Murshida Fazal Mai Egeling : La vraie vie


08 Sep 2012

(Revue La pensée soufie. No54. 1977)

L’auteur de cet article s’appelait Fazal Mai. Ceux qui l’ont connue disent que c’était une personne très simple et candide. Elle avait pris Hazrat Inayat et sa famille sous sa protection matérielle; ainsi eurent-ils enfin une sécurité et une stabilité qui leur avait fait si amèrement défaut jusque-là. Mais sous cette modeste apparence se cachait peut-être une qualité que nous comprenions mal. Hazrat Inayat parle d’elle comme d’une « âme sainte » (a saintly soul), et à notre connaissance, il ne donne ce qualificatif à personne d’autre de ceux qu’il nomme dans son Autobiographie. En tous cas, les lecteurs assez familiarisés avec l’œuvre du Maitre ne pourront qu’être frappés par le court article qu’on va lire d’elle le fond comme la forme paraissent venir d’Inayat Khan lui-même; c’est une réflexion naturelle du Murshid par sa disciple.

Michel Guillaume

Avant de pouvoir connaître la vérité

Apprenez à vivre la vraie vie.

Comme le macrocosme enveloppe le microcosme

et l’électron se cache dans l’atome;

comme l’atmosphère enveloppe le soleil

et le feu se cache dans la profondeur de la terre;

comme la matière enveloppe l’esprit

et l’idée se cache dans la pensée;

comme l’ignorance enveloppe la connaissance

et Dieu se cache dans la nature,

ainsi la Vérité se cache dans la Sagesse.

Qu’est-ce donc que la Vérité?

L’homme s’est toujours posé cette question à travers les âges, depuis qu’il a commencé à sentir: depuis que la perception des sens a fait écho dans son cœur il a cherché une réponse de tous côtés et en tous temps.

L’homme a résolu maint problème difficile, mais il a grand peine trouver une solution à la plus pressante des énigmes.

La vérité se cache sous un grand nombre de voiles.

Toute beauté est voilée. La beauté de l’âme humaine est cent fois recouverte.

Les vertus de l’homme se dissimulent sous de multiples enveloppes et il lui faut plonger tout au fond de soi-même pour découvrir l’image de Dieu.

Toutes les choses précieuses sont écartées du regard de l’homme; une telle épaisseur s’interpose qu’il est nécessaire de creuser profondément la terre pour arriver à la source pure, ou pour exposer au jour de précieux filons d’or et d’argent.

Nous devons chercher dans le fond de notre conscience la fontaine de la rectitude; nous devons descendre dans notre être le plus secret pour faire jaillir la source de la sagesse.

Il nous faut plonger au centre de la Sagesse pour trouver la Vérité.

Qu’est-ce que la Vérité?

Les sages de tous les temps se le sont demandés. Ils ont sondé jusqu’aux limites extrêmes de leur existence pour savoir à quoi s’en tenir, et dans ces occultes profondeurs ils ont trouvé la pierre philosophale, et dans le cœur de cette précieuse pierre de sagesse se cachait le joyau sans prix de la Vérité; l’essence même de la vie, l’essence de toute existence; la lumière souveraine des êtres et des choses: car Dieu est Vérité.

Cette Vérité comment la connaître?

Le Gayan nous montre le chemin qui y mène, lorsqu’il nous dite « Avant de pouvoir connaître la Vérité, apprenez à vivre la vraie vie.

Les sages de toutes les époques ont vécu la vraie vie. En agissant ainsi, en étant sincères vis-à-vis d’eux-mêmes, en dominant leur faux moi et en s’élevant au-dessus des mensonges du monde, ils ont trouvé la lumière de la Vérité. En vivant avec droiture ils ont connu la lumière de la Vérité car la droiture est la semence de la Vérité.

Ils ont compris que la Vérité est la fin et le but de toute existence.

Que la Vérité est au-dessus du pouvoir de la mort.

Que la Vérité est omniprésente, éternelle et glorieuse.

Les sages de tous les temps ont compris et réalisé la vraie vie, la vie droite, celle qui s’efforce vers la perfection, celle qui aspire au bien suprême, au plus haut état de l’âtre.

Ils ont appris à vivre la vie véritable, afin de connaitre la Vérité.