Cesina Bermudes : Le concept de libération


28 Aug 2011

(Revue Le Lotus Bleu. Décembre 1982)

En théosophie le mot « libération » se rapporte habituellement à devenir libre du cycle de réincarnations : c’est l’éclatement de la chrysalide de la personnalité ! L’homme se libère et s’envole de ses ailes comme le papillon. C’est là le but de l’Évolution humaine, mais après l’avoir atteint l’homme ne va pas s’arrêter sur un si bon chemin.

Avant et après l’évolution humaine il y a eu et il y aura d’autres libérations.

Le passé et le futur de notre Évolution sont un éternel présent dans la Préméditation du Créateur. Alors on peut, peut-être, considérer l’entrée en Nirvana comme la libération suivante de l’homme devenu parfait. Il y a un Infini spirituel inaccessible à notre compréhension actuelle. Là je me sens perdue et je ne saurais pas vous parler des libérations futures.

Nous comprenons beaucoup mieux les « libérations » successives qui précèdent l’humanisation. Les chaînes de ces libérations sont faites d’anneaux qui plongent dans l’expérience du monde physique, mais font des alliages astro-mentaux considérables en cours d’Evolution.

La bombe atomique est un exemple de libération de l’énergie potentielle qui coexiste avec la matière. Le fait que cette « libération » ait été employée par les humains dans le pire des buts n’empêche pas qu’elle puisse être utilisée d’une façon plus sage, comme le vrill dans l’Atlantide et les transformations industrielles actuelles d’énergie atomique.

Dans le royaume minéral on peut envisager la libération de l’énergie atomique comme une désintégration d’atomes chimiques qui libère des milliards de protyles, qui sont des atomes physiques primordiaux.

Dans les royaumes biologiques, ce qu’on appelle la « mort » devient la « libération » des atomes chimiques et des molécules intégrés dans les formes végétales ou animales. Cette « libération » fait partie des rythmes d’échange entre les royaumes et c’est déraisonnable d’en faire une tragédie pour les humains, parce que la reproduction maintient la continuité de la vie et de la forme physiques de l’espèce et la réincarnation permet aux corps du quaternaire inférieur de reprendre les expériences dans le monde physique après avoir assimilé celles de l’incarnation précédente. La mort biologique me semble plus regrettable pour les atomes chimiques qui sont libérés par la désintégration du protoplasma parce que le support biologique doit accélérer leur évolution. La mort de l’entité supérieure prive les formes minérales du magnétisme des corps subtils qui les interpénétraient.

Dans le royaume végétal, où les êtres possèdent déjà un corps astral, on peut envisager plusieurs interprétations du mot « libération ». Par exemple : l’éclosion de la semence est une libération. Quand la sensibilité à la chaleur, l’humidité et d’autres facteurs font germer les graines, l’énergie potentielle de la forme et de la vie, programmées dans les gènes est libérée. C’est le corps astral des plantes qui déclenche cette libération. C’est aussi la sensibilité du corps astral qui leur permet de s’adapter aux conditions du milieu, grâce à leur libre arbitre.

Les âmes-groupe centralisent les expériences et les options, en les sélectionnant comme un ordinateur et en enregistrant dans les gènes de l’espèce les options qui lui ont été favorables. La théosophie explique ainsi l’Évolution végétale.

Dans les espèces animales, l’adaptation est influencée aussi par leur corps mental concret qui transmet à l’âme-groupe la mémoire des options malheureuses pour n’y plus retomber.

La théosophie explique l’instinct par l’expérience enregistrée dans l’âme-groupe.

Même sans avoir un corps mental, les plantes manifestent du discernement dans leur évolution qui est inspirée dans les archétypes conçus par la préméditation du Créateur, harmonieusement accouplée au libre arbitre des êtres créés.

Or, le libre arbitre est le fondement des 4 qualités requises pour entrer dans le sentier de la libération, tant à un niveau infrahumain qu’aux niveaux humain et surhumain.

Chaque fois qu’une cellule végétale réalise par photosynthèse les réactions chimiques aboutissant aux composés tertiaires, quaternaires, etc… du protoplasme, il y a du discernement dans les procédés qui combinent les atomes et les molécules minérales pour les assimiler au corps physique des plantes.

Quand l’accroissement de volume entraîne la division cellulaire, chaque fois qu’une cellule renonce à son individualité pour se multiplier, il y a du détachement. Chaque fois qu’une cellule s’adapte aux circonstances variables du milieu afin de survivre ou de se perfectionner, elle exerce son libre arbitre pour accomplir la juste action nécessaire, afin de réaliser le Dharma de son espèce.

Chaque fois qu’un « zigoto » mâle subit l’attraction d’une cellule femelle, il y a de l’amour. Mais l’amour n’est pas seulement le tropisme qui conduit le zigoto vers l’oogone, c’est aussi le renoncement exprimé par la réduction de la chromatine qui va permettre leur fusion et la transmission à la cellule fille d’un double héritage de caractères acquis par l’expérience de l’espèce, burinée dans les gènes des parents.

On voit donc que dans les évolutions qui précèdent celle de l’humanité, se manifestent déjà les 4 qualités qui iront s’épanouir dans l’homme.

Le discernement qui guide chaque type d’activité physiologique me semble un reflet du premier aspect de la manifestation.

Le détachement, sacrifice volontaire qui accepte comme but de l’individu le service de la communauté et de la perpétuation de l’espèce, me semble un reflet du deuxième aspect.

L’action juste qui permet aux êtres créés de collaborer dans l’évolution, introduisant dans le plan du Créateur la diversité des options choisies par le libre arbitre des créatures, est l’image même du troisième aspect.

L’amour qui est le don de soi-même me semble un reflet de l’Unité Créatrice. C’est par lui que les êtres unicellulaires transmettent à leur descendance tout ce qu’ils possèdent. Mais un amour plus altruiste inspire les êtres pluricellulaires quand ils différencient leurs tissus pour créer une collectivité où les cellules multiples se spécialisent dans le perfectionnement de fonctions communautaires.

Dans le groupement fraternel des cellules pour constituer un être plus évolué chaque tissu, système ou organe travaille pour la communauté et reçoit d’elle ce dont il a besoin ; il y a de l’amour dans le dévouement de chaque cellule à l’idéal de créer une unité physiologiquement supérieure.

Une admirable discipline permet de bâtir les échelons supérieurs de l’Évolution aux dépens du travail de toutes les cellules envers l’unité collective plus grande, que le magnétisme vital assemble.

La biologie nous permet de suivre les tâtonnements du libre arbitre des êtres créés et de présenter l’interprétation philosophique suivante :

Chaque cellule, citoyenne d’un corps social, est la base du perfectionnement des communautés pluricellulaires. Son Dharma est simultanément son devoir, sa mission et sa destinée, accomplis dans l’harmonie et la joie de la coopération totale.

Le Dharma des cellules de support, de transport, d’assimilation, de coordination du travail et de reproduction de l’espèce est de collaborer dans l’Évolution avec une discipline qui devient une source de bonheur collectif, qui est la santé de l’organisme pluricellulaire.

L’orgueil et l’ignorance des humains les empêchent de prendre l’exemple dans le dynamisme discipliné du monde de l’infiniment petit, où chaque cellule est un laboratoire spécialisé qui accomplit son travail social.

Dans tous les royaumes le Dharma est le devoir et la destinée joyeusement acceptés et accomplis. Le suivre constitue une « libération » physique et psychique à tous les échelons de l’Evolution.

Il y a autant de « libérations » que de gradations successives de conscience dans tous les mondes de la Manifestation, depuis le plan physique jusqu’au plan Nirvanique.

Le libre arbitre s’élargit avec la montée de la Conscience, montée qui est en soi-même la « libération » d’un stage moindre d’Evolution, pour atteindre un niveau de conscience plus vaste.

« Libération » serait donc l’ascèse de la conscience à un degré supérieur.

La « libération » du cycle de renaissances, but de l’Évolution humaine, s’adapte à cette définition.

Mais des « libérations » de degré surhumain nous attendent chaque fois que nous savons nous identifier avec l’Unité, et prendre conscience d’appartenir à une Entité Supérieure dont notre Monade est une petite cellule, comparable par son insignifiance à celles innombrables qui, dans le corps physique humain, accomplissent leur Dharma.

Puissions-nous accomplir aussi notre Dharma, non dans le but égoïste de nous libérer du cycle de réincarnations, mais dans le but plus transcendant d’utiliser notre libre arbitre pour coopérer avec la Hiérarchie qui aide le Non Manifesté à réaliser sa Préméditation dans ce coin de l’Univers. Alors nous aurons atteint une « Libération Surhumaine » sans l’avoir même désirée, parce qu’elle était au-dessus de notre imagination.

Les chaînes de la libération ne finissent jamais. Seule l’intuition peut nous faire imaginer, par exemple, ce qu’est l’entrée en Nirvana. C’est une de nos futures « libérations » mais il est difficile pour les occidentaux de concevoir la parfaite béatitude. On nous dit que la « libération » provoquée par cette béatitude conduit à un bonheur indicible intérieur, lié à la connaissance profonde du Soi. J’en parle, mais je ne le comprends pas.

La mentalité occidentale comprend le progrès spirituel jusqu’à la 5e initiation mais beaucoup d’entre nous ne parviennent pas à concevoir les lignes d’évolution surhumaines qui se déploient au-delà du cercle des réincarnations.

Considérant notre imperfection actuelle, il me semble plus nécessaire de nous libérer de nos défauts que de penser à la « libération » du cycle de réincarnations. Le quaternaire inférieur ne devient inutile qu’après la 5e initiation et nous en sommes loin. Tant qu’il nous faudra acquérir de l’expérience dans le monde physique, il nous faudra y revenir.

Pour l’humanité actuelle la libération de la séparativité est la plus importante, laquelle d’ailleurs a été une faculté utile, tant que nous étions des sauvages qui venaient de s’individualiser à partir d’une âme groupe animale. La « libération » du cycle de réincarnations est un but trop lointain.

D’ailleurs cette « libération » n’est pas un but qu’on se propose d’atteindre, c’est plutôt la conséquence des efforts des personnalités successives pour accomplir leur Dharma. Le but c’est l’Évolution. L’éclairement de notre libre arbitre nous permettra de collaborer dans la Création en tant que volontés conscientes.

La libération sera la conséquence du « débroussaillage » du Sentier qui conduit aux pieds du Maître dans la jungle de notre incompréhension. Alors nous aurons l’intuition de notre Unité avec la Multiplicité de l’Univers et de notre intégration dans le Plan du Logos Créateur.

Cesina BERMUDES

Château d’Oex

Juillet 1982