Jacques Vanaise : L’anthropocosmologie : modèle de connaissance (de soi) à l’usage du 3e millénaire


27 Oct 2011

(Revue Epignôsis. No I, 2ème cahier. Juin 1983)

Depuis Einstein et Heisenberg, le chercheur du XXe siècle se doit de réhabiliter ce qu’il espérait avoir éliminé définitivement de son champ d’étude : le RELATIF et l’INCERTITUDE.

Désormais, l’univers n’est plus constitué de choses imbriquées les unes dans les autres, en un tissu cohérent où l’espace fait figure d’architecte.

L’univers est désormais un champ de relations et d’incidences ; un champ où les choses et les êtres se définissent en tant que TERRITOIRES où interagissent les différentes parties qui les constituent.

Or, les prolongements et les retombées de ces conceptions nouvelles ne manquent pas de réorienter l’exploration des phénomènes vivants et des processus psychologiques.

Il en ressort, par exemple, que chaque niveau d’organisation se doit d’être informé de ce qui se déroule dans le milieu qui l’englobe, à seule fin de s’y adapter.

Tel est le contexte théorique d’une nouvelle conjugaison de l’universel et du particulier, conjointement à laquelle s’opère une résurgence des Traditions, parmi lesquelles : l’ASTROLOGIE.

Un contexte, où les êtres et les choses sont pensés en tant que processus en marche vers leur possible, mais aussi en termes d’interdépendance et de mise en relation, chaque être et chaque chose y trouvant leur identité à la mesure de leurs interactions avec ce qui les entoure.

Chaque individualité y découvre sa spécificité au terme d’une genèse qui consiste à réinterpréter sans cesse la réalité du monde pour y insérer la légitimité de son ordre intérieur.

En fait, tout concourt aujourd’hui à la réhabilitation de l’astrologie, délivrée du visage mystérieux et irrationnel que lui prêtait, hier encore, l’interprétation mécaniste du monde et de la vie.

Les astres y apparaissent désormais en tant qu’indicateurs de circonstances, rendant compte, à leur manière, d’une coïncidence d’événement entre des phénomènes de nature différente, selon le principe que le semblable agit sur le semblable, par un effet de sympathie ou de résonance.

La thèse centrale que développe l’astrologie nouvelle est que c’est notre perception et notre traduction du monde qui, dès la naissance, l’édifient pour nous en objet de CONAISSANCE.

Mais chacune des parties constitutives du monde dit « objectif » est ici la cristallisation d’anciennes réponses, d’anciens comportements, inscrits au cœur de notre histoire personnelle aussi bien que dans l’héritage de la vie qui, depuis toujours, programmait notre arrivée…

De sorte que chaque pièce de l’échiquier génétique ou « astral' » attend désormais l’occasion, l’opportunité de déployer ses réserves de souvenirs et de capacités en des formes toujours nouvelles, actualisant ainsi, dans le cours de notre vie, les comportements qui répondront le mieux à la pression des circonstances extérieures de même qu’à l’exigence de nos ambitions personnelles.

En résumé, le développement de notre personnalité dépend d’une dialectique qui s’inscrit obligatoirement dans la durée. Car c’est à mesure que notre interaction avec le monde a pour effet d’activer ou d’actualiser des réponses adéquates, déjà mémorisées, qu’elle rend aussi possible l’éveil et le développement de nouvelles stratégies, servant en cela l’originalité de notre projet initial de croissance et de développement.

Ainsi se déploie progressivement l’enchaînement de nos interactions avec le monde, se confondant bientôt avec notre insertion dans le monde.

Or, c’est précisément ce dont nous entretient l’astrologie qui élargit cette dialectique aux dimensions de l’univers. Dialectique qu’elle « systémise » par ailleurs à l’aide d’une unité de mesure cosmique qui fait largement appel à l’analogie et au symbole.

Ce que déchiffre et explicite l’astrologie, c’est, en dernière analyse, un rapport d’incidence (une COÏNCIDENCE) entre l’objet et l’outil, entre l’organe et sa fonction, entre l’héritage et l’acquisition, entre le souvenir et la découverte, entre le germe et le devenir, autant de conséquences qu’elle transpose dans une relation de l’universel au particulier.

Ce qu’elle synthétise, en une unité (en une configuration) d’espace-temps, c’est le projet de notre intégration à l’univers et de notre participation au monde.

Ce qu’elle « systémise », c’est l’instant unique où s’inscrit le programme qui définira notre être particulier, en son désir de la chose qu’il veut accomplir (lui-même) et dans l’intuition de l’heure universelle la plus adéquate à son avènement (à sa naissance) : celle qui gouvernera parallèlement et pareillement les choses les plus propices à son projet.

Mais la spécificité de l’astrologie est surtout de focaliser un tel projet en une sorte de point zéro : celui de la naissance. En un point à partir duquel l’être vivant ne cessera désormais de polariser l’espace qui l’entoure, engendrant, au gré de sa fantaisie ou à la lumière de son expérience, le haut et le bas, l’avant et l’après, le proche et le lointain, le conscient et l’inconscient, le connu et l’inconnu, la réalité et le rêve…

La naissance apparaît ainsi comme le moment conjugué d’une libération (implicitement évoquée par la « délivrance » de la mère, mais aussi par le premier cri du bébé, premier pas vers son autonomie) et d’un ancrage, d’un contact instantané avec le monde, d’une fixation irréversible à la terre.

C’est ce moment fugitif que l’astrologie tente de restituer, éclairant du même coup tout un projet de vie, dans une sorte de préséance du germe sur le devenir, dans une anticipation du projet sur  l’acte.

Philosophiquement, l’ontogenèse de la personnalité obéit donc ici à un jeu de CONNIVENCE avec l’instant universel qui en est le signe et le présage. Se fondant sur une analogie entre le microcosme et le macrocosme, l’astrologie désigne donc la configuration qui éclairera ce qu’il y a de plus obscur et de plus mystérieux au sein de notre personnalité : l’essence même de notre être ; ce virtuel qui ne cessera de s’actualiser à travers la subjectivité de notre moi.

C’est une sorte d’ADN astral, porteur de notre singularité en même temps que rappel de notre filiation avec tout l’univers. Et c’est à l’échelle de tout l’univers que l’astrologie choisit l’écosystème (le cosmo-système) dont elle a besoin : celui qui doit englober tout ce qui est susceptible d’occuper notre mémoire et de participer à notre devenir.

Mais il va de soi que l’astrologie dans son étymologie la plus directe, à savoir celle d’une logique ou d’un LOGOS des astres, ne saurait englober à elle seule les multiples données concourant à l’émergence et à la synthèse d’une telle science de l’ETRE-AU-MONDE.

Certes, elle soutient et éclaire un grand nombre des indices nécessaires. Mais son objet est tout au plus d’occuper une sorte de position centrale : celle d’un référentiel cosmique privilégié, celui-là même que postulait déjà la Tradition et autour duquel doit s’organiser aujourd’hui une investigation ou un consensus se réclamant de la démarche transdisciplinaire.

Le concept d’ANTHROPOCOSMOLOGIE synthétise parfaitement cette idée, ce lieu de convergence, ce laboratoire où doit se manifester la coïncidence entre l’homme (ANTHROPOS) et l’univers (COSMOS).

L’anthropocosmologie englobe donc la philosophie aussi bien que la technique de l’astrologie, auxquelles elle adjoint et, parfois, confronte les méthodes et les propositions d’autres disciplines humaines concernées par son projet.

De nombreuses publications et de nombreux colloques attestent, au seuil du 3e millénaire, d’une convergence de la science et de la Tradition.

L’anthropocosmologie ne prétend évidemment pas avoir suscité cette rencontre. Elle n’en réclame pas davantage la supervision. Tout au plus s’efforce-t-elle d’y adjoindre et d’y privilégier le paramètre astrologique. Les réponses qu’elle tente de donner à quelques-unes de nos questions existentielles rejoignent inévitablement le caractère individuel et unique de notre PRESENCE-AU-MONDE. Ses réponses sont donc les nôtres.

Ses progrès sont les victoires que nous remportons sur nous-mêmes, à la recherche de nos origines et de notre vérité. Mais sous son éclairage, cette vérité, pour individuelle qu’elle soit, ne peut que rejoindre et intégrer la dimension transpersonnelle qui nous rend tous solidaires et qui nous associe collectivement au jeu et à l’histoire de l’univers.

En prolongement de quoi l’anthropocosmologie est aussi un outil qui se veut efficace à l’usage de la personne humaine en quête de liberté et de participation ; à l’usage des générations nouvelles qui feront le 3e millénaire. Car une anthropocosmologie qui n’aurait pour but que de nous confirmer dans nos hésitations et dans nos peurs ne nous serait pas d’un grand recours.

Ce qu’elle doit rendre possible, c’est assurément l’accomplissement du vieil adage « Connais-toi toi-même ». Mieux se connaître, c’est mieux connaître la machine intérieure qui, depuis le premier jour de notre vie, simultanément nous nourrit et nous piège. C’est découvrir les multiples « JE » qui nous habitent et qui, souvent, se jouent de nous, pour ensuite apprendre à mieux les utiliser et à mieux les coordonner et, ainsi, parvenir progressivement à nous dégager de nos automatismes, à mesure que nous retrouvons le contact avec la source même de notre vie et de notre être.

Devenir « qui » nous sommes et retrouver le fil d’Ariane qui conduit au centre de notre vie, telle doit être notre préoccupation majeure, tout particulièrement à ce moment de l’histoire humaine où il nous faut  imaginer les fondements d’une vie plus créatrice et plus ouverte.

Tel est ici le pari que relève l’anthropocosmologie : celui de  nous insérer au cœur même de l’aventure cosmique, en même temps qu’elle  nous restitue la clef unique donnant accès à notre propre échiquier de vie.

L’anthropocosmologie entend donc souligner l’urgence d’une connaissance de soi, celle-ci se définissant ici comme une sorte de naissance à sa propre lumière, à son propre soleil, symbolisant le principe d’un retour à l’unité de soi.

Mais réaliser l’unité de soi, en répondant par exemple à chaque injonction qui nous pousse à nous affirmer et à nous définir, c’est aussi, parfois, nous fermer à d’autres possibles… De sorte qu’arrivés au bout de nous-mêmes, au bout de notre périple, nous ne pouvons que revenir sur nos pas, à la recherche d’une autre clef, ou d’un autre signe.

C’est ici que l’anthropocosmologie se fait MÉTAPHYSIQUE, dès lors que la saisie même du réel s’apparente aussi à une sorte d’imagination créatrice proche de la perception IMMÉDIATE des poètes et des mystiques. De sorte que si l’anthropocosmologie réinstaure la primauté du sujet, tel qu’en lui-même il est capable de tresser sur l’écran noir d’un monde qu’il découvre les médiations que lui dicte sa subjectivité, elle intègre aussi ces suggestions ou ces réponses venues d’ailleurs, indépendantes de notre volonté consciente et jetées comme un éclat de rire à la face des vaines constructions de la pensée raisonnante.

Jacques Vanaise est astrologue. Il travaille à trouver/créer des ponts entre la tradition et la modernité…