R. Linssen : L’acte de création pure et les créatures


30 Jul 2010

(Revue Spiritualité. No 30. Mai 1947)

THEME DE MEDITATION DU 11 MAI 1947

La multiplicité des expériences, des tâtonnements auxquels procède l’homme dans sa recherche du bonheur provient d’une ignorance fondamentale. Dès l’instant où cette ignorance se trouve totalement remplacée par le discernement de l’Éternel, au cœur même du transitoire, l’état de Paix et de Bonheur permanents est réalisé.

Mais de quelle ignorance s’agit-il ? Elle s’applique autant au manque de connaissance que nous avons de notre nature profonde que de celle du milieu au sein duquel se poursuit notre existence. Elle provient du fait que nous ne sommes que de simples résultats de causes qui nous échappent encore; résultats complexes vivant avec d’autres résultats complexes au milieu d’un cadre qui n’est lui-même qu’un résultat complexe. Résultats de quoi ?

Pour le comprendre il est indispensable d’éliminer la confusion qui existe, entre l’Univers et nous-même d’une part, et la source profonde qui l’alimente, le soutient, le recrée à chaque instant.

En d’autres mots : il est nécessaire de méditer profondément sur le fait que l’Univers et nous-mêmes, ne sommes que des créatures émanant d’ACTES de création.

Tout acte de création pure, par lequel se maintient et se perpétue l’Univers est dynamique. Il est le mode d’existence de l’ETRE. Il est Pure Joie.

La souffrance constitue le propre des créatures. Elle résulte de l’impermanence fondamentale de celles-ci.

L’acte de création pur est à la fois infini et indéfini. Il est extra-temporo-spatial.

Les créatures sont finies et définies. Elles sont régies par le temps et l’espace.

En quoi consiste la libération ? Elle consiste dans l’affranchissement de la seule existence de créature périssable, pour s’insérer dans le dynamisme de l’ACTE créateur. L’acte créateur lui-même étant un PRESENT ETERNEL est impérissable, pour autant que ce qualificatif « impérissable » ne s’applique pas à une « chose » mais constitue plus exactement un symbole d’ETERNITE.

Les actes procréateurs de la matière constituent au moment même de la création une succession ininterrompue de moments de JOIE.

Mais à peine il y a-t-il « créature », que la souffrance apparaît. Et les lois de la matière physique sont ici également valables pour les activités émotionnelles et mentales.

L’acte créateur est la fusée éternelle. Les créatures en sont les débris éteints. Lorsque nous disons que l’acte créateur est la fusée éternelle il s’agit d’une image. Car IL n’a ni commencement ni fin, il n’a pas la consistance « solide » d’une chose ni la conscience limitée d’un individu, tout en étant l’UNIQUE soutien des choses et des individus.

L’acte créateur est éternellement vivant au rythme spontané, gratuit des plénitudes ineffables. Les créatures sont temporairement vivantes, par vitesse acquise. Elles sont tarées de l’impermanence et de la mort.

Tel est le langage de la créature qui timidement s’éveille. Les débris éteints que nous sommes, ne peuvent avec leurs yeux de chair, que contempler d’autres débris éteints. Car la FUSEE éternelle est insaisissable, impensable, inconnaissable. Et cependant elle EST.

Mais au cours d’une phase ultérieure, la créature évoluée se libère de la relativité, des opposés, des divisions où elle naquit, et qui, cependant, furent utiles pour les commodités de son langage.

Elle découvre dans un émerveillement sans borne, que l’apparente extinction des débris qui forment, autant l’Univers qu’elle-même est une illusion.

Au delà de l’apparente fixité de surface, elle discerne le prodigieux entrecroisement de flux et d’ondes des profondeurs.

La créature fascinée par l’étrange magie que suscite la découverte de son origine s’élance vers la traînée lumineuse de l’ACTE de création pure. Elle en pressent obscurément la présence souveraine. Brûlée par la flamme irrésistible d’un amour éperdu, elle s’apprête à chaque instant à bondir au seuil de l’insondable. Et parfois, enfin libérée de l’illusion de la conscience d’elle-même, elle plonge dans le Grand Océan sans NOM ni FORME dont l’infinie béatitude inonde les rives ultimes de l’âme.

Elle en revient toute confondue, dans une folle ivresse d’éblouissement et de Lumière.

L’Océan de création pure, qui n’a cependant pas d’Espace, possède ses vagues qui déferlent éternellement en dehors du temps. Contradictions… et paradoxes pour l’intellect, ces pensées sont de pures vérités pour les Sages. Elles sont plus vieilles que le monde. Mais il est bon de les rappeler.

Au terme ultime de cet étrange pèlerinage des créatures vers l’ACTE de création pure se situe l’apothéose: l’homme accompli. Il est le dieu vivant en qui s’incarne et se réalise l’UNITÉ indivisible de l’Univers. Il s’est affranchi des voiles de l’ignorance. Il a vaincu l’illusion de la conscience de son « moi séparé ». La dualité de l’ACTE de création pure et de la créature a disparu. Elle n’a jamais existé que dans sa pensée car le mental est le « destructeur du Réel. »

Alors, et alors seulement commence la vie véritable, la JOIE… « en face de laquelle toutes les autres joies ne sont que souffrance ».

Ram LINSSEN