont vécu, c’est une grande chance parce que lorsqu’ils reviennent à la vie quotidienne, (comme les rescapés de la mort), ils n’oublient jamais leur expérience. Ils n’ont plus aucune peur de la mort et ils ont un recul, différent du nôtre, par rapport aux événements. Nous, nous collons aux événements; je suis ceci, je suis cela, toi tu es autre chose etc. C’est une transformation complète. Cela rejoint aussi les philosophies sérieuses de l’Orient et ce que disait St-Paul dans deux de ses épîtres où il parle d’un moment où les gens auront communié dans le Christ et d’un lieu où il n’y a ni homme, ni femme, ni juif, ni grec.

Cela répond à une intuition au fond de nous-mêmes qui dit que nous ne sommes pas seulement ce corps. Mais enfin tout cela n’est qu’arguments sentimentaux pour un homme de science et les gens sentimentaux on les laisse de côté.

Que peut-on vraiment dire sur le plan scientifique en ce qui concerne tous ces témoignages?

J.L.S. — Ce sont des témoignages d’expériences subjectives, vécues par des sujets personnels, donc ils n’ont aucune valeur probante, universelle. Si vous dites, moi j’ai cette expérience, je vous dirai moi, je ne l’ai pas faite.

Pour un scientifique, la preuve est un élément ou un ensemble d’éléments qui vont démontrer sans discussion possible la réalité d’un fait ou d’une théorie ou d’un modèle permettant d’expliquer des phénomènes. Ces éléments de preuve doivent être acceptables par tous les hommes sur la terre et en particulier par les scientifiques. Cela veut dire qu’ils doivent être objectifs et qu’on devrait pouvoir les reproduire. Il faut aussi, dans le cas où on modifie les circonstances de l’expérience, obtenir des résultats différents qu’on doit pouvoir prédire avec ce qu’on a déjà démontré de la théorie.

Alors que peut-on faire, scientifiquement avec ces expériences subjectives? On peut simplement rassembler tous ces éléments et commencer par vérifier qu’il n’y a pas de fraudes. Mais très vite on arrive dans ce travail à des obstacles déontologiques. On ne peut pas travailler sur un sujet en lui donnant des drogues pour voir si certaines drogues peuvent déclencher certains phénomènes psychiques. A partir du moment où on a affaire à des personnes humaines vivantes, dignes et respectables, il y a un certain nombre d’expériences qu’on ne peut pas faire.

Mais il faut savoir que la science est beaucoup moins tatillonne dans d’autres domaines. Par exemple dans la paléontologie, les scientifiques rassemblent des éléments de preuve : les fossiles par exemple et à partir de là, ils vont construire une histoire de l’humanité, de l’évolution des formes etc. jamais ils n’auront la preuve définitive que l’homme descend du singe ou de quoi que ce soit parce qu’ils ne pourront jamais reproduire l’événement qui a fait de l’australopithèque par exemple à l’homo-sapiens. Mais cela n’empêche pas de nombreux scientifiques d’affirmer que l’homme en descend.

Tout dépend de la notion de preuve. On lit dans les manuels scolaires que l’homme descend de l’australopithèque et que l’univers s’est construit à partir du big bang et on n’ajoute jamais que ce sont des spéculations, des théories, que tout semble prouver ! En effet, on a accumulé un certain nombre d’évidences et d’indices et à partir de là on dit que cette interprétation paraît la plus probable. Alors qu’est-ce qui empêcherait que l’intelligence, qui résulte de toutes ces expériences subjectives amène à conclure de la façon la plus probable que la survivance existe ? Cela veut dire que vous avez de bonnes raisons de croire à la survivance et qu’aussi vous êtes libre de ne pas y croire.

Que peut-on vraiment faire pour prouver la survivance ? Il faudrait qu’on ait les moyens de détecter dans l’individu des paramètres qui sont liés à sa conscience et qui sont indépendants du corps. Cela peut être des ondes ou je ne sais quoi, et montrer que ces paramètres existent toujours après la mort et qu’ils vont survivre très longtemps même quand le corps est incinéré et cela grâce à des appareils de mesure. Mais on tombe dans un domaine pratiquement impossible. Si vraiment il existe une conscience indépendante du corps, elle n’a alors, rien de physique et probablement on ne trouvera jamais un paramètre physique qui lui soit lié de façon définitive.

On rencontre les mêmes difficultés avec ce qu’on appelle les « sorties dans l’astral » où des gens pensent s’extraire de leur corps et se rendre avec la conscience éveillée dans des lieux qu’ils sauront décrire à leur retour. Des scientifiques comme K. Osis tentent de contrôler la présence de l’entité astrale dans leur labo à l’aide d’appareils de mesure très sensible. Mais on est devant la question : s’agit-il d’une réelle sortie de l’être conscient dans un corps astral ou bien s’agit-il de clairvoyance à distance et de l’effet PK. ?

Tout ce qu’on peut faire est de réunir un grand ensemble d’indices qui font pencher la balance dans le sens de l’acceptation de la survivance. Mais il y aura toujours quelqu’un qui n’acceptera pas vos conclusions.

Qu’en est-il des « preuves » concernant la réincarnation ?

J.L.S. — Je me suis inspiré en ce qui concerne la réincarnation de la méthode critique de Stevenson qui a passé des années à parcourir le monde pour rassembler des éléments de preuve.

On peut dire qu’en gros il existe deux types de témoignages : les témoignages spontanés et les témoignages induits par des méthodes qui agissent sur la psyché, comme l’hypnose, le lying et d’autres, et où on essaie de faire remonter des soi-disant témoignages des vies passées (pour ma part, je n’y crois guère).

Prenons donc les témoignages spontanés : ce sont des témoignages muets parce que l’individu ne sait pas qu’il est « réincarné » (et nous non plus), mais il a des comportements insolites, inexplicables par l’hérédité et l’influence du milieu.

Par exemple en Inde, un enfant de deux ans commence à réciter en sanskrit — langue que même son entourage ne connaissait pas — des chapitres du Véda, etc.

Un autre enfant de 4 ou 5 ans trouve un piano et se met à en jouer, sans avoir appris.

On peut citer aussi l’histoire où un enfant de 4 ans qui arrive dans un lieu est pris d’une frayeur terrible, et il raconte qu’il a perdu dans ce lieu sa petite fille. Par l’enquête, on découvre qu’effectivement une fillette a été tuée là il y a quelques années.

Une autre histoire aussi est celle de l’enfant qui, devant une machine à soda compliquée, n’éprouve aucune difficulté à la faire marcher ou à découvrir la cause d’une panne. Il raconte après qu’il était dans le temps le propriétaire de l’usine à soda.

On peut multiplier les exemples.

Mais comment s’assurer que personne n’a rien appris à ces enfants ?

J.L.S. — C’est là qu’intervient Stevenson qui mène une enquête très serrée.

Il est évident qu’idéalement, pour montrer qu’il n’y a pas de fraude, il faut que l’enquêteur soit averti dès qu’un comportement spontané et incompréhensible apparaît chez un enfant.

Ainsi il pourra venir sur place pour trouver par lui-même la réponse.

Un cas très intéressant s’est produit au Liban : un enfant a raconté un tas de choses, les parents ont essayé de comprendre et de trouver dans le passé l’explication de ce que l’enfant racontait. Ils se sont trompés et c’est l’enquêteur qui, après, a trouvé la bonne explication. C’est un cas idéal où personne n’avait pu frauder.

Donc on rencontre beaucoup de comportements insolites, ou aussi de grandes capacités et des talents extraordinaires comme dans le cas des génies spontanés, etc.

N’y a-t-il pas de nombreux génies qui se manifestent dès l’enfance ? Alors pourquoi expliquer par le passé ce qui n’est que banal peut-être ?

J.L.S. — Ce n’est pas si fréquent; de plus, tout peut se retourner comme un gant.

Prenons le cas Mozart, on peut dire qu’il était d’une famille de musiciens et que son père Léopold Mozart a voulu pousser ses enfants très jeunes; on peut aussi dire que c’est l’hérédité qui a permis à Mozart d’avoir ces dispositions, ou aussi qu’il y a eu une mutation dans ses gênes.

Bref, on peut toujours sortir une explication de sa poche comme le font les prestidigitateurs avec leur chapeau et même si cette explication est farfelue elle peut suffire pour le moment à vous tirer d’embarras. Ce sont souvent des explications qu’on invente mais qu’on ne démontre jamais.

D’après la thèse de la réincarnation, un véritable génie n’attend pas quarante ans pour se manifester, parce qu’il est le retour d’un être qui a déjà beaucoup travaillé dans un certain domaine, comme la musique par exemple. Alors, une famille de musiciens, où un piano se trouve dans le coin d’une pièce, sont des conditions rêvées pour que l’enfant manifeste son génie,

Mais on trouve aussi des enfants qui naissent dans une simple ferme, par exemple, mais se révèlent capables, sans qu’on leur ait rien appris de tresser, rapidement et très habilement, des feuilles de palmier; c’est bien sûr à l’enquêteur de vérifier le point.

Citons le cas de « Blind Tom » : un enfant noir qui a été acheté aux enchères avec sa mère en 1850 par un général américain (de Géorgie). Un jour, le général acquiert un piano pour ses filles. Le gamin entend avec enchantement la musique. Le soir au moment de se coucher, le général entend de la musique, il descend et voit cet enfant aveugle et arriéré mental de surcroît (et qui le restera toute sa vie), jouer au piano avec ravissement. Le général (qui était une brave personne) décida de faire enseigner la musique au petit. Mais quand le prof entendit le petit il déclara que l’enfant en savait plus que lui !

Tom était un génie d’exécution, mais il n’a jamais écrit de la musique; il lui suffisait d’entendre une fois une longue pièce pour la réexécuter sans faute !

Mais laissons de côté ces comportements insolites, et passons à la deuxième catégorie qui est celle des témoignages fournis par des tiers. Il est difficile de trouver des explications de rechange pour ces cas.

Un exemple est celui d’une femme qui rêve que sa petite fille morte lui annonce son retour, accompagnée d’une jumelle et ajoute que la naissance sera pour avant Noël et elle fournit d’autres détails. La femme raconte ce rêve qui l’a ému. Elle se croyait stérile mais finalement elle devient enceinte et la naissance a lieu prématurément avant Noël. Des deux fillettes nées l’une ressemblait à la précédente comme deux gouttes d’eau.

On peut citer bien des exemples du même genre.

D’autres catégories de cas sont les témoignages spontanés fournis par des gens qui se disent être la réincarnation d’un tel et qui ont des expériences et des détails qui leur viennent à la conscience.

Il arrive que ces expériences spontanées ne se présentent qu’une seule fois dans la vie, ou au contraire se présentent avec une mémoire persistante de l’incarnation passée.

Dans le premier cas, les souvenirs émergent induits par un lien, une personne, un objet, etc.
On peut donner beaucoup d’exemples. Les cas les plus intéressants sont ceux des enfants étudiés par Stevenson.

En général, ils commencent à évoquer leur vie antérieure entre l’âge de deux et trois ans, à partir du moment où ils maîtrisent un peu la parole et le geste.

L’enfant commence à se raconter à lui-même des histoires, les parents écoutent et de cela on déduit que l’enfant n’est pas bien là où il est : il n’est pas dans sa vraie famille et il voudrait retourner « chez lui » auprès de ses parents (de jadis) qu’il décrit; il explique qui il était, ce qu’il faisait dans la vie et comment il est mort, etc.

La tâche de l’enquêteur est d’écouter tout ce que racontent l’enfant, ses parents et la famille, etc. Il doit apprécier les sources possibles d’informations qui ont pu renseigner l’enfant d’une façon ou d’une autre, et essayer de retourner le personnage décrit par le jeune sujet à l’aide des indications fournies : dans les cas les plus favorables, il a la chance de découvrir lui-même l’ancienne famille. Il accompagne l’enfant sur place : celui-ci reconnaît le père, la mère ou encore ses propres enfants qui ont grandi; et parfois il est même capable de redécouvrir de l’argent qu’il avait caché à l’insu de tous dans cette vie antérieure.

Parfois aussi le corps de l’enfant porte des traces suspectes simulant des blessures; le bambin raconte qu’il a été effectivement blessé et tué dans sa vie précédente — ce qu’on peut vérifier dans certains exemples à l’aide du procès-verbal d’autopsie.

On dirait vraiment de la science-fiction. Stevenson a réussi à réunir une vingtaine de dossiers très solides de ce genre.

Stevenson est un chercheur sévère et sérieux qui s’intéresse à tous les détails.

Il a en plus établi une liste des explications de rechanges (en dehors de la réincarnation) pour tester la validité de chaque cas observé.

Un autre cas intéressant est le cas des tulkus tibétains. Les enfants se souviennent qui ils étaient et de leur mission.

On peut dire ici que les Tibétains baignent dans le climat de cette croyance.

J.L.S. — Oui c’est vrai. Mais les éléments d’informations donnés ne peuvent pas être inventés.

Par exemple, le cas de cet enfant qui partait au village accompagné par son petit frère et son père. Chemin faisant, ils rencontrent un homme qui leur donne des sucreries. Et portant la canne à sucre à la bouche, l’enfant s’arrête et dit qu’il faut d’abord remercier celui qui nous fait du bien, et tout d’un coup on dirait qu’un voile se déchire, et il commence à se sentir dans la peau d’un lama.

Au village il demande à son père de le mettre sur ses épaules et il donne un discours sur la compassion selon la foi bouddhiste. Rien ne l’avait préparé à ce comportement surprenant

Puis il demande à son père de le conduire à « son monastère » où il reconnaît le supérieur et les objets de sa précédente incarnation.

C’est tellement spectaculaire et incroyable.

Une fois qu’on a fait ce tour d’horizon, on peut se demander si on peut trouver des explications de rechange.

Même chose avec la survivance et les communications avec les morts. Dans l’état actuel des choses, on ne peut pas trancher, scientifiquement.

Mais il faut dire que si le cas de la survivance n’est pas prouvé, le cas de la non-survivance n’est pas prouvé non plus. Les gens qui disent la survivance n’est pas prouvée donc elle n’existe pas, se trompent et ne sont pas sérieux.

Quelles sont les hypothèses logiques et cohérentes, qui, sans être encore scientifiques, peuvent expliquer les phénomènes dont vous avez parlé ?

J.L.S. — II y a dans le monde trois thèses, au moins, qui s’opposent pour expliquer ces phénomènes.

Il y a la thèse qu’on pourrait appeler « animiste », qui dit que dans l’homme il y a quelque chose qui survit, comme un pouvoir de vie, ou un ensemble d’énergies qui soutient le corps vivant et qui va le quitter à la mort, en emportant des informations propres à la personnalité incarnée.

Imaginons que ces énergies reprennent du service dans un nouveau corps, alors éventuellement, à travers le psychisme d’un enfant, va émerger à nouveau à la conscience de cet enfant le stock d’informations. Et l’enfant va prétendre qu’il était un tel, etc.

Mais dans ce cas, il n’y a ni survivance ni réincarnation, parce que pour nous quand nous pensons à la survivance, ou à la réincarnation, nous entendons la permanence de la conscience centrale, individuelle qui va survivre et éventuellement se réincarner.

Le deuxième modèle d’explication est un modèle personnel, psychique, qui prévoit que ma personnalité, en tant que J.L.S. va survivre; c’est ce qu’on rencontre par exemple dans les réunions spirites, quand on interroge un « esprit » il affirme être plus conscient que jamais; il continue d’être lui-même avec ses souvenirs et sa façon de penser.

On dirait que la mort ne lui a fait subir aucune perturbation et de plus il perçoit éventuellement tout le stock de ses vies passées, etc. La mort semble lui avoir donné un surcroît de connaissances.

Le troisième modèle est un modèle transpersonnel, beaucoup plus spirituel. Dans ce modèle, le moment de la mort est très important, la personnalité va être fortement ébranlée par le choc de sa séparation d’avec le cerveau avec qui elle avait en permanence une espèce d’osmose parfaite.

Le cerveau est maintenant détruit, et c’est là que le rhizome (ou le soi profond ou intérieur) va récupérer ce qu’il avait investi dans sa personnalité ainsi que toutes les richesses et expériences accumulées par l’être terrestre, grâce à la présence de cet être profond.

Ces expériences gardées en mémoire de façon indélébile vont être revécues par le Soi permanent, dans une espèce de rêve très riche afin de se les assimiler définitivement.

Dans un échange entre trois chercheurs : Stevenson, C. Tart et Grosso sur la question : Quel modèle d’explication de l’après vie pourrait-on imaginer scientifiquement ? Stevenson, pour sa part, s’est montré d’avis que la personnalité devait conserver une sorte d’identité permanente, alors qu’au contraire Tart et Grosso ont penché pour une profonde transformation dans la conscience par l’effet de la mort, pour Tart, par exemple, il n’y a rien de tel pour démanteler la personnalité que de l’isoler de ses rapports usuels avec le monde extérieur.

Donc quand la personnalité va se séparer du corps, on doit s’attendre à ce qu’elle se déstabilise; elle ne pourra plus continuer comme avant; elle va se libérer progressivement du contexte terrestre pour arriver peut-être à un degré d’épanouissement ou d’épuration de plus en plus poussé, selon Grosso.

Dans ces modèles qui commencent à émerger, on trouve beaucoup de sérieux sans que l’on puisse parler de « preuve scientifique ».

Ici visiblement les chercheurs s’inspirent du travail des psychologues : comme Jung, ainsi que des spéculations orientales.

A partir de là, on peut se mettre à construire des théories qu’un jour on pourra peut-être prouver définitivement.

Le danger est que ces phénomènes très riches soient récupérés par certains prophètes de la science (comme ceux de la mécanique quantique), en prétendant pouvoir tout expliquer avec ces données.

Ainsi, par exemple : la conscience ? C’est facile, elle est contenue dans les atomes, dans les électrons qui lui servent de support.

Mais est-ce aussi simple ? Cela peut risquer de bloquer la recherche dans d’autres directions.

Ce réductionnisme simpliste (qui élimine un ou plusieurs aspects essentiels du problème) donne l’impression (fausse) qu’on pourra bientôt tout expliquer.

Mais c’est une erreur (parfois très subtile mais réelle) si on prend tout en considération.

Une dernière question : comment voyez-vous l’évolution de toutes ces recherches et de tous ces travaux ?

J.L.S. — J’ai un peu réfléchi à cette question. J’ai l’impression que nous sommes témoins, en ce moment, d’un bouillonnement d’idées où tout est remis en question.

Et ce sont des médecins, des psychologues, des penseurs de nombreuses disciplines, etc., qui participent à ce grand changement dans nos conceptions de l’homme et de la vie et qui attirent ainsi l’attention du public.

Le grand avantage est qu’on ne peut plus éluder l’approche de ces problèmes. La mort n’est plus tabou.

Le fait que beaucoup de théories naissent est excellent.

On est là branché sur une idée nouvelle: on cherche, on imagine on se trompe souvent mais à force d’aboutir à des culs de sacs on sera bien obligé de changer de point de vue sur des problèmes essentiels.

Ainsi, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, des psychologues et d’autres chercheurs se tournent vers l’Orient pour trouver l’inspiration et aboutir à une explication raisonnable dans tous ces domaines de physique moderne, psychologie transpersonnelle, parapsychologie, survivance, etc.

On finira, je crois, par assister à un mariage de raison entre l’Orient et l’Occident.

L’Occidental ne courra plus à l’Orient pour fumer du hachich, ou pour se mettre aux pieds d’un gourou et planer en écoutant ses beaux discours, mais il comprendra mieux l’ésotérisme profond de l’Orient, et il pourra ainsi avec les nouveaux modes de pensée, qui ne sont plus uniquement cartésiens, faire de grands pas en avant.

Avec cette audace nouvelle, il ne saurait plus être question d’avoir peur d’aborder tous les sujets en face.

On s’attend aussi à l’événement d’une conscience planétaire, où l’Occidental peut chercher librement son inspiration en Orient sans s’obliger à s’habiller à l’orientale et réciproquement.

J’espère vivre assez vieux pour voir quelques succès de ce mariage, et j’avoue que, personnellement, je fais tout ce que je peux en ce sens.

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La réincarnation par J.-L. Siémons Ed. Retz, 1982. (Revue CoÉvolution. No 12. Printemps 1983)

La réincarnation est passée à l’ordre du jour en Occident. Mais de laquelle s’agit-il ? Car il n’existe pas de doctrine unique. Le livre compare les enseignements des diverses traditions du monde sur ce sujet. L’auteur étudie quelques modèles-types, qu’il classe en trois types : les modèles « réalistes » (animiste, spirite), les modèles beaucoup plus élaborés sur le plan philosophique : hindou, bouddhiste et théosophique (qu’il ne faut pas confondre ni mélanger) et des modèles plus modernes qui ne font pas appel à la notion d’âme. On peut regretter que le dernier chapitre « des preuves : pour ou contre la réincarnation, étude critique » ne soit pas plus développé, mais comme l’auteur le remarque en commentant les textes hindous : « cette science relève de la perception directe et non du discours… nous n’avons guère de chances d’obtenir les explications finales à nos grandes questions en lisant une montagne de livres ».

G.B.

• Beaucoup d’observations de « mémoires des vies antérieures » se prêtent à des interprétations multiples, en dehors de la réincarnation. Disons que ce sont plutôt des exemples qui suggèrent la réincarnation, mais bien des auteurs manquent de prudence et donnent vite dans le sensationnel.

• La multiplicité des modèles théoriques et les difficultés rencontrées dans les explications de la réincarnation tiennent à l’ignorance profonde de notre nature essentielle, de l’homme intérieur. Ainsi plus que des preuves expérimentales, plus que des révélations mirobolantes sur le pèlerinage des âmes, ce qu’il nous faudrait rechercher le plus aujourd’hui, c’est une philosophie, ou mieux encore une connaissance de cette étrange réalité qui est là dans les êtres, comme une présence indicible, et qui donne cette profondeur au regard des hommes, avec son caractère de mystère unique.