Solange de Mailly-Nesle : L’astrologie réhabilitée


15 Oct 2010

(Revue 3e Millénaire. Ancienne Série. No 2. Mai-Juin 1982)

Science des prêtres et des initiés,

devenue la « prostituée » des temps

modernes, elle mérite pourtant

d’être sauvée

Colbert, d’un trait de plume, supprima l’enseignement de l’astrologie dans les facultés françaises. La science d’alors pensait que cette vieille tradition millénaire — apanage des prêtres et des initiés qui en tiraient un pouvoir exorbitant — était devenue inutile ou dépassée. Les sottises de Colbert son rares. Celles des scientifiques beaucoup moins. De nos jours, on reprend certains enseignements de l’astrologie et, pour peu qu’on ne veuille seulement interroger l’avenir, elle livre de précieux renseignements sur le caractère, les moteurs de comportement, les faiblesses et les forces d’un individu. L’astrologue Solange de Mailly-Nesle (Lire son « L’Astrologie »  éd. Fernand Nathan), travaille depuis des mois avec des médecins, des psychiatres et déchiffre pour eux des indications précieuses dans le ciel astral de leurs malades. De plus avec le Pr. Etienne Guillé elle participe à des recherches sur les correspondances ADN-métaux-planètes. Ses recherches, garanties par le sérieux des expérimentations, aboutiront peut-être un jour à rendre à l’astrologie une honorabilité qui doit être la sienne et qu’on lui refuse depuis trop longtemps.

QUAND une personne prend rendez-vous avec un astrologue, elle cherche à obtenir pour la plupart du temps une assurance sur le destin.

Cette démarche fait sourire, quand elle ne soulève pas une réprobation violente : les rationalistes se moquent de l’astrologie qu’ils considèrent comme une délirante investigation.

Pourtant des personnalités comme Kepler, Galilée, Copernic ou Newton, pour ne citer qu’eux, se sont intéressés de près à cette science. Kepler disait notamment d’elle : « vingt années d’études pratiques m’ont convaincu de sa réalité ; à mon avis ceux qui condamnent entièrement ce domaine de la connaissance, comme une sottise, se trompent, égalés qu’ils sont par leur raison ou leurs opinions. »

Tandis qu’Einstein affirma plus tard : « l’astrologie est une science en soi illuminatrice. J’ai beaucoup appris grâce à elle et je lui dois beaucoup. »

J’ai commencé à étudier l’astrologie parce qu’elle est l’expression d’un paradoxe : pratiquée depuis 5000 ans et défendue par des hommes dont on ne peut contester l’honnêteté intellectuelle, elle n’en est pas moins controversée. J’ai proposé au Docteur Mantel, de la faculté de Lausanne, qui n’était pas du tout initié à l’astrologie et qui était même assez réfractaire à sa démarche de tenter une confrontation entre les conclusions issues du thème natal et le diagnostic médical.

Or l’étude que nous avons menée semble concluante. Dans ses grands traits, l’astrologie rend compte de la personnalité profonde d’un individu. En connaissant son sexe et les seules données de la date, de l’heure et du lieu de sa naissance, on peut traduire le tempérament, les données principales du comportement caractérologiques et les tendances psycho-pathologiques.

Le thème de naissance a pu mettre en évidence des cas de paranoïa, de schizophrénie, de comportement maniaco-dépressif ainsi que l’évolution clinique des symptômes.

Représentant la carte du ciel d’un sujet au moment de sa venue au monde, il comprend les positions des planètes et les coordonnées terrestres exactes de la naissance que l’on a projetées sur l’écliptique (route apparente du soleil vu de la Terre). Ces coordonnées vont traduire la façon dont un être polarise l’espace qui l’entoure et rendre compte, si l’on peut dire, de sa participation avec l’univers. La carte du ciel exprime la coïncidence entre un instantané céleste et un instantané terrestre.

Jusqu’à présent, le Docteur Mantel utilisait l’étude de la morphologie et de la graphologie reconnues par la médecine pour esquisser le profil de ses patients.

La graphologie atteint un assez haut degré de précision quant à l’émotivité d’une personne au moment où elle écrit. Elle change suivant les facteurs internes de l’individu. Il s’avère que l’astrologie ne double pas les résultats de la graphologie ni ceux de la morphologie, mais apporte une connaissance supplémentaire. Elle rend compte de l’esprit de la personne profonde et elle aide à découvrir les potentialités obérées un moment par la maladie. En effet, quand un sujet traverse une période de crise à la suite d’un accident grave : tentative de suicide, violence diverse contre soi-même ou autrui, l’état de crise psychique masque la totalité de la personne au médecin, car elle ne met en évidence que l’un de ses aspects, celui de la maladie.

Or le profil global d’un thème apporte au médecin des renseignements qui lui permettront de préciser la programmation génétique. Ainsi pourra-t-il affiner son diagnostic et éviter dans certains cas des traitements de choc que la manifestation des symptômes semblait nécessiter. On pourrait comparer un thème à une équation algébrique dont les facteurs seraient représentés par les planètes et les variables par l’hérédité du sujet et le milieu ambiant dans lequel il a vécu. Il donne le fonctionnement d’une structure humaine, il indique les paramètres de son évolution mais il ne peut en préciser le niveau qui varie avec l’essence propre du sujet.

Ainsi vérifions-nous le vieil adage thomiste : « les astres inclinent mais ne déterminent pas. »

Ce qui différencie l’astrologie des autres approches psychologiques de l’être humain, c’est qu’elle étudie l’homme avec une unité de mesure cosmique exprimée en termes de symboles.

Quand un astrologue étudie un thème de naissance, il traduit en langage actualisé, l’équation symbolique que lui donnent les rapports planétaires. Il exprime en termes concrets la mythologie planétaire qui vit dans l’individu et dont la carte de naissance est le reflet. Le symbole exprime de façon imagée l’intuition que l’homme a du réel. Les anciens avaient supposé certains « ordres » dans l’univers allant des infiniment petits jusqu’aux planètes ; ils avaient établi des lois d’harmonie au sein des systèmes qui partaient d’un phénomène terrestre observable jusqu’à la planète englobant de façon analogique toute une chaîne de correspondances. Par exemple, le soleil qui est le centre de gravité de l’univers, qui éclaire, rayonne et féconde, représente l’idéal, mais aussi le père, qui guide pendant l’enfance, et, par la suite le centre de gravité que l’on veut réaliser. Il est, sur le plan physique, le cœur au sein du corps humain.

Autrefois il était associé dans la mythologie au dieu Apollon (mais aussi Hélios) dont la devise était « connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers ».

La lune qui reflète la lumière du soleil exprime l’intuition ; régissant les pluies et la fécondation, elle est devenue l’expression de la féminité. Elle fut représentée suivant ses phases par les déesses Hécate, Séléné ou Diane.

Vénus, l’étoile la plus brillante, qui préside au lever du soleil et qui annonce celui de la lune, faisant ainsi le lien entre le pôle masculin et le pôle féminin, personnifia les pouvoirs de l’attraction de la séduction ou de la sensualité ; elle devint la dresse de l’amour.

Ou encore Mercure la planète la plus proche du soleil, pôle de lumière et de conscience, la planète la plus rapide toujours en mouvement personnifia l’agilité mentale, l’esprit de repartie, la communication et les activités commerciales.

Le symbole planétaire s’est constitué peu à peu par une analogie de significations qui va du physique au divin, car les astres étaient des représentations des dieux quand ils n’étaient pas les dieux eux-mêmes. Et si l’homme a assimilé le soleil par exemple au créateur parce qu’il était générateur de ce qui croît, au héros, au chef parce qu’il guide la nature, c’est parce que l’homme en portait lui-même dans son inconscient le type ou le modèle.

Le symbole est l’expression d’une participation affective de l’être au monde ; il raconte tout le chemin qui va du vécu inconscient au lieu de sa projection ou de sa matérialisation.

Ainsi le thème natal qui relève l’agencement des symboles planétaires au moment de la naissance nous donnera le schéma de participation inconsciente de l’être avec le monde. Il exprime la grammaire symbolique de la psyché d’un être humain, et en découvrir le verbe, les compléments, c’est découvrir la phrase individuelle telle qu’elle s’inscrit dans le grand livre de l’inconscient collectif.

Mais alors comment comprendre le fait que cette fonction symbolique ait une existence réelle en nous ? Comment comprendre que les planètes, les « corps morts » aient une relation avec notre être ?

En Suisse, en Allemagne et en France, avec le Professeur Faussurier, des biologistes ont découvert que des corrélations planétaires influençaient des solutions chimiques (alcaloïdes). Ils ont étudié principalement les rapports entre la lune, Mercure, Vénus, Mars et Saturne, pris deux à deux et ont constaté que la formule des solutions change brusquement quand se produisent des aspects particuliers entre ces planètes (carré, opposition, conjonction).

Par ailleurs, les travaux de Madame Kolisko sur des solutions de sel métallique, comme le chlorure d’or, le nitrate d’argent ou le chlorure d’étain, montrent que la migration du métal par capillarité sur une feuille de papier est liée aux interactions planétaires. De plus, la migration de chaque métal établit les mêmes correspondances que la tradition a attribuées aux planètes et aux métaux : on retrouve un lien entre le soleil et l’or, la lune et l’argent, Mars et le fer, Jupiter et l’étain.

Ces découvertes sont d’une très haute importance : on n’avait jamais pu, jusque là, mettre en évidence la simultanéité des mouvements planétaires avec un test chimique. Il semblerait qu’un champ de forces particulier dans le ciel agisse corrélativement à un champ de forces terrestre. On peut alors se poser la question suivante : comment l’homme est-il réceptif à ces champs de forces ?

Les travaux du Professeur Etienne Guillé nous ouvrent la porte de la compréhension. La molécule d’A.D.N. est susceptible de contenir les sept métaux en rapport avec ceux que la tradition alchimique a attribués aux 7 premières planètes [1]. Or il est prouvé maintenant que les métaux sont en mesure de recevoir des messages de l’environnement et de les transmettre à la fonction génétique…

Ceci se ferait grâce à l’existence d’un deuxième code génétique qui serait le récepteur des variations de l’environnement et en particulier des influences cosmiques gravitationnelles, électromagnétiques… induites par les planètes. Ces influences varieraient en fonction des aspects respectifs des planètes.

Il est possible d’envisager que ce deuxième code transmettrait ces informations au code génétique classique (séquence des constituants nucléotidiques ATGC), que l’on connaît depuis longtemps, en modifiant ainsi les conformations de la molécule. Les messages se « diffuseraient » grâce aux trois grandes familles de métaux dont font partie les sept métaux de la tradition [2] et feraient varier leur mode de fixation sur l’A.D.N. qui provoquerait les conformations caractéristiques de la molécule, entraînant des variations énergétiques quantifiables susceptibles de modifier l’information génétique. Les recherches se poursuivent, on n’a pas encore pu préciser si, aux mouvements de Vénus par exemple, à laquelle la tradition a assimilé le cuivre, correspondent, dans le même temps, une modification sensible de cet élément sur la molécule d’A.D.N. Mais on ne peut plus nier l’évidence d’une affinité entre le macrocosme et microcosme en Biologie.

Paracelse pour qui la maladie était en relation avec le psychisme et ce psychisme avec les astres ne disait-il pas : « les étoiles intérieures de l’homme sont dans leur propriété, leur nature, leur espèce, leur position et leurs mouvements, semblables aux étoiles extérieures dont elles ne différent que par la forme et la matière. Le soleil, la lune et toutes les planètes ainsi que les étoiles et le chaos tout entier se retrouvent dans l’homme ».

Le thème natal, reflet du ciel extérieur au moment de la naissance, trouverait sa résonnance dans nos cellules.

Peut-être sommes-nous maintenant en mesure de comprendre l’attitude de l’homme archaïque se projetant dans l’univers pour le saisir et se saisir lui-même à travers lui. Si les cellules qui le composent sont faites à l’image du monde, système d’un autre système, il nous apparaît plus clair que l’homme ait pu se reconnaître, et se reconnaisse aujourd’hui dans l’univers.

Et de la même manière que nos ancêtres découvrirent le monde en se projetant sur lui, ne peut-on pas supposer que l’enfant qui vient au monde entre en interférence avec le cosmos qui l’entoure. L’agencement de ses métaux dans la molécule d’A.D.N. se ferait de façon analogiquement semblable à la disposition planétaire de ce moment.

Ceci reste à vérifier et dans quelle proportion, car cette « fonction métal » serait aussi héritière de ce que l’être a vécu pendant l’embryogénèse.

Le travail de l’astrologue est « d’établir » la concomitance entre un mouvement planétaire spécifique et un événement psychique (qui pourra dans certains cas se concrétiser). Car l’astrologie repose sur le fait que « le semblable agit sur le semblable par un effet de sympathie ». Il n’y a pas de relation de cause à effet entre les planètes et les hommes mais une relation de simultanéité.

L’astrologue tente donc de prévoir un phénomène de synchronicité se produisant entre les planètes et l’homme. La loi de synchronicité exprime une coïncidence d’événements entre des phénomènes de nature différente, et rend compte de leur arrangement acausal. Elle traduit la manifestation des archétypes ou expression symbolique des énergies primordiales.

Quand l’astrologue étudie l’évolution d’un thème, il appréhende la manifestation des archétypes au sein de la psyché d’un être humain. On comprend dès lors très facilement qu’il est fort difficile de prévoir précisément cette évolution : on ne peut seulement que caractériser la qualité des événements possibles de synchronicité. Les astres ne sont que des indicateurs de circonstances et dans leur évolution cyclique, ils peuvent être porteurs de phénomènes de synchronicité.

Mais l’homme est sensible à de multiples champs de forces (comme les courants telluriques) qui ne se manifestent pas uniquement au travers des planètes. Ainsi d’autres champs de forces issus de l’énergie primordiale contrarient probablement ceux dont les planètes sont les réceptrices et les transmettrices.

Les mouvements planétaires, s’ils étaient les seuls témoins des phénomènes de synchronicité, prouveraient du fait de leur déroulement cyclique que la synchronicité est un arrangement régulier. Or par la spécificité des mouvements énergétiques dont elle rend compte, elle est non linéaire ou acausale ; la régularité des mouvements planétaires ne peut pas nous assurer d’un phénomène de synchronicité. Nous ne pouvons pas certifier qu’ils vont « déclencher » un événement particulier chez l’homme. En étudiant les évolutions planétaires et leurs rapports avec un individu, nous pouvons donner la qualité des événements possibles, et proposer certains niveaux de manifestation sans être capables de déterminer quel est celui qui aura réellement lieu.

Mais cette étude n’est pas inutile pour, autant : car en ce qui concerne des malades en neuropsychiatrie, caractériser la tendance des manifestations possibles est un renseignement précieux. Car avec les données de la maladie le médecin pourra traduire ces informations et prévoir spécifiquement le terrain où se manifesteront les énergies planétaires. Aux coefficients planétaires que lui donna l’astrologue, il insérera la variable de l’individu dont il a le comportement psychologique et les manifestations physiques précises. Par exemple dans un cas de sevrage à la drogue, connaître l’évolution de la sensibilité, l’amplitude des réactions dans le temps permet d’ajuster la thérapie chimique.

Dans ce domaine où les certitudes médicales sont encore relatives, l’astrologie peut apporter son concours et prouver son utilité. En collaborant avec d’autres approches de l’être humain, auxquelles elle livre des informations sur le comportement, elle peut espérer reprendre sa place parmi les sciences de l’homme et ne plus être cette « prostituée » qui avait détrôné la grande dame de la tradition.


[1] Les métaux qui correspondent avec les planètes sont : l’or et le soleil, l’argent et la lune, le plomb et Saturne, le mercure et Mercure, le fer et Mars, le cuivre et Vénus, l’étain et Jupiter.

[2] Parmi ces trois grandes familles, nous avons celle qui ferme la molécule — famille I — celle qui soit la ferme, soit l’ouvre-famille II — enfin qui l’ouvre uniquement — famille III — les 7 métaux dont nous avons parlé font partie de ces deux dernières.