Tran Thi Kim Diêu : La transformation de soi – Une exploration dans l’inconnu


10 Aug 2011

(Revue Le Lotus Bleu. No 6. Juin-Juillet 1991)

Partout où nous promenons notre regard dans la nature, nous constatons qu’elle est soumise à une constante transformation. La surface terrestre est façonnée par les éléments naturels, par la végétation qui, elle-même, subit la marche des saisons. Au manteau immaculé de neige couvrant un sol ensommeillé succèdent les prés verdoyants. Sur des branchages hirsutes dénudés apparaissent des feuillages luxuriants et des bourgeons gorgés de sève printanière. L’or éclatant des champs de blé se dispersera avec les rayons du soleil, entrainés par l’automne dans la diaprure des forêts.

Chaque espèce des règnes minéral, végétal et animal subit en termes de siècles, voire de millénaires, des transformations qui modifient son aspect et son comportement. Dans ce qui est manifesté, la transformation joue un rôle fondamental, celui de l’élément dynamique qui permet à ce qui est potentiel dans la nature de se manifester ou de se déployer pleinement. Dans le même ordre d’idées, la transformation est la condition de base pour la manifestation de la vie universelle. Selon la tradition chinoise, le Sage Confucius, en observant les phénomènes de la nature, s’exclama: « Ainsi vont les choses. Tout s’écroule comme un fleuve immense, tranquille, ininterrompu ».

Ce « fleuve immense, tranquille, ininterrompu » est l’image qui suggère le flux de la vie universelle qui se déploie sans cesse dans le processus de l’Évolution. L’Évolution n’est autre qu’une série de transformations, mais pas n’importe lesquelles. En effet, quand on parle de transformation, on pense aux multiples modifications de la forme, sans imputer à ces modifications ni une séquence spéciale ni un but particulier. Il n’en est pas de même quand il s’agit de l’Évolution où les transformations sont nécessairement dirigées dans un but de perfectionnement. Bien plus, dans le processus de l’Évolution, les transformations ne sont que des étapes toutes nécessaires au « modus operandi » de l’Évolution qui œuvre avec intelligence.

L’intelligence sous-entend l’univers. Pour remarquer cela, il suffit de tourner les yeux vers le ciel – le ciel constellé de myriades d’étoiles et de soleils, dispersés dans l’espace, grand à couper le souffle. Il suffit également d’observer une fleur, la disposition de ses pétales, leur forme et leur couleur. L’intelligence œuvre aussi bien dans la puissance de l’énergie qui fait mouvoir les corps célestes que dans la délicatesse d’une créature éphémère. Le mouvement des étoiles, l’éclosion d’une fleur, la condensation des cristaux de glace ainsi que le vol d’une bande d’oies sauvages et bien d’autres phénomènes observés font transparaitre l’harmonie qui suggère l’unité profonde de tout ce qui est manifesté.

Les étoiles, les soleils passent après des éons. Les fleurs, les cristaux de glace, les créatures disparaissent après une plus courte durée. Ce qui les unit n’est assurément pas le temps. Ce qui les unit est cette vie sous-jacente qui les anime, qui s’exprime à travers eux. Elle s’exprime à travers les grandes choses aussi bien que les petites choses, à travers ce qui dure aussi bien que ce qui passe. Cette vie est inhérente à toute chose qui existe, comme il est dit dans le Tao-Te-King:

« L’essence du ciel est la pureté

L’essence de la terre est la tranquillité

L’essence des créatures est la vie ».

L’essence des créatures, qui est la vie, s’exprime en flux perpétuel dans les formes les plus diverses. Par son mouvement puissant, elle élimine ce qui est superflu et inutile, ce qui embarrasse la marche vers la perfection. Avec intelligence elle guide toutes les créatures, même dans les méandres de leurs détours. Par sa patience éclairée, elle n’a pas de préférence pour une créature ou pour une autre car toutes sont issues de l’Unique. A toutes les créatures elle offre un chemin ouvert, aussi vaste que l’espace, qui conduit inexorablement vers le Suprême.

Par conséquent, grâce aux transformations successives amenées par la vie, les créatures de tous les règnes de la nature bénéficient du mouvement de l’Évolution. Elles s’y trouvent entrainées. Obéissant inconsciemment à l’ordre naturel en vivant selon leurs instincts et selon les lois qui régissent leur espèce, elles se laissent charrier par et dans le grand fleuve de l’Evolution sans y apporter ni obstacle, ni coopération. Ainsi elles progressent en toute innocence dans une totale absence d’intention personnelle.

Il en est tout autrement lorsqu’il s’agit de l’être humain. Parmi toutes les créatures en général et parmi les êtres sensibles en particulier, l’être humain est le seul qui soit apte à choisir, soit résister à ce mouvement de l’Evolution, soit y participer, les deux consciemment. A la différence des créatures des autres règnes, l’être humain est capable de transformation de soi. Il en est ainsi car l’être humain est le seul être sensible qui soit conscient de lui-même. Il est le seul capable de dire « je ». C’est-a-dire de s’objectiver en formant une image de lui-même dans sa conscience.

Comme cette objectivation de soi qui fait dire « moi, je.. » s’opère par le mental, la transformation de soi doit commencer dans le mental. Celui-ci étant le point de départ de l’action extérieure, quand la transformation de soi dans le mental est effective, elle transforme le monde, puisque ce dernier n’est que le prolongement de ce qui se passe dans le mental de chaque individu.

La transformation de soi dans le mental est effective et réelle quand elle n’est plus seulement un jouet intellectuel et quand elle cesse d’être un rêve à l’état de veille. En effet, une idée, tout comme un mot, n’est pas la chose à laquelle l’idée ou le mot doit correspondre. La faculté de projection du mental – qui cause l’objectivation – peut se saisir de l’idée de la transformation de soi, comme de toute autre, pour en bâtir une théorie intellectuelle qui va lui servir de jouet.

De même, la transformation de soi peut aussi être éventuellement un rêve à l’état de veille où se trame une sorte d’idylle entre l’individu et l’image idéalisée de lui-même. Quand le mental entend parler de transformation de soi, il projette immédiatement la question: transformation de soi en quoi?, puis il projette des modèles tous aussi gratifiants et sécurisants les uns que les autres, gratifiants et sécurisants pour l’individu car ils sont construits à partir de ce que l’individu a connu auparavant. De cette idylle nait le conflit entre l’être actuel et l’être idéalisé, entre ce qu’il est pour le moment et ce qu’il croit ou pense devoir être. Mais toute image idéalisée aussi bien que tous ces modèles n’ont aucun rapport avec la réalité.

Une histoire raconte qu’un poisson, intrigué par les départs d’une tortue vers les rivages, la questionne au sujet de la terre ferme où celle-ci se rend. A chaque tentative de réponse de la part de la tortue, le poisson lui pose ce même genre de question: « Mais, là-bas, est-ce qu’il y a de l’eau comme ici? Est-ce qu’il y a des algues qui flottent et qui servent de nourriture? Est-ce qu’il y a d’autres poissons?… Mais s’il n’y a pas d’eau comme ici, comment peut-on respirer? » Au désespoir de la tortue, le poisson ne connaitra jamais la terre ferme à moins qu’il ne se transforme en amphibien. Tout ce que le poisson peut imaginer vient de ce qu’il a connu et ne coïncide pas avec la réalité car la terre ferme est totalement inconnue pour le poisson.

De façon analogue, le mental peut construire n’importe quel modèle. Une chose reste certaine: aucun modèle ne cadre avec la nouvelle forme apportée par la vie dans la transformation de soi. Il nous faudra donc partir comme en exploration dans une contrée inconnue. Dans une telle aventure, on ne décide pas d’avance ce que l’on va découvrir. Sinon, en quoi cela diffèrera-t-il des voyages organisés? L’individu qui entreprend la transformation de soi est semblable à un explorateur. C’est en fait un explorateur de la vie.

Se transformer, qui est explorer la vie, implique un sens aigu de l’observation. Observer afin de déceler la signification profonde cachée par l’apparence des êtres et des choses. Observer c’est regarder tranquillement les phénomènes, les évènements, les objets, les êtres autour de soi. Tous, ils constituent autant de miroirs qui reflètent celui qui observe, tant ils suscitent de réactions à l’intérieur de lui. Bien plus la transformation de soi n’est pas seulement une exploration dans la vie. Elle est également une exploration dans l’âme. Regarder ses réactions à l’intérieur, suscitées par l’extérieur, revient à explorer la manifestation de la vie à l’intérieur de soi.

Un regard tranquille est exempt d’émotion, de sentiment, de jugement, de culpabilisation, de justification, de gratification de soi.

Ce regard n’est pas de l’introspection analytique semblable au jeu du chat et de la souris, chaque fragment de soi constituant le chat ou la souris pour les autres fragments. L’analyse fera aggraver à long terme la tendance égocentrique et conduirait dans certains cas aux idées fixes et à l’obsession. Il en résulte, dans tous les cas de figures, une cristallisation du moi et une plus grande difficulté à se regarder correctement à la manière d’un explorateur qui observe.

Ce regard d’explorateur s’en tient strictement à la réalité de ce qui est. Pas de projection de modèle. Pas de spéculation d’aucune sorte au sujet du futur. Or, le fait qu’il ne peut exister de modèle préalable à la transformation de soi ne veut pas dire qu’elle aura un parcours chaotique. Pas plus qu’elle sera fantaisiste. Explorer la vie peut faire perdre la vie. On ne peut donc partir à l’improviste. Un minimum d’ordre est nécessaire pour faire apparaitre la tranquillité, condition indispensable d’une observation juste.

Cet ordre intérieur ne peut naître d’une vie désordonnée, faite de motivations diverses. Les mouvements hésitants d’un serpent à plusieurs têtes illustrent bien ce genre de vie humaine déchirée par des motivations qui se contrecarrent les unes les autres. L’individu et balloté à son insu parmi une multitude de désirs contradictoires créant inévitablement des courants d’actions et de réactions qui sans cesse s’entrechoquent, s’annulent ou s’embarrassent de manière chaotique. L’Hydre mythologique est une image allégorique très suggestive de ce moi dont la structure est l’antithèse même de l’Unité.

N’ayant aucune réalité, ce moi n’est qu’une projection, une objectivation de la manifestation de la Vie commune à toutes les créatures. Étant une projection, ce moi demande constamment à être ravivé par un acte volitionnel, la plupart du temps inconscient. De cet acte volitionnel sont nés toutes sortes de désirs qui sont des activités intérieures. Et de ces désirs sont nées toutes sortes d’activités extérieures. Toutes ces activités, intérieures et extérieures, sont destinées à sauvegarder le moi.

Elles sont un tourbillon qui obscurcit le mental, pervertit l’observation à l’extérieur et empêche l’observation à l’intérieur; la vision erronée est engendrée. Tous les points de vue erronés proviennent de cette vision erronée. Les choses se passent ainsi: pour l’individu qui n’est pas clair en lui-même, toute observation est faussée car, selon le mot de Platon, « L’homme est la mesure de toute chose ».

Bien que les activités qui sauvegardent le-moi soient variées et multiples, elles se caractérisent par une constante qui est le fait de retenir. Quand on prend conscience de ceci, le fait de retenir perd de sa force, laissant la place à l’observation. Le fait de retenir ne peut s’estomper sans dépouillement. Ce dernier implique le lâcher-prise vis à vis des formes anciennes telles que l’attachement aux possessions matérielles, aux émotions, aux souvenirs, les idées toutes faites, les préjugés, les fragments d’images que l’on a de soi-même, le souci de son propre devenir, la recherche d’une sécurité quelconque dans les objets, les évènements et les êtres.

Ce lâcher-prise signifie également de ne pas accepter, ni s’appuyer sur n’importe quelle autorité, que ce soit sous les traits d’une personne ou sous les formes des écritures tenues pour sacrées, sans les examiner sérieusement. Ce lâcher-prise doit correspondre au renoncement du désir de se voir important. La liste n’est nullement exhaustive. De lâcher-prise en lâcher-prise, s’enlève le superflu qui gêne le fonctionnement de l’observation. Le dépouillement prend place sans avoir recours à une idée préconçue. L’ordre intérieur commence alors à poindre, favorisant l’observation. Le discernement est la conséquence de cet ordre intérieur.

Outre l’observation et l’ordre intérieur, la persévérance est nécessaire à la transformation de soi. En effet, comme dans toute exploration, il faut aller de l’avant, sans cesse, et ne pas se contenter de ce que l’on a découvert. Bien que chaque découverte apporte un plus grand émerveillement, on doit être mû par « la nostalgie de l’inaccessible » qui nous appelle de l’autre rive, à travers l’écran de l’apparence. Se contenter d’une découverte est semblable au fait de marquer le pas. Il faudrait se mouvoir, aller plus loin et plus loin, encore plus loin, complètement, jusqu’à la rencontre de la Nature propre de l’existence.

A chaque pas, les formes préexistantes meurent. Elles peuvent être des images de soi que l’on a amoureusement entretenues. Elles peuvent être aussi bien des croyances intellectuelles qui nous ont sécurisés qu’une démarche mentale ou une façon de travailler, etc. Il faut les laisser mourir de leur belle mort, sans les retenir. En ce qui concerne les formes nouvelles, l’individu ne peut rien; la vie se chargera de les apporter; ce dans le respect de la globalité, car, comme nous l’avons vu, elle œuvre partout avec cette intelligence qui ordonne l’univers, depuis les particules, les pétales d’une fleur, jusqu’aux étoiles. L’homme se croit-il capable d’échapper à cette intelligence?

Un roman épique très populaire en Extrême Orient décrit allégoriquement le pèlerinage de l’âme à travers la matière. Le mental y est représenté par un singe. Pas n’importe lequel car il s’agit du roi des singes. Avec toute son arrogance et sa suffisance, il est persuadé d’être le maître de l’univers et d’être capable d’échapper à l’Etre Suprême. Celui-ci dit au singe: « Sans aucun doute, tu peux m’échapper si seulement tu réussis à t’en aller hors de ma main ». Ces paroles aussitôt prononcées, voilà que le singe-roi se trouve dans la paume d’une main immense dont les doigts pointent vers l’infini du ciel.

Sûr de lui, le singe-roi pense: « Si! n’y a que ça à faire… ». D’un seul bond, il saute, très très haut, traversant les nuages. En retombant sur le flanc d’une montagne, il pense: « J’ai réussi, je lui ai échappé ». Mais un éclat de rire retentit dans la montagne; le singe est simplement tombé sur une phalange inclinée. Vexé, il recommence en doublant ses pouvoirs surnaturels. Il s’envole, dépasse les tornades, puis se voit précéder les éclairs. Quand il retombe sur ses pieds, le même éclat de rire l’accueille. « C’en est trop, pense-t-il, je vais maintenant utiliser mes derniers pouvoirs les plus puissants ». Il s’envole de nouveau, saute d’étoile en étoile, de galaxie en galaxie, jusqu’au fin fond de l’espace, jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus. Il atterrit dans une vallée déserte et silencieuse. Assoiffé mais rassuré, il se penche au-dessus d’une source pour se désaltérer. Une chiquenaude le renverse en arrière et il entend: « Alors petit singe, tu n’essaies plus? ». Le roi des singes se soumet à cet instant, en se prosternant dans la main de Celui a qui on n’échappe pas.

Analogue à ce roi des singes, l’homme se croit-il capable d’échapper à l’intelligence de l’Être Suprême ?  Le mental de l’homme est  un singe orgueilleux et rebelle. Ce mental veut être le roi, peu importe qu’il s’agisse des singes. Dans ses agitations, ce roi simiesque se voit déjà victorieux de tout, détenteur de la vérité, se croit l’exception qui échappe à l’Être Suprême auquel tous doivent se soumettre.

Par conséquent, la quatrième nécessité, après l’observation, l’ordre intérieur, la persévérance, en vue de la transformation de soi est un sentiment de déférence et de confiance envers la Vie-Une qui est l’essence des créatures et la manifestation de l’Être Suprême. Ce sentiment fera décroître le sens de la séparativité. Ainsi apparaîtra un sens de la globalité qui donnera naissance à la compassion.

Le sens de la globalité fera ressortir le fait que chacun est une partie intégrante de l’Existence-Une. L’être humain peut bénéficier naturellement du courant de l’Évolution quand existe en lui ce sentiment de déférence et de soumission à la Volonté du Suprême qui veut le bien de tous. Il commence à nager, pour ainsi dire, dans le même sens que le courant évolutif universel. En d’autres termes, il cesse de créer, par sa volition personnelle, des obstacles à l’Évolution naturelle. Cette dernière peut alors œuvrer en toute liberté dans l’individu ainsi transformé. Et la façon dont elle œuvre est tout-à-fait surprenante, car inimaginable, comme la terre ferme pour le poisson.

L’observation accompagnée de ce sentiment de déférence envers la Vie-Une provoquera et facilitera la transformation de soi. Celle-ci se résume en un immense et continuel apprentissage où tout être, tout évènement, tout objet, peuvent servir d’instructeurs. C’est un apprentissage où se fait l’exploration vers le neuf, vers ce qui n’est pas connu. Cet apprentissage permet de briser le cocon déjà formé de soi-même en cassant les barrières mentales qui isolent les êtres les uns des autres et en détruisant la mécanique des automatismes.

Le neuf qui est l’inconnu ne peut se découvrir par les automatismes qui sont des répétitions du connu. Les automatismes sont, pour ainsi dire, autant de ventouses psychologiques qui font adhérer le mental à l’ignorance qui est la racine de l’inconscient. L’apprentissage fait comprendre. La compréhension est la mise en lumière des zones inconscientes de l’être afin que celles-ci s’activent et deviennent éclairées. C’est ainsi que la compréhension fait reculer l’ignorance.

La transformation de soi n’a pas de fin car apprendre n’a pas de fin. Plus on apprend, plus on comprend et vice versa. Apprendre afin de comprendre pleinement la signification et le but de la vie dans sa globalité. Apprendre à agir et à vivre selon cette compréhension, ce qui veut dire mettre sa demeure intérieure – le mental – en ordre, afin que le cœur devienne sensible, que les relations avec autrui – objets et êtres – soient vraies, harmonieuses et belles. Apprendre revient à apprendre à vivre, et « vivre », pour utiliser les mots d’un sage contemporain, « c’est aimer et mourir ».

L’apprentissage de la vie, quand il est véridique, englobe nécessairement l’apprentissage de la mort qui est la seule certitude de l’existence. Entre la naissance sur laquelle aucun contrôle tangible n’est possible, et la mort qui nous attend, implacable, au bout du chemin, s’étend la durée de l’existence qui n’est qu’un tissu de relations. A travers elles se révèle l’expression de la vie qui se manifeste à l’intérieur des êtres. En d’autres termes, à travers les relations se révèle l’expression de l’âme.

Alors que cette expression s’écoule tranquillement et librement dans l’être dont l’intérieur est clair, en ordre, elle rencontre des obstacles créés par tant d’activités égocentriques chez l’être qui refuse la transformation de soi. La clarté de la vie avec toute sa beauté dont parlent les sages, ainsi que les instants privilégiés où tout paraît lumineux aux yeux de certains poètes, se trouvent obscurcis par ce tourbillon égocentrique. Le monde devient alors ténèbres nées de l’ombre projetée par ce tourbillon.

Dans les ténèbres de ce monde égocentrique, il n’y a pas de sécurité car l’ombre que projette le moi est une insécurité grandissante. Il importe de s’y orienter de façon à ne pas se perdre dans le labyrinthe des ombres multiples du moi. Le sens de la globalité, né de la déférence envers la Vie-Une, devrait donner une sorte d’orientation générale aux mouvements effectués dans ce monde. Un poème Zen dit: « Dans les ténèbres du monde, allume la mèche du cœur pour éclairer ta route ». La route est d’autant plus longue que l’ombre du moi est épaisse. La mèche du cœur qui est la compassion est d’autant plus nécessaire; elle est en vérité la lumière qui fait reconnaître la lumière dans la nature profonde de toutes créatures.

Cette mèche du cœur doit s’allumer au cours de la transformation de soi. Sur la route de l’exploration de la Vie, cette inconnue, les secrets se révèlent les uns après les autres. Quand la lumière est perçue au cœur même des êtres et des choses, il n’y a plus d’explorateur. Il est désormais confondu avec l’exploration. Il n’y a plus que la Vie qui se déploie, puissante et tranquille, libre de tout obstacle, dans un vaste mouvement d' »Amour qui embrasse tout en Un ».

TRAN Thi Kim Diêu

Ecole d’Eté – GLION

Septembre 1990